ANDRÉ DE LUXEMBOURG
64"' Évoque (1390-1396).
André était frère de Pierre de Luxembourg, évéque de Metz, et de Wallerand, comte de Saint-Pol. Le chapitre de Cambrai, sous l'influence du duc de Bourgogne, avait postulé Jean, fils du comte de Hainaut, à peine âgé de 16 ans; mais Clément VII, relevant la puissance de la tiare, mit, le 31 janvier 1390, André à la tête de l'église de Cambrai. Ce prélat mourut, en 1396; au retour d'un pèlerinage à Jérusalem*.
* Clialoti, premier supplément, pi. 2, n* XVi. ' Le Glay, Cam. ehriitn, pag. \U,
On ne connaît aucun titre monétaire de Tépiscopat d'André de Luxembourg. Les seules de ses monnaies, qui aient été retrouvées, sont en billon. Leur type consiste, d'un côté, en un écu chargé d'un lion et surmonté d'une crosse avec le prénom et le nom de l'évèque; de l'autre, en une croix, dont les branches traversent le premier grènetis et séparent la légende en quatre. C'est à peu près le type du billon frappé à Elincourt, par d'autres membres de la famille de Luxembourg.
DESGSIPTION DES TABIËTÉS.
N' 1. ANDRIV i DELVCE : BOVRTi au centre, un écu où se voit un lion couronné et que surmonte une crosse.
i^. MONE TACA MERAC ENSIS, croix à branches égales. Le deuxième C de la légende du revers est accolé à l'A. Argent bas; poids, 0,82 gramm.; ma collection; pi. xvii, fig. 1.
N' 2. ANDRIV : DELVCEBOVRT v ; écu et crosse.
i^. Même légende et même type qu'au N"" précédent. Tribou , d'après un exemplaire de sa collection ^
N«3. ANDRIV : DELVCE î BOVRT r/. MONE TACA MERA CENCIS Celte pièce ne diffère du N" 1 que par l'emploi d'un C au lieu d'un S, dans la dernière syllabe du nom de la ville. Billon; poids, 0,71 gramm.; collection V. Delattre; pi. xvii, fig. 3.
N'4. ANDRIVDELVCEBOVRT
H|. MONE TACA MERAC ENEN Billon bas ou cuivre; poids, 0,58 gramm»; ma collection; pi. xvii, fig. 2.
N- 5. ANDRIV l DELVCEBOVRG
i^. MONE TACA MERAC ENCIS D'après un ancien calque communiqué par M. Ducas, pi. xvii, fig. 4,
^ Mémoires de la Société d^Émulation d$ Cambrai, \9U, pag. 213 et pi. V, fig. 3.
N*" 6. — Variété où le G du nom de Luxembourg est suivi de deux poiats.
Tribouy d'après un dessin conservé aux archives de Sainte-Agnès \
M. Serrure, possède un exemplaire quelque peu différent de la pièce qui précède .
Les monnaies d'André de Luxembourg ne sont pas rares. Je n'ai pas cité toutes les variétés qui m'en ont été communiquées.
PIERRE D'AILLY ou PIERRE V
65»« Évoque (1398-Uli).
Pierre d'Ailly, surnommé l'aigle des docteurs de France, avait été successivement archidiacre de Cambrai, préfet du collège de Navarre, chancelier de l'université de Paris, conseiller du roi et évêque du Puy. Il reçut, de Benoit XIII en 1398, le siège de Cambrai et en prit possession, malgré la résistance du duc de Bourgogne et du chapitre métropolitain de Notre-Dame. Nommé cardinal, en 1411 , il résigna son évéché pour rempHr les fonctions de légat du Saint-Siège .
Pierre d'Ailly mourut à Avignon en 1420% après avoir joué un grand rôle dans les événements politiques et religieux de son siècle. Il se plaisait à porter le titre de cardinal de Cambrai».
DOGUmENTS HONÉTAIBEfil.
Pierre V a, sans doute, comme ses prédécesseurs, fait de nombreux règlements monétaires; mais aucun n'est parvenu jusqu'à nous. En 1400, le taux usuraire, auquel se faisait le change, donna lieu à un procès qui eut beaucoup de retentissement, et auquel Dupont a consacré plusieurs pages, malgré le cadre étroit qu'il s'était imposé. Laissons parler cet historien :
< Mémoiret de la Société d'Émulaiion d$ Cambrai, 1824, pag. 213, et pi. V, fig. 2.
• Cf. E. Bouly, Dict. hi$t. dt Cambrai, pag. 7.
' Noiieê hiit. et Uii, twr U eard. Pitrre d'ÀiHy^ par M. Arthur Dinaux.
« Vers l'an 1400, différentes monnoies étrangères avoient cours dans Cambrai.
» Les changeurs leur donnant plus de valeur qu'elles ne dévoient avoir, tous
» les Ëtats du pays en portèrent leurs plaintes à TËvêque qui pour y remédier
» envoya ces. monnoies à Paris, à Saint-Quentin et à Tournai^ où Ton fabri*
» quoit pour le Roi, pour savoir combien ces monnoies pouvoient valoir à
x> tiercer à la monnoie de France , de sorte qu'un franc qui valoit 16 sols en
» France valut 24 sols à Cambrai ' comme il étoit anciennement ; au lieu que
x> les changeurs le faisoit valoir 27, 28 et même 31. L'Évêque en conséquence
» des avis qu'il reçut de ces différentes villes, mit les choses à l'ancien cours;
» cette opération, quoiqu'à l'avantage de la ville, déplût néanmoins à quelques
» personnes qui perdoient par là l'occasion de faire leur profit aux dépens dju
» pauvre. Une femme entre autres, nommée Marie du Cavech, qui avoit fait
» longtemps le change et qui pour abus par elle commis avoit reçu défense
» de rÉvèque de le continuer, s'étant associée à plusieurs mécontents, se mit
» eu tête d'empêcher l'exécution de l'ordonnance de l'Ëvéque. De sa propre
» autorité elle établit un change qu'elle fit exercer par Gérard son frère , pré-
» tendant qu'un chacun pouvait le faire sans permission de l'Ëvéque, comme
» il en étoit des autres métiers. L' Officiai en ayant été informé, fit enlever
» Gérard pour le conduire prisonnier au château de Selles. Il avait eu la pré*
n caution, avant son emprisonnement, de constituer un de ses amis Procureur
» pour appeler en son nom au Métropolitain. L'appel interjette, l' Officiai de
» Rheims ordonna que le prisonnier seroit amené devers lui pour y être jugé.
» Celui de Cambrai qui ne pouvoit avoir recours au Pape Benoit, à l'obédience
» duquel on s'étoit soustrait, appela au Concile général. L*évèque, informé de
» l'ordonnance de Rheims, prit conseil à Paris et à Rheims, où on lui conseilla
» de porter l'affaire au Parlement de Paris.* »
Nous ne pousserons pas plus loin la citation. Plusieurs juridictions étaient
* Il s'agit satM doute de comptes faits en monnaies cambréaienncs qui, comme les gros des premiers évéquei, ne valaient que les 2/3 des espèces con'espondant2s en France , d'où un sou de France aurait valu à Cambrai moitié eu sus ou iO -f- S =: 24.
* Dupont, Hiêî, de Camhrai, T. Il, p. ii et suivantes.
en présence, comme cela avait lieu trop souvent à cette époque; aussi l'affaire dura-t-elle très-longtemps. L' officiai ayant cru pouvoir attirer la cause à lui, parce que Marie du Cavech avait épousé un clerc, les huissiers du Parlement, mandés par Tévéque, se rendirent à Cambrai, mais y furent maltraités, et le Bailli de Vermandois dut venir lui-même pour obtenir que la prisonnière lui fut remise. Acquittée par le Parlement, cette femme fut, quelques mois après, condamnée par les magistrats (officiai et échevins) à quitter la ville de Cambrai. Le Bailli de Vermandois intervint de nouveau et demanda la révocation de cette sentence. Enfin , Marie du Cavech obtint des lettres du Roi des Romains, et rentra à Cambrai, avec ses adhérents.
Ce procès est un exemple de l'incroyable dédale où s'égarait l'exercice de la justice, dans un temps où les attributions étaient mal définies et dans un pays de marche', soumis, par le lien féodal, à l'autorité de l'Empire, mais placé, par le fait, sous l'influence de la France.
La fixation du cours des monnaies et les règlements du change ont eu beaucoup d'importance, à la fin du XIV* siècle et au commencement du XV% dans le Cambrésisoù pénétraient de tous côtés, les produits des nombreux ateliers des Pays-Bas.
Au temps de Pierre d'Âilly, le monnayage des barons de France, avait déjà été fort restreint par les interdits royaux ; il allait même disparaître dans presque tout le royaume, avec la féodalité elle-même, sous Charles VII, le créateur des armées permanentes, et Louis XI, le fondateur de la centralisation gouvernementale ; mais dans les états relevant de l'Empire , l'autonomie seigneuriale subsista plus longtemps et ce ne fut qu'au XVP siècle que l'atelier monétaire de Cambrai fut fermé par l'Espagne.
DB»CftIPTION DES VARIÉTÉS.
Une seule monnaie cambrésienne est attribuable à Pierre d'Ailly. C^est une belle plaque que Tribou a déjà décrite.
* La siluation politique et administrative de Cambra» était compliquée par la qualité religieuse du comte. Ainsi nous voyons Pierre d*Ailly, nommé par le pape, se rendre à Yvoi, pour y recevoir l'investiture féodale des mains de Wenceslasy puis à Reims pour y prêter serment, comme évéque, entre les mains d*un prélat français.
NM. + MONETAIPETRIIDEIIGRA.IA; au centre, une aigle nimbée,* tournée à gauche et entourée de courbes et d'angles; des trèfles aux points de rencontre ; sous les pieds de l'aigle, trois lettres, lOH, auxquelles je ne trouve aucune signification locale et qui avaient sans doute pris place, dans le coin, par contrefaçon d'un type étranger.
H|. + BNDICTV*SIT*NOMË*DNI*NRI*DEI*IHV*XPI
+ EPI X CAMERACENSIS , dans le champ , une croix pattée à branches épaisses.
Argent; titre peu élevé; bord cassé; pesant encore 3,08 gramm.; collection Serrure; pi. xvii,fig. 5.