HUITIÈME DE THALER
La pièce suivante est à peu près aussi large que le quart de thaler, mais elle est moitié moins épaisse. Son type est le même, à cela près que le casque qui timbrait l'écu au droit, a disparu ; on peut admettre qu'elle circulait pour un huitième de thaler.
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Poids, 3,64 gramm.; Cabinet impérial des médailles; pi. xxiv, fig. 5.
M. Dancoisne possède un exemplaire de la même monnaie mieux conservé. Les anciens auteurs allemands^ en donnent aussi la gravure toujours sous la date de 1568. Il est cependant probable qu'il a été frappé, chaque année, des huitièmes de thaler.
Duby*, d'après les placards de Jérôme Verdussen, qu'il désigne sous le nom de Reciml d'Anvers, décrit une monnaie d'argent identique, de type et de légende, au florin d'or de l'empereur Ferdinand*. Nous pensons que c'est par inadvertance qu'elle a été indiquée comme étant d'argent. Nous n'avons retrouvé que le florin dans les placards de Verdussen que nous avons pu consulter.
LOUIS DE RERLAYMONT
2""« Archevêque (1570-1596).
A la mort de Maximilien, le duc d'Albe, gouverneur des Pays-Bas, dont la volonté était toute-puissante à Cambrai, fit élire, par le chapitre, Louis, fils de
* Voir x\dam Derg, Newmunxhueeh xu Munehen^ i60i, S. U, où celle pièce est gravée sous le tilre de Ein oriê Thaler,
* Monnaies des prélatê et harùm^ loroe I, page 16 el pi. V, fig. ' Voir plus haul (pi. XXIH, fig. 1).
Floris , comte de Berlayraont et chevalier de la Toison d'or. Le nouvel archevêque, protégé par une garnison espagnole, entra paisiblement en possession de son temporel et fit frapper monnaie. Mais, cinq ans après, le baron d'Inchy, gagné à la France par les séductions de la reine de Navarre , surprit la citadelle et l'offrit au duc d'Anjou, qui portait alors ses vues sur les Pays-Bas. Louis de Berlaymont dut se retirer à Mons et laisser à des vicaires-généraux l'administration de l'évéché. En 1581 les Espagnols vinrent attaquer Cambrai, mais ils levèrent le siège à l'approche des secours qu'amenait le duc d'Anjou , et ce dernier put entrer triomphalement dans la place. Balagny remplaça d'Inchy et resta maître de Cambrai pendant plusieurs années. Enfin en 1595 l'Espagne prit sa revanche et la ville, assiégée par le comte de Fuentès et par l'archevêque Louis, n'attendit pas l'assaut et livra ses portes. Balagny sortit avec les honneurs de la guerre.^
L'archevêque-duc était rentré dans Cambrai, mais il ne devait plus en être le souverain. Cette place était trop importante pour que l'Espagne laissât échapper l'occasion de s'en rendre complètement maîtresse. Le pape protesta; il ne fut pas écouté.
C'est donc à Louis de Berlaymont que s'arrête la longue série numismatique que nous venons de décrire ; le coup de main du baron d'Inchy avait fermé l'atelier monétaire épiscopaP en renversant le trône de comte souverain qu'Ottonle-Grand avait élevé, six siècles auparavant, et à l'abri duquel Cambrai avait eu souvent de beaux jours.
TEXTES nONÉTAIRES.
11 existe plusieurs documents monétaires appartenant à l'épiscopat de Louis de Berlaymont'. Ils sont tous relatifs à la monnaie qui devait être admise dans
* On verra plas loin les monnaies et les jetons qui furent frappés pendant les sièges de i88i et de 4595 et M)u< l*adminij(t ration de Balagny.
* On vit disparaître, vers celte époque, les privilèges monétaires dont jouissaient d'autres prélats de rancien royaume de Lorraine, les eomtes-évéques de Meti, de Toul et de Verdun.
3 Voir aui preuves, pièces n«« 51 , 52, 53, 54, 55, 56, 57 cl 58.
l'Empire et^ comme les spécimens en nature retrouvés jusqu'à ce jour, antérieurs à 1S78, c'est**à*dire à l'année où le baron d'Inchy descendit de la citadelle dans la ville. D'après un manuscrit de Desbieumortiers , les petites pièces de cuivre marquées, au revers, des trois lions de Cambrésiset qui circulaient encore il y a peu d'années, n'auraient été frappées qu'après le rétablissement du prélat dans son archevêché , par le comte de Fuentès ; nous croyons que c'est là une erreur : ces pièces qui ne faisaient que perpétuer une monnaie devenue indispensable aux transactions de détail , et à laquelle Maximilien de Berghes avait habitué Cambrai, ont dû être frappées dès l'avènement de Louis et cesser de l'être lorsqu'il perdit l'atelier monétaire avec l'exercice des droits régaliens.
Le 18 mars 1572, Libert de Valchenbourg fut nommé maître de la monnaie de Cambrai, et un habitant de cette ville, nommé Guillaume Comart, fut appelé aux fonctions de contrôleur ou essayeur, ^n/t</riipfcaniis, en allemand: Wardeint. Six semaines plus tard , le 30 avril , un orfèvre de Cambrai , Nicolas de Pondre , fut chargé de la gravure des coins* ; il résulte des termes de sa commission qu'il était tenu de se conformer exclusivement au type imposé par les ordonnances du Saint-Empire.
Le procès-verbal de la séance (probatiom^tag) tenue à Cologne le là mai 1572, pour le cercle de la Basse-Westphalie dont dépendait Cambrai , constate: 1* que l'archevêque a fait connaître,, lors de la récente réunion des députés à Francfort, que le maître de sa monnaie était mort et qu'il a désigné pour le remplacer Hubberl de Falckenberg, Mûnizmeister ; 2* qu'il a proposé en outre Wilhelm Commar, lUûnz-Wardein ; et Nicolas de Fondere, Eysenschneider . Ces deux agents ayant justifié de leur aptitude sont admis au serment'.
Le même compte-rendu mentionne en outre l'autorisation donnée, sur sa demande , à l'archevêque de Cambrai , de faire frapper dans son propre palais ,
* Voir aux preuves, n^ tti el 52.
* Preuves, pièce n* K3.
^ Birtch'Teutsehen rHehi Munz-Archiv., Nurnberg i76i> Siebeiider Theti, s. 91.
eo dehors de la monnaie de l'Empire, des espèces locales, mais en petit nombre et ne pouvant circuler qu'en Cambrésis.
Le 10 juin de la même année 1572, l'archevêque rendit une longue ordonnance énumérant les monnaies qui seraient frappées conformément aux règlements promulgués en 1 566 à Âugsbourg, en 1 570 à Spire, et en i 571 à Francfort ; voici l'analyse de ce document, que nous donnons in extenso aux pièces jusrlificatives*:
1* Un florin (Tor portant, d'un côté, les armes et les titres du prélat, et de l'autre, la double aigle avec le nom de l'empereur. Cette monnaie pesait deux escalins, quatre as^ poids de Cologne; était à 18 karats, 6 grains d'or fin, et devait courir pour 40 patars, 16 deniers de Cambrai, ou 34 patars de Flandre.
2'' Un daller au même type contenant 10 deniers 16 grains d'argent fin, pesant une once de Cologne et valant 38 patars 8 dftniers, monnaie de Cambrai, ou 32 patars de Flandre*.
3* Un demi-daller à l'avenant.
4* Un quart de daller id.
5* Un huiti-ème de daller id.
& Une pièce d'argent ayant une aigle au mitant de la croix, avec le titre de l'empereur d'un côté, et de l'autre, les armes et les titres de l'archevêque, valant 2 patars 8 deniers^ monnaie de Cambrai, ou 2 patars de Flandre*.
7"* Un patar valant 24 deniers de Flandre, aux mêmes armes et titres.
8* Un denier de ctiivre, dont les douze font un gros de Flandre ou un demipatar de Flandre*.
9* Deux deniers* de cuivre;
10* Trois deniers de cuivre.
' Pièce n* U.
* Salzade, dans son d΀tionnaît*e historique des monnaies, imprimé en 4767, dit que les rixdales de PEmpire et entre antres celles de Cambrai, circulaient encore de son temps et pouvaient, quoique n'ayant pas lout-à-fait le même litre, être prises les unes et les autres pour 60 sous de France.
> Le liard de Flandre était le double du gigot et valait le quait du patord ; celui-ci valant 24 deniers, le liard en valait 6 et le gigot 3.
Les deniers simples, les doubles et les triples qui terminent cette nomenclature, sont évidemment les menues monnaies locales que rarchevêque était autorisé à frapper à son seul nom.
L'ordonnance du 10 juin 1572 se termine par des peines très-sévères contre les changeurs qui exerceraient sans Tautorisation de Tarchevéque, ou introduiraient dans le pays des monnaies défendues. L'amende encourue était de 20 florins pour la première fois; de quarante pour la deuxième ; la troisième fois le délinquant était condamné au bannissement. L'exportation de l'or et de l'argent était punie de la confiscation et d'une amende de 20 marcs d'argent; savoir : 4 marcs pour le dénonciateur ; 4 pour les officiers spirituels et temporels que concernerait l'affaire^ et 12 pour les aumônes de l'archevêque. L'importation du métal était au contraire favorisée par toutes les franchises imaginables.
Un tarif promulgué à la prière de la chambre de paix de Cambrai, le 22 septembre 1572\ contient l'évaluation de 38 espèces étrangères d'or et d'argent. Le daller du Saint-Empire, forgé postérieurement aux journées d'Augsbourg, c'est-à-dire depuis 1567, y est évalué au même taux que les dallers de l'archevêque dont la fabrication avait été décidée le 10 juin, c'est-à-dire 32 patards de Flandre. A la suite de ce tarif, il est dit que les changeurs prendront seulement 4 deniers tournois de la livre, c'est-à-dire un peu moins de 2 %. Remarquons en passant que l'emploi du mot tournois prouve que le système numéral monétaire français était toujours usité à Cambrai, dans la population, bien que l'unité de compte et l'unité de poids allemandes fussent depuis longtemps imposées légalement au régime des monnaies.
Liebert de Falckenberg n'exploita l'atelier que pendant un*an; il fut remplacé, le 18 mars 1573*, par Catherine Struyix, veuve de Hans Crul, maître de la monnaie sous Maximilien de Berghes. La commission de Catherine Struyix lui maintient la jouissance a de tous titres, franchises et libériez cC assises, impots, ^ » gabelles, guetz et aultres, que sont accoutumez joyr, aultres maîtres des mo-
* Voir aux preuves, pièce ii* 58.
* Voir aux preuves, pièce u^ B0.
» noyés des Princes de l'Empire. » De son côté, elle devait payer non-seulement le graveur, mais le contrôleur, et les défrayer tous deux « lorsqu'ils iraient aux B preuves des monnaies de l'Empire. »
Catherine Slruyix fut confirmée dans sa charge de maîtresse de la monnaie d'abord pour un an, le V avril 1574*, puis le 16 avril 1575', pour six ans.
Enfin, le 25 avril 1577', parut un tarif qui confirmait un autre tarif publié le 8 novembre 1576, et qui n*est pas venu jusqu'à nous.
TYPES
Louis de Berlaymont était très-limité dans la fabrication de ses monnaies locales {Mûntzen-Landsorten) , qui ne consistèrent, selon toute apparence, qu'en pièces de cuivre présentant constamment, d'un côté, l'écu de Tarchevèque à ses armes de famille ; et, de l'autre, soit une croix avec ou sans lettres dans les cantons, soit l'écu du comté de Cambrésis. Quant à la monnaie frappée au nom collectif de l'archevêque et de l'empereur, elle est conforme aux ordonnances du Saint-Empire et offre, comme celle de Maximilien de Berghes, le type commun à une infinité de thalers de cette époque \