‹ Numismatique de l'ArménieChapitre 10 sur 25 · I". ROYAUME ARMÉNIEN DÉ SAMOSATE · texte numérisé non relu

I". ROYAUME ARMÉNIEN DÉ SAMOSATE

L'histoire ne nous dit rien du royaume de Samosate, et les médailles seules nous apprennent qu'un prince, nommé Samès, devait régner dans

(I) LW. VI, ch. 9. (2) Kumismat. Chron., t. XII, art. d'Ed. Thomas.

la Commagène, où il avait fondé la ville à laquelle il donna son nom. Cette ville, que les Arméniens appellent Samousad ou Schamouschad, est située au N.-O. de Kalah-Erroum (Hromgla) et au midi de Malathia, sur l'Euphrate. Josèphe (1) nous dit que Samosate était la plus grande ville de la Commagène : « Ix/xcactroc rhi Kcfj.aaynvfiç ptylarr, -kôIiç. » Elle fut assiégée et détruite plusieurs fois à l'époque des Séleucides, et lors des conquêtes que les Romains firent en Asie. L'histoire du royaume de Commagène ou de Samosate n'est point encore très-parfaitement connue, et, bien que les travaux de Masson aient jeté quelque jour sur la question (2) pour ce qui est des temps postérieurs à l'époque de sa fondation, il faut avouer pourtant qu'il nous reste encore beaucoup à apprendre sur ce sujet. Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que la dynastie qui régna sur la Commagène après celle de Samès, n'était plus arménienne, et bien que les souverains qui possédaient cette contrée soient représentés sur leurs médailles coiffés de la tiare arméniaque, on doit cependant reconnaître qu'ils étaient issus de la race des Séleucides, et que, s'ils avaient pris la tiare, c'était tout simplement pour imiter les rois qui les avaient précédés, et afin de flatter les populations arméniennes qui étaient répandues en grand nombre dans ce pays. Au surplus , les noms d'Antiochus et de Mithridate, que portent presque tous les rois de la Commagène, prouvent suffisamment leur origine syrienne et leur parenté avec les rois séleucides (3), à la suite desquels les historiens et les numismatistes les ont presque toujours placés.

SAMÈS.

(Vers l'an 130 av. J.-C.)

On ne peut émettre que des conjectures très-vraisemblables, du reste, sur l'époque du règne de Samès. L'abbé Belley, qui, le premier, donna une interprétation d'une médaille de ce prince, inconnu dans l'histoire,

il) De lld lu Jud., liv. Vil, en. 7. (3) Cf. Visconti, Iconogr. grecque, part, h,

(2) Haym, Tesoro Brilannico, 1. 1, p. 112. ch. XII, § 8; ch. XIV, §4; et svppl., § 7.

conjectura avec beaucoup de sagacité que Samès avait dû régner vers l'année 1 30 avant l'ère chrétienne, et que très-probablement Saraosate devait être le lieu de sa résidence (1). Mais, avant lui, le P. Frœlich avait publié à Vienne une médaille de Samès qu'il avait attribuée à tort à Arsamès (2). Etant revenu de son erreur, il en donna une nouvelle explication qui consistait à attribuer cette médaille à Samus, jeune poëte grec distingué, fils de Chrysogonus, et qui accompagna le dernier Philippe de Macédoine dans son expédition contre les Etoliens. Il supposa dès lors que Samus avait eu en partage, par la générosité d'Antiochus le Grand, quelque district de la Commagène, où il put prendre le titre de roi (3). Mais le poëte grec s'appelait Samius et il ne mourut point sur un trône, car l'histoire nous apprend que Philippe , prince farouche et sanguinaire, le fit mettre à mort dans un moment d'emportement (4). De Boze émit, à la suite du mémoire de l'abbé Belley, quelques conjectures nouvelles sur la médaille de Samès (5), et crut que la pièce en question avait été frappée par un roi d'Emèse que Josèphe appelle loèfioç, Ica.itj.oc, et enfin 2a.ip.oc, (6). L'abbé Belley persista dans sa première explication, dans un mémoire qui fait suite au précédent (7) , et son opinion, qui a prévalu depuis, a été suivie par Eckhel (8) , Mionnet (9) etVisconti (10).

Tête jeune radiée à droite. Grenetis au pourtour.

ly BA2IAEÛ2 Victoire marchante droite, tenant de la main

2AMOT droite une couronne à laquelle sont attachées des

0E • 2EB • T2 bandelettes, dans le champ, TA. RAI AIKAIOT Cuivre, 2 ex. PI. I, n° 3. — Cabinet de France.

({) Obs. sur une médaille du roi Samus, (5) Mém. de l'Acad. des inscript, et belles-

dans le t. XXVI des Mém. de l'Acad. des in- lettres, t. XXVI, p. 365. script, et belles-lettres, p. 355. (6) De Bello Jud., liv. VII, cli. 7.

,„\ d , .1 /■(• i- (") Mém. de l'Acad., t. XXVI, p. 380. —

(2) Reg. vel. num., p. 13. — Cf. aussi Ec- v ' ' ' v

n.„i u r- ji «-a Nouvelles observât, sur la méd. de Samus.

knel, Mus. Vindob., p. 2o2.

(8) Catal. du Mus. de Vienne, p. 252.

(3) Nolit. elim., p. 181, p. XV, 2. - Ac- (9) Méd gr^ t [Vj p m

cessio nova ad numismata reg. vet.,V. 63. (10) Iconogr. grecq y part Bj ch 12> g 2>

(4) Polybe, Excerpt. de vin. et vit. p. 247 etsuiv.

Tête de Samès à droite, coiffée de la tiare arméniaque et ornée de fanons et de perles ; dans le champ, derrière la tête, une palme gravée en creux. Grenetis au pourtour.

V BA2IAEQ2 Le thyrse de Bacchus , entre deux cornes

2AMO[T] d'abondance placées en sautoir et entrelacées

0EQ2EB,OY2 par l'extrémité inférieure.

KAI AI^AIOY

' Cuivre. PI. I, n° 4. — Cab. de Vienne.

L'inspection de ces deux monuments ne laisse aucun doute sur leur attribution à Samès, roi de la Commagène. En effet, si l'on compare le type du revers de la seconde pièce avec celui de la médaille d'Alexandre Zébina, roi de Syrie, frappée à Samosate (125-123) , on remarquera une analogie frappante (1). Ensuite l'épithète $ixcuoç, qui se remarque dans les légendes des deux médailles de Samès, a été prise pour la première fois par Arsace VII, Phraate II, roi des Parthes, qui régna de l'an 1 38 à 128 av. J.-C. Comme ces deux indices de ressemblance de médailles se rencontrent entre les années 138 et 123, il est présumable que les monnaies de Samès ont été frappées vers cette époque, ce qui donne approximativement l'année 130 av. J.-C, comme date moyenne du règne de Samès. Au surplus, on peut conjecturer que ce prince occupa le trône assez longtemps, car la première médaille nous le représente sous les traits d'un jeune homme, tandis que la seconde offre pour type un homme d'un âge mûr. Le sigle TA, 33, indique très-probablement l'année de l'ère de la fondation du royaume de Samosate ; car il n'est pas probable qu'elle puisse signifier l'année du règne de ce prince, qui, sur la médaille, semble être fort jeune et n'avoir point encore atteint sa trentième année.

Mionnet a décrit dans son catalogue (2) une médaille de cuivre dePythodoris et de Samès, qu'il dit à tort avoir été publiée par le P. Souciet (3) et

(1) Ilaym., TesorBrilann., t. I, p. 109. — part. II, p. 249, note 1.

Sestini, Descr. num. vet., p. 304, n° 7. — (2) Méd. gr.,suppl., p. 723.

Coins of Ihe Seleucid. from the cabin. of (3) Hisl. des rois du Bospk. Cimmér. Vuane, pi. XVII, n° 1 i. — Visconti, Icon. gr.,

l'abbé Belley (1). Il s'agit dans ces deux travaux, de Pythodoris, reine de Pont, femme de Polémon, et non d'une alliée de Samès.

§ II. ROTAUlttE ARMÉNIEN D'ARSAMOSATE.

Le royaume d'Arsamosate devait son nom à la ville de ce nom que les Arméniens appellent Arschamouschad ou Arschamaschad, et qui se trouvait dans le canton d'Arschamounik'h , au nord de l'Euphrate. Nul doute que l'Arschamaschad des Arméniens ne soit l'Arsamotade Pline (2) et l'Arsamosata de Ptolémée (3). Selon toute probabilité , la ville d'Arschamaschad avait été fondée par un prince arménien du nom d'Arscham, dont les Grecs transcrivirent le nom sous la forme Apffàfx/i;, que nous retrouvons sur les médailles, et avec une variante, Apo-àori;, dans Polyen (4). A l'époque des guerres de Néron et de Vologèse, roi des Parthes, Arsamosate était une place bien fortifiée , et Gésonius Petus , que l'empereur avait chargé de défendre l'Arménie contre les incursions des barbares, y avait mis sa famille en sûreté; aussi Tacite (5) la mentionne sous la dénomination de Castellum. Au neuvième siècle de notre ère, Arsamosate formait le thème d'Asmosat (6). Cependant, il semblerait résulter d'un passage île Strabon (7) que le royaume d'Arsamosate ne porta pas toujours le nom de son fondateur, Arscham, et que sous le règne de l'un de ses successeurs appelé Xerxès, dont le nom a été conservé par Polybeetles médailles, il était connu sous la dénomination de Xerxène. Cette province était, en effet, une région de l'Arménie peu éloignée de l'Euphrate, et Strabon la compte parmi celles qui furent ajoutées à l'Arménie par Artaxias, parZariadre, et par d'autres princes, leurs successeurs ou leurs alliés.

(1) Dfém. de l'Âcad. detinscripl.,1. XXIV, (o) Ann., liv. XV, 10.

p. 67. (6) Constant. Porphyr. , De Adm. imp

(2) Liv. VI, ch. 9. ch. 30.

(3) Liv. V, ch. 13. (7) Liv. XI.

(4) Stratég., liv. IV, ch. 17.

ARSCHAM (ARSAMÈS).

(Vers 245 av. J.-C.)

Arscham est mentionné dans l'histoire à l'époque de la guerre qu'Antiochus Hiérax soutenait contre son frère Séleueus II. II paraît même qu' Arscham avait embrassé le parti du premier, à ce que nous apprend Polyen : Autov -rà twv Ap^Evtwv ôpr] diùBàvtx, (piloc, &>v Apffàëï); virnàifyzTO. « Lorsqu'[Antiochus Hiérax] traversait les montagnes de l'Arménie, il fut reçu par Arsabès qui était de ses amis (1). » Il ne faut pas s'étonner de voir le nom d'Arsamès rendu dans Polyen par Apo-àênç, car on sait que dans les manuscrits d'une certaine antiquité, Vp et le (3 ont presque la même forme (2). Le nom d' Arscham, IVi""7*? se rencontre souvent dans l'histoire d'Arménie (3), et chez les écrivains grecs sous la forme Apaâ^nç (4).

La seule monnaie d' Arscham qui nous soit parvenue est connue depuis longtemps. Pellerin (5), qui la publia le premier, lisait le nom du roi AI2A- MOT ou AI2AMOY. Nous avons vu que le P. Frœlich avait confondu Samès avec Arsamès (6). Mais Pellerin, après un nouvel examen (7), parvint à déchiffrer complètement le nom d' Arscham, AP2AMOY, et c'est sous cette attribution qu'on trouve la médaille classée dans Mionnet (8) et Visconti (9).

Tête tournée à droite et coiffée d'un bonnet, ayant quelque ressemblance avec celui des Parthes arsacides ; filet au pourtour.

g? BA2IAE[û2] Sous la légende, un cavalier coiffé d'un bonnet et

AP2AMO[Y] vêtu d'une robe flottante, passant à droite et tenant un javelot de la main droite.

Cuivre. PI. I, n° 5. — Cabinet de France.

(1) SlraCég., liv. IV, ch. 17. (5) Rois, pi. XXI, n° 3.

(2) Cf. Hésychius, v» ai'Ssto;, et le Comment. (6) Cf., plus haut, p. 9. d'Alberti. (7) Lettre II, p. 79.

(3) MoysedeKhorèn,liv. II, ch. 24, 25. (8) Méd. gr., t. IV, p. 454. — Suppl.,

(4) Plutarque, Artaxerxés. — Eschyle, t. VII, p. 723.

Tragéd. des Perses, passim. (9) Icon. gr., 2e part., p. 243.

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