TIGRANE I" (1) LE GRAND. — DIKRAX
(89 av. J.-C. — Associe Ardavazl, son fils, à l'Empire en 55. — Mort en ne.)
Tigrane, fil s d'Ardaschès, que les historiens représentent comme un des plus grands conquérants de l'Orient, était fort jeune lorsqu'il arriva au trône d'Arménie , et il paraît même, au dire des historiens grecs et latins (2), qu'il fut, pendant quelque temps, dans la dépendance des Parthes. Etant parvenu à s'affranchir de leur empire, Tigrane songea à ranger tous les peuples de l'Asie sous sa domination. Il réunit d'abord, aux états de ses pères, la Syrie et plusieursprovinces de l'Asie Mineure; puis, ayant attaqué les princes de la branche aînée des Arsacides qui régnaient en Perse, il leur enleva la Mésopotamie, l'Adiabène et l'Atropatène, et reçut des souverains perses le titre de roi des rois. Fier de ses victoires et de ses conquêtes, il embrassa la cause de Mihr-tad ou Mithridate, roi de Pont, son beau-frère, qui, vaincu par les Romains, était venu chercher
(1) Ce prince est le deuiiéme du nom dans (2) Strabon, liv. XI. — Justin, liv. XXXVTI1.
la série des rois d'Arménie, mais il est le pre- — Appien, Syr., passim.— Longuerue, Ann. mier dans la suite Arsacide. Aussi les auteurs reg. Varlh., ann. A. C. §">, p. l.ï. l'appellent-ils indifféremment Tigrane l*r ou Tigrane H.
un asile dans ses états et implorer son appui. Mais, la fortune l'ayant abandonné, Tigrane dut céder devant les forces romaines, fut contraint de renoncer à toutes ses conquêtes, de souscrire de honteux traités avec les princes qu'il avait offensés et de quitter le titre fastueux de roi des rois (1). Tigrane mourut dans un âge fort avancé, en laissant son royaume, considérablement réduit, à son fds Artavazt ou Artabaze.
L'histoire fait mention des trésors immenses que Tigrane avait amassés pendant le cours de ses conquêtes , et l'on peut juger en effet de leurs richesses par le tribut onéreux que Pompée exigea de ce prince après sa défaite, en 66. Strabon raconte, à cette occasion, que le général romain demanda à Tigrane une contribution de guerre de six mille talents d'argent, qui furent distribués sur-le-champ aux troupes ; chaque légionnaire eut pour sa part cent cinquante drachmes; chaque centurion, mille drachmes; chaque éparque et chiliarque, un talent (2). Cependant les historiens grecs et latins ne sont pas d'accord sur la somme que Pompée exigea de Tigrane (3), mais il n'en est pas moins vrai que cette contribution était énorme, puisque les écrivains de l'antiquité en ont tous fait mention dans leurs récits.
Les trésors de Tigrane, ainsi que ceux d'Ardavazt, son fds et son successeur, étaient conservés, au dire de Strabon, près d'Artaxata, dans les deux forteresses de Babyrsa ou Barbyrsa et d'Olané (4).
Les médailles de Tigrane qui nous sont parvenues et qui se rencontrent assez fréquemment dans les collections, ont été frappées à Antioche et dans d'autres villes de l'empire des Séleucides, alors que ce prince était
(1) MoysedeKh., liv. H, ch. 13-22. — Jean liv. XXXVI. — Appien, Milhr. — Suidas, Cath., ch. 8. — Appien, Syr. el Milh. — no^do;, — Ciceron, pro Sexlio. — Vell. Pa- Plutarque, Lucull., l'omp., Anlon. — Dion tcrcul., liv. II. —Val. Maxim., liv. XV, ch. 1. Cassius, liv. XXXVI, XXXVII, XL, XLIX. — — Orose, liv. VI, ch. 1. — Eutrope, liv. VI, Velleius Patercul., liv. II. ch.3.
(2) Strabon, liv. XI, ch. 19. (4) Strabon, liv. XI, ch. 19.
(3) Plutarque, Pomp. — Dion Cassiu?,
maître de la Syrie. Nous avons donc la date assez précise de l'époque où ces médailles furent frappées, car on sait que le règne de Tigrane en Syrie dura dix-huit ans, selon Justin (1), c'est-à-dire depuis l'an 83 avant J.-C, jusqu'à l'an 66 (2).
Les monnaies de Tigrane offrent de grandes variétés de coins et de types ; elles ressemblent en tout point à celles des princes Séleucides, ses prédécesseurs, et on reconnaît facilement, à une première inspection, que ces pièces ne peuvent avoir été frappées que dans les ateliers monétaires de la Syrie; aussi les numismatistes sont-ils unanimes pour ranger les médailles de Tigrane parmi les pièces de la série des Séleucides. La seule différence à signaler, entre les monnaies de Tigrane et celles de ses prédécesseurs, est le type qui figure invariablement sur le droit des pièces , nous voulons parler de la tête du prince qui est constamment coiffée de la tiare arméniaque, tandis que sur les monnaies des autres Séleucides, la tête est nue et les cheveux sont simplement retenus par un bandeau.
Voici la description des différents types que nous offre la série des monnaies frappées par Tigrane le Grand (3) :
Tète de Tigrane tournée à droite et coiffée de la tiare arméniaque ornée de deux aigles opposés et d'une étoile. Perles au pourtour.
iy BA2IAEQ2 Femme tourellée assise (Antioche) sur un rocher,
TITPANOY tournée à droite, tenant de la main droite une palme;
elle a le pied posé sur un fleuve (l'Oronte) sortant de
terre. Dans le champ , 21 en monogramme; le tout
entouré d'une couronne de laurier.
Tétradrachme d'argent. — PI. II, n" 1 .
Cab. de France.
On connaît plusieurs variétés des coins de cette médaille où figurent des monogrammes souvent très-compliqués et que, jusqu'à présent, on n'est
(4) Liv. XI, ch. 1. (3) Cf., Mionnet, Descr. des mcd. yrccq.,
(2) Card. N'oris, ad cenol. Pisnn, dis- t. V, p. 108-9 ; et suppl., t. VIII, p. 78 et suiv. sert., II, ch. 2.
point parvenu encore à déchiffrer. Cf., pi. II, n" 3, 4, 5. — Des médailles presque semblables à celle dont on vient de lire la description , ont été publiées par Sestini (1) qui observe que la femme tourellée représentée au revers de ces médailles porte aussi un voile. Ennery (2) , l'auteur du catalogue du cabinet Duane (3) et Mionnet (4), qui ont décrit plusieurs monnaies de Tigrane, a signalé plusieurs variétés de monogrammes.
Le type du revers de la plupart des tétradrachmes de Tigrane et des autres monnaies de ce prince, est assurément un des plus curieux qui nous soient offerts par la numismatique des Séleucides. Il représente, en effet , la ville d'Antioche sous les traits d'une femme coiffée d'une couronne murale, tenant une palme et assise sur un rocher, dont la base est baignée par les flots du fleuve Oronte, qui est représenté sous la tigure d'un homme nu et nageant aux pieds delà ville. Cetypedela ville d'Antioche et de son fleuve personnifiés , ne se rencontre pas seulement sur les monnaies de Tigrane, mais il se voit encore sur beaucoup d'autres médailles des princes Séleucides et sur les monnaies impériales ou coloniales frappées à Antioche. Cette représentation avait pour prototype un groupe de bronze, ouvrage d'Eutychide, élève de Lysippe, et que les habitants d'Antioche avaient en grande vénération (5).
Tête de Tigrane, à droite, coiffée de la tiare.
JP BA2IAEÛ2 Femme tourellée assise sur un rocher à droite, te-
BA2IAEQN nant de la main droite une palme, et le pied posé TirPANOY sur un fleuve sortant de terre. Dans le champ, deux
monogrammes ; le tout entouré d'une couronne de
laurier.
Tétradrachme d'argent.
Cette médaille, qui diffère de la précédente par la légende, a été frappée,
(1) Desc. num.vel., p. 502, n° 1-0. (1) T. Y, p. 168-9,etswpp/.,t. VIII,p. 78ets.
(2) Mus. Vindob., p. 29 etsuiv. (5) Pausanias, V, 2. — MuscoPio Clément.,
(3) Coins ofthe Seletic, pi. XXII. p. 72, pi. XLM, 61.
ainsi que ses variétés, lorsque Tigrane prit le titre de roi des rois , après avoir conquis la Syrie.
Tète de Tigrane, à droite, coiffée de la tiare.
iy BA2IAEQZ Femme tourellée assise sur un rocher, à gauche ,
[Tl]rPANOY le bras droit étendu et portant une corne d'abon- AMN(?) dance de la main gauche ; à ses pieds un fleuve nageant. Dans le champ, le monogramme d'Antioche, AN; à l'exergue, des lettres altérées; le tout dans une couronne de laurier.
Tétradrachme d'argent. — PI. II, n° 2.
Cab. de France.
Tète de Tigrane, à droite, coiffée de la tiare. Grenetis au pourtour.
ip BA2IAEQ2 Femme tourellée assise sur un rocher, à droite,
BA2IAEQN tenant une palme de la main droite; à ses pieds, TirPANOT un fleuve nageant. Dans le champ, EA en monogramme; à l'exergue, !EC.
Drachme d'argent. — PI. II, n° G.
Cab. de France.
Duane, coins ofthe Seleucid., PI. XXIII, n° 8, p. U5. — Sestini,Descr. num. vet., p. 502, n° 10.
On connaît plusieurs variétés de cette médaille, qui ne diffèrent de la précédente que par les monogrammes et les sigles qui se remarquent au revers des pièces.
Tète de Tigrane, adroite, coiffée de la tiare. Grenetis. Vj> BA2IAEQ2 Femme tourellée assise sur un rocher, à gauche,
TITPANOY tenant de la main droite une palme, et de la gauche une corne d'abondance ; à ses pieds, un fleuve nageant. Grenetis.
Cuivre. — PI. II, n° 7.
Cab. de France.
Tête de Tigrane, à droite, coiffée de la tiare constellée. Grenetis.
jp BA2IAEQ2 Femme tourellée assise sur un rocher, à droite,
TirPANOT tenant de la main droite une palme, et ayant le pied sur un fleuve nageant.
Cuivre. — PI. II, n° 8.
Cab. de France.
Tête de Tigrane, à droite, coiffée de la tiare. Grenetis.
W BA2IAEQ2 Femme debout, drapée, à gauche, tenant de la
TirPANjOY] main droite une corne d'abondance.
Cuivre. —PI. II, n° 9.
Cab. de France.
Tête de Tigrane, à droite, coiffée de la tiare.
ïP BA2IAEÛI Cheval en course, passant à gauche.
BA2IAEQN
[Tl]rPAN[OY]
0EOY Cuivre.— PI. II, n° 10.
Cab. de France.
BA21AEQ2 BA2IAEQN. — Tête de Tigrane tournée à gauche, derrière un arc. Grenetis.
ip MErAAO[Y] TirPANOY. — Victoire, passant à droite, tenant une palme dans la main droite. Dans le champ, AM2. (An 241 de l'ère des Séleucides, = 71 av. J.-C.) Cuivre. — PI.II, n° 11.
Cab. de France.
Pellerin, Méd. des peuples et des rois.
Tête de Tigrane, à droite, coiffée de la tiare.
ip BA2IAEQ2 Femme tourellée assise sur un rocher, à droite,
BA2IAEÛN tenant une palme de la main droite ; à ses pieds, un
TH"PANOT fleuve nageant. Dans le champ, T.
Cuivre.
Sestini, Descr., p. o02, n° 11.
Tête de Tigrane coiffée de la tiare.
ip BA2IAEQ2 Femme tourellée assise sur un rocher, à gauche,
TirPANOY tenant un épi de la droite et une corne d'abondance de la gauche. Dans le champ, N.
Cuivre.
Sestini, Descr. du Mus. Hederwar., t. III, p. 20, n° 3.
Tête de Tigrane coiffée de la tiare.
ip BA2IAEÛ2 Femme tourellée assise sur un rocher, la main
TirPANOY étendue , et tenant de la main gauche une corne d'abondance ; à ses pieds , un fleuve. Dans le champ, H.
Cuivre.
Sestini, Descr., p. o02, n° 12.
Tète de Tigrane coiffée de la tiare.
jy Figure à demi nue, assise sur un rocher et tournée à gauche, ayant la main droite levée et tenant une corne d'abondance de la main gauche.
Cuivre.
Duane, pi. XXII, n° 9. — Sestini a publié dans sa description, p. 503, n° 13, une médaille presque semblable qui ne diffère de la précédente que par le type du revers. Outre la ligure assise sur le rocher, on remarque encore le fleuve nageant, comme sur les tétradrachmes que nous avons décrits plus haut.
Tête de Tigrane coiffée de la tiare.
iy Victoire conduisant un bige et tenant une palme à la main droite.
Cuivre.
Sestini, Descr., p. 503, n° 14.
Tête de Tigrane coiffée de la tiare, à droite. %> [BAIIAEQ2] Victoire passant à gauche. TirPANOY Cuivre.
Duane, pi. XXII, n° 10. — Sestini a publié (Descr., p. 530, n° 15) une variété de cette médaille : derrière la tête du roi, on remarque un A; et Haym (Tesor. Brit. I, p. 103, n° 98) en a publié une semblable qui porte au revers la légende IIAP à l'exergue.
Tète de Tigrane coiffée de la tiare. Derrière A.
W BA2IAEQ2 Femme vêtue de la stola, passant à gauche , la
TirPANOY main droite levée et tenant de la main gauche un pan de sa stola.
Cuivre.
Duane, pi. XXII, n° 12.
Tête de Tigrane coiffée de la tiare, ornée d'une étoile.
]p BA2IAEQ2 Hercule nu, debout, la main droite appuyée sur
BA2IAEQN sa massue et tenant de la gauche la dépouille du TirPANOY lion.
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Combe, Vet. popul. et reg. numism., p. 215, n° 4, pi. XII, iig. 15.
ARTAVAZT.
(55. — Seul, 36 à 34 av. J.-C
Tigrane le Grand avait associé son fils Artavazt ou Artabaze à l'empire dès l'année 55, mais il ne lui succéda réellement qu'en 36. Plutarque raconte qu'Artavazt avait des talents littéraires, car il avait composé en grec des tragédies, des discours et des mémoires historiques, dont une partie; existait encore de son temps (1). Le règne de ce prince fut très-malheureux ; placé entre les Romains et les Parthes , ni les uns ni les autres n'eurent à selouer de sa loyauté. Mithridate III et Orode I", lui déclarèrent la guerre (2). Crassus, l'ennemi d'Orode, était mécontent d'Artavazt; Antoine, de son côté, se crut trahi par ce prince et s'en vengea par une autre trahison. Il s'avança vers lui en ami , l'enleva avec toute sa famille , et l'ayant fait attacher avec une chaîne d'or, il l'offrit en présent à Cléopâtre, reine d'Egypte (3). Artavazt, vaincu et prisonnier, conserva vis-à-vis de l'orgueilleuse souveraine, un maintien dédaigneux dont elle fut si blessée, qu'elle le fit décapiter après la bataille d'Actium, afin qu'Octave, dont on supposait qu'Artavazt avait embrassé la cause contre Antoine, ne pût le rendre à la liberté (4). Ardaschès II ou Artaxias, fils d'Artavazt, parvint à s'échapper de sa prison et occupa quelque temps le trône d'Arménie.
On connaît plusieurs monnaies frappées sous le règne d'Artavazt, mais dont la plus curieuse est assurément une pièce de cuivre offrant les têtes de Tigrane et d'Artavazt accolées. Il est évident que ce monument a été frappé à l'époque de l'association d'Artavazt au trône d'Arménie.
Têtes accolées de Tigrane et d'Artavazt, coiffées de la tiare. La tête de Tigrane est barbue, tandis que celle d'Artavazt est imberb'e.
(I) Plutarque, Vie de Crassus. (Z) Moyse de Khorèn, liv. 11, ch. 23.
(i) Justin, liv. XLH, ch. 2,4. — Plutarq., (4) Dion Cassius., liv. XL1X,§ 41, et liv.
Crass. LI. § 5.
ip BA2IAEQ2 La Fortune assise sur un gouvernail, à gauche,
TirPANOT ayant la main droite posée sur l'extrémité du gouvernail, et tenant de la main gauche une corne d'abondance.
Cuivre.
Tête d'Artavazt coiffée de la tiare, à droite. Grenetis.
ip BA2IAEG2 Quadrige passant à gauche et conduit par un
BA2IAEÛN personnage qui tient de la main droite une pe-
APTAYA2AOY tite victoire. Dans le champ, deux monogrammes.
Drachme d'argent. — PI. III, n° 1 .
Mémoires de la société d'archéolog. de Saint- Pétersb., t. III, p. 179- 181. Drachme d'Ardavasde'par M. de Bartholomei.
Tète d'Artavazt coiffée de la tiare, à droite; derrière A. Grenetis.
ly BA2IAEQ2 Victoire, à gauche, tenant une couronne et une
BA2IAEÛN palme.
APTAYA2A[OY] Cuivre. —PI. III, n°2.
Cab. de France.
Pellerin, Méd. des rois, pi. XV. — Visconti, Iconogr. grecq., %' part., chap. XII, § 7, p. 264, pi. XLV, n" 7.
Tète d'Artavazt coiffée de la tiare. Derrière, une aigle avec une couronne.
ip BA2IAEQ2 Tète du roi coiffée d'une autre tiare.
BA2IAEQN APT[AYA2AOY] Cuivre .
Sestini, Descr. num. vet,, p. 491. — Visconti, Icon. grecq., 2e part., ch. XII, § 7. — Mionnet, Suppl. à la descr. des méd. grecq., p. 726.