TIGRANE III ET ERATO
(Vers l'an 12 à G av. J.-C, et 3 à 1 av. J -C.)
Tigrane III, fils et successeur de Tigrane II, avait, suivant l'usage d'Orient, épousé sa sœur Erato (2). Ces deux princes occupèrent ensemble le trône d'Arménie à la mort de leur père. Il est probable que le jeune Tigrane montrait du penchant pour les Parthes, car Rome le détrôna et donna la couronne à Artavazt vers l'an 6 avant Jésus-Christ. Tigrane, avec l'aide des Parthes , se ressaisit quatre ans après du sceptre d'Arménie. Ce fut alors que Caïus César, petit-fils et fils adoptif d'Auguste, passa en Orient pour faire la guerre aux Parthes et soumettre l'Arménie. L'influence des Romains ayant suscité à Tigrane de nouveaux ennemis parmi les peuples barbares qui environnaient ses Etats, il marcha contre eux, mais son expédition fut malheureuse, puisqu'il y aurait perdu la vie : « Tr/pàvc-j éx mlépov rtviç f3apëapocoû yBxpéwoç (3). » Cet événement eut lieu un an environ avant l'ère chrétienne. Erato quitta alors une couronne qu'elle n'espérait pas conserver, et Caïus, qui était en Asie , donna, en l'an 3 du Christ, pour roi aux Arméniens, Ariobarzane, fils du roi des Mèdes, Artabaze, issu des anciens rois d'Arménie. Ariobarzane vécut peu de temps et laissa la couronne à son fils Artavazt qui ne put se maintenir sur le trône. La table d'Ancyre nous donne sur tous ces événements des détails très-précis : « Rai xb adixb [I0jvaç à<j>caràpevov xoù àva.nùz\j.dÏAi èau.cta6iv imo Faîcu roïi vioù fj.cv (ixtjilù ApiccxpÇdvsi , (3a<T[),éco; M^dwv Kpro£dtcv ûiû , irxcéduiy.ix y.xi fjxrx zzy cxetvou QtxvxTovzâ ûiw aùroû kp-acùxoty (4). » Après la déchéance d'Artavazt, Erato reprit la couronne l'an 1 5 du Christ, mais les Arméniens, qui se las-
(1) Revue archéol., VIIIe année, p. 225. (3) Dion Cassius, Hisl. frag., publ. par Mo-
(2) Tacite, Ann., liv. 11 , ch. 3, i. — Dion relli, t° 78.
Cassius, liv. LV, § H. — Frag. de Dion, (i) Bœckh, C. I. G., n° 4040, col. îv, lig. 7-
publ. parMurelli. 11.
saient d'être gouvernés par une femme, la firent descendre du trône et y placèrent un prince du sang royal d'Arménie, appelé Tigrane, dont la table d'Ancyre fait aussi mention : « OJ àuoupsQêvzoz (Artavazt) Tiypôw, bç h è» '/èvovs Àpuevts-j (3ao-iXncaO, ùç, vb> ficcaàziocv Ir.zu.^x (1). » C'est à cette époque (jue Vononès, qu'Artabaze III venait de renverser du trône de Parthie, s'empara de la couronne d'Arménie.
BACIAEYC BACIAEojN TirPANHC. — Tète de Tigrane coiffée de la tiare, à droite.
ip EPATw BACIAEwC TirPANOY AAEA$H. — Tète d'Erato, à gauche, ayant les cheveux roulés, et sans diadème.
Cuivre. —PI. III, n° 5.
Sestini, lett. V, p. 5-18. — Visconti, Icon. gr., suppl. , p. 307. — Mionnet, Méd. gr., t. IV, p. 437.
BACIAEÏC MErAC NEOC TirPANHC. — Tète de Tigrane coiffée de la tiare, à droite.
8> EPATa BACIAEcoC TirPANOY AAEAOH.— Tète d'Erato, à gauche. Cuivre.
Pinkerton, Essay of medals. — Visconti, loc. cit., note 3. — Mionnet. loc. cit., t. IV, p. 437.
On voit figurer dans la riche collection de pierres gravées du cabinet de France, une intaille en grenat-chevé portant un buste de profil, tourné à droite, coiffé de la tiare arméniaque, constellée et diadème (Cf. PI. III, n" 6). M. An. Chabouillet a attribué ce monument à Thermusa ou Musa, femme de Phraate IV, roi des Parthes (2). Nous ne nous serions point élevé contre cette attribution, si ce savant lui-môme n'avait reconnu, après un nouvel examen, que le monument en question doit représenter les traits
(I) Bœckb, toc. cit., lig. U-13. (2) Calai des camées de la Bibl. Imp., p. 198, n° 1384.
d'une princesse arménienne. En effet, la tiare qui se voit sur la tête du personnage ne laisse aucun doute sur sa provenance exclusivement arménienne et diffère, au surplus, de la coiffure de la reine Thermusa, dont plusieurs médailles nous offrent des spécimen (1). De plus, la figure gravée sur l'intaille du cabinet de France ressemble beaucoup à celle de la reine Erato , et les cheveux sont roulés de la même façon sur les deux monuments , tandis que la reine Thermusa , dont les médailles ont reproduit les traits, est coiffée avec des bandeaux et paraît beaucoup plus âgée que la princesse arménienne dont la figure nous est parvenue sur les médailles et l'intaille, conservés dans la collection de la Bibliothèque impériale. Il n'y a donc point de doute maintenant sur l'attribution de cette pierre gravée à la reine Erato, sœur et femme de Tigrane III.
A la suite des campagnes de Tibère et de Caïus en Arménie , Auguste fit frapper à Rome, à son effigie, des monnaies d'or et d'argent, qui rappelaient ces événements. Ces monnaies, qui portent au revers la légende ARMENIA CAPTA, offrent plusieurs variétés de types; sur les pièces d'or on remarque la victoire domptant un taureau, ou bien encore, un sphinx accroupi ; et sur les deniers d'argent, figurent les emblèmes du royaume d'Arménie, l'arc, le carquois et la tiare. D'autres deniers d'argent qui rappellent aussi les victoires remportées en Arménie par Tibère et Caïus, ont pour légende ARMENIA CAPTA CiESAR DIVI F., avec le type de l'Arménie à genoux, ou bien encore ARMENIA RECEPT IMP CESAR DIVI F., avec une figure debout. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces médailles qui font partie de la série des monnaies d'Auguste et appartiennent exclusivement à la numismatique romaine.
(1) Journal des Savants, 1836. Cf., deuxième des rois de la Bactriane et de l'Inde, par Raoul suppl. à la notice sur les médailles grecques Rochette.
VONONÈS.
(Vers Tan 16 après J.-C.)
Vononès ou Ononès, fils de Phraate, était en otage à Rome, quand les Parthes, qui venaient de tuer Orode H, demandèrent à Auguste l'un des fils de Phraate pour le placer sur le trône (1). L'empereur leur envoya Vononès (2) ; mais ce prince, doué de grandes qualités , à ce que nous apprend Tacite, déplut aux Parthes, et ses vertus mêmes leur parurent des défauts : « Prompti aditus, obvia comitas, ignotœ Parthis virtutes, nova « vitia (3). » Ils allèrent chercher alors jusque dans la Scythie un autre prince, qui, ayant conservé les antiques traditions de ses ancêtres, ne parut point avec des mœurs romaines, comme un vassal de l'empereur. Ils le trouvèrent dans Artaban qui, marchant contre Vononès avec une armée, se fit battre à la première rencontre. Mais cet insuccès ne découragea pas Artaban; il revint à la charge avec de nouvelles forces, contraignit Vononès à quitter ses Etats et à se retirer dans l'Arménie, qui était alors en désordre et sans chef. Il y fut reconnu pour roi, parce qu'il se flattait de l'espoir que Rome l'y soutiendrait contre son rival qui continuait à le poursuivre. Cependant Tibère, qui venait de succéder à Auguste, refusa de le secourir; alors Vononès, appelé par Silanus Créticus, proconsul de Syrie, vint se réfugier auprès de lui, et bien qu'il fût prisonnier, il n'en conserva pas moins le nom et l'appareil de la majesté royale (4). Sur ces entrefaites, Germanicus, ayant passé en Orient avec toute l'autorité d'un César, revendiqua les droits de Rome sur l'Arménie et força les Parthes à l'évacuer. Voulant ensuite donner un gage de ses intentions pacifiques à Artaban, Germanicus intima à Vononès l'ordre de quitter la Syrie. Le roi détrôné passa en Cilicie avec ses trésors; mais au moment où il allait traverser le Pyrame, il fut assassiné par l'officier romain chargé de sa garde (5).
(1) Table d'Âncyre, col. VI, lig. 9 et suiv. (3) Tacite, Ann., loc. cit.
Cf. Bœckh. C. 1. G., n° 4040. (4) Tacite, Ann., liv. II, ch. 4.
(2) Tacite, Ann., liv. II, ch. 2. (5) Tacite, Ann., liv. II, ch. 68.
Les médailles de Vononès qui nous sont parvenues datent du règne de ce prince comme souverain des Parthes ; il ne paraît pas qu'il en ait frappé comme roi d'Arménie, puisque, dès son arrivée dans ce pays, Artaban le poursuivit et l'ayant forcé à abandonner la couronne, il plaça le sceptre d'Arménie entre les mains d'Orode son fils, qui ne le conserva pas longtemps. Il n'est pas probable que les monnaies de fabrique bactrienne qui nous sont parvenues avec le nom d'Ononès, et que Raoul Rochette a publiées dans ses Notices sur les médailles grecques de la Bactriane et de Vlnde [\ ), appartiennent au prince dont nous nous occupons. Leur fabrique, qui diffère essentiellement de celle des monnaies de Vononès frappées en Parthie , fait plutôt supposer qu'elles appartiennent à un roi de la Bactriane d'origine scytique et homonyme du roi des Parthes. Au reste, cette opinion est conforme à celle de Raoul Rochette, qui n'hésite pas à ranger les monnaies à la légende BA2IAEQ2 BA2IAEQN MErAAOT ONQNOY, dans la série des pièces émises par les monarques de la Bactriane; nous nous contenterons donc de décrire ici les deux médailles d'argent qui nous sont parvenues du règne de Vononès , comme roi des Parthes.
BACIAEYC ONiîNHC — Tête de Vononès ceinte du diadème, àgauche.
W BACIAEQCBACIAEQN APCAKOÏ EYEPPETOr AIKAIOY EII1<PAN0YC «MAEAAHNOC — Victoire debout à gauche, et tenant une couronne
Tétradrachme d'argent. — PI. III, n° 7.
Cab. de France.
BACIAEYC ONQNHC — fête de Vononès ceinte du diadème, à gauche.
ip BACIAEYC ONQNHC NEIKHCAC APTABANON. — Victoire drapée, tournée à droite et tenant une couronne et une palme. Dans le champ, Â en monogramme.
(1 ) Journal des Savants, 1834-36, 1er suppl., pi. II, 20, p. 27, et2csuppl., pi. n° 10, p. 28
et suiv.
Drachme d'argent. — PI. III, n° 8.
Gab. de France.
La drachme que nous venons de décrire est une de celles dont la légende a une véritable importance historique. Elle rappelle en effet un événement mémorable du règne de Vononès, c'est-à-dire le triomphe qu'il remporta sur Artaban, son compétiteur. La Victoire qui figure sur le revers de cette médaille est expliquée suffisamment par la légende : fixaiïzvç Ovwvnç •juy.nvxi Apzo&xvsv. On sait que ce succès ne profita pas à Vononès, car il fut contraint par Artaban de quitter ses Etats et d'échanger la couronne de Parthie contre celle d'Arménie, qu'il ne conserva que fort peu de temps.
AIÎTAXIAS.
(18-34 après J.-C.)
Orode, établi roi d'Arménie par Artaban, son père, depuis la fuite de Vononès, s'était retiré, à ce qu'il paraît, et la couronne d'Arménie était devenue vacante (1). Germanicus la donna à Zenon, deuxième fils de Polémon Ier, roi de Pont et de Pythodoris (2). Dès qu'il fut monté sur le trône, Zenon quitta son nom pour prendre celui d'Artaxias ou Artaxate. On peut croire qu'il vécut jusqu'à l'année 34 de notre ère.
La médaille qui rappelle le couronnement d'Artaxias par Germanicus appartient à la numismatique romaine. Le jeune roi pouvait avoir quinze ans, lorsqu'il fut appelé au trône d'Arménie, car il était né vers l'an 3 ou 4 de J.-C.
GERMANICVS [CjESJAR T[IB AVG F.]. —Tête nue de Germanicus, a a droite. Grenetis.
(1) Josèphe, Anl. judaiq., liv. XVIII, ch. 5. liv. II, ch. 56. — Suétone, Caligul. I. — Tacite, Annal., (2) Strabon, liv. XII, § 29.
ip GERMA NIC[VS]. Germanicus debout, tourné à gauche et
ARTAXIA[S]. s'appuyant sur la haste, couronne Ar-
taxias debout devant lui et vu de face. Argent. — PI. III, n° 9.
Revue numismatique, 1838, p. 338. Médaille inédite de Germanicus,
par M. le duc de Luynes.
Depuis le règne d'Artaxias, l'Arménie fut de nouveau tourmentée par de grandes calamités : une foule de princes arsacides ou autres se succédèrent sur le trône. Cet antique royaume semblait n'être plus que le champ de bataille où les Parthes et les Romains venaient se disputer l'empire de l'Asie. Tous ces événements sont suffisamment connus par les narrations des écrivains grecs et romains (1). On peut lire dans Tacite (2) le récit des brillantes victoires de Corbulon, la puissance dePharasmane, roi d'Ibérie, l'établissement de son frère Mithridate sur le trône d'Arménie et sa fin malheureuse, les exploits et les revers de Rhadamiste, fils de Pharasmane (3), et enfin l'avènement de Tiridate ou Dertad, fils de Vologèse, roi des Parthes, qui sembla mettre un terme aux malheurs de l'Arménie. On sait que Tiridate fut le premier roi du monde qui, à la prière de saint Grégoire PHluminateur, apôtre de l'Arménie, embrassa la religion chrétienne (4).
A partir de l'an 30 environ après l'ère chrétienne, la numismatique de la première branche des Arsacides d'Arménie cesse complètement; car nous ne trouvons aucune monnaie des princes qui précédèrent ou suivi-
(1) Josèphe, Ânl. judaïq. — Tacite, Ann. (3) Ann., liv. XII, 43; XIII, 6, 37.
— Florus. — Velleius Paterculus. — Suétone. (i) Agathange, Hist. du règne de Tiridate
— Dion Cass. — Orose, passim. et de la prédication de saint Grégoire.
(2) Ann., liv. VI, ch. 11-15.
rent Tiridate. Cependant nous lisons dans les historiens orientaux que les rois d'Arménie n'avaient point tout à fait renoncé au droit de battre monnaie, puisque nous trouvons dans l'histoire de Géorgie (1) que sous les règnes d'Azorc et d'Asmaël, rois de la troisième dynastie arsacide, qui régnèrent de l'an 87 à 103 de J.-C, la Géorgie eut sans cesse à lutter contre les rois d'Arménie. Ardaschès III, fils de Sanadroug, appelé par les Grecs Exaradès ou Axiradès, ayant vaincu les Géorgiens, leur rendit les provinces qu'il leur avait enlevées, à la condition que les rois de ce pays battraient monnaie à son effigie. Quoi qu'il en soit de ce témoignage historique, les monnaies en question ne sont point parvenues jusqu'à nous. C'est dans la numismatique romaine que nous trouvons, à de rares intervalles, des pièces ayant trait à l'histoire de l'Arménie. Ainsi, à la suite des campagnes de Corbulon, Néron fit frapper à Rome des monnaies d'argent à sou effigie, et qui portaient au revers une victoire tenant une couronne et une palme, avec la légende ARMENIACVS.
Sous le règne d'Erouant II, vers l'an 60 après Jésus-Christ, les rois d'Arménie recouvrèrent une partie de l'ancien royaume, c'est-à-dire les régions au centre desquelles s'élevait la ville d'Armavir. Mais cette indépendance, qu'Erouant semble avoir conquise un instant, ne fut pas de longue durée. Les Arméniens conservaient, il est vrai, un fantôme d'indépendance , mais les empereurs romains leur donnaient des rois de leur choix; ainsi, Trajan qui les avait complètement soumis au joug de Rome, fit frapper des monnaies de bronze à son effigie, au revers desquelles on lit la légende ARMENIA ET MESOPOTAMIA IN POTESTATEM PR RE- DACTAE, avec la figure de l'empereur en habit militaire, tenant la haste et le parazonium, et ayant à ses pieds l'Euphrate, le Tigre et l'Arménie personnifiés. D'autres médailles, frappées en Orient, étaient destinées à rappeler aux populations asiatiques la soumission de l'Arménie par Trajan. En voici la description :
ATTOKPATwP KA1C TPAIANOC TEP AAKL — Buste lauré de Trajan, a gauche.
(1) Brosset, Hisl. dt Géorgie, p. "I.
ip APMENIA. — Trajan, debout, en habit militaire, ayant sur la main droite une petite Victoire placée sur un globe, et devant lui l'Arménie assise au pied d'un trophée.
Cuivre, grand module. — PI. III, n° 10.
Cab. de France.
Mêmes légende et type.
iy APMENIA. — L'empereur debout, en habit militaire, couronné par la Victoire et ayant à ses pieds, d'un côté, l'Arménie assise, et de l'autre, des dépouilles.
Cuivre, grand mod. — PI. III, n° H .
Cab. de France.
Mionnet, Méd. gr., t. IV, p. 457.
ATTORPATwP AYr TPAIANOC. — Buste lauré de Trajan, à gauche, la poitrine cuirassée.
ip APMENIA. — L'Arménie éplorée assise à terre, devant un trophée, ayant à côté d'elle l'empereur, debout , vêtu du paludamentum , portant une Victoire sur la main droite et tenant une haste de la gauche.
Cuivre, grand module.
Sestini, Lettr. numism., cont., t. III, p. 58. — Mionnet, suppl., t. VII,
L'Arménie, bien que soumise au joug de Rome, sembla recouvrer sous les règnes des successeurs de Trajan, une partie de son indépendance. Antonin et Marc-Aurèle lui donnèrent des rois, puisque nous trouvons, sur quelques médailles qui nous sont parvenues des règnes de ces princes, la preuve du fait que nous avançons. On connaît, en effet, des pièces de bronze, frappées à Rome sous Antonin et qui portent au revers la légende REX ARMENIIS DATVS, avec le type de l'empereur couronnant un roi
d'Arménie. Nous savons aussi que, vers l'année 1 61 , Lucius Verus installa sur le trône d'Arménie un prince arsacide du nom de Sohèine, après qu'il eut renversé Tigrane VI. Des médailles de bronze, au type de Verus, qui nous sont parvenues ont, au revers, la légende REX ARMENIIS DATVS avec la figure de l'empereur assis sur une estrade, où se trouvent trois personnages debout, tandis qu'au pied de l'estrade, Sohème, dans l'attitude de l'attente, se tient devant l'empereur. Nous devons signaler encore ici les médailles de Marc-Aurèle et de Lucius Verus où le titre d'Armeniacus fait partie de la légende, car on sait que ce titre avait été pris par ces deux empereurs à la suite des expéditions qu'ils firent en Arménie, et après la soumission de ce pays (1).
Enfin, nous mentionnerons aussi les médailles frappées à Constantinople, au nom d'Hannibalien, frère de Delmatius et neveu de Constantin le Grand, qui avait reçu de l'empereur, son oncle, le titre de roi de Pont, de Cappadoce et d'Arménie. Ces médailles, dont quelques exemplaires en or et en cuivre nous sont parvenus, ont pour type, outre la figure du prince, un fleuve couché appuyé sur un bâton, et ayant près de lui une urne renversée de laquelle s'échappent des eaux, avec la légende SEC VRITAS PV- BLICA ou SECVRITAS REIPVBLICiE. Inutile de dire que ces monnaies font partie de la suite impériale romaine, car on sait qu'Hannibalien, bien qu'il ait porté le titre de roi d'Arménie, n'exerça jamais sa puissance sui les populations arméniennes et qu'il ne fut jamais considéré par celles-ci comme un roi national. Nous savons aussi que les historiens nationaux ne parlent point de lui , car depuis longtemps déjà , les Arméniens avaient perdu leur indépendance, et leur pays avait été annexé aux domaines de l'Empire, dont il formait l'une des frontières orientales.
(I) Hittor. August., Jul. Capitol., Aurel. et L. Ver.