I. — HAICIENS
( 2350 à 350 avant J.-C. )
Les traditions qui nous sont parvenues des temps où régna la première dynastie, issue de Haïg, ne sont que des légendes imaginées après coup, où l'on ne rencontre rien d'authentique et de réel. Tout ce qu'il est permis d'en induire avec certitude, c'est que les princes arméniens furent, à l'égard des monarques assyriens, dans un rapportde dépendance et de vassalité, jusqu'à Rarouïr, le compagnon d'armes d'Arbace et son allié contre Sardanapale, et qui, en retour de l'assistance qu'il prêta au fondateur de la dynastie des Mèdes, reçut de lui le titre de roi, et devint maître souverain de l'Arménie (1).
Le plus illustre successeur de Barouïr fut Tigrane I" ou Dikran, fils d'Erovant I". Ce prince rétablit l'Arménie dans son ancienne puissance, recula au loin les limites de ses Etats, et lit connaître, pour la première fois, le nom des Arméniens aux nations étrangères. Quand il eut considérablement établi ses forces, il donna des secours à Cyrus, pour faire la guerre à Ajtaliag, roi des Mèdes, l'Astyages des Grecs. Xénophon parle
(1) Moyse de KhorAn, Histoire d'Arménie, liv. I, ch. 21. — Jean Catholicos, Hisl. d'Ârm., en. 8.
avec détails, dans sa Cyropédie (1 ) , des services que Tigrane rendit dans cette occasion à Cyrus ; leurs forces réunies obtinrent enfin la victoire, et Ajtahag périt dans un combat, de la main même de Tigrane. Ce récit, que nous empruntons à Moyse de Khoren (2), n'est point d'accord avec ceux de Xénophon (3), d'Hérodote (4), de Ctésias et de Justin (5) , qui s'accordent à dire qu' Ajtahag survécut à la perte de son empire.
Tigrane eut pour successeur son fils Vahak'n, qui se distingua tellement par sa vaillance et ses exploits, qu'il fut mis, par la suite, au rang des dieux du Panthéon arménien, et considéré comme l'Hercule national. Les anciens bardes de l'Arménie le prenaient pour sujet ordinaire de leurs chants (6).
Cependant l'indépendance de l'Arménie ne fut pas de longue durée, car nous voyons déjà, sous les premiers Achceménides, ce royaume soumis aux souverains de la Perse. Les successeurs de Vahak'n continuèrent à administrer leurs états sous la suzeraineté des Grands Rois, et le dernier d'entre eux, Vahé, fils de Van, périt en combattant contre l'un des lieutenants d'Alexandre (7). Avec ce prince finit la dynastie de Haïg, dont les successeurs avaient gouverné l'Arménie, tantôt avec la plénitude de la puissance royale, tantôt comme vassaux des rois d'Assyrie et de Perse, pendant l'espace de vingt siècles environ.
Nous ignorons complètement si les monarques de la dynastie issue de Haïg battirent monnaie à l'exemple des autres souverains de l'Asie , et nous ne pouvons former, à cet égard, que des conjectures, car, jusqu'à présent, rien ne nous prouve que les rois de la première race arménienne aient usé de cette prérogative. Cependant nous savons que les grands vassaux de l'empire Achceménide, qu'ils fussent rois ou satrapes , avaient
(1) Liv. II. ch. 4, etliv. III, ch. 1 à 3. (6) Moyse de Khorèn, liv. I, ch. 31. —Jean
(2) Liv. I, ch. 29. Cathol., ch. 8.
(3) Cyrop., liv. I, ch. 5. (7) Moyse de Khorèn, liv. I, ch. 31. — Jean
(4) Hist., liv. I, § 130. Cathol., ch. 8. (b) Liv. I, ch. 0.
dans leurs attributions le droit de frapper des monnaies, à leur effigie et un assez grand nombre de monuments sont là pour attester ce fait (1). Il est donc permis de supposer que les derniers rois arméniens de la première dynastie usèrent de cette prérogative souveraine, puisque nous savons, par le témoignage de plusieurs écrivains de l'antiquité, qu'à l'époque de Tigrane Ier, l'Arménie était florissante et avait imposé le tribut à plusieurs nations (2).
On sait que l'Arménie était fertile en mines d'or (3) et d'argent (4), et Strabon nous apprend qu'il y avait dans la Grande-Arménie, une province qu'il nomme Tampons ou Swnrtparriç dont le nom et la position semblent correspondre au canton arménien de S'ber , vulgairement Isber, lequel était situé à peu de distance au N.-E. d'Erzeroum. C'est peut-être aussi le même district qui est appelé Séphar, dans la Genèse, et dont il est question au chapitre de la généalogie des enfants de Noé (5) : « Et facta est habitatio eorum de Messa pergentibususque Sephar montem orientalem. » On sait qu'Alexandre avait chargé un de ses généraux, nommé Memnon, de s'emparer des mines d'or de Cambala, dans l'Hyspiratis ; mais celui-ci s'étant fait battre par les habitants de la contrée, périt avec les troupes qui l'avaient accompagné (6).
La seule mention de monnaies frappées par les rois arméniens de la première dynastie se trouve dans l'historien Vartan (7), qui raconte, à propos de l'ancienne écriture arménienne, que « l'on fit la découverte, en Ci- « licie, à l'époque du roi Léon, d'un tram sur lequel était empreint, en « lettres arméniennes, le nom de rois idolâtres de la race d'Haïg. » On comprend combien ce témoignage de l'historien arménien Vartan, qui vivait au treizième siècle de notre ère, est de peu de valeur, puisqu'on sait que les caractères arméniens ne furent inventés et mis en usage par Mesrob qu'à partir du quatrième siècle. En outre, il est bien probable que la
(1) Le duc de Luynes, Numismatique des (i) Pline, liv. XXXIII, ch. 22. satrapies sous les rois Achœmcnides. (d) Gen., ch. 10, vers. :)0.
(2) Moyse de Khorèn, liv. I, ch. 21. —Jean (0) Strabon, liv. XI, ch. lu. Cathol., ch. 8. (71 Histoire universelle, ms.
(3) Strabon, liv. XI.
monnaie qui fut découverte en Cilicie, au temps du roi Léon II, était une pièce de l'époque des satrapes Achœménides, dont les légendes sont tracées en caractères phéniciens , et que Vartan aura pris, à cause de leur mauvais état de conservation, pour des lettres arméniennes. Une erreur du même genre a été commise, dans ces derniers temps, par le père Indjidji (1), qui assure avoir vu dans la collection de lord Ainsley, à Constantinople, beaucoup de monnaies représentant d'un côté une tête de roi coiffé à la manière orientale, et de l'autre côté un autel placé entre deux personnages. Il dit avoir reconnu, dans les légendes, les plus anciens caractères usités chez sa nation avant l'alphabet de Mesrob. Cette opinion n'est pas admissible, car les médailles en question sont des monnaies sassanides ou des imitations de ces pièces, et en outre on sait, par le témoigage de Moyse de Khorên et de Lazare de Pharbe, qu'avant l'invention de l'écriture nationale, les Arméniens employaient indistinctement les caractères assyriens, persans ou grecs.
Quoiqu'il soit bien établi qu'aucune monnaie des rois issus de Haïg ne nous soit parvenue, il faut dire cependant qu'à l'époque où l'Arménie était tributaire des souverains Achœménides, c'est-à-dire à partir des règnes des successeurs immédiats de Vahak'n, fils de Tigrane, des satrapes persans qui gouvernaient quelques-unes des provinces qui leur avaient été enlevées , battaient monnaie, et plusieurs pièces portant leurs noms sont arrivées jusqu'à nous.
TIRIBAZE
Satrape de l'Arménie occidentale sous Artaxerxès-Mnémon (400 à 584 av. J.-C).
Tiribaze était satrape de l'Arménie occidentale, des Phasianiens et des Hespérites, au temps de Cyrus le Jeune et de la Retraite des Dix-Mille (2). Il figure dans l'histoire depuis l'an 400 jusqu'en 384 avant notre ère. Se-
(\)Antiq. de l'Àrmèn. (Venise, 1835), t. H, (2) Xénophon, Anab., IV, 4; VII, 8. — Dio-
p. 7o, note. dore de Sic, liv. XIV, ch. 27.
Ion Cornélius Nepos, il était satrape de Lydie, en 393 (1). Ce fut lui qui commandait l'armée qu'Artaxerxès envoya, en 386, contre Evagoras , roi de Salamine. Mais, sur ces entrefaites, il fut calomnié par Orontes, son collègue, qui le jeta en prison par ordre d'Artaxerxès. Quelques années après, ayant recouvré sa liberté, il n'en profita que pour ourdir un complot avec Darius, fils d'Artaxerxès, dans le but de détrôner ce prince. La conspiration ayant échoué, Tiribaze fut tué d'un coup de javelot, au moment où il se préparait à prendre la fuite (2).
Gesenius (3) et M. le duc de Luynes (4) ont publié plusieurs monnaies d'argent de Tiribaze. Seulement le premier les rangeait parmi les incertaines de laCilicie, tandis que M. le duc de Luynes, avec sa sagacité habituelle, les a restituées à Tiribaze.
— 'WW- Tribzou, en caractères phéniciens. — Baal , debout à gauche, le corps à demi nu, enveloppé du manteau grec, s'appuie , de la main gauche sur son sceptre, et de la droite soutient un oiseau battant •les ailes. Dans le champ T.
g? — Ormuzd vu de face et nu jusqu'à la ceinture, le corps terminé par un disque annulaire, d'où partent les deux ailes et da queue d'une colombe , avec deux bandelettes, tient de la main droite élevée une couronne et de la gauche la fleur de hom.
Argent. PI. 1, n° 1 .
Collection de M. le duc de Luynes.
Il existe une variété de cette médaille au Musée britannique ; c'est une pièce semblable à la précédente et qui n'en diffère que par le sigle du champ qui est 20 au lieu de T. — PI. I, n° 2.
(1) In Conon., ch. 5. (4) Numism. des satrapies, p. 1, pi. I, n"
(2) Plutarque, in Ârlaxerx. 1 à 3.
(3) Monutn. phœnicia.,ine. Cilic.