LES GÉNOIS, SEIGNEURS DE CHIO
P. 414. — Il m'est arrivé tout récemment d'Orient un exemplaire nouveau de la belle pièce d'argent des deux frères Zaccaria avec la légende Servorum Imperatoris. Celui-ci est une variété de l'exemplaire du British Muséum, gravé pi. XIV, 3; les légendes sont identiques, mais on remarquera que la représentation de l'édifice du droit est fort différente; on distingue nettement cette fois une enceinte fortifiée garnie de huit tours, enceinte évidemment destinée à représenter la ville de Chio. Le poids de cet exemplaire est de r gr. 5'2o, un peu plus que celui de M. Lambros. Le savant numismatiste d'Athènes a acquis également, je le crois, un nouvel exemplaire de cette pièce d'une incomparable rareté. Celui que je viens de décrire est gravé sous le n° 10 de la pi. XXI.
P. 418. — J'ai reçu de Chio même un exemplaire malheureusement très défectueux d'un petit denier d'argent entièrement inédit. Le type du droit et celui du revers sont analogues à ceux des plus anciens deniers de Chio gravés, pi. XIV, nos 20 et 2t, à savoir : au droit, le châtel tournois, au revers, la croix. La légende du revers a disparu, sauf les quatre dernières lettres : S REX, qui sont évidemment la fin de la légende traditionnelle CONRADVS REX. Au droit, on n'aperçoit également plus que les quatre lettres NTAS; la forme de la première lettre semble même indiquer que ce n'est point une N mais une lettre double composée d'une N et d'un 1 liés. Nous aurions alors la fin du mot COMMVNITAS, qu'on retrouve sur un sequin frappé par les Génois de Péra. Si l'on n'admet pas cette lecture, on pourrait admettre celledeClVINTAS pour C1VITAS, erreur fréquente sur les petits deniers moins anciens de Chio au type du château à trois tours crénelées : la légende complète serait alors CIVINTAS SYI pour CIVITAS SYI. En tous cas, en attendant la découverte de quelque exemplaire mieux conservé, je classe cette monnaie parmi les plus anciens produits de l'atelier génois de Chio. Gravée, pi. XXI, 1.
ADDITIONS ET RECTIFICATIONS i7
PP. 419 et 420. — Voici, avec la drachme d'Acre, la pièce la plus précieuse qui soit parvenue à ma connaissance depuis la publication de mon ouvrage. Qu'on se reporte au paragraphe où je traite des sequins d'imitation frappés à Chio; on y lira le passage suivant, que je transcris intégralement: « Ce n'est qu'après que le duc de Milan eut été expulsé de Gènes, ou plutôt même à partir des derniers temps du troisième dogat de Thomas Frégose, qu'on retrouve sur les sequins chiotes, à l'exergue du droit et au pied de la bannière que porte le saint, l'initiale de l'atelier, S, et au revers la légende : Gloria in excelsis Deo et in terra pax, remplaçant l'hexamètre traditionnel; toutefois, on retrouvera très probablement un jour, dit fort bien M. Lambros, des sequins chiotes, frappés au nom de Philippe-Marie de Milan, pendant les dernières années de sa domination à Gènes et portant l'initiale S; on en retrouvera vraisemblablement aussi de semblables, frappés pendant le second doganat de Thomas Frégose, qui ne dura qu'un an, ou pendant les premières années du troisième. Si jamais tous ces sequins se retrouvent, ils porteront, je le répète, au pied de la hampe de la bannière, l'initiale S, mais ils auront encore au revers la légende ordinaire des ducats de Venise; et voici sur quoi s'appuie cette conjecture. On connaît les autres sequins d'imitation, frappés sous le règne du même Philippe-Marie Visconti par les Génois de Péra, sur lesquels figure l'initiale P de cet atelier; or, si les Génois de Péra, qui, très probablement, ainsi qu'on le verra au chapitre des monnaies de cette colonie, n'ont commencé à monnayer que vers la fin du règne de Philippe-Marie, époque qui correspond à l'abaissement extrême de l'empire byzantin, si les Génois de Péra, dis— je, ont éprouvé le besoin de faire figurer sur leurs sequins ce caractère particulier, ce dut être, très certainement, en vue de les distinguer des espèces en tous points identiques de l'atelier de Chio; sur les uns, on inscrivait un P, sur les autres un S. De même, dans un sens inverse, ce fut cette installation même de l'atelier de Péra qui dut déterminer aussitôt l'apparition de l'initiale distinétive correspondante sur les monnaies frappées par l'atelier plus ancien de Chio. »
Les conjectures, les ingénieuses hypothèses de M. Lambros se sont réalisées presque de point en point, et c'est un sequin inédit que j'ai reçu d'Orient qui en est la preuve frappante. En effet, celui-ci porte à la fois le nom du duc de Milan et l'initiale S ; il correspond donc entièrement aux sequins frappés au nom du même prince à Péra sous l'initiale P, sequins dont l'existence même avait porté M. Lambros à affirmer celle de la monnaie que je publie aujourd'hui. La seule différence est que ce précieux sequin porte déjà la nouvelle légende : Gloria in excelsis Deo et in terra pax. On peut en conclure : i° que cette monnaie est de quelques années postérieure au sequin correspondant de Péra, frappé au nom du même prince; 2o que l'apparition de la légende Gloria in excelsis doit être reportée aux toutes dernières années de la domination à Gênes de Philippe-Marie Visconti, c'est-à-dire un peu avant 1436.
Voici la description de ce joyau de la numismatique chiote ; ce sequin est d'or presque pur.
Y ■ MA- MKKIOU'. Le duc de Milan, agenouillé, recevant l'oriflamme des mains de saint Laurent. Derrière le saint, S • LAVRET. Le long de la hampe de la bannière, DVX. Au pied de la hampe, un grand S.
ty GLORIA I EXCELSIS DEO EU TERA pas ho. Le Christ dans une auréole elliptique.
Gravée, pi. XXI, 37.
p. J20. — M. Lambros a acheté à la vente Franchini, en 1879, un exemplaire du sequin attribué au règne de Philippe-Marie Visconti, avec l'effigie et le nom de saint Pierre remettant l'oriflamme au doge. J'ai acquis également un autre exemplaire à Constantinople; ce sont de légères variétés toujours d'un très mauvais alliage. Un troisième exemplaire figure dans le catalogue de la collection Rossi, dont la vente publique s'est faite au mois de décembre [880 à Rome.
p. 421. — M. Lambros a également acquis, à la vente Franchini, un exemplaire du rarissime
sequin au nom de Thomas Frégose, T . D . CAMPOFREG . DVX, gravé pi. XIV, i5. M. Charvet possède un autre exemplaire de cette monnaie, exactement du même coin que celui qui est gravé dans mon ouvrage. Sur ces pièces, il semble qu'on ait tenté de faire disparaître la lettre S caractéristique.
P. 427. — Je trouve dans le catalogue de la vente Borghesi, qui s'est faite à Rome l'an dernier, la description suivante d'une monnaie de Chio, inscrite sous le n° 2021.
« Torucse. (- CIVITAS . CHU . F . S. Château surmonté d'une aigle éployée.
« $ + CONRADVS . REX . RO. Croix.
« Gr. 1,025. Incdita, arg. »
Id. — J'ai reçu d'Orient un exemplaire à fleur de coin de la pièce de Chio (gros ou gigîiatd), gravée pi. XV, 1. Je ne connaissais jusqu'ici que l'unique exemplaire delà collection Franchini, de Gênes, publié par M. Promis et reproduit par moi d'après le dessin qu'il en a donné. Ce premier exemplaire a été acquis par M. Lambros, il y a deux ans, lors de la vente de la collection Franchini. Grava, pi. XXI, 9.
P. 428. — J'ai reçu de Chio un exemplaire de la pièce gravée sous les n°s 7 et 8 de la pi. XV. Comme l'exemplaire du marquis de Vogué, gravé sous le n° 8, cette nouvelle pièce porte une curieuse contremarque représentant le même château de Chio, de dimensions très réduites. Gravée, pi. XXI, 1 1.
P. 429. — J'ai acquis à Chio un très bel exemplaire de la toute petite pièce frappée peut-être en 1483 et gravée sous le n° 28 de la pi. XIV. Contrairement à ce que j'ai dit, c'est là une pièce de cuivre pur, division des monnaies décrites au paragraphe suivant. Je crois que feu D. Promis lui a assigné une date trop ancienne et je ne suis pas certain que la première initiale soit un L. Grava, pi. XXI, 3.
P. 4)0. — J'ai reçu l'an dernier de Chio les empreintes de deux exemplaires nouveaux de la pièce d'argent au nom du podestat Francesco di Lorenzo Giustiniani Banca, vers 020; l'un est identique à la pièce gravée sous le n° 10 de la pi. XV; le second est distinct, et sur cette variété nouvelle, la légende du revers est en effet + COXRADVS + REX + RO + et non RO.MA. Gravée, pi. XXI, 12.
Id. — M. Lambros a acquis à la vente Franchini à Rome un gigliato inédit dont voici la description :
+ CIVITAS CHU. Château surmonté d'une aigle éployée entre les lettres P — I.
S) CONRADVS REX RO. Croix.
J'ignore quelle fut l'année du gouvernement de ce podestat de Chio P. (Pierre?) Giustiniani.