Même type; id., Ki id. (an 24) AR
Sur ces trois pièces d'un poids très-régulier, les deux dernières ont été publiées par M. R. S. Poole, dans la Numismatic Chronicle, année 1864, pi. I, n. 1 et 4.
32 PTOLÉMÊE II, PHILADELPHE
Quatrième époque.
(Monnaies avec le titre de Soter et portant toutes des noms de villes.)
Comme nous l'avons déjà relaté, voilà deux grands siècles que la numismatique des Lagides est discutée, commentée par les savants français et étrangers; et jusqu'en ces derniers temps, chaque pierre apportée au mystérieux monument semblait en surcharger Tédifice.
Pour la série des monnaies que la généralité des auteurs classaient à Ptolcmée Soter, le fondateur de la dynastie, ils évoquaient, comme nous l'avons déjà fait remarquer, des ères de telle ou telle ville, pour les pièces datées de l'an 23 à l'année 117, portant le nom de iQTIIPOi: (1). Ceux qui ont eu l'idée de ces ères inexplicables n'ajant pas présenté de résultats sérieux, nous passerons leurs noms sous silence ; d'autres, plus logiques, avaient trouvé, dans les vaiiétés de travail et de frappe, que les pièces avaient dû être émises (celles d'un bel art), par Soter !"■, les autres par Soter II. Mais, hélas! les dates inscrites d'une manière indiscutable venaient aussi renverser leur séduisant échafaudage. En effet, en prenant même pour point de départie moment où PtoléméeSoterl'" gouverna l'Egypte comme satrape, (l'année 323 avant notre ère), la monnaie portant la date 117 se trouvait être frappée l'an 200, avant- dernière année du règne de cet exécrable Philopator, qui mourut l'an 205, juste 89 ans avant l'avènement de Soter II au trône; Cousinéry seul avait admirablemant posé les bases d'une solution sérieuse et raisonnée, en disant, lettre IV, page 137 :
» Le système monétaire de Soter va être encore mieux » éclairci par celui qu'adopta Ptolémée Philadelphe, son fils ; ce I prince, autant pour honorer la mémoire de son père, issu » d'Hercule, que pour obtenir plus sûrement le respect des t peuples, se hâta, après la mort de Soter, de célébrer son apo- » théose à Memphis, où la statue du nouveau dieu fut placée » auprès de celle d'Alexandre ; et il fit rendre les mêmes hon- • neurs à Bérénice, sa mère. Nous voyons la preuve de ce fait
(1) Dernières limites des pièces datées. R. ST. Poole, Num. chron., années 1£64, pages 165 à 167.
» dans l'inscription de Rosette. II fit frapper à l'occasion de • cette consécration de très- belles monnaies d'or et d'argent, » avec l'image de son père, et où ce roi est quelquefois qualifié > de snTHPOS sauveur. Pendant tout son règne, Philadelphe » n'employa que ces mômes types sur les trois métaux , et , à » l'exemple de son père, il s'abstint de faire représenter sa » propre image sur aucune de ses monnaies, etc., etc. »
Cette idée tout à fait lumineuse, émanée d'un homme foncièrement attentifs l'étude de l'art monétaire et aux recherches historiques, n'a cependant pas converti la plus grande partie des auteurs contemporains habitués ."i la routine, et qui ont passé son nom sous silence. Il ont préféré suivre les vieux errements en maintenant au premier Ptolémée presque toutes les monnaies à son effigie portant .«oit l'inscription nTO.VEMAlor BAIUEni, soit celle IITOAEMAlor ïUTHl'Oi, et sans les explications de MM. Poole et Six, tout serait encore à l'état d'étude où Cousinéry l'avait laissé.
M. Six démontre d'une manière indiscutable dans sa remarquable lettre à M. Poole, insérée in extenso dans laNumismatic Chronicle (1), qu'il parait inadmissible d'attribuer à Soter I" les monnaies frappées en son nom en Phénicie et en Judée, surtout celles portant des dates comprises entre les années 25 à 39. Nous partageons en tout point l'opinion du savant hollandais, et M. Poole lui-même parait s'être rangé ;\ sou avis; nul doute que les hommes judicieux ne se rendent à d'aussi sérieux arguments. En effet, les pièces datées portant le nom de Soter, émises par les villes de Tyr, Sidon, Gaza, .Joppé et Ptolémaîs, s'arrêtent toutes à l'année 39. Les monnaies à'Arsinoé II, la seconde femme de Philadelphe , portent également des dates s' arrêtant à cette limite (2). Or, Philadelphe aj-ant régné 38 années parfaitement accomplies, rien ne s'oppose îi ce que l'année 39 soit inscrite sur les dernières monnaies de son règne. Nous aurons l'occasion de rappeler cette anomalie de dates dans les notes placées à la fin des règnes de Ptolémée VIII Philométor et de Ptolémée XIII Aulôte. Nul n'ignore que les rois d'É-
(1) Année 1865, pages 126 à 131.
(2) Voir l'avant-dernier alinéa de la note placée après le n. 183.
gypte avaient pour habitude de compter leurs années de règne du jour môme de la prise de possession du trône. Nous voyons en effet des règnes très-éphemères dater des monuments de la seconde année de leur règne. On comptait l'année dans laquelle avait lieu l'avènement pour I. Puis, au renouvellement de l'année du public, on comptait II; on pouvait de la sorte avoir deux années de règne sur les monnaies en quelques semaines, même en quelques jours.
Il serait aussi as^oz difficile d'attribuer ces pièces à Ptolémée !'■' Sûter, qui ne régna effectivement comme roi que 21 ans ou 23 ans, si on tient compte des deux années qui suivirent son abdication; et, répétons-le encore, les monnaies d'Arsinoé II, avec les date 5 élevées, viennent appuyer notre dire.
Des preuves aussi concluantes nous dispensent, il semble, de démontrer par d'autres arguments l'attribution évidente à Philadelphe des monnaies au nom deSoter; elles ont été réellement frappées après sa mort, très -vraisemblablement par une interprétation de religieux respect que son caractère avait inspiré à son successeur et à son peuple. La découverte de Cousinéry nous paraît très-rationnelle et tout h fait probable. Les pièces portant le titre glorieux donné par les Rhodiens au fondateur de la dynastie des rois d'Egypte, ont dû en effet avoir pour point de départ un événement mémorable du règne de Philadelphe ayant pour but de perpétuer la mémoire de son père; ce fait historique avait une telle importance aux yeux du peuple égyptien, que tous les descendants de cet homme illustre, même les plus pervers, se glorifièrent de maintenir ses titres et son efBgie sur les espèces monétaires.
Ces sortes de glorifications posthumes étaient, on le sait, dans l'esprit et le tempérament des anciens. Donnons comme preuve la série entière des rois de Pergame. Tous en effet firent frapper des monnaies au nom et au type de Philétaire, le fondateur de la dynastie.
Sous les empereurs romains, les souverains adoptifs prenaient généralement, sur les monnaies, lors de leur avènement, le caractère de tète , même l'expression de physionomie de leur prédécesseur. Témoin Trajan, ressemblant d'abord
à Nerva; Hadrien, prenant aussi le caractère de tête de Trajan, etc., etc. On peut aussi fournir une similitude assez exacte par d'autres personnages. On peut dire qu"il était dans la forme spiritualiste de la civilisation grecque et romaine de placer sous l'invocation ou la protection du mort les actes et la vie des vivants. Les elBgies d'Hercule, héros créateur et père de tant de princes; celles d'Ale.tandre, perpétuant son nom et ses gloires ; les Césars Augustes, les institutions des empereurs bienfaisants, prouvent assez que les anciens aimaient à faire revivre les morts dans tous les usages de la vie.
Ville de ryr.