‹ Numismatique générale de l'ArménieChapitre 1 sur 62 · K'. PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

K'. PROLÉGOMÈNES

Les origines de l'histoire d'Arménie, comme celles des autres empires de l'Asie, sont enveloppées d'épaisses ténèbres. Pendant longtemps , la tradition orale seule put transmettre les événements du passé aux générations successives et, de bonne heure, l'oubli vint effacer les traces , si défectueuses déjà, de la plus ancienne histoire.

Cependant, quelques-unes de ces voix primitives ont pénétré jusqu'à nous. Les traditions orales ont fini par trouver des écrivains , et quoiqu'elles aient été altérées dans cette transmission séculaire, quoique le symbolisme qui les enveloppe les rende souvent obscures et inintelligibles, quoiqu'elles présentent des lacunes nombreuses et quelquefois des vides qu'il est impossible de combler, elles nous permettent néanmoins de suivre la ligne des événemeqts accomplis dans le passé et de retracer les phases principales de l'activité de la nation haïcienne.

L'Arménie, dans son enfance, était une tribu, seule forme patriarcale des premières sociétés humaines qui se sont formées sur la terre. Si nous voyons une longue suite de rois, depuis Halg, le fondateur de la première dynastie arménienne, jusqu'au dernier monarque de la race , c'est que la tribu arménienne ne vivait pas, et, par conséquent, ne pouvait pas mourir. Elle végéta de la sorte pour se transformer plus tard , sous lea rois de la deuxième dynastie, rois étrangers à l'Arménie, et qui tiraient leur ori-

gine des Parthes Arsacides. Semblable à ces zoophytes que Ton brise sans les détruire, et dont chaque partie, une fois qu'elle est détachée, devient elle-même un tout complet, la tribu arménienne se divisa, sans cependant cesser d'exister. Ainsi, les conquêtes des Assyriens, des Perses, des Romains, et, plus tard, des Grecs et des Arabes, la division de son territoire, n'enlevèrent pas à l'Arménie son homogénéité; car, en la divisant, elle se partagea pour se multiplier. Et, tandis que nous voyons les grands empires de l'Asie, qui ont été si puissants, disparaître de la face du monde, comme un navire՜ que la mer a englouti, nous voyons, au contraire, la nation arménienne résister à tout, même au temps qui n'épargne rien. Il reste aujourd'hui bien peu de nations qui vivent encore, quoique asservies et divisées, et qui n'aient jamais perdu un seul instant le souvenir de leurs annales, de leur grandeur passée et de leur nationalité. Le gouvernement de l'Arménie était constitué de telle sorte, son organisation était ainsi faite, qu'il atteignit la perfection : cette perfection consista moins à vivre beaucoup qu'à vivre longtemps.

L'histoire de l'Arménie, comme celle de tous les peuples qui prennent leur rang dans le monde, est partagée en trois époques. D'abord , elle se posa, si je puis m'exprimer ainsi , puis elle vécut, et enfin elle arriva, par une lente transition, à sa période de décadence et de suggestion. Telles sont les grandes divisions de l'histoire de l'Arménie dans l'antiquité. Sous la première race, la tribu se forma un corps de nation, se conquit un empire ; tandis que, sous les Arsacides, la nationalité arménienne constituée, se fit connaître aux autres peuples, plutôt par l'histoire de ses institutions que par ses conquêtes. C'est sous les rois de la seconde dynastie que l' Arménie fut florissante ; mais bientôt sa puissance diminua, et l'on vit les Pa rthes et les Romains ériger, en théâtre de leurs querelles, le royaume arménien, qui était place entre eux comme une barrière. La puissance de ces deux voisins diminuait d'autant la force des Arméniens, qui se trouvaient dans la position la plus critique: servir l'un, était faire, en quelque sorte, une guerre sourde à l'autre ; abandonner le parti des premiers pour embrasser celui des seconds, c'était vouloir marcher à sa perte. Cependant la neutralité était impossible; l'Arménie était donc fatalement sacrifiée au

caprice de Tun ou de l'autre des deux graads empires. Elle tomba, sans cependant succomber, et pour se relever un jour moios puissaote, il est vrai, qu'auparavant, et pour faire revivre, à d'autres époques et dans d'autres contrées, sa nationalité, ses institutions, sa religion et son idion^e^

§ U. REUGION.

La religion primitive des Arméniens fut semblable à celle des races indo-germaniques , c'était le polythéisme ; puis , vinrent des cultes nouveaux apportés de l'Occident, qui modifièrentcette religion primitive et en déterminèrent les dernier^ caractères; enfin, toute la signification des traditions fut oubliée dans la suite des temps, et tous les cultes dégénérèrent en une superstition grossière.

Chez les Arméniens, comme chez les Grecs et les autres peuples panthéistes, les croyances populaires ne dépassaient pas la mythologie sensuelle, et s'il était, pour quelques-uns, des rites mystérieux, des initiations qui pouvaient leur faire connaître une théologie plus haute , le peuple prenait à la lettre toutes les histoires que l'on racontait des dieux, et pour lui, c'étaient des êtres réels, revêtus des caractères que leur attribuait leur culte.

Լ Sous les rois prédécesseurs de Tiridate (Dertad), l'Arménie suivait une religion qui était, à n'en pas pas douter, la même que celle des Parthes (1 ), dont ils étaient les voisins, c'est-à-dire un mélange des opinions de Zoroastre fort altérées, avec le culte des divinités grecques, et quelques autres superstitions apportées de laScythie parleurs aïeux. C'était donc à la fois un mélange de polythéisme et de monothéisme, un syncbrétisme particulier qui tenait aussi bien aux religions de l'Orient qu'à celles de l'Occident. Ainsi on voyait, dans les temples de l'Arménie, un grand nombre de istatues de divinités nationales, auxquelles on faisait des sacrifices d'animaux, ce qui ne se

(1) Strabon, Ht. XI^ ch. 13.

pratiquait pas dans la religion de Zoroastre qui avait beaucoup d'analogie avec le culte mosaïque (1), car elle n'admettait l'existence d'aucune autre divinité que le քշտթ sans borneSy Zerwan, nom qui fut traduit, par les Grecs et les Romains, par ceux de TLpovoç et de Saturne (2).

Aramazdj TOrmuzd des Persans, le Zeus des Grecs (3), créateur du ciel et de la terre (4), qui était adoré sous quatre formes différentes et avec des noms divers (Ց), recevait un culte spécial en Arménie. Il paraltqu'il était !e même que Baa! ou Bel, car Eusèbe(6) dit, à propos d'Âramazd laTàvSè ByjJbv, 5v ձԼօէ fitOep^n vioxMTi, ՝» mots auxquels la traduction arménienne du cinquième siècle ajouta : u. ՀայեբէՆ ւյ^ամաղիյ c'est-à-dire « Belus, que les Grecs appellent Zevçy et que les Arméniens appellent Aramazd. » Ce témoignage est confirmé par les paroles de saint Jean Osnietzi contre les Pauliciens : a Les Cyzi- « ciens appellent Aramazd, Nemrod ; les Babyloniens, Belus ; les Phiiistins , <i Baal; les Grecs, Zeus; les Persans, Ormuzd; les Arméniens, Aramazd. » Aramazd avait un temple à Ani, où étaient conservées les histoires nationales, et qui fut détruit au quatrième siècle par saint Grégoire Lousavoritch ou rilluminateur (7). On appelait aussi Aramazd, Vhospitdier ou l'ami des hôtes. On sait, en effet, par le témoignage d'Eusèbe (8), qu'An tiochus éleva, sur le mont Garizim, un temple à Jupiter hospitalier ; c'est aussi sous cette dénomination qu'il en avait un autre à Bazarana, dans le territoire de Pédagarauia, et où on célébrait une fête le premier jour de na- 'vasart (11 juillet). On lui sacrifiait, au dire d'Agathange, des animaux, et on recevait le sang des victimes dans des vases d'or et d'argent. Aramazd avait aussi, dans son temple de Medzpin, une statue qu'Abgar transporta àEdesse (9).

(i) Et. Renan^ Hist. du peuple dCUraè'L — (5) Moyse de Rhorèn^ liv. Լ cb. 31 . a. Eludée d^hiet. relig., p. 120. (6) Chroniq., 1" partie, p. 25; éd. arm.

(2) Cf. VOrdonnance de Mikt-Nereek aux lat. de Venise.

Arméniene, dans Saint-Martin^ Jlf Հա. eurVAr՛ (7) Agathange, Hiet. de Tirid, et de eaint ménie, t. U, p. 472. Grég,, p. 35!. — Moyse de Khorèn, liv. Il,

(3) Moyse deKhorên, Hi$t. d^Arm,, liv. 1, ch. 13.

ch. 31. — Cf. aussi Reland, Di$$, sur les anc. (8) 2* pari., p. 240.

rel. de la Perse. (9) Moyse de KboFèn, 1. 11, ch. 27.

(4) Agathange, Hist. de TiHdate, 22.

Le culte du feu se rattachait à celui d'Aramazd, ainsi que nous l'apprend Moyse deKhorên (1}^ qui raconte qu'Ârdaschir voulut que le feu brûlât, sans jamais s'éteindre , sur l'autel de Pakavan. Le territoire de Pakavan, mot qui signifie ce le boui^ des statues, » répond au district moderne de Bakou, à l'extrémité orientale de l'Arménie, et qui était regardé par les Parsis, comme un lieu saint, à cause du grand nombre de sources de naphthe qui s'y enflammaient naturellement, et qui, en plusieurs endroits, y entretenaient un feu perpétuel. On peut supposer que, du temps des anciens rois d'Arménie, ce lieu était déjà consacré au culte du feu.

Mihr ou Mithra, dont le culte, venu de la Perse, fut suivi en Arménie, était, selon Moyse de Khorên (3), la même divinité queEpheste ou Yulcain. Mihr avait un temple à Pakar'inch, ville de la province de Terdcfaan, au commencement du quatrième siècle. Saint Grégoire l'Illuminateur le détruisit (3), et les trésors qu'on y trouva furent distribués aux pauvres (4).

Vahak'n est une divinité arménienne dont le culte, au dire de Moyse de Khorên , semble s'être confondu plus tard avec celui d'Hercule, car les pontifes delà race de Vahnouni prenaient la^statue virile d'Hercule, faite par Syllis et Dépénus, pour leur maître Vahak'n (Ց), et relevèrent dans le village d'Achdichad, au canton de Daron, après la mort d'Ardaschès P% roi d'Arménie. Dans un autre passage, Moyse dit que Yahak'o/ par ses victoires et ses combats contre les dragons, surpassa ceux d'Hercule (6). Ici, le dieu arménien est distingué par l'historien, tandis que les autres écrivains, moins versés que Moyse dans la connaissance des traditions mythologiques, confondent Hercule et Vahak'n, qui semble s'être transfiguré dans la légende arménienne , sous les traits qui rappellent l'Hercule des Grecs. La naissance de Vahak'n est rappelée dans un chant cosmogonique, où respire en plein le génie symbolique du vieil Orient ;

(1) Uv. n, ch. 77. (4) ïndjidji, Géogr, anc, p. 24-25.

(2) Liv. n, ch. !2, !4. (5) Moyse de Khorên, Ht. \Լ ch. !2.

(3) Agathange, p. 354. — Moyse de Kho- (6) LW. 1, cb. 31. rèn, Ihr. n, ch. 13.

Moyse en a retenu quelques vers, enfieucités par le génie improTisateur d'un des plus anciens bardes de l'Arménie :

Le ciel et la terre étaient dans les douleurs de renfantement;

La mer aux reflets de pourpre était aussi en travail;

Du sein des eaux naquit un petit roseau vermeil;

Du tuyau de ce roseau sortait de la fumée ^

Du tuyau de ce roseau sortait de la flamme^

De cette flamme s'élançait un petit enfant;

Ո avait une chevelure de feu.

Une barbe de flammes ;

Ses petits yeux étaient deux soleib.

Ces vers étaient encore chantés au temps de Moyse de Kborên y car il affirme les avoir entendu répéter au son du pampyron. On célébrait pa* reillement les hauts faits de Yahak'n, ses victoires contre les dragons, ses exploits aussi merveilleux que ceux d'Hercule. On disait qu'il avait été mis au rang des dieux ; et, dans le pays des Ibériens, on lui éleva une statue devant laquelle on offrait des sacrifices (1 ). Quoi qu'il en soit, on ne peut s'empêcher de reconnaître dans ce mythe une origine égyptienne, car on retrouve, dans le culte Vahak'n, les formes principales du mythe d'Harpocrate, qui, lui aussi, prend naissance dans le calice d'une fleur de lotus. Jusqu'à présent on avait toujours cm, d'après Jablonsky (2), qu'Harpocrate signifiait Horus boiteux; mais il résulte de récentes étymologies prises dans la langue copte et proposées par M. Bunsen (3), qu'Harpocrate ne signifie pas autre chose qu'fforus enfant^ ^«^p-lTE-J^pO'^^l, Har-pé- Khroutù Cette étymologie explique les représentations des tableaux astromiques de l'Egypte, des médailles du nome Phthéniote (4), des sculptures du Mammisi deDendérah et des pierres gravées du cabinet de France (5), qui nous montrent le soleil à son lever, sous la forme d'Harpocrate, c'està-dire d'un enfant le doigt sur sa bouche, et sortant d'un calice de lotus. Ceci confirme le témoignage de Plutarque (6) qui dit, que les Egyptiens

(i) Moyse de Rhorèn^ liv. l^ cb. 31. (4) Ma Numism. de$ nome$, p. 58-39.

(2) Panthéon, cf. aussi Plutarque^ J$i$et (5) Cbabouillet^ CalaLde$camée$,n'*{ll'% OiirU. 20. et 2029.

(3) Place de l'Egypte. (6) De oracul. Pythiœ.

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peignaient Harpocrate assis sur une fleur de lotus (1) : « Ke/vTtrhvq ecipoxaç xpX^ àyaxoknç luciàtov vtcyyày ypâxfovzot^ èti haroù xaSeÇo/xeyov. v Dans la religion de l'Inde, nous voyons aussi Yichnou sortir de la mer primordiale (2).

En admettant, comme nous l'avons dit plus haut, que Yahak'n ait été assimilé à l'Hercule des Grecs, nous trouvons le culte de ce dieu associé à celui d'une autre divinité, la déesse Anahid, qui foit aussi partie du panthéon arménien. En effet, nous savons qu'à Achdicbad, ville du canton (le Daron, existait une statue d'Hercule, élevée par les Vahnouni, et à côté de laquelle Dikran H fit placer celle d'Aphrodite (3). Le temple d'Achdichad était divisé en trois parties, dont chacune, au dire d'Agathange, était consacrée à une divinité : le vahevajan contenait la statue d'Hercule en bronze doré, le second était consacré à Anahid et le troisième à Aphrodite. Plutarque raconte que Lucullus, en allant à Sinope et en traversant l'Euphrate, vit des troupeaux destinés aux sacrifices d'Anahid.

Anahid ou Analtis (4) était le nom arménien de la divinité qui, chez les Grecs, s'appelait Artémise, et Diane chez les Latins. Elle correspondait à la Mylitta ou l'Astarté des Chaldéens, et était fille d'Aramazd ou Jupiter. Les Arméniens lui avaient élevé une statue d'or (Ց), et lui donnaient, pour cette raison, les noms de Osghia maïr^ mère de l'or ; Osghiaziny qui apporte l'or ; Orghiahad^ dispensatrice de l'or. Si son nom ne lui venait pas de son temple d'Eriza, voisin des mines d'or de la province de S'ber, ne pourrait-on pas supposer, que le mythe de cette déesse avait pris aussi son origine en Egypte, car nous savons qu'il existait dans le panthéon égyptien une déesse d'or, îto*cfii, Notibj à laquelle les Arméniens pourraient bien avoir emprunté le mythe de leur Anahid (6). Anahid avait des temples en grand nombre dans l'Arménie (7), dans la province appelée Ek'hietsith par les Géorgiens. Les anciens, qui assimilaient à leurs divinités tous les dieux étrangers, traduisaient le nom d'Anahid, tantôt par Vénus, tantôt

(1) Birscb, Gallery of antiquités, p. 38. (6) Mém. de la soc. des anliq, de France.

(2j Narayàna. La déesse Noub, par Th. De^eria.

(3) Moyse de Khorên, liv. Il, ch. 14 (7) Strabon, Ut. XI. — Moyse de Khorên, II,

(4) Strabon, liv. XI. 1 3, 57 ; cf. Saint-Martin, 1. 1, p. 71. — PHne,

(5) Pline, 1. V, ch. 24. 1. V, ch. 24.

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par Diana. Agathange^ secrétaire de Tiridate (1), raconte que ce roi voulut contraindre saint Grégoire à adorer, dans son temple, la déesse Anahid, disant que « la grande déesse est la gloire et le sanctuaire de la nation, et « que les rois, et principalement celui des Grecs, l'honoraient d'un culte « particulier, i» Ce témoignage détruit le récit de Pline, qui affirme que la statue d'Anahid fut renversée, lors de l'expédition d'Antoine contre les Parthes. Au surplus, Agathange nous apprend encore qu'après la conversion du roi Tiridate au christianisme, on fit, avec la statue d'Anahid, des vases saints et d'autre vaisselle d'or pour l'église. Le nom d'Anahid se retrouve jusque dans Tlnde, et particuUèrement sur les médaiUes du roi bactrien Kanerkès, publiées par Ott. Muller (8), et oii on lit cette légende : PAO NANO PAO OOHPKI KOPANO. Sur l'une de ces pièces, qui représente au 9>, deux figures en pied séparées par l'instrument, dit à quatre pointes (3), l'une des figures est à quatre bras et accompagnée de la légende OKPO, épithète du Soleil ; l'autre, qui est celle d'une femme, est indiquée par la légende NâNA- Or, cette divinité femelle NANO, assise en regard du dieu Soleil, qualifiée par la légende OKPO, est la même déesse qui figure avec le nom de NANAIA, sur d'autres médailles en bronze de Kanerkès. Cette déesse, NANA ou NANAIA, que l'on voit tantôt seule, tantôt opposée au dieu Soleil, ne saurait être, ainsi que l'ont reconnu Prinsep (4) et Ott. Muller (5), que l'Anahid des Arméniens et des Perses, dont le culte fut propagé par Artaxerxès-Mnémon, dans toute l'étendue de son vaste empire et jusque dans la Bactriane : ApTaՀépՀբu..., Sç itpSïtoç rnç À^odirnç Àvaindoç rà Syaïfia ava(rvh<Taç èv BoSuXûi/e, xal loùaoïç xai Exëon^voeç, Hépvaiç xal Bôxrpoiç xai ԽւյւսԾ^ճ xal lapie<Ttv xmédult (Hëeiv (6). Strabon (7) dit que le sanctuaire principal de cette déesse était dans t'Elymaïde, oii elle portait le nom de Nanœa, selon l'auteur du deuxième livre des Macchabées (8) : KatexôTnxrav

(1) HUt. de Tirid., cb. 16. (6) Bérose^ jip. $. Clem. Alex., Coh. ad

(2) Gotting. gel. Ânxeig. , p. 1778-9. Geni., p. 43 ; Sylburgy cf. firag., p. 69-70. Ed.

(3) R. Rocbette, Méd. de la Bactr., V tup. , Ricbter.

p. 57. (7) Liv. XI , XU , XV. — Plut., in Àrlax.,

{Al Journal de la $oc. aiiat, de Calcutlay § 17.

pi. XXV, n- 7, p. 449-452. (8) 1, 13, 14.

(5) GoUing. g, Anx., p. 1777-8.

h Tû r^Novatâtç Eepû, x. r. X. Cette Aaahid d'Arménie, cette Nanoea de Perse et de Bactriane , nommée aussi Nani ou Nana dans Flnde^ était une personnification de TAphrodite des Grecs y une forme de la Lakchmi ou de la Parbati indienne, conséquemment, une des principales divinités d'un culte commun à trois grandes nations de l'Asie antique, et qui avait probablement eu, dans la Bactriane, son siège primitif, et peut-être son institution originaire (1 ). Il est donc tout naturel d'admettre que les Mèdes et les Arméniens, qui ont adopté tous les cultes religieux reçus chez les Perses, leur ont emprunté celui d'Anahid. Polybe (8) prétend qu'à Ecbatane, il y avait un temple d'iEné , dont les colonnes étaient revêtues d'or. Strabon (3), qui parle du culte de cette déesse, dit qu'elle est d'origine persique; seulement , elle devint commune aux Perses, comme elle l'était de toute antiquité aux Lydiens (4), aux Mèdes et aux Arméniens.

Une autre divinité recevait aussi, en Arménie , un culte spécial ; c'était la déesse Astlice ou ձտէցհկյ qui avait un temple au lieu dit Vahévajan, (ians le canton de Daron. On lui offrait des roses et on lui sacrifiait des colombes dans le mois de navasart. Cette fête , qui a passé dans le christianisme le jour de la Transfiguration, est celle que les orientaux appellent la fête des Colombes , parce qu'elle a lieu le jour où les Arméniens consacrent des colombes.

Le panthéon arménien comprenait beaucoup de divinités empruntées, soit aux religions de l'Asie, soit au paganisme de l'Occident, et dont les cultes étaient reliés entre eux par une sorte d'assimilation , dont on retrouve les éléments primittfs en comparant la symbolique des différents peuples. Ainsi, nous savons que Jupiter Olympien et ApoUon étaient adorés en Arménie, où ils avaient des temples et des statues (5). Venaient ensuite des dieux indiens, comme Témèdre et Gisané^ dont le culte fut implanté de bonne heure en Arménie, sans qu'on puisse au juste en préciser l'époque, puisque saint Grégoire l'Illuminateur ne put recueillir, des prê-

(1) R. Rocbette, Méd. de U Baeir,, p. 59 (3) Ut. XI, ch. 19, § 19.

de la 2* partie, à la /In. (4) Pausanias, Lacan., lir. 10, ch. i6.

(2) Lit. X, cb. 4, § 27, n* 12. (5) Moyse de Khorèn, Ut. U, 1 1, 12, 49.

très attachés à leur culte, aucun renseignement sur leur origine. Uo autre dieu de provenance assyrienne, TaraUiy était adoré dans la Mésopotamie^ et Moyse nous apprend qu'Abgar transporta sa statue à Edesse, quand il quitta Medzpin (1). On ignore ce que pouvait être le dieu BarrUj dont le temple, au dire de Strabon (3), se trouvait sur la route qui menait de l'Abus, montagne dépendant du Taurus, à Ecbatane. D'autres dieux, qu'on doit plutôt considérer comme des héros, recevaient encore un culte spécial en Arménie, et étaient honorés seulement par les habitants de ce pays; ce sont, outre Vahak'n, Naboc^ Patnicagh{S), Sbantarady Nameet Parscham; ce dernier était un guerrier qu'Aram avait vaincu et tué. Sa statue, faite d'ivoire, de cristal et d'argent, fut apportée de la Mésopotamie par Dikran II, qui la fit ériger dans le village de Tortan (4).

Moyse de Khorén, en racontant la guerre que fit Sémiramis à Ara, roi d'Arménie, guerre dans laquelle ce prince perdit la vie, nous dit que la reine d'Assyrie, qui était éprise d'amour pour Ara, fit entendre ces paroles : « J'ai commandé à mes dieux de lécher les plaies d'Ara, et il sera rappelé à la vie. d Elle espérait en même temps, par la puissance de ses enchantements magiques, le ressusciter. Cependant, la putréfaction ayant gagné le cadavre, elle le fit jeter dans une fosse profonde, loin de la vue de tous. Puis, prenant auprès d'elle un de ses amants qu'elle avait fait travestir en secret, elle répand cette nouvelle : « Les dieux ont léché les plaies d'Ara et lui ont rendu l'existence. )> Cette narration de Moyse de Khorên est un écho des ballades qui, sous une forme populaire, racontaient la lutte de Sémiramis et d'Ara. Mais on y découvre un témoignage bien autrement important, c'est celui de la connexion qui rattachait le système religieux de l'Arménie à celui des Assyriens , et au culte des AralêSj յարալէղք. Les Aralés ou Arles, dont la signification est a léchant continuellement (5), » paraissent avoir désigné une classe d'êtres surnaturels ou de divinités nées d'un chien (6), et dont les fonctions étaient de lécher

(1) Moyse de Rhorèn, liv. H, ch. 26.

(2) Liv. XI, ch. 19, §7.

(3) Moyse de Khorên, II, 27.

(4) Moyse deRhorèo, liv. II, ch. 14.

(5) Nouv. Dici. arm,y t. II, p. 341.

(6) Esznig, Refut. deaeetes, p. 98-100.

les blessures des guerriers tombés sur le champ de bataille, et de Խ foire revenir à la vie* Un curieux passage de Faustus de Byzance (1), rapporté par- M. Emin (2), jette de nouvelles lumières sur ce mythe et corrobore les inductions que Ton tire du récit de Moyse de Khorèn. Le foit se passe au quatrième siècle de notre ère , à Tépoque où le christianisme était déjà devenu la religion dominante du pays ; toutefois, le culte des Aralés subsistait encore. Il s'agit de l'assassinat du généra! en chef des Arméniens^ Mouschegh le Mamigonien. Lorsque l'on eut rapporté le corps du général Mouschegh dans sa maison, chez ses parents, ceux-ci ne croyaient pas à sa mort, quoFqu^ils lui vissent la tête séparée du tronc* Ils disaient : Mouschegh a affronté bien des fois les hasards de la guerre, et jamais il n'a reçu de blessures, jamais flèche ne l'a atteint, ni arme ennemie ne l'a percé. » Quelques-uns d'entre eux espéraient le ressusciter et transportèrent son cadavre sans tête sur la plate-forme d'une tour ; ils disaient : « C'est un brave, et les Arles descendront et !ui rendront la vie (3).

Le cyprès j en arménien $6%^ était un arbre sacré ; sous son ombrage on offrait des sacrifices. Moyse de Khôren raconte qu'Anouschavan sacrifiait sous les cyprès de l'antique Armavir, sa capitale, et que le frémissement des feuilles, agitées par un vent léger ou impétueux , servait aux prêtres à tirer des pronostics heureux ou défavorables. Les Arméniens consacraient souvent leurs enfants sous les cyprès sacrés. Moyse nous apprend encore qu'Anouschavan, fils d'Ara, fut appelé Sas, parce qu'il était voué aux fonctions sacrées, dans les forêts de cyprès d' Armavir (4).

Il est bien regrettable que les plus anciens monuments de la littérature arménienne ne soient point parvenus jusqu'à nous, car nous aurions sans doute trouvé, dans ces sources primitives, de nombreux renseignements sur la symbolique arménienne, renseignements qui nous font totalement défout. On sait qu'Oughioub, prêtre d'Ani, écrivit, vers la fin du premier

(i) HUi. d'Armén., liv. V, ch. 14, 45. Duiaurier, Études sur Us chants de l'Armé՛

(2) ՕԽոԱ de l'Arménie. nie.

(3) Cf. Journal asiat., 1852, p. 29-32. — (4) Moyse de Khorèn, 1, 20.

siècle, rhistoire des temples consacrés aox dieux adorés dans la province de Sinope, lieu où se soutenait le paganisme chez les Arméniens (1). Cette histoire a été perdue avec toutes celles qui furent rédigées avant le cinquième siècle de notre ère; il n'en reste plus rien que le souvenir.

Quand saint Grégoire Tllluminateur résolut d'implanter la religion du Christ en Arménie, il eut à livrer de grandes luttes avec les populations de ce royaume, et particulièrement avec les habitants de la province de Daron. Les cultes nationaux qui étaient empruntés au paganisme de l'Asie, de l'Inde et de la Grèce, s'étaient introduits en Arménie, conjointement avec ceux de la Perse. Il triompha' des résistances opiniâtres qu'il rencontra, et, au quatrième siècle, grâce à ses efforts persévérants, la religion chrétienne avait remplacé le paganisme qui s'était écroulé de toutes parts, sauf dans la province de Koghtén, où se conservaient avec soin les antiques mystères des cultes primitifs.

Moyse de Rhôren, en parlant de saint Mesrob, qui était allé résider dans le district de Koghtén, rapporte que les païens qui s'étaient tenus cachés dans ce pays, pendant le règne de Tiridate jusqu'à l'époque du séjour de Mesrob, se montrèrent à découvert, lors du déclin de l'empire des Arsacides, et que Mesrob détruisit leurs croyances avec l'aide de Schapitt, chef de leur district (S). Etienne Orbe! ian raconte également la destruction du paganisme dans le pays de Koghtén par Mesrob, mais en mêlant à son récit des faits légendaires (3).

La première conversion eut lieu, selon les historiens arméniens , sous Abgar Uchama, roi d'Edesse, de !a deuxième branche de la dynastie arsacide d'Arménie, par tes soins de l'apôtre Thaddée ; tandis que celle qui eut pour résultat la complète conversion des Arméniens, n'eut lieu que sous Dertad (Tiridate), qui, après avoir persécuté les chrétiens, se convertit, avec son peuple, à la foi nouvelle, à la prière de saint Grégoire l'Illuminateur. Cependant, Tiridate, une fois converti, eut à lutter contre les habitants de Daron, dont le pays était sacré à cause de la multitude de temples

(l)MoysedeKborèn^n, 48. (3) Hi։t, de la province de SUsagan ,

(2) Moyse de Rborèn, m, 47-50. ch. 1 4.

qui s'y trouvaient. Les prêtres idolâtres s'y défendirent avec opiniâtreté, et ce ne lut que l'épée à la main , qu'on put les en chasser , et y fonder des églises (1).

Nous venons de voir comment le christianisme se répandit en Arménie, et comment aussi il s'implanta de vive force, sur les anciens cultes, presque sans transition et par les efforts persévérants des apôtres et de saint Grégoire rniuminateur.

Quoique ce fait soit bien établi, nous voyons cependant que les premiers écrivains chrétiens de l'Arménie ont rattaché aux annales nationales des traditions bibliques qui sont erronées en ce qui touche les temps primitifs de l'histoire d'Arménie. Ainsi, les premiers chapitres du livre deMoysede Khorén,quiont servi de prototype aux historiens des siècles suivants, contiennent certainement d'ingénieux rapprochements avec les Livres saints^ mais la logique nous démontre aujourd'hui clairement que les Arméniens, n'avaient aucun rapport avec le peuple juif avant les temps qui précédèrent la venue du Christ.

Comment admettre alors les généalogies bibliques relatives à l'Arménie , que Moyse a établies dans son histoire, quand on sait que la version arménienne de la Bible ne date que du cinquième siècle de notre ère, et qu'avant cette époque, les Livres saints n'avaient point encore dépassé les limites de la Judée, nireçu cette vulgarisation que leur imprimèrent plus tard les progrès du christianisme? U est vrai que la légende de l'arche deNoé, qui cache, sous une forme allégorique, le salut d'une portion notable de l'humanité après le déluge arménien, semble rattacher au mont Massis ou Ararat, une idée religieuse d'une haute antiquité; mais personne n'ignore que ce grand cataclysme n'est pas seulement spécial aux traditions bibliques, puisqu'on en trouve la trace, aussi bien dans les plus anciens livres de la Chine, de l'Iode, de la Perse, que dans la cosmogonie des Grecs. Comment pourrait-on admettre alors que les Arméniens, que nous savons avoir été, depuis la plus haute antiquité, soumis à l'influence des religions de l'Orient et particulièrement du sabéisme, qui sont si complètement

(2) Agathange, Eût. de $, Grég.^Zéa(A de Glag, HùL de Doron^^Moyse de Kh., pasHm.

différents da monothéisme biblique , auraient pu rattacher à leur histoire des noms de générations et d'hommes que leur auraient fournis les Livres saints ? Comment aussi faire concorder les successions des ancêtres des premiers HaTciens avec celles de laBible^ sans tomber dans des erreurs grossières, conune celles que Moyse a popularisées en Arménie et qui sont encore aujourd'hui, chezce peuple, la seule doctrine historique qui ait prévalu? Ceci posé, il ne faut voir, dans la descendance biblique de Hàïg , qu'un mythe ingénieux, mais légendaire, qui tombe devant la saine critique, pour faire place à une idée plus philosophique, celle de la grande migration des peuples^ à l'époque où l'Asie , trop peuplée vers son cen^ , vit l'humanité se diviser en tribus, pour ensuite se porter de tous les côtés, afin de chercher des établissements nouveaux, où devait s'effectuer le développement de chacune d'elles. C'est cet événemrat mémorable de la dispersion des hommes et de la formation des langages, questions encore enveloppées de ténébreux mystères, dont la Bible nous a conservé un vague souvenir dans la légende de l'érection de la tour de Babel.

Nul doute* aujourd'hui que les Arméniens ne sont point issus des patriarches juifs, comme le prétend Moyse; nul doute que leur histoire ne soit celle qui, pour les temps héroïques, est commune à tous les peuples; nul doute aussi que les traditions bibliques, rassemblées avec habileté par Moyse, propagées par ses successeurs, n'ont rien de commun avec l'histoire ancienne de l'Arménie. L'histoire et les mythes des anciens Arméniens ont leur source ailleurs que dans la Bible , ils sont par fragments épars dans les chants populaires, dont quelques passages nous sont parvenus dans le récit de Mar Apas Catina conservé par Moyse, et c'est là seulement, à défaut d'autres sources, qu'on doit chercher la vérité.

§ ա. ÉOUTURE.

Avant l'introduction des écritures et des langues grecque, syriaque et pehlvi, les Arméniens se servaient, comme les anciens peuples de l'Asie, des signes cunéiformes, qu'ils avaient adaptés à leur langage. Ainsi , on

sait aujourd'hui que les Arméniens avaient une écriture qu'on €»t convenu d'appeler « écriture arménienne archaïque, » dont on ne connaît pas de spécimen, et une autre écriture, dont on a retrouvé les signes conservés sur les rochers de Van (1). Ce système d'écriture cunéiforme, inventé en premier lieu chez un peuple, fut accepté bientôt par d'autres ; seulement on ne sait pas au juste les circonstances qui amenèrmt ces transmissions, ni les époques auxquelles elles s'effectuèrent. Le fait existe seulement : quatre peuples, les Scythes , les Susiens, les Arméniens et les Assyro- Chaldéens, se servirent de la même écriture, bien que leurs idiomes fus^ sent différents les uns des autres (S).

Les relations politiques des Arméniens, d'abord avec les peuples de l'Asie, et plus tard avec les Grecs et les Romains, avaient répandu en Arménie l'usage des caractères pehlvi, syriaques et grecs, bien longtemps avant l'ère chrétienne, et on peut croire , avec assez de vraisemblance, qu'à l'imitation des Syriens, des Égyptiens et des autres orientaux , plusieurs écrivains arméniens se servirent de ces différentes langues dans leurs ouvrages. Ainsi, nous savons que le roi Ardavazt, fils de Tigrane le Grand, avait composé des tragédies et des livres historiques en grec (3). Toutes les médailles des anciens rois de l'Arménie que nous possédons ont des légendes grecques, et il paraît qu'on suivit le même usage pour les inscriptions que Ton mettait sur les monuments publics (4). De même aussi, nous savons que le syriaque fût adoptépar les Arméniens, bien longtemps avant l'introduction du christianisme, et peu à peu cette langue acquit de grands développements , par suite des migrations syriennes en Arménie, où des prêtres de cette nation venaient prêcher la doctrine évangélique , y fonder de nombreux monastères et y ériger des sièges épiscopaux (5). En effet, dans toute la partie sud-ouest de l'Arménie, située entre

(i ) Imcr. €wtéif. de Van, recueillies par le lures eunéifarnus.

docteur Schultz et pubUées dans le Journal (3) Plut, t» Crau. -— Appieu, Parth,, 1 1,

asialique, 1840. ^ Cf. Mojse de Khorèo, 1, p. 261 . — Suidas.

1 6. (4) Moyse de Khorèo, Ո, 65.

(2) Athenœum fr., 1854, p. 991. Oppcrt (5) Zénob de Glag, HUlavre de Daron,

Remarquée tur les différentes espèces d^éeri՛ p^ 47.

le Tigre et TEuphrate, Hamid et Miaférékin, la Sophèoe principalement, dépendaient du patriarche syrien d'Antioche (1), et les prêtres ne se servaient, dans Toffice divin, que des livres syriaques. On sait aussi qu'avant la traduction de la Bible en arménien , le clergé ne faisait usage que des bibles syriaques (%).

Le phénicien fut aussi en usage dans quelques contrées de TÂrménie, et les légendes des médailles du satrape Tiribaze, qui gouvernait l'Arménie occidentale, en sont une preuve (3).

Au cinquième siècle de notre ère, un moine arménien, Mesrob, résolut d'inventer un alphabet approprié à la langue de sa nation (4) et qui était destiné à remplacer les caractères pehlvi, syriaques et grecs (Ց).

On peut lire dans Moyse de Khorén, dans Vartan et dans Assoghigh(6), l'histoire de cette découverte, que les auteurs arméniens regardent comme miraculeuse, puisque, selon eux. Dieu lui-même aurait révélé à Mesrob les caractères tracés de sa main sur le mont Palou, comme il l'avait fait jadis pour le législateur Motse sur le mont Sinaï (7).

Ce témoignage de l'invention de l'écriture par Mesrob, rapporté par beaucoup d'historiens arméniens, détruit l'assertion d'Apollonius de Tyane (8), qui raconte que les Arméniens avaient déjà un alphabet bien avant le cinquième siècle : <c Et captam aliquando pantheram in Pamphylia, cum torque, quero circa coUum gestabat. Aureus autem erat ille, armeniisque inscriptus litt^ris, hoc sensu : rex Arsacès deoNysœo. Régnabat nempe temporibus iltis in Armenia Arsacès. y>

On ne doit donc pas s'étonner de voir*que toutes les médailles des rois arméniens de la première et de la deuxième dynasties ne portent point, comme celles des Goriguéens et des Roupéniens , des caractères mesro* biens, mais seulement des légendes grecques. En effet, toutes ces

(1) Lequien, Or. ehr., H, «90-1007. (5) Agathangc, Hist. de la eonv. de Tirid.

(2) Gorioun, Hist. de la découverte de ei delapréd. de 8.Grég.,i^. ZlA-lt^.-'-Lai. l'alph, arm., dansLazare dePharbe,p. 25-26. de Pharbe, Hist., p. 25.

(3) De Luynes, Num. des iotrapiee, p. i et (6) HUL imîv., V part, ch. i*». SUIT. (7) VartaD , Hist. univ., «w .

(4) Moyse de Kborèo, m, 47, 53. (8) Ut. H, cb. 2.

médailles furent frappées antérieurement à l'invention des caractères arméniens par Mesrob. Il est donc tout naturel de penser aussi que, nonseulement l'emploi des caractères grecs, mais encore l'usage de cette langue, étaient fort répandus en Arménie avant l'ère chrétienne, puisque les légendes des médailles sont toutes rédigées en grec, et que nous ne trouvons aucun mot de la langue arménienne, même écrit en caractères grecs, sur les monuments numismatiques qui nous sont parvenus. Ce fait corrobore l'opinion des anciens qui disent que les Arméniens se servaient de la langue grecque concurremment avec la leur, et que beaucoup des écrivains de cette nation employaient cette langue, de préférence à 1^մ idiome, dans leurs ouvrages (1).

§ IV. mnaSHATIQIlB.

La numismatique de l'Arménie, dans les temps antiques, peut se diviser en deux grandes catégories : d'abord, la série des monnaies frappées par les satrapes achœménides, gouverneurs de l'Armée, et par les rois des dynasties collatérales qui régnèrent sur quelques provinces de ce royaume, après le démembrementde l'empire d'Alexandre; ensuite la série des pièces frappées par les Arsacides d'Arménie et par les princes issus de cette famille, qui gouvernèrent, avec la plénitude du pouvoir souverain, certaines provinces de l'Arménie et de l'Osrhoène , jusqu'au moment où l'empire romain, croulant de toutes parts, se vit arracher les provinces d'Orient par les rois sassanides, dynastie nouvelle, entée sur celle des Parthes, et qui devait, pendant plusieurs siècles, continuer l'empire des Perses.

Les monnaies qui appartiennent à la première série datent des derniers temps de la dynastie de Haïg ; ce sont des pièces frappées par les satrapes achœménides de l'Arménie et par les dynastes collatéraux de la race haïcienne, qui, n'ayant aucun rapport avec celle-ci, si ce n'est toute-

(i) Diod. Sic.^ t. U^ K XIX. — Polyen^ 1. XIV, cb. 8, § 3.

— xvin —

fois une commune origine, fondèrent des Etats particuliers dont l'existence fut de courte durée. Ces dynastes arméniens, qui étaient fort nombreux, au dire de Pline , au temps dont nous parlons, n'avaient pas tous la même puissance, et il est probable même que très-peu d'entre eux jouissaient d'une indépendance absolue et s'étaient arrogé le droit de battre monnaie. Parmi ceux qui semblent avoir conquis la plénitude du pouvoir royal, il faut citer les dynastes d'Arsamosate, de Samosate et de la Petite-Arménie, dont les médailles, qui sont arrivées jusqu'à nous, corroborent de leur témoignage les récits tronqués des écrivains de l'antiquité.

Les monnaies qui rentrent dans la deuxième série sont plus nombreuses. Ici, le rôle de la numismatique devient important, et le domaine de l'histoire s'arrondit sur un horizon plus vaste. Conformément aux données qui nous sont fournies par l'histoire des Arsacides d'Arménie, que nous trouvons longuement racontées dans les écrivains arméniens , grecs et romains, les médailles viennent corroborer les faits historiques. Ce ne sont plus quelques rares monnaies comme celles de la série précédente, ce sont de nombreux et intéressants monuments émanés, tantôt des ateliers arméniens, et tantôt des officines de l'empire romain. La numismatique des Arsacides arméniens comprend les monnaies de Tigrane le Grand et de ses successeurs, Artavazt, Alexandre, Tigrane II , Tigrane III et Erato , Vononès le Parthe, et Artaxias. Puis , apparaissent les nombreuses monnaies frappées par les toparques arméniens de l'Osrhoène , dont la série fournit à l'histoire d'Edesse des éclaircissements qu'on ne trouve point dans Denys de Thelmar et dans la chronique anonyme d'Edesse.

On aurait pu supposer que les princes de la Commagène, indépendants dans leur royaume, et qui, sur les médailles, portent tous la tiare arméniaque, qui est le signe distinctif de la nationalité arménienne, devaient faire partie de la série des rois d'Arménie ; il n'en est rien, et s'ils firent l'emprunt de cette coiffure, c'était, comme on le verra plus loin, par une raison purement politique, car ils n'étaient point issus des rois d'Arménie, mais des Séleucides de Syrie.

Cette digression nous amène tout naturellement à parler de la tiare qui figure constamment sur la tête des souverains arméniens. Cette coiffure

est le signe caractéristique de leur nationalité ou de leur origine. On sait que la tiare fut très-usitée chez les orientaux : « Tiara est genus pileoli quo Persarum Chaldaeorumque gens utitur (1). )> Celles dont se servaient les particuliers étaient rondes ou recourbées par-devant et semblables , pour la forme, au bonnet phrygien et à la coiffure actuelle des Kurdes. Il n'était permis qu'aux souverains de porter la tiare droite et élevée (2). L'histoire nous apprend que les rois de Perse étaient si jaloux de ce droit , qu'ils auraient puni de mort ceux de leurs sujets qui auraient osé se l'attribuer ; et l'on en faisait tant de cas, que le Lacédémonien Demarate, après avoir donné un conseil utile à Xerxès, demanda pour toute récompense de pouvoir faire une entrée publique dans la ville de Sardes, avec la tiare droite sur la tête (3).

La tiare des orientaux est citée souvent par les écrivains grecs, latins et arméniens. Anacréon dit, dans l'une de ses odes, qu'on reconnaît les Parthes à leur tiare :

lE»yvùpiç '& rtapaiç.

Strabon atteste l'usage que les Arméniens avaient de se couvrir la tête, à l'exemple des Mèdes et des Perses, d'un bonnet particulier que les Grecs et les Latins ont désigné par les noms de xidaptç, tiopa, tiara (4). Ovide nous apprend que la tiare était couleur de pourpre (5) :

Temporis purpureis tenkmt vehre tiaris.

On se rappelle que Plutarque raconte que Tigrane, vaincu par Pompée, déposa aux pieds du général romain sa tiare (xidapiç), en signe de soumis֊ sion (6).

(f ) s. Gérôme^ m Daniele^ c. 3, t. 31. liv. VI^ cb. 13.

(2) Aristophane^ Us Perses; et son scho- (4) Strabon^ Ut. XI.

liaste. — Josèphe, Ut. XX, ch. 2. — Dion (5) Mélamorph.,]rr. XI, t. 181. Pnisœus, de Parlh. (6) Plutanpie, F. de Pomp,

(3) Suidas, t« Ttà^a. — Sénèqœ, de benef.,

Les historiens arméniens donnent à la tiare le nom générique de couronne, թագ^ et nous savons que Tune des charges principales de la cour d'Arménie était celle du thakatir^ personnage chargé de placer la couronne sur la tête du roi (1).

La tiare est le type invariable et spécial , qui s^ à distinguer les rms d'Arménie des autres souverains de l'Orient y surtout à l'époque où les Etats de l'Asie, ayant été bouleversés par Alexandre et ses lieutenants, passèrent aux mains de maîtres si différents d'origine et de nationalité, et que l'histoire même a de la peine à distinguer.

La tiare qui couvre la tête des rois, est donc l'indice principal qui sert à reconnaître les monnaies des princes arméniens à toutes les époques, de celles des autres souverains de l'Asie.

Bien que cette coiffure n'ait pas toujours le même aspect sur les monuments numismatiques qui nous sont parvenus, nous devons dire c^[>endant que la tiare arménienne se distingue toujours par une forme stn ge՛ nerisj qui n'est pas celle des coiffures usitées par les Parthes et les princes leurs voisins.

Les tiares que nous voyons figurer sur la tête des rois de Samosate, d'Arsamosate et de la Petite- Arménie, à l'époque de l'établissement des dynasties collatérales, qui se séparèrent de la branche halcienne soumise aux Achœménides et aux satrapes perses, diffèrent bien, en effet, de celles qui ornent les têtes de Tigrane le Grand, de la deuxième dynastie arsacide et de ses successeurs, mais on ne peut s'empêcher cependant d'y reconnaître la coiffure spéciale aux rois d* Arménie, qui fut modifiée par la suite à l'époque des Arsacides, pour se conserver intacte depuis lors, sous les princes successeurs de Tigrane, qui régnèrent, soit à Medzpin, soit à Edesse. La tiare des rois de l'Osrhoène offre, en effet, une grande analogie avec celle de Tigrane le Grand, et on sait qu'Abgar et ses successeurs étaient, pour la plupart, issus de ce prince.

(i) Moyse de Khorên^ 1. U^ ch. 7.

DE L'ARÉINIE

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