SUPPLÉMENT
lETtRE XC.
Inien*tr6i;), 38juin,X.
* La sœur de Fonsalbe est ici, elle est renue \ sans être attendue , et dans le dessein de | rester seulement quelques jours avec son i frère.
Yous la trouveriez à présent aussi aimable, aussi remarquable , et plus peut-être qu'elle ne le fut jamais. Cette apparition inopinée., le
(i) A r^oqaede la première édition, la letire et le fragment ■ulTanc n'ataient pas encore été recueillis.
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changement des temps, d'ineffaçables souvenirs , les lieux , la saison , tout semblait d'accord. Et il faut TOUS dire que s'il peut être une beauté plus accomplie «aux yeux d'un artiste, aucune ne réunirait davantage ce qui fitit généralement pour moi le charme des femmes.
Nous ne pouvions ici la recevoir comme vous l'eussiez fait à Bordeaux ; mats , au pied de nos montagnes, il nous restait à nous arranger selon la circonstance. On devait fau- <dier deux prés, le soir, jusqu'à une heure assez avancée , puis , de grand matin , pour éviter entièrement Tardeurdu jour. J'avais déjà eu le projet dedonner, dans cette occasion, quelque encouragement à mes travailleurs : des mosi'ciens iïirent appelés de Vevay et deLaiizanne. Une collation, ou, si on veut, un souper champêtre commençant à minuit,et assez varié pour être du goût des faucheurs mêmes, fut destiné à remplir l'intervalle entre les travaux du soir et ceux du lendemain.
{ Il arriva qu'un peu avant ]^ fin du jour je ' passai devant un escalier de six à septmar-
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ches. Elle était au-dessus; el]a prononça inoD nom. C'était bien sa voix, mais avec quelque chose d'imprévu , d'inaccoutumé , ; de tout-4-Ëiit inimitable. Je regardai sans répondre , sans savoir que je ne répondais pas; Un demi- jour Êintastique, un voile aérien, un brouillard Tenvironnait. C'était une forme indécise qui faisait presque disparaître tout vêtement; c'était un parfum de beauté idéale, une illusion voluptueuse, ayant un ~l instant d'inconcevable vérité. Ainsi devait 6mr mon erreur enfin connue. II est donc vrai , me disais-je deux pas plus loin , cet attachement tenait de la passion : le joug a existé. De cette faiblesse ont dépendu d'autres incertitudes. Ces années-là sont iri-évocables; mais aujourd'hui demeure libre, aujourd'hui est encore à moi.
Je m'absentai, en prévenant Fonsalbe. Je m'avançai vers le haut de la vallée. Je marchais sans bruit dans ma préoccupation attentive. J'étais fortement averti ; mais le pi'estige mesuivait,etlapuissaDc&du passé meparaissait invincible. Toutes ces idées d'aimer
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et de n'être plus seul m'inondaient dans la tranqttUle obscuriië d'un lieu désert. Il y eut un moment où j'aurais dit , comme ceux dtait
I pltts d'une £ùs j'ai condamné la mollesse : La
f posséder e t mourir !
Cependant, se figurer^ dans le silence que demain tout peut finir sw la tn-re, n'est en même tiemps apprécier d'un regai<d plus ferme ce qu'on a fait et ce qu'on doit faire des Aonsde la vie. (^ que j'en ai &itt jeune enâore, je m'arrête au moment fatal. Elle et le désert, céderait le triomphe du ootuir. Non, l'nubU du monde, et sans elle, voilÀ^ma ira.
L'ftufltène travail et ratenir!
Je me trouvais placé au détour de la vallée; entre lès rocs d'où le tornent se précipite , et les criants que j'avais moi-même ordoiuiés :
ils commençaient au loin.' Maie cm bruits de fête , le simple mouvement de l'air les dissipaient par intwvalles , et je savais ISastantoù ils cesseraient. Le torrent au contraire subsistait dans sa Êwtse, s'écoulant, mais s'écoa-
. lant toujours, à la manière des siè»^. La
! fuite de l'eau est comme la fuils de nos an-
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iié«8. On Ta- beaucoup redit; mais daas plus | de mille ans , on le redira : le cours de Teau i restera, pour nous, l'image la jdns frappante de rinexortible passage des heures. -Voix «du torrent au milieu des ombres, seule Toik solennelle sOus'lapatx dèsciéux, soîq set^ entendue !
Rien n*est sérien:t s'il ne peut éti-e -durable- Vues de haut , que sont les choses dont nous Séparera notre demiersouffle? Hësiterài-je entre une rencontre du hasard et les fins de ma destinée , entre une séduisante ^ntaiste et le juste, le généreux empl(M' des fortes dft la pensée? Je céderais à l'idée d'un lien imparfait, d'une affection sans but, d'un plaisir aveugle îlV'e sais- je pas les promesses , qu'en devenant vènre, elle a Alites à sa Êimille? Ainsi l'union entière se trouve interdite ; ainsi la question est simple , et ne doit plus m' arrêter. Qu'y aurait-il de digne de l'homme dan« l'amusement trompeur d'un stérile amour? Consacrer au seul plaisir les fecnltës de la vie , c'est se livrer soi-même à l'étemelle mort.
Quelque fragiles que soient ces fecultéSf j'en
suis re^Mnsable : U &ut (Qu'elles portent leur» fiiiits. Ces bieniaits de Texùience , je les çonteirçrai , je les hpnorerai , je ne veux du moins m'aOaiblir au dedans d« moi qu'à Tinstant inëvitable. Profondeurs, de l'espace, sêraitce en vain qu'il nous est dooné de tous aperceToir? La majesté de la nuit répète d'âge en fi^ : malheur à toute ame qui se compUdt dans lasraritude!
Sommes-nous laits pour jouir ici de L'enr trainement des .désirs? Après cette attente, après les succès , que dirons-nous de la satis- Ëiction de quelques journées? Si la vie n'est que cela, elle n'est rien. Un an, dix ans de volupté, c'est un futile amusement, et une trop prompte amertume! Que restera-t-il de ces désirs, quand les générations souffrantes ou follement distraites passeront sur nos cenr dres? Comptons pour peu de chose ce qui se dissipe rapidement. Au milieu du grand jeu du monde , cherchons un autre partage : c'est de nos fortes résolutions que quelque effet suh^tera peut-être. — L^homme est péris.sahle. — Il se peut, mais périssons en résïs-
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taat, et , si le néant nous est réservé , né disons pas que ce soit une justice.
Vous le savez, je me décourageais , croyant que mes dispositions changeaient déjà. Trop facilement je m'étais persuadé que ma jeunesse n'était plus; Mais ces différences avaient eu pour cause, comme je crois vous l'avoir dit depuis, des erreurs de régime, e.t cela est en grande partie réparé. J'avais mal observé la ) mobilité qui me caractérise , et qui contribue à mes incertitudes. C'est qiinstampient une graode inconstance, bien plus dans.lesjiaipressîons que dai^s les, opinions , pu même dans les pencbans. Elle ne lient pas aux privés .des années ; elle redevient ce qu'elle était. L'habitude de m.e contenir et de réprimer d'abord tous mes mouvemens intérieurs m'en avait laissé mëconnalU'e souvent moi-même les oppositions- Mais, je le vois, à quarante ans de distance , je ne différerai pas plus quecen( ' fois je n'ai différé d'un quart d'heure à l'autre. Ainsi est agitée, au milieu del'air, la cir me d'un arbre trop flexible; et, si. vous la re-
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gardes à une auU'e^Ktque, tous la verrez
céder encore , mais céder de même.
Chaque incident , chaque idée qui surrietit, les moindres détails opportuns ou incommodes, quelques souTenirs, de légères craintes, toutes ces émolidns fortuites peu-vent changer, à mes jeux , l'aspect du monde , l'appréciatiou de nos fiivultés et' la talenr de nos jours. Tandis qu'on me parle ,de choses indifférentes, et que j'écoute avec tranquillité, avec indolence i tandis que me repnx^ant ma froideur dans ces conrersadons , je sais ffré » ceux qui me la pardonnent, j^ai passé plusieurs fois du dégoût de cette existence si bornée que tout emharrasse et tout inquiète , au sentiment non moins natord de la curieuse variété des choses, 6t^de l'amusante sagacité qui bous appelle k en jouir quelque tenais enc(»«. Néanmoins ce qui me parait si fiicîlement ofirir un autre aspect , c'est moins l'ensemhle du grand phénomène que chaque C(»iséquence relative à nous, et moins l'ordre ' général que nu propre aptitude. Cet ordre
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visible a deux fitces; Tune nous captive, et l'antre nous déconcerte : jtont dépend d*une certaine confiance en nous-mêmes. Sam cesse elle me manque , et elle renait sang cesse . IVous sommes si bibles , mais notre industt'ie a tant de dextérité! Un hasard fevorable, un vent plus doux, un rayon de lumière, le mouvement d'une herbe fleurie , les gouttes de la rosée me disent que je m,' arrangerai de toute chose. Mais les nuages se rapprochent, le bouvreuil ue chante plus, une lettre se fait attendre , ou dans mes essais quelque pensée mal rendue restera inutile; je ne vois plus alors que des obstacles , des lenteurs, de sourdes résistances, des desseins trompés, les dé~ plaisirs des heureux, les soufiâ-ances de la multitude , et me voici le jouet de la force qui nous brisera tous.
Dn moins cette mobilité n est pas de natnve à ébranler les principes de conduite. Il n'importe même qne le but se présente seulement comme vraisemblaMe, s'il est unique- Affermis en un sens , n'attendons pas d'autres clartés : nous pouvons mai-cher dans les sen-
tiers peu connus. Ainsi tout se décide. Je suis I ee que j'étais : si je le veux, je serai ce que je pooTais être. Certainement c'est peu de chose ; mais enfin ne descendons plus an-desde nous-mêmes.
Je vous écris longuement. Je dis en beaucoup de paroles ce que j'aurais pu. vous ap- ' prendre en trms lignes, mais c'était ma manière, et d'ailleurs j'ai du Loisir. Rien ne m^occupe', rien ne m'attache; je me sens encore suspendu dans le vide. 11 me iaut, je pense , un jour de plus, un seul. Cela finira puisque je l'ai résolu; mais à présent tout me semble attristé. Je ne suis pas indécis, mais ému jusqu'à une sorte de stupeur et de lassitude. Je continue ma lettre pour m'appujer sur vous.
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Je restai seul quelque temps encore. Déjà j'étais moins étranger à la tranquille harmo- j nie de la nature. Je rentrai pendaïtt le souper J avant que les chants cessassent.
Désormais n'attendez plus de moi, ni une paresse inexcusable , ni Tancienne irrésolution . La santé et Taisance sont des &cilité8 qu'on ne réunit pas toujours : je les possède, et j'en ferai usage. Que cette déclaration devienne ma règle. Si je parle aux hommes de leurs feihiësses volontaires, ne convient-il pas que je ne m'en permette aucune? Vous savez que jadis j'ai eu , dans mes vains jprojets , quelques Teîlléités africaines. Mais à cette époque , tout s'est accordé pour rendre impraticable un dessein que d'ailleurs il aurait fallu mùi-ir davantage, et maintenant il serait tard pour se livrer aux études qui en prépareraient l'exécution.
Que faire donc? Je crois définitivement ' qu'il ne m'est donné que d'écrire. — Sur quels
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sujets? — Dëjà tous le savez à peu près. — D'après quel modèle ! — Assurément je n'iraiteraî personne, à moins que ce ne soit par une sorte de caprice , et dans un court passage. Je crois très-déplacé de prendre la manière d'un autre , si on peut en avoir une à soi. Quant à celui qui n'a pas la sienne , c'est-à-dire qui n'est jamais entraîné, jamais inspiré, àquoi lui sert d'écrire? — Quel style enfin? — Ni rigoureusement classique, ni inconsidérément libre. Pour mériter d'être lu , il Êtut observer les convenances réelles. — Mais qui en jugera?
— Moi.apparemment.N^ai-jepaslulesauteurs qui travaillèrent avec circonspection, comme ceux qui écrivirent avec pins d'indépendance? Cestà moi de prendre, selon mes mc^^, un milieu qui convienne , d'un côté à mon sujet ou à mon siècle, et de l'autre à mon caractère , sans manquer à dessein aux rè^es admises, mais sans les étudier expressément.
— Quelles seront les garanties de succès?
— Les seules naturelles. S'il .ne suffit pas de dire des choses vraies , et de s'efforcer de les exposer d'une manière persuasive, je n'aurai
point de succès : ToUà tout. Je ne croM pM qu'il soit indiçpeusahle d'hêtre apjHWiTé de son TÏTaui, à moins qu'on ne se fâe condamné au malheur d'attendre de «a plume ses moyens de $uhsistaaqe.
Passez les premiers^ tous qui demandez de la.^ire présente, de la gloire de salon. Passez , hommes de société , homines considérables dans les p^s pû.tout dépend de ces accointances « TOUS qui été» féconds en idées du jour, en lirres de parti, en expédiens pour jwoduire de l'effet, et qui , mâme a^n'ès avoir tout adopté, tout quitté, tout repris, tont usé , trouvez encore k etquisser quejques pamphlets indécis , afin de faire dire: le voilà avec ses mots expressif et ingéuieuseinent accolés, bien qu'un peu rebattus. Passez les premiers, hommes séduisans' et séduits, car enfin vous passerez vite , et il est bon que vous ayez votre. temps; montrez-vous donc aujourd'hui dans voti-e adresse et votre prospérité.
Ne serait-on pas à peu près sûr de rendre un ouvrage utile , sans le déshonorer par des
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intrigues pour h&ter la célébrité de l'auteur. Restez-Tous dam la retraite , on même virez- Tous sans bruit dans une capitale; enfin, TOtre nom est-il inconnu, et votre livre ne s'écoule-t-îl pas? Qu'un certain nombre d'exemplaires en soient déposés dans les principales bibliothèques, ou envoyés, sans en demander compte , à des libraires dans les grandes villes; tôt ou tard cet écrit sera mis à sa place avec autant de' vraisemblance que si vous aviez mendié des sufi&ages.
Ainsi ma tÂche est indiquée. H ne me reste plus qu'à la remplir, si ce n'est avec bonheur, avec éclat, du moins avec quelque zèle et quelque dignité. Je renonce à diverses choses , me bornant presque à éviter la douleur. Serai-je à plaindre dans la retraite, ayant l'activité , l'espérance et l'amitié? Être occupé sans devenir trop laborieux contribue essentiellement à la paix, de l'ame, de tous les biens le moins illusoii'e. On n'a plus besoin de plaisirs, puisque les avantages les plus simples donnent des jouissances : c'est ainsi que tant diiommes bien
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portans s'accommodent des alimens les moins recherchés.
Qui ne voit que l'espérance est préférable aux souvenirs? Dans, notre TÏe , continuel passage , l'avenir importe seul : ce qui est arrivé disparaît , et le présent même nous échappe s'il ne sert de mt^en. D'agréables traces du .passé né me paraissent un grand avantage que pour les imaginations faibles, qui, après avoir été un peii vives^ deviennent débiles. Ces hommes-là, s'étant figuré les cho> ses autrement qu'elles ne doivent être, se sont passionnés. L'épreuve les a désabusés ; ne pouvant plus imaginer avec exagération , ils n'imaginent plus. Les fictions vraies pour ainsi dire leur étant interdites, ils auraient besoin de rians souvenirs ; sans cela nulle pensée ne les flatte. Mais celui dont l'imagination est puissante et juste peut toujours se &ire une idée assez positive des divers biens , lorsque le sort lui laisse du calme : il n'est pas au nombre de ceux qui ne connaissent en cela que ce qu'ils ont appris anciennement.
II ihe restera pour la douceur journalière
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37Q t (le la vie ootre correspondance et Fons^tbb : f ces deux liens me suffiront. Jusque dans nei lettres, chercboiu le vrai saus ptsaottS dtiùbrt^tiot;^ oonirae sans aystèmës o[Ànifttres : iU- Toquons le vrai immuable. iQnelle autre t/Htic^ptioasotttioidrait l'ame, iàtigu^ quel()Uéfois^ ses vagues espërabces, mais bieti pIUs étOEiaée d'elle -m&i^, bien plus dél&lîitiéié qiitZtd fUe a perdu et les langueurs ^ et leS délice de cette àctÏTe incei^titude. La justice du moiiià a son éridence. Généralâment vous receyea en paix les luniièties dioralei; je tes p9ursui$ datas mob inquiétude : aoUrS uilion subsistera-
bû n'ett pu eutore parVenil k se procnrer l'autre jmrtie des lettres d'Obernupn. On n'a recueilli que le fragnetic striVa»! qui s'est trouvé sang date.
BKRNI^HB PABTie d'dHR LBTTne 8AHS DATE CONNUE,
Que d'infortunés auront dit, de siècle
en siècle , que les fleurs nous ont été accordées pour couvrir notre chaîne, pour nous
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abu»er tQusâu commencement, et contribuer içéiQç 4 ùous retf n» jusqu'au terme ! Elles ~ fopt i^iis , mais assez vainement peut-être : ^Uç^ comblent indiquer oe que nulle tête mortelle nVpprofcaidira.
Si leà ilËurs n'étaient que belles sous nos yçu¥, vJles aéduiraicnt eqCore ; mais quelque- SoU lepr parfum entraîne , comme une heu- \rçifse condition de Texistetice , comme un «ppel «ubit, un retour à la vie plus intime.
Soit que j'aie cherché ces émanations invisiblçB , soit surtout qu*elles s'offrent , qu'elles «firprepnont, je les reçois comme iine expression forte, piais précaire, d'une pensée dont le mpnde matériel renferme et voile le secret. Les couleurs aussi doivent avoir leur éloquenctî : tout peut être s3'Tttbo]e. Mais les odeurs sont plus pénétrantes, sans doute parce qu'elles sont plus mystérieuses, et que s'il nous faut daUs notre conduite ordinaire de palpables vérités , les grands mouvemens de l'ame ont poiir principe une vérité d'un autre ordre , le vrai essentiel , et cependant inaccessible dans nos voies chancelantes.
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Jonquille ! violette ! tubéreuse ! vous u'avez que des instans afin de ne pas accabler noti'e faiblesse, ou peut-être pour nous laisser dans l'incertitude où s'agite notre esprit, tantôt généreux, tantôt découragé, r^on, je n'ai tu ni le sindriraai du Ceylan , ni le gulmikek. de Perse, nilepé-gé-bong de la Chine méridionale, mais ce serait assez de la jonquille ou du jasmin pour me faire dire que , tels que nous sommes , nous pourrions séjourner dans un monde meilleur.
Que veux-je? Espérer, puis n'espérer plus, c'est être ou n'être plus : voilà l'homme , sans doute. Mais comment se fait-il qu'après les chants d'une voix émue , après les parfums des fleurs , et les soupirs de l'imagination , et les élans de la pensée, il faille mourir?
Et U se peut que le sort le voulant ainsi , on entende s'approcher secrètement une femme remplie de grâce aimante , et que derrière qpelque rideau , mais sure d'être bien visible , à cause des rayons du couchant , elle se moB' tresaus autre voile pour la première Ibis, se recule vite, et revienne d'elle-même, en sou-
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riant de sa voluptueuse résolution. Mais ensuite il iaudra vieillir. Où sont aujourd'hui les violettes qui fleurirent pour d'anciennes générations?
Il est deux fleurs silencieuses en quelque sorte , et à peu près dénuées d'odeur , mais qui, par leur attitude assez durable, m'attachent k un point que je ne saurais dire. Les souvenirs qu'elles suscitent ramènent Airtement au passé, comme si ces liens des temps annonçaient des jours heureux. Ces fleurs simples , ce sont le harbeau des champs, et la hâtive pâquerette, la marguerite des prés.
Le barbeau est la fleur de la vie rurale. li faudrait le revoir dans la liberté des loisirs naturels, au milieu des blés, au bruit des fermes , au chant des coqs (O), sur le setitier des vieux cultivateurs : je ne voudrais pas répondre que cela quelquefois n'allât jusqu'aux larmes.
La violette et la marguerite des prés sont rivales. Même saison , même simplicité.
La violette captive dès le premier printemps;
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la pâquerette se &it aimer d'année en année. Elles sont Tune à l'autre ce qu*est un portrait, ouvrage du pinceau, à coté d'un [ buste en marbre. La violette rappelle le plus ' par sentiment de Tamour : tel il se présente à des coeurs droits. Mais enfin cet 'amour même, si persuasif et si suave, n'est qu'un bel accident de lu vie. Il se dissipe tandis que la paix des campagnes nous reste jusqu'à la dernière heure. La marguerite est le ugne patriarcal de ce doux repos.
Si j'arrive k la vieillesse, si, un jour, plein de pensées «icore, mais renonçant à parler aux hommes , j'ai auprès de moi un ami pour recevoir mes adieux à la terre , qu'on place ma . chaisesurTherbecourte, etquedetranquilles marguerites soient là devant moi, sous le stdeil, sous le ciel immense, afin qu'en laissant la vie qui passe je retrouve quelque dbose de rillusion infinie.
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