‹ Obermann;Chapitre 116 sur 121 · I. Manquent dans A · texte numérisé non relu

I. Manquent dans A

Note G {Lettre trente-huitième.)

25 On a fait plusieurs essais de paroles adaptées à cette mar \ che [52 des pasteurs. Un de ces morceaux, en patois de la Gruyère, contient quarante-huit vers :

Les armaillis di Columbette Dé bon matin sè son léva, etc.

30 Une de ces sortes d'églogues, composée, dit-on, dans l'Appenzel, en langage allemand, finit à peu près ainsi : « Retraites profondes, tranquille oubli ! O paix des hommes et des lieux, ô paix des vallées et des lacs ! pasteurs indépendans, familles ignorées, naïves coutumes ! donnez à nos cœurs le charme des

35 chalets et le renoncement sous le ciel sévère. Montagnes indomptées ! froid asile ! dernier repos d'une âme libre et simple ! »

Note H. {Lettre quarante-troisième.')

L'auteur ne dit pas expressément ce qu'il entend ici par religion, mais on voit qu'il s'agit en particulier de la croyance des 40 Occidentaux.

Note I. (Lettre soixante-deuxième.) A cette lettre était joint ce qui suit :

« Le Manuel me fait souvenir de quelques autres morceaux que m'a aussi communiqués le même savant. Ses recherches 45 avaient moins pour objet ce qu'il pouvait trouver précieux que ce qui lui paraissait original ou même bizarre.

« Voici le plus court de ces morceaux de littérature, ou, si vous le voulez, de philosophie étrange.

(c Examinez toutefois : il se peut que les aperçus d'un homme 50 du Danube ne s'éloignent pas de la vérité :

CHANT FUNÈBRE d'uN MOLDAVE.

Traduit de Vesclavon.

« Si nous sommes émus profondément, aussitôt nous songeons à quitter la terre. Qu'y aurait-il de mieux, après une heure de délices ? 55 Gomment imaginer un autre lendemain à de grandes jouissances ?

NOTES

Mou I rons, c'est le dernier espoir de la volupté, le dernier mot, le der- [523 nier cri du désir.

« Si vous désirez vivre encore, contenez-vous ; suspendez ainsi votre chute. Jouir, c'est commencer à périr ; se priver, c'est s'arranger pour 60 vivre. La volupté apparaît à l'issue des choses, à l'un et à l'autre terme ; elle communique la vie, et elle donne la mort. L'entière volupté, c'est la transformation .

« Comme un enfant, l'homme s'amuse de peu de chose sur la terre, mais enfin sa destination est de choisir parmi ce qu'elle offre. Quand 65 ces choix sont accomplis, c'est la mort qu'il veut voir; ce jeu longtemps redouté pourra seul désormais lui faire impression.

« N'avez-vous jamais désiré la mort ? C'est que vous n'avez pas achevé l'expérience de la vie. Mais si vos jours sont faciles et voluptueux, si le sort vous poursuit de ses faveurs, si vous êtes au faîte, tombez ; la mort 70 devient votre seul avenir.

« On aime à s'approcher de la mort, à se retirer, à la considérer de nouveau, jusqu'à ce que la saisir paraisse une forte joie. Que de beauté dans la tempête! C'est qu'elle promet la mort. Les éclairs montrent les abîmes, et la foudre les ouvre.

75 « Quel plus grand objet de curiosité? Quel besoin plus impérieux? Il est fini pour chacun de nous, selon ses forces, l'examen des choses du monde. Mais derrière la mort se trouve la région immense avec toute sa lumière, ou la nuit perpétuelle.

« Ils redoutent moins la mort, les hommes d'un grand caractère, les 80 hommes de génie, les hommes qui sont dans la force de Tâge. Serait-ce garce qu'ils ne croient pas à la destruction malgré leur indépendance, et que d'autres y croient malgré leur foi ?

« La mort n'est pas un mal, puisqu'elle est universelle. Le mal, c'est l'exception aux lois suprêmes. Réunissons sans amertume ce qui est 85 nécessairement notre partage. Comme accident, et lorsqu'elle étonne, la mort peut affliger; quand on y arrive naturellement, elle est consolante.

« Attendons et puis mourons. Si la vie actuelle n'est qu'une sujétion, qu'elle finisse ; si elle ne conduit à rien, s'il doit être inutile d'avoir vécu, soyons délivrés de ce leurre. Mourons, ou pour vivre réellement, ou 90 pour ne plus feindre de vivre.

« La mort reste inconnue. Lorsque nous l'interrogeons, elle n'est pas là; quand elle se présente, quand elle frappe, nous n'avons plus de voix. La mort retient un des mots de l'énigme universelle, un mot que la terre n'entendra jamais. » |

1 95 Condamnerons-nous ce rêveur du Danube ? Mettrons -nous [524J au nombre des vaines fantaisies de l'imagination toute idée étrangère à une frivolité dont la multitude ne veut pas sortir ?

Peut-être, dans ces momens où semble commencer une heure de sommeil dans les campagnes, vers midi, peut-être 100 avez-vous éprouvé une impression indéfinissable, heureux senti-

75 . point d'exclamation après curiosité et après impérieux B.

ment d'une vie chancelante, pour ainsi dire, mais plus naturelle et plus libre. Tous les bruits s'éloignent, tous les objets échappent. Une pensée dernière se présente avec tant de vérité qu'après cette sorte d'illusion demi-vivante, imprévue et fugi- 105 tive, il ne peut y avoir rien, si ce n'est l'entier oubli, ou un réveil subit.

Nous aurions à remarquer surtout de quoi se composent alors ces rapides images. Souvent une femme apparaît. Il ne s'agit pas de grâce ordinaire, de charme prolongé, de voluptueuse

iio espérance. C'est plus que le plaisir, c'est la pureté de l'idéal ; c'est la possession entrevue comme un devoir, comme un simple fait, comme une entraînante nécessité. Mais le sein de cette femme exprime avec énergie qu'elle nourrira. Ainsi est accomplie notre mission. Sans trouble et sans regret nous pourrions

115 mourir. Donner la vie et franchir, en fermant l'œil, les bornes du monde connu, voilà peut-être ce qu'il y a d'essentiel ici dans notre destination. Le reste ne serait qu'un moyen assez indifférent de consumer les autres minutes pour arriver au but. Je ne dis pas que ce léger rêve, dans les instans dont nous

T20 parlons, que cette figure abrégée de la vie, au milieu du tranquille oubli de tant de choses, que cette paisible et puissante émotion soit la même chez la plupart des hommes. Je l'ignore : mais enfin elle ne m'est pas particulière, sans doute. Transmettre la vie et la perdre, ce serait dans l'ordre apparent

125 notre principal office sur la terre. Cependant je demanderai s'il n'est plus de songes dans le dernier sommeil ? [ Je demande si [5 réellement la loi de mort sera inflexible ? Plusieurs d'entre nous ont vu se fortifier à quelques égards leur intelligence : ne pourraient-ils résister quand d'autres succombent ?

.130 Note K. (Lettre soixante-troisième.)

Il faut redire ici que, sauf les additions désignées comme telles, l'édition présente diffère peu de la première.

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