XII NOTICE
Halle qui le fil iiiipriiner. Ce preniier succès rencournfjea. II tourna ses regards vers Bodnier, patriarche de l'école aniilogormanique, dont le siège élait à Zurich et qui lutlait alors contre Técole saxonne, ou plulôl française, régentée par Gottsched.
On connaît la lettre par laquelle il se mit en comniunicaliou avec l'auteur de la ISoachide. La correspondance, entamée de la sorte, continua d'a'oord sous le sceau de l'anonyme, puis, (|uand Bodnier eut répondu par des témoignages de bienveillance , sans aucun déguisement. Tous les ouvrages du dél)utant furent soumis successivement à son tuteur littéraire. Ce sont, outre ceux que Wieland a nommés déjà dans sa lettre, un poëme sur le Printemps, les ÉpUres elles Histoires morales, V Anti-Ovide, rien, du reste, qui occupe une place marquante dans ses œuvres.
A partir de Tubingue, Wieland entre d'un pas plus résolu, plus constant, dans la carrière où il va trouver enfin la gloire et même la fortune. Avant de le suivre, n'oublions pas ((uelques mots au sujet d'autres amis , d'autres influences , qui , outre ses parents, sa cousine et ses éludes proprement dites, eurent une action réelle sur sa vie postérieure : il s'agit de ses livres favoris.
Quant aux anciens, on a vu cpie Cicéron avait surtout sa prédilection : il a fait plus tard acte de gratitude en traduisant l'orateur romain Mais, à celle époque, Cervantes était, parmi les modernes, l'auleurqui peut-être l'avait le plus frappé. Il faulen excepter Klopslock, dont les premiers chants ûc la Messiade venaient de paraître dans les Braemer Beitraeye.
Dans la suite, il contracta d'autres intimités littéraires. « J'ai, disait-il, certains livres qui sont , quand j'en ai le besoin , mes assidus consolateurs. Lorsque le dégoût vient à me prendre pour tous les autres, ceux-là me restent, nonobstant, comme une jouissance délicate de mon intérieur. Quelques morceaux de Lucien sont du nombre. J'y comprendrais aussi Rabelais si je pouvais le lire à livre ouvert. Tristram Shandy fut longtemps mon manuel : je l'ai lu trente fois au moins et, si je n'y retourne plus, c'est qu'il m'est complètement connu. Depuis peu (c'était en 17951, il est apparu là-bas, à Ilof , un certain Richter (Jean- Faul), dont Vllesperus, (jue j'ai fait venir de Leipzig, remplace aujourd'hui Sterne.... Cet homme est plus que Herder et Schiller. 11 a comme Shakspeare une inlelligencc universelle.... »
Quant à Voltaire, qu'il n'apprit à bien connaître (pie plus lard,
SIR WIIÎLAM). xui
L'iiez lo comte do Slailion, où il trouva aussi, dans sa riclio bibliolliöqiie, Condillac, Ilclvotius, Sliaftesbury, etc., on a mis (|uoique aneclalion à rappoler des expressions de mépris écliappées à sou sujet de la plume de Wieland, alors que celui-ci l'avait à peine lu et (ju'il était encore dans sa ferveur ullrà-chrélienne. L'auteur iVAgatlton n'a jamais caché toutefois condtien il admirait l'esprit prodigieux de rilluslre Français. Le fait est qu'à Weimar il avait dans son cabinet une statuette de Voltaire, velu de la loge rouiaine, œuvre assez remarcjuable du grand Houdon (c'est Boel(ii>er qui donne l'épilhète), taillée en bois sur un pied de hauteur. Wieland ne parlait de lui qu'avec enthousiasme. « Jamais, disait-il, aucun homme n'a opéré dans le monde des idées une révolution aussi générale avec moins de secousses... Mais l'ambition était l'unique ressort de ses actions. Si elle ne l'eût poussé à Paris dans sa quatre-vingtième année, il vivrait peutêtre encore... » C'était en 17ltl.
Le Spectateur anglais, Addisson, Steele et leur école, curent aussi, dès la jeunesse de Wieland, une part notable dans ses sympathies Éludes et goûts bien divers! Mais laissons l'écolier, pour rejoindre le maître.
La vie de Wieland, depuis sa sortie de l'université, peut être divisée en trois périodes : la première qui comprend son séjour en Suisse, soil à Zurich auprès de Bodmer, soil à Berne au|)rès de Julie Bondely; la seconde qui le ramène à Biberach où il s'initie, chez le comiede Stadion, aux manières et au langage du monde; la troisième qui se passe à Weimar, dans une cour rivale, on peut le dire, bien qu'en moindres [iroportions, des cours d'Auguste , de Léon X et de Louis XIV.
La période suisse dura six années, de 1753 à 17G0, dont cnui à Zurich, une seule à Berne. Attiré dans ce pays par Bodmer, il y partagea son existence entre les leçons dont il se chargea , comme précepteur, auprès de quehiues enfants riches, et les écrits qu'il publia dès lors avec une sorte de régularité. Cette époque fut, à la fois, l'apogée el le déclin de sa tendance religieuse. Subissant l'influence immédiate de Bodmer (plus âgé que lui et dès longlemps célèbre ) , vivant dans une communauté d'idées avec ce maître et ses élèves , Breitinger , Gessner , Hess, etc., il mil successivement au jour les Le^fre* de morts à leurs amis vivants; l'Épreuve d'Abraham, poëme eu trois chants ; les Oua-
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torze Sympathies , les Souvenirs à une amie ; Thimoclée , dialogue sur la beauté réelle et la beauté apparente ; la Vision de Mirza, poënie; les Sentiments d'un chrétien; Considérations platoniques sur Vhomme. Ces écrits sont en général des inspirations chrétiennes. Dans les Sympathies surtout, Wieland pousse rorlhodoxie jusqu'au fanatisme. Il condamne non-seulement Ovide, mais aussi Anacréon , Tibulie, Chaulieu, Prior; il condamne Gleim, qui fut depuis un de ses amis les plus intimes, pour avoir chanté une Philis imaginaire, et Pétrarque, pour avoir parlé de Laure avec enthousiasme. Un chréiien, ajoutait-il, doit préférer l'hymne le plus insignifiant au chant profane le plus gracieux. Lui-même en appela bientôt d'un ariêt aussi rigoureux et se chargea de casser la sentence par ses exemples autant que par ses préceptes.
Wieland n'avait guère vu le monde jusque-là. Il préféra bientôt à la société du sévère Bodmer celle d'amis plus jeunes et plus gais. Il trouva aussi dans les cercles de Zurich, qu'on a souvent appelée l'Alhènes helvétique, des femmes instruites et aimables. En épousant, vers 175i, M. de La Roche, conseiller de l'électeur de Maycnce, Sophie Gultermann avait détruit un de ses rêves les plus chers, le projet d'associer pour toujours son existence à la sienne. Il supporta ce malheur avec fermeté, mais il chercha des distractions autour de lui. Comme il l'a dit ensuite en plaisanlanl, il avait eu à dix-sept ans une maîtresse telle qu'un roi ne peut se vanler d'en avoir, puis, en Suisse, tout un brillant sérail. Ses vers, où figurent tour à tour Sélima, Diotima, Melissa, Cyane, Ismène, Arête, Eulalie, Sacharissa, qui sont des noms, mais pas des êtres fictifs, en conservent le souvenir. Parmi toutes ces liaisons plus ou moins platoniques, la plus sérieuse, la plus durable et celle qui s'accorda le mieux avec ses goûts littéraires, fut son attachement pour Julie Bondely, fille d'un ministre bernois. Laide, ainsi qu'on l'a vu plus haut, Julie avait, en compensation de ses défauts corporels, un esprit supérieur et cultivé. Son ami songea un moment à l'épouser, mais les circonstances en ordonnèrent autrement, celte fois comme lors de son premier amour.
La révolution qui se préparait ainsi dans ses tendances |)hilosophiques, Wieland lui-même l'annonça vers ce même temps par quelques phrases de ses lettres. « Je me montrerai peu à
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peu loi que jo suis; le voile tombera: il en sera du mystique, du Bodmérien, ce qu'il advient de tous les fantômes.... J'ai dft passer pour un fanatique aux jeux des uns, pour un hypocrite aux yeux des autres, pour inconséquent auprè-î des hommes graves , pour fantasque aux gens du monde, pour un poëte chez
les philosophes, pour un philosophe parmi les poètes On m'a
pris pour tout ce que je ne suis pas. J'ai acquis de l'expérience et j'en proliterai. J'ai toujours aimé avec passion le vrai, le bon cl le beau; j'emploierai toutes mes forces pour atteindre ce (pie j'ai appris à aimer : bref, j'ai maintenant vingt-cinq ans derrière moi.... »
Les dernières productions échappées à sa plume pendant sa résidence en Sui.sse marquent cette époque de transition. Ce sont deux pièces de théâtre, Jeanne Gray (17.58), tragédie où Lessing découvrit les promesses de l'avenir, et Clémentine de Porreta (17.59), drame assez médiocre; puis les cinq premiers chants d'un poëme interrompu, Cijrus (1759), réminiscence de Xénophon. Un épisode tiré de ce poëme , Araspe et Panthée (I7.ô9) , signala sa maturité, son avénemeni pour ainsi dire à cette philosophie socratico-lioracienne , comme on l'a appelée, à celle manière gracieuse, enjouée, ironique, dont sont dès lors empreintes la plupart de ses œuvre?.
En 1760, il cherchait à s'établir comme imprimeur et libraire à la fois dans une petite ville de l'Argovie, ZolTingue, ou il aurait conclu son mariage avec mademoiselle Bondely, lorsqu'il apprit que le choix unanime de ses compatriotes l'appelait à la magistrature de Biberach. Il obéit à leurs vœux, moins sans doute par goût pour des fonctions assez mal séantes chez un poëte que par dévouement pour son père fort âgé déjà. Bienlôt, du reste, il résolut de s'en demeure , à la suite des ennuis que lui suscitèrent d'incessantes querelles entre les prolestants et les > catholiques, formant, à Biberach , deux parts égales en droits, si ce n'est en nombre, de la population urbaine. Mais qu'obtint-il en échange? La charge de gretiior, c'est-à-dire de directeur de la chancellerie (Kanzleidircctors), avec 1 ,000 florins (2,000 fr.) d'appointements et un logement!
En 1762, le comte Frédéric dî Stadion vint, après avoir rempli les fonctions de premier ministre auprès de l'électeur de Mayence, chercher le loisir et le repos à Warthausen, domaine
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éloigné d'une lieue seulement de la ville impérijje. Il .niienail avec lui le conseiller de Ln Roche, liomnie in.slriiil , spirituel, causli(|ue , brillant, ({ui connaissait le monde et savait en jiarler; il amenait enlin la femme de celui-ci, la l)eile et cé!èi)re Sophie, dont l'esprit ne le cédait pas à celui de son mari. Accueilli, attiré dans ce cercle d'élite, où Wieland trouvait enlin le milieu qu'attendait son génie pour se développer avec tout son éclat et toute sa liherlé, il y trouva dès lors une source conlinuelle d'inspirations et d'encouragemens qui fut longlemps inlarissahle. Quelque féconde qu'ait toujours été la plume de Wieland, elle étonne à ceUe époque par l'abondance de ses productions, si l'on réfléchit surtout au greffe où se perdait eu |)artie le tem|)S du poëte.
Il publia successivement Nadine, conte imité de Prior, et d'autres Contes comiques (1763); Don Sylvio de lîosalva , ou le Triomphe de la Nature sur l'exaltation (176i.),imiialion, Irèsiulérieure au modèle, de Don Quicholte, mais apiiliquée à la féerie; le prince Binbinkcr, poëme (176i-); Agalhon (1766 et 1767),sonciief-d'œuvre en prose, le meilleur roman moral, a dit Lessing, qui eût paru jusque-là; Aspasio, poëme; les fragmenls de Psyché, grand poëme sur l'Amour; Idris et Zénfdo (1765) et le Nouvel Ämadis (1770), histoires de chevalerie écrites en vers ravissants; Musarion, ou la Philosophie des Grâces (1768), poëme en trois chants, ([u'on regarde, après Obéron, comme le chef-d'œuvre en vers de son auteur, et dont le litre indique assez la tendance ; enlin sa Traduction de Shalispeare en huit volumes (1762-1768.)
Une circonstance assez singulière détermina ce dernier travail. En sa (jualité de secrétaire de la ville, Wieland était chargé de l'inspeciion , voire même de la direction du théâtre, si toutefois Biberach avait bien un théâtre. Là , comme dans la plupart des villes impériales de laSonabe, quek|ues bourgeois des deux sexes avaient formé une espèce de corporation dramaliijue et donnaient annuellement, à certaines épo(iues, des représentations dont celle de Pyrame et Thisbé , dans Shakspeare, peut donner un«; idée. Un cordonnier pour femmes, (jui avait été à Paris et qui avait vu Carlin , en était le principal acteur, avec un autre artisan, un armurier, je crois. Voulant donner quehpie importance à ce spectacle, le doter au moins d'une primeur littéraire, le poëte eut recours au grand William, qu'il connaissait à peine;
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il arrangea la Tempête pour la scène niiinici|)alo, prit goûl à ciîlte étude, et continua sa traduction , qui obtint, du reste, les suffrages de Lessing, critique si rigoureux pourtant.
Dans l'automne de 1765, Wieland s'était marié. Sa femme était lille d'un négociant d'Augsbourg, llillenhr.indl. Voici comme il la dépeint dans une lettre à Gessner, avec leciuel il cnirelint, depuis son premier séjour à Zurich , des relations amicales et soutenues : « Elle n'a que fort peu de ces qualités brillantes que je n'ai pas recherchées, du reste, dans le choix d'une épouse, peul-èire parce que j'ai eu l'occasion d'en reconnaître les inconvénients. Elle est, comme dit notre Haller, faite pour mon cœur, pure, exemple des atteintes du monde, douce, gaie, sensible; c'est la nature, à peu près comme la Philis de votre Daphnis, pas tout à fait aussi jolie, mais pourtant assez pour un honnête homme qui veut avoir une femme à lui, avantage que ne procurent point les grandes l>eautés... »
Ce mariage fut heureux. Aux qualités les plus brillantes, le porte joignait les plus solides. C'est un témoignage que ses contemporains , comme ses historiens, se sont plu tous à lui rendre. Quelle réponse plus décisive à opposer aux détracteurs de sa moralité?...
Avant d'arriver à la dernière phase de sa vie, à la plus glorieuse, sa résidence à Weimar, Wieland passa ([uatre ans environ à l'université d'Erfnrt, oii l'électeur de Mayence le nomma, peu après la mort du cointe dé Stadion , en 1768 , professeur de philosophie, charge (pi'il n'accepta pas seulement à tiire honorilique, comme on prétendait la lui donner, mais dont il remplit avec scrupule les devoirs laborieux. A coté de ses leçons sur l'histoire de la philosophie et de la littérature, il sut, néanmoins, trouver assez de temps pour ach(>ver divers ouvrages : le Manuscrit de Diogènede Sînope (1770), la plus heureuse peut-être des inspirations sans nombre qu'ait éveillées l'humour de Sterne; Eombabus, dans la même année; Korkor et Kiquclzel, roman où il combat les idées de Rousseau avec les armes de Voltaire; quelques autres écrits contre le philosophe do Genève, en défense des lumières et de la civilisation; le Miroir d'Or, ou les rois de Schenschian (1772), leçons indirectes de murale et de politique, reflet ingénieux et brillant des idées qui se manifestaient en France vers le même temps,
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En 1772 , il reçut de la duchesse Aune-Amélie l'iionorabie mission d'élever sou fils , le prince héréditaire de Saxe-Weimar. Il l'accepta et devint ainsi le premier membre de cette belle réunion de poêles, de littérateurs et de savants, qui bientôt illustra l'Athènes allemande et qu'il a eu la gloire de provoquer autant par son esprit aimable et son bienveillant caractère que par ses conseils à son élève et à la régente. 11 y trouva un nouveau Warthausou, plus grand, plus digne de sa renommée, alors répandue dans toute l'Allemagne et même au dehors ; il y trouva ce qu'il avait sans cesse désiré avant toute chose, de nobles loisirs. Durant quarante ans, Wieland lança ae là dans le monde ses écrits que, depuis 1773 jusqu'en 1793, il publia lui-môme, sans l'intermédiaire des éditeurs, dans le Mercure allemand, recueil philosophique et critique fondé, rédigé, soutenu par lui , moyen puissant d'encourager la marche de plus en plus indépendante et hardie de la littérature nationale, service important et réel qu'il rendait à son pays après d'autres services.
Pour terminer la liste de ses écrits, sans y joindre des observations ou des jugements qu'on peut chercher dans une notice plus détaillée, voici, quant aux principaux, ceux qui parurent depuis son arrivée à Weimar: le Choix d'Hercule et Alceste (1773), opéras pour le théâtre ducal, les premiers ouvrages de ce genre qui aient eu en Allemagne une valeur littéraire ; l'Histoire des Abdéritains (1773), roman critique fort amusant, où l'on se plut à voir nombre d'allusions plus ou moins transparentes et dont le succès fut immense; l'Histoire de Danischmend et des trois Kalenders (1773), qui fait suite en quehpie sorle au Miroir d'Or; Gyron le courtois, Contes d'hiver et d'été, Pervonte, imitations en vers de légendes étrangères, dont la première a été citée par un critique comme une leçon de morale et un modèle littéraire à melire entre les mains de la jeunesse; Amour pour amour, qui obtint, au point de vue moral ainsi que so\is le rapport poétique, les suffrages de Schiller; Obéron (1780), son chefd'œuvre poétique ; les Dialogues dans l'Elysée , les Dialogues des Dieux , les Dialogues entre quatre yeux, où sont traités des sujets divers de |)olitique et de littérature ; J'eregrinus Proteus (1789), tentative ingénieuse pour compléter les notions données par Lucien sur cet adepte du mysticisme; Agathodœmon , essai du même genre à propos d'Apollonius ; le Musée et le nouveau
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Musée altiqiies, séries de traduelionsdesUnées à faire connaître des Allemands les chefs-d'œuvre de la poésie , de la philosophie et de l'éloquence grecques; Aristippc et quelques-uns de ses contemporains, espèce de manifeste sur les doctrines et les tendances de l'auteur lui-même; Ménandre et Glycérion, Cratès et Hippurque, on, malgré l'âge avancé de AVieland , on retrouve la verve et la fraîcheur de sa jeunesse ; Euthanasia , où, à l'occasion d'un certain Woetzel qui prétendait avoir vu l'esprit de sa femme, le philosophe reproduit avec une vigueur juvénile ses idées quelque peu sceptiques sur la nature de l'âme; enfin une excellente traduction des lettres de Cicéron, commencée en 1806, continuée jusqu'à sa mort, mais inachevée.
Dans le cercle brillant que , de concert avec son fils, la duchesse Amélie forma progressivement à Weimar, l'auteur iVObéron, iVAgathon, des Âbdéritains, de Musarion, fut toujours entouré des hommages dus à son génie , à sa gloire , même à son âge; on l'appelait Fafer Wieland , père Wieland , si le mot français peut rendre ce (pie l'allemand implique à la fois de vénération et de familiarité; lorsque Gœthe donna sur le théâtre ducal une première représentation du Tusso, il lit remplacer, dans les jardins de Belriguardo, les bustes de Virgile et d'Arioste par ceux de Schiller et de Wieland : mais le poëte n'en eut pas moins à subir au dehors les effets d'une réaction qui , de son vivant même, grâce à la marche rapide, en Allemagne, du développement intellectuel, éclata contre les idées ((u'il avait contribué surtout à répandre et même contre une renommée acquise par tant et de si constants travaux.
Dès 1774- , Gœthe lui-même, qui depuis fut et resta son ami , en donna le premier le signal , dans un opuscule intitulé : Les Dieux, les Héros et Wicland, boutade pleine de verve qui produisit une grande sensation. C'était une vive récriuiination contre la prétendue irrévérence avec laquelle Wieland avait parlé de Shakspeare, dans les notes de sa traduction, des héros et des dieux de la Grèce, en plusieurs occasions, et contre le costume moderne dont il s'était souvent permis d'affubler ces derniers. Le directeur du Mercure allemand &e vengea en homme spirituel et bon : il annonça lui-même la pièce de Gœthe dans son journal , et en fit l'éloge. Ce fut l'origine de leur liaison.
Lorsque l'école moderne, romantique, si l'on veut, eut gagné