AVANT-PROPOS
àli noà rpit tI xaXtfv. Platon.
exacte observation des faits , dans la nature comme dans les sociétés humaines , est la source de toute instruction , la première des sciences. Et la Médecine n'étant , dans un point de vue élevé , que l'application des lois générales de la physique aux phénomènes particuliers de la vie , j'ai cru , que remettre sous les yeux des praticiens quelques découvertes de détail , quelques observations même isolées, des faits minutieux peut-être, mais toujours intéressans , qui se sont passés sous mes yeux dans une épidémie pestilentielle de quatorze mois de durée, c'est coopérer, selon mes faibles forces et non obstant ma qualité de non-adepte , au progrés de la Médecine.
Parmi les maladies épidemiques et contagieuses qui , dès la plus haute antiquité , affligent la pauvre race humaine , la peste est une de celles dont on peut vraiment répéter, que: de hoc mu M mu lia, ormes aliquid, nerno satis. Les médecins , même les mieux instruits et de plus d'esprit , mais qui , de leurs propres yeux n'ont ni vu, ni examiné de prés les symptômes , les périodes et les phé-
nomènes de cette affreuse maladie , n'ont abouti qu'à débiter des conjecture» et des sottises. Et de ceux encore qui ont eu te bonheur d'étudier cette maladie dans ses plus horribles boucheries , y ont souvent apporté , nourri et même affermi ces préventions systématiques qui , plus que partout ailleurs , sont en médecine si préjudiciables à l'étude et à l'avancement de la science.
Comme consul de ma patrie placé à Tanger au milieu de la peste qui , dans les années 1818 et 1819, désola et dépeupla considérablement l'empire de Marok, je fus bientôt à même d'interroger uniquement la nature , et la vérité , relativement à l'invasion , les phases et les progrès de l'épidémie, et de noter les faits observés ou recueillis d'autres personnes intelligentes et dignes de toute conûance. A ces avantages j'eus plus tard le bonheur de joindre celui bien plus précieux de m'y trouver lié d'amitié avec un médecin espagnol , le docteur Séraphin Sola , philosophe éclairé t observateur aussi courageux qu'infatigable, mais surtout docte et habile praticien , qui , sur la demande du sultan Moulai Soletman, avait été envoyé à Fas par la Cour d'Espagne , pour guérir d'une fistule lacrymale la princesse Minah , épouse de l'héritier présomptif du trône. Il venait de compléter celte guërison par la méthode du docteur Petit, lorsque l'irruption de l'épidémie par des pélérins retournés de l'Egypte et de la Mekke , le força d'abord à quitter Fas pour revenir à Tanger, et rendit bientôt son retour en Europe impossible ; circonstance , dont il ne manqua pas de tirer parti, pour observer et étudier la nature et les phénomènes de l'épidémie, et pour donner les secours de l'art salutaire aux victimes de ses cruelles atteintes.
Dans mes rapports officiels à mon Gouvernement étant oblige de donner des renseignemens fidèles et détaillés sur
la qualité et les allures de cette épidémie , l'assistance et les conseils du docteur espagnol me mirent bientôt à môme de transmettre, soit en Suède, soit en Norvège, des relations assez circonstanciées qui, traduites en plusieurs langues , parurent , dès l'an 1819 , dans les journaux de presque tous les pays de l'Europe ; et les ayant refondues, augmentées et rédigées en forme de lettre adressée à feu mon ancien ami et médecin le D.r Louis Grossi de Gênes , il les fit imprimer d'abord en italien et puis en français. L'édition italienne parut même accompagnée de six annotations de M. Grossi sur l'usage des remèdes oléagineux contre la peste , sur la question si la peste peut attaquer plusieurs fois le même individu , sur la manière dont se propagent les maladies contagieuses, sur les animaux microscopiques considérés comme cause de la peste , et sur les maladies spécialement contagieuses, (•)
Ces deux brochures, tirées à un très petit nombre d'exemplaires , n'existant plus depuis longtems dans le commerce , où , depuis mon retour en Europe , il y a douze ans , je n'ai pu en découvrir une seule copie , j'ai osé croire , que les amis des connaissances utiles et des observations authentiques et scrupuleuses me sauront gré de reproduire et de soumettre mes remarques , confirmées durant un séjour prolongé d'autre neuf années dans la Barbarie , au jugement et aux méditations des médecins , italiens ou étrangers, qui assisteront à la seconde Réunion italienne des naturalistes et autres sa vans , actuellement ouverte dans la métropole de la Monarchie Sarde.
Florence , le 10 Septembre 1840.