OBSERVATION XXXI
UN homme jeune ct vigoureux fait une chute de cheval, dans laquelle le fémur droit est luxé. La réduction offre des difficultés , quoiqu'on y procède sur-le-champ, que des praticiens habiles et expérimentés y travail- Jent , et qu’on y emploie des forces suffisantes €t bien dirigées. On réussit enfin ; maisil
semble à tous les assistans qu’il a fallu porter l'extension du membre bien au-delà de sa grandeur naturelle : néanmoins , la conformation normale paraît entièrement rétablie.
Des suites inflammatoires d’un pareil accident n’ont d'abord rien d’étrangeÿ mais elles se prolongent. Le malade est obligé de garder le lit plusieurs mois de suite, et lorsqu'il en sort et qu'il peut marcher, il boite du côté de l'accident , et la déambulation est douloureuse et pénible. Un examen attentif démontre que le cotyle a été agrandi dans le sens vertical. Le malade étant couché, le membre affecté est plus court. Une légère extension pratiquée sur le pied, rétablit la longueur naturelle ; mais le membre ne peut la garder, il se rétracte aussitôt qu’on l’'abandonne. Si l'on n’abandonne pas le pied, si l'on suit la rétrocession du membre, si on l'accélère même, on sent un choc au moment où la rétraction s'accomplit. Il reste encore, six mois après l'accident , un peu d'engorgement et de douleur dans le périoste voisin du cotyle dans la région supérieure , au-dessous du petit fessier. Nous concluons qu'il est trèsprobable que le même eflort qui a luxé le fémur , a vu opérer une fracture de la partie
$upérieure du contour du cotyle; que le fragment a dû être tenu renversé en haut par l'élasticité du périoste ; que la mobilité de ce fragment est ce qui a fait les difficultés de la réduction du fémur luxé ; que le travail de Ja consolidation est la cause des accidens inflammatoires qui ont duré si long-temps ; que la situation renversée dans laquelle le fragment s'est réuni, cause la liberté insolite de la tête du fémur , la briéveté du membre et la claudication; enfin, qu’il était impossible de mieux faire, et que le malade est bien heureux de n’avoir pas éprouvé des accidens plus graves.