OBSERVATION XLVII
Dans une famille où plus de vingt parens ont eu des difformités de l’épine, on nous fit voir une enfant de 6 ans, réduite à un état très-dangereux par des hémorrhagies nasales abondantes. La région inter-scapulaire présentait une grande inflexion de l’épine à gauche,
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(257) le cœur était volumineux, hypertrophié , et le détail des événemens antérieurs démontrait clairement que la déformation de l'épine, portée aussi loin à un âge aussi tendre , était la cause de tout. Il n’était plus temps de rien faire d'utile , et cette enfant a péri peu après.
— I paraît, par quelques faits d'anatomie morbide, que, dans les inflammations des plèvres et des poumons qui provoquent ou qui suivent les déformations de l'épine, il peut se faire des déplacemens , des tiraillemens consécutifs d'un nerf ou des nerfs diaphragmatiques, d’où résulteraient les attaques les plus dangereuses d'asthme (1).
(1) On peut consulter à ce sujet, une planche de l'Atlas de l’Orthomorphie du professeur Detpech, et, davs le texte, une Ofservation fort intéressante, t. I, p- 558. À chaque attaque d'asthme , les contractions du diaphragme étaient d’abord suspendues ; les autres muscles inspiratoires faisaient de vains efforts 5 qui ne pouvaient dilater la poitrine ; la respiration ne se faisait réellement pas ; la tête ,» la face devenaient bleues ; les battemens du cœur se ralentissaient , ils cessaient ; la malade tombait dans une syncope alarmante. Alors , les mouvemens du diaphragme re-
S. IL. Effets des difformités sur l’innervation.
L'un des centres nerveux est renfermé dans la colonne vertébrale ; il doit subir toutes les inflexions de son étui, et l’espace compris autour de lui par du tissu cellulaire adipeux, paraît favoriser cette nécessité. Il semble aussi que , dans l'enfance, et tant que les progrès de l'évolution tendent à donner à tous les organes des dimensions respectives convenables, de grandes inflexions de l’épine sont sans inconvéniens, du moins graves, par rapport à la moelle-épinière ; mais , lorsque le développement est achevé, les dimensions de toutes les parties arrétées , les variations que l'épine peut avoir à subir, l'accomplissement des inflexions morbides dont elle est susceptible, ne sont pas indifférentes pour la moelleépiniere. Une seule réflexion suflira pour faire comprendre qu'il n'en saurait être autrement, ainsi que l'observation le démontre. I! ne saurait y avoir d'incurvation de l'épine
commencaient , les battemens du cœur reparaissaient, et la malade se ranimait, ne conservant de son at-
taque que de la sueur et un peu d’oppression qui durait encore près d’une heure.
sans engorgement essentiel ou symptomatique des fibro-cartilages inter-vertébraux :
quelle que soit la cause première, les articulations sont nécessairement relâchées , et, par conséquent, les corps inter-vertébraux plus volumineux. Il y a donc alongement dans la colonne entière ; changement que ne peut partager la moelle-vertébrale d’un sujet adulte, qui doit distendre violemment ce dernier organe , et tendre par là aux plus graves conséquences , dont il paraît que les écrivains ne se sont nullement doutés. Sous ce point de vue, l'étude des déformations de l'épine est encore neuve et digne da plus grand iniéreét; elle répandra peut-être quelques lumières sur quelques-unes des maladies appelées nerveuses , et dont le siége le plus commuu est probablement dans la moelle-épinière, L'observation fera mieux sentir qu'une des-
cription , cette espèce de conséquences des déformations de l'épine.
OBSERVATION XLVIIL
Nous avons été consultés par une dame qui, depuis deux ans, avait souffert successivement des douleurs attribuées tour à tour à chacun des viscères abdominaux, et qui
( 260 ) était tombée dans un épuisement grave par les applications multipliées de sangsues , auxquelles on avait eu recours chaque fois. Un examen attentif de ces organes donna la certitude qu'aucun d'eux n'avait été affecté d’inflammation ; mais , les vertébres lombaires présentaient une projection considérable en arrière et à gauche, déplacement qüi avait commencé à l’âge de 11 ans, qui était fort peu de chose alors, et qui avait beaucoup augmenté depuis les trois dernières années.
Des douleurs aux lombes se propageant aux cuisses, aux jambes et aux flancs , accompagncrent cet accroissement de la difformité ; mais , les douleurs de l'abdomen détournèrent l'attention de ce premier objet. Au moment où nous l’examinions , des pressions soutenues, exercées avec les doigts réunis successivement sur l’apophyse épineuse de chaque vertebre lombaire , causèrent des tressaillemens convulsifs des membres inférieurs, et surtout renouvelèrent les douleurs que la malade avait ressenties dans les viscères abdominaux. Gette remarque frappa vivement la malade, et nous donna Ja démonstration que ces douleurs avaient été névralgiques, et n'avaient eu pour cause que la distension de
PS
(261) Ja moclle-épinière par la colonne vertébrale . alongée à l’occasion de la déformation lombaire. En partant de cette idée , des moxa sur les côtés de la colonne vertébrale , le repos , des linimens toniques , un régime succulent furent conseillés, et la malade s’en
trouva bien. Elle n'a pu guérir d’une déformation qui datait de son enfance : mais, l’accroissement que cette affection avait acquis depuis peu, a été effacé , les articulations de l'épine ont été raffermies, et la maladie de l'abdomen à solidement disparu.