‹ Observations cliniques de la taille et des membres ... accompagnées d'un atlasChapitre 69 sur 107 · ET UP 1 L · texte numérisé non relu

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devinrent successivement énormes. Alors commença une série de symptômes qui linrent long-temps la malade dans un état déplorable. « L’attitude qu’elle ( la malade) » pût prendre, consistait à se placer dans un »lit, couchée en pronation, des oreillers en- » tassés sous l’abdomen, la tête et les bras pro- »jetés par-dessus et au-delà du chevet, et »comme pendans au dehors, tandis que Île » bassin et les membres pelviens reposaient »>sur un plan incliné opposé. Il s’ensuivait “que les parties supérieure et inférieure du » corps étaient placées sur deux versans con- »traires, et que le poids des deux moitiés » exerçait une sorte d'extension sur le point »intérmédiaire , qui répondait à la région »lombaire. Daus cette attitude , la malade » pouvait goûter plusieurs heures de som- » meil ; mais , son corps ne tardait pas à s’y » couvrir d'une sueur abondante et ruineuse.

»Si, pour se délasser , elle prenait dans son »lit une autre position, elle était ramenée » forcément à la première par des douleurs »intolérables au ventre , aux lombes et dans »les cuisses. Dans l'abdomen ces douleurs savaient le caractère d’angoisses inexprima- »bles et pouvaient aller jusqu'au vomisse-

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(263 ) ment; elles déterminaient souvent une dy- »surie fort incommode, et alors aussi une » pesanteur douloureuse à l'anus. Aux mem- »bres inférieurs , ces douleurs étaient habi -

»tuellement un engourdissement des cuisses ,

» des jambes , un froid intolérable , et enfin , »des tiraillemens accompagnés de soubre- » sauts convulsifs. Lorsque ces souffrances qui »avaient de grandes vicissitudes se faisaient »sentir le plus vivement, ce qui avait lieu » principalement la nuit, il fallait entasser »les oreillers sous l'abdomen, et varier leur » disposition jusqu'à ce que l’on eût trouvé. rle degré d’inclinaison convenable pour les » deux moitiés du corps : ce qui était sou- »vent un travail de plusieurs heures...

» Les choses n'arrivaient jamais à ce point... »sans quil survint un état de fièvre bien »évident.…..………… ÎL arrivait souvent que la » malade ne pouvait se soutenir debout...

» Dans les momens les plus favorables, elle »ne pouvait se tenir debout, assise , mar- »cher qu'avec le secours d’un corset, véri- » table cuirasse qui prenait son point d'appui »autour du bassin, emboîtait les épaules » et les aisselles, et soutenait par ces dernières »le poids du corps. » Cet état n'était pas le

( 264 } méme constamment , mais il se reproduisait souvent. Trois praticiens réunis décidèrent, après un mûr examen, « que les articula- »tions de toute la colonne vertébrale étaient » relâchées ; que le corps des vertèbres qui »avait été intéressées dans la premiere dé- » formation , était devenu cunéiforme dans »le sens latéral ; que ces deux circonstances »augmentaient incessamment les incurva- »tions de l'épine ; que cet affaissement pro- »gressif distendait la moelle-épinière et ses » nerfs ; que le relâchement des articulations » varlait d'étendue, et avec lui, la distension » de la moelle ou des nerfs et ses conséquences ; que le froid des membres, la fièvre, l'oppression , les douleurs de l'abdomen » étaient au nombre de ces dernières ; qu'il »n'y avait rien d'inflammatoire dans tou- »tes ces douleurs sympathiques ou transmis- »sibles par la continuité des nerfs; qu'il »était impossible de songer à une guérison » des difformités , mais que l’on pouvait par- » venir à fortifier tous les tissus ramollis, à » raffermir toutes les articulations vertébrales, »après avoir effacé le surcroît des contor- »sions spinales que leur relâchement avait » amené , éviter les vicissitudes de distension

( 265) »médullo-spinale qui provenaient de la mo- »bilité insolite des vertèbres , et par consé- »quent, tous les symptômes qui en décou- » laient, »

Le traitement auquel la malade fut soumise et qui fut dirigé dans ces vues, donna les résultats qui avaient été prévus , et par conséquent , juslifia l'exactitude du diagnostic qui est le point intéressant en ce moment,

— L'observation XXXIX.° a présenté aussi des circonstances remarquables , sous le même rapport. La malade éprouvait des douleurs qui suivaient le trajet des nerfs intercostaux , qui reltentissaient fortement à la région sternale , et qui, à raison de ce siége, avaient inspiré de grandes craintes à la malade et aux médecins qui lui avaient donné des soins jusque-là ; et cependant, l'exploration la plus attentive de la poitrine re put rien faire constater de morbide dans les viscères : et le traitement, tout fondé sur la supposition que l'engorgement des fibro-cartilages inter-vertébraux , la distension de la moclle-épinière et de ses nerfs qui en résultaient, étaient les causes de tout, et que la résolution de cet engorgement ferait cesser

tous les symptômes ; ce traitement, disonsnous , a eu un plein succes.

Nous avons encore fait remarquer dans l'observation XIL°, des prodromes très-prononcés d'épilepsie qui avaient accompagné les premiers progres d’une inflexion latérale à plusieurs foyers. Cette fois, la maladie intéressait une jeune personne ; mais, elle avait acquis un grand et rapide accroissement , ce qui paraît avoir ajouté aux causes de distension de la. moelle-épinière et des symptômes morbides qui probablement en dépendaient. Dans ce cas aussi , les symptômes nerveux ou d'affection médullo-nerveuse cédèrent au traitement, en même temps que les difformités, et à l'emploi des moyens propres à combattre seulement ces dernières.

On peut donc inférer de ces quatre faits, auxquels un plus grand nombre pourrait être ajouté, que la distension de la moelleépinière peut réellement résulter de l'engorgement des corps inter-vertébraux ; que cet effet paraît au moins plus commun à l'âge adulte que dans l'enfance; que des symptômes nombreux , variés , consistant principalement en douleurs aux points de distribution des nerfs distendus , en sont tout à la

fois les conséquences e.-les signes ; que ces douleurs peuvent simuler un état inflammatoire et en imposer d'autant plus facilement sous ce rapport, quelles sont souvent accompagnées de fièvre; quil est important de se défendre de cette erreur , parce que les sujets qui présentent de semblables phénomènes , sont toujours fort débiles, et que leur état peut être aggravé par les cffasions sanguines ; qu'un moyen d'éviter cette même erreur , apres avoir constaté des difformités verlébrales , la mobilité des vertèbres, l’accroissement rapide et continu des déformations , surlout à un âge adulte, est la remarque importante, caractéristique , que la fièvre est passagère , ne subsiste que le temps même de l'accroissement des douleurs, et qu'elle disparaît ou diminue avec ces dernières.

S. IIT. Effets des difformités de l’épine sur la nutrition.

CETTE opération a trois degrés , dans chacun desquels il faut étudier les effets des déformations de lépine : la préparation intestinale , l'assimilation générale et la puissance

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musculaire, qui en e$' le terme le plus éloigné et le plus élevé.

A. Tous les sujets , sous le coup de la formation des difformités de l’épine , sont remarquables par une altération sensible des fonctions digestives. L'appétit est médiocre, capricieux; la solution de l'aliment dans l’estomac est irrégulière ou lente; long-temps après le repas, les malades éprouvent des éructations qui ramènent le goût des alimens plus ou moins fétide; souvent il y a vomissement ou diarrhée, plus souvent encore des douleurs fixes à l’épigastre. Ces phénomènes sont bien communs, plus remarquables chez les sujets adultes que chez les enfans. Mais , s'ils sont moins remarqués chez , ces derniers , c'est bien souvent parce qu'ils ne font pas sur eux-mêmes des observations exactes; qu'ils ne sont pas surveillés d'assez prés , pour que ces remarques n'échappent pas ; enfin et surtout, parce qu'il est bien ” rare que, chez les enfans , les déformations s'accomplissent et s’aggravent tout d’une haleine , comme il arrive ordinairement chez les adultes. Le plus souvent, chez les jeunes sujets, les déformations se complètent par périodes distinctes, et quelquefois même ces

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périodes sont séparées entre elles par d'assez longs intervalles, pendant lesquels les différentes fonctions se font régulièrement. Cette circonstance est cause, en grande partie , des difficultés que l'on éprouve à former un bon diagnostic. Les parens d’un enfant difforme sempressent de répondre à toutes les questions d'un médecin , que l'enfant se porte à merveille , à cela près de la difformité ; ou, sils avouent qu'il est malade, ils assurent \| que c'est depuis peu de jours. Il faut reporter \| avec soin leur attention sur le passé, même f} \ sur des époques fort éloignées , pour obtenir | | des renscignemens utiles.

Les remarques dont il s’agit ici, ont fait | une si grande sensation à certains praticiens , | qu'ils en ont fait dériver toute la maladie. | Ainsi, #°. Ward , par exemple , a conduit

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à bien un assez grand nombre de faits , en se contentant du decubitus horizontal, de quelques exercices , mais en insistant beaucoup sur l'usage intérieur des sels neutres et des | préparations de fer, dans la vue de donner | plus d'énergie aux fonctions de l'estomac, dont l’imperfection très-commune lui avait paru la cause de tout. Il n’a point attribué à l'étroitesse de sa méthode les revers qu'il

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a dû nécessairement éprouver , mais plutot à l'intensité de la maladie , qu'il a regardée alors comme incurable.

La preuve que ces imperfections de la digestion sont sous la dépendance des déformations de l'épine, de l'altération que Ja moelle-épinière ne peut manquer d’en éprouver, el de l'influence qui s'étend toujours alors à tout l'appareil viscéral , est dans l’observation d’une amélioration rapide de ces mêmes fonctions , si l'on adopte des méthodes qui agissent puissamment sur la colonne vertébrale. Cette observation a été fournie avec une grande constance par les sujets que nous avons eus sous les yeux; nous avons pu presque toujours nous dispenser d'attaquer expressément l'état morbide des viscères.

B. La pâleur , l'étiolement , la sécheresse du tissu cellulaire, la maigreur , les inégalités de la température du corps, sont des signes assez certains d’une assimilation imparfaite , insuffisante de l'aliment. Cet état se fait remarquer constamment chez les sujets difformes et dont les déformations s’ac-

. . , . baie CN croissent ; ils présentent aussi une fétidité

remarquable de la matière de l’exhalation cutanée et des urines ; phénomènes qui at-

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testent que toute la matière alibile introduite n'obtient pas le degré d'élaboration nécessaire pour être assimilée. Üne grande partie passe à l'état putride, et, en cet état de corps étranger , elle est éliminée. Ces phénomènes cèdent aussi et même assez rapidement , dès que l'on parvient à exercer une influence utile , décisive sur l'état de l’épine: preuve indubitable qu'ils dépendaient des déformations et des altérations qu'elles exerçaient sur Ja moeclle-épinière.

C. Une altération des plus constantes et des plus rapides exercée par les déformations de l’épine, se fait ressentir sur les muscles en général. Ces organes diminuent de volume et perdent totalement leurs forces ; ils tombent dans une véritable atrophie. I] est aisé de concevoir comment une viciation profonde de Ja nutrition fait ressentir ses effets , aussitôt et surtout sur l'appareil musculaire , dont l'entretien ne peut être accompli, que par le plus haut degré de l'acte qui fait subsister tous les organes. Mais, en outre , le sentiment de la faiblesse commande le repos ; le repos est aussi la conséquence la plus naturelle d’un sentiment douloureux : or, toute déformation de l’épine rend dou-

loureux certains mouvemens du corps. Ceux- Jà sont évités avec un grand soin , et bientôt tous le sont également , parce que les combinaisons nécessaires sont pénibles et le deviennent davantage de jour en jour. Mais, linaction dégrade les muscles ;- et tous ces moiifs se trouvant réunis dans tout déformé , leurs muscles, sont rapidement atrophiés.

Ce vice est trop grave pour demeurer isolé ; la sympathie est trop étroite entre les muscles et tous les autres appareils , surtout les fibreux , pour que ceux-ci ne languissent pas bientôt. C'est ce qui arrive en effet.

Ainsi, de premières déformations nuisent

à la nutrition , dégradent les muscles , et l'incurvation des vertèbres débilite de plus en plus les moyens articulaires et augmente les difformités. On peut sentir par cet apercu, combien il doit être important dans un plan de traitement , de faire une grande part à des moyens capables d'améliorer l'état des

: muscles.

S. IV. Effets des difformaités de l’épine sur tes organes reproducteurs.

Nous n'avons pas vu, dans les sujets adultes difformes que nous avons pu observer, ni l’atrophie des testicules , ni la suppression

des menstrues. Nous avons observé , au con- :

traire , sur les garçons, des parties sexuelles d'un développement plutôt exagéré que médiocre , et sur les fcmmes , des règles quelquefois désordonnées, mais plutôt sur-abondantes ou trop fréquentes que médiocres , et une propension marquée à l'acte reproducteur (1). Dans les jeunes personnes devenues difformes de bonne heure, on a constaté également l'apparition anticipée des règles, et méme on a vu un assez grand nombre d'exemples de règles démesurées. Il ne paraîtra pas sans vraisemblance, que les défor-

(1) L'un des sujets difformes par rachitisme qui ont subi l'opération de la symphysotomie à l'hospice de la Maternité de Paris avec succès, est une fille qui a été opérée deux fois. On a cité aussi un assez grand nombre de femmes difformes , au point de ne pouvoir être délivrées que par l’opération césarienne , et qui s’y sont exposées plusieurs fois.

mations de l’épine , surtout celles de la région Jombaire, puissent provoquer une excitation des parties sexuelles, semblable à celle des viscères abdominaux, qui est allée jusqu à la douleur et qui a été prise pour des phlogoses de ces mêmes viscères. Une remarque propre à fortifier cet aperçn, c'est qu'un traitement efficace a souvent fait cesser ces règles déplacées, lesquelles ne se sont reproduites qu'après la restauration complète des formes et des fonctions.

&. V. Effets des difformiiés des membres sur leurs muscles.

IL paraît démontré que , pour que la nutrition s'opère pleinement dans un muscle, il est nécessaire que ses extrémités soient tenues dans la moyenne de distance que la nature leur a assignée. Plus ou moins distendu qu'il ne convient, un muscle perd ses facultés contractiles et bientôt une partie de son volume ; il est même possible qu'il soit de la sorte jeté dans la paralysie. Ces phénomènes sont faciles à observer chez les piedsbots, même avant d'avoir marché. Si l'on réussit à rétablir la situation naturelle du

membre, la nutrition devient plus parfaite dans les muscles qui souffraient et leurs forces reparaissent , ce qui confirme pleinement la remarque éliologique.

Une grande exception doit être signalée ici ; mais, elle Paraît confirmer l’observation [. Les anomalies de l'articulation coxofémorale , qui privent le fémur de tout soutien osseux , sont accompagnées d’un grand développement des muscles de la fesse. Mais ce vice , loin de condamner la cuisse 4 l'im= mobilité dans une situation insolite , lui donne, au contraire , une mobilité extraordinaire , et met les muscles dans la nécessité

de suppléer l'articulation. C’est cette gymnas-

tique anormale inévitable . qui donne aux muscles un aussi grand développement.

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