‹ Observations cliniques pour servir de preuve a la doctrine médicale de l'école de Montpellier;Chapitre 1 sur 1 · L’ÉCOLE DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

L’ÉCOLE DE MONTPELLIER

Hémorrhagie consécutive à V Opération de la Taille , dépendante du génie périodique pernicieux s arrêtée par le kina (1).

N Ma g istrat , âgé de plus de 60 ans , d’une iaillo médiocre, d’une constitution grêle et délicate, très-

irritable et méticuleux. , épuisé par des études et

des travaux pénibles , éprouvait depuis plusieurs années un embarras dans l’émission des urines. D’abord des douleurs assez fortes dans la région lombaire furent suivies de l émission d’urines culo-

(1) Par M. DHpech y Professeur de Clinique externe à 1q Faculté d« médecine de Montpellier.

récs et âcres. Plusieurs années apres , le malade sentit , par intervalles , un obstacle passager à l eva-» cuation des urines 7 mais qui devint de plus en plus marqué. Pendant le cours des trois dernières années, il y eut souvent hématurie assez abondante, accompagnée d'un grand affaiblissement : dans la suite , le besoin d’uriner était tous les jours plus pressant.

Au mois d’avril i8ig , le malade fut sondé: on constata la présence d’un calcul urinaire , dont le volume parut considérable. Cependant les urines étaient naturelles , et quoiqu’il y eut une fébricule assez distincte , rien n’annonçait l’existence d’aucune lésion organique , produite par Faction directe ou sympathique du calcul urinaire.

Après les préparations convenables, l’opération de la taille fut pratiquée le 2/j. avril. Elle ne présenta pas d’autre circonstance à noter , que les difficultés qui pouvaient résulter d’un calcul ovoïde , déprimé 9 et du poids de six onces. Il n’y eut point d’héxnorrbagîe, et il ne survint aucun autre accident qu’une légère réaction traumatique , durant les trois premiers jours ; le calme le plus parfait succéda à ces conséquences immédiates de 1 opération , et jusqu’au 8.e jour inclusivement:, le malade parut dans

l’état le plus satisfaisant. Le volume du calcul et l’éraillement des parties qu’il avait nécessité , avaient laissé une libre issue aux urines par la p’aie jusqu au 6.e jour. Alors il s’opéra un resserrement à la faveur duquel une partie des urines s’échappa par la voie naturelle»

Le 8.e jour , à 3 heures après-midi , le malade étant endormi , fut réveillé pour prendre un potage. Il parut , pendant quelques minutes , dans un état de délire qui ne se soutint pas ; la nourriture qu’il avait prise jusqu’alors avec empressement, lui était inoius agréable. Cependant la nuit fut calme, et le pouls n'offrit rien do remarquable le soir ni le lendemain.

Le 9-c jour , le malade avait été changé de lit et de Linge avec la plus grande précaution; il était très-calme le matin ; la langue était belle et il y avait désir des alimens. A trois heures après-midi, évacuation spontanée d’environ une once et demio de sang par la plaie , sans la moindre altération dans le pouls , ni dans aucune fonction. Dans Le reste de la journée, l’urine qui se partage entre le canal et la plaie , est pure et limpide. La nuit est bonne , et le malade qui prévoit une guérison prompte et facile , est plein de satisfaction.

Le io.e jour au matin, le pouls est normal; la chaleur du corps est a peine un pou plus élevée que dans l’état naturel; le malade témoigne peu d’empressement pour la nourriture. A 3 heures après-midi, apparition soudaine d’une grande quantité de sang rutilant, qui sort par la plaie et par le canal de l'urètre , et qui est expulsé par les deux voies à la fois , au moyen des contractions violentes de la vessie. Le pouls fréquent et petit s’affaiblit à mesure que les évacuations sanguines se prolongent , et il survient en peu d’instans une

lipothymie profoude et alarmante. L’hémorrhagie

est suspendue par Implication du double tampon à l’instar de celui de Petit ; tandis que l’évacuation de l’urine est assurée par une canule métallique ; introduite par la plaie jusqu'à la vessie.

Cependant le délire de Pavant- veille , l’hémorrhag ie légère de la veille , sur-tout la coïncidence de P heure où ces évènemens étaient survenus f les conditions vernaîes très-prononcées de la saison, la co-existence d’un assez grand nombre de fièvres intermittentes pour faire présumer la prédominance du génie périodique dans la constitution morbifique , se réunissaient pour faire croire à l’existence d’une fièvre intermittente quotidienne dont l’hémorrhagie n’aurait été que le symptôme.

Pénétré , comme nous le sommes par l’observa» iiou , que toute hémorrhagie consécutive , après nue opération où l’on n’a point intéressé des ■vaisseaux majeurs, comme celle de la taille, 110 peut être que le prodrome ou le symptôme d’une affection générale , nous n’avions que le choix de l’affection,* et les conditions atmosphériques, aussi bien que le caractère des maladies concomitantes, nous paraissaient suffisantes pour fixer nos incertitudes. Nous prescrivîmes donc , sans hésiter , une potion tonique contenant deux gros d’extrait résineux de kina , à prendre par cuillerées dans les huit heures suivantes. L’état de faiblesse extrême où était réduit le malade par l’effet de 1 hémorrhagie , 11e nous aurait pas permis d’administrer le kina sous toute autre forme ; nous ordonnâmes en même temps quelques cuillerées de bouillon et de yïn à prendre d’heure en heure.

Le reste de la journée et la nuit suivante se passèrent tranquillement* L’urine coula par la canule ; le sang ne reparut pas; les forces se relevèrent insensiblement, et la potion fébrifuge fut bien supportée.

Le ii.e, second jour de l’hémorrhagie, le pouls était un peu élevé et fréquent ; la langue sèche et chaude ; le malade éprouvait une soif intense ; il était dans une somnolence habituelle , dont il sortait à la moindre question. L’heure de trois heures après - midi et toute la soirée s’écoulèrent paisiblement ; on remarquait cependant une légère élévation du pouls.

Le 3.c , le 4-e et le 5.e jours depuis l’hémorrha gie , se passèrent dans le même calme et sans autre circonstance remarquable qu’une légère émotion febrile dans le pouls , qui sembla s’exaspérer un peu dans l’après-midi; le tampon était solide, l urine coulait librement , et le sang ne se montrait plus à l’extérieur. La fatigue de l’estomac , ainsi que le désir de s’assurer de l’exactitude du diagnostic porté sur le caractère de l’hémorrhagie, engagèrent à supprimer l’administration intérieure du bina.

Le 6.e, le -.c et le 8.e jours, la fièvre habituelle fut plus sensible, et l’exacerbation du soir bien plus marquée. Considérant alors que le caractère pernicieux de la fièvre était effacé et que celle-ci paraissait tenir une marche régulière et suivie; considérant d’ailleurs que la langue, qui était restée sèche et brûlante pendant toute la durée de 1’ad*

ministratlon du kina , avait repris de l’humidité pendant la suspension de ce médicament , celui-ci fut abandonné , et l’on s’en tint à l’eau vineuse pour toute boisson, et aux bouillons pour toute nourriture.

Le 9-e , le tampon étant isolé fut enleve par parcelles sans inconvénient et sans que le sang reparût.

Le n.e, sans qu’il eût été commis d’imprudence et sans que la température de l’air eût éprouvé aucun abaissement rapide , le malade eut de la toux , accompagnée d’expectoration muqueuse -, il survint, en même temps , des sueurs douces et générales.

Les 12. % i3.e et i4*e jours , l’expectoration aug* mentait progressivement ; les sueurs étaient plusi abondantes ; les forces renaissaient ; le malade était moins assoupi et la langue se dépouillait; il survint une selle pultacée , facile et copieuse. Cependant , la fièvre était la même, l’exacerbation du soir était aussi marquée, elle avait ete meme un peu plus intense qu’à l’ordinaire entre le n.e et le i2,e jours. L’impatience fit revenir à l’emploi du kina ; mais presque aussitôt la langue devint sèche et âpre ; l’expectoration diminua ; la toux fut fréquente et difficile ; une douleur vague se fit sentir vers le côté gauche de la poitrine; il parut quelques stries sanguines dans les crachats. Le kina fut définitivement supprimé ; un looch adoucissant lui fut substitué; une décoction légère de lichen d’Islande, prise alternativement avec 1 infusion dtf graine de lin , remplirent l’eau vineuse.

IjCS i5.c, i6.c et I7*e jours, furent marqué* par un amendement sensible et par le retour de l'expectoration muqueuse: l’état du malade s'améliorait visiblement.

Jusqu’au jour , la fièvre diminua graduellement et disparut complètement.

La toux et l'expectoration ont persisté une quinzaine de jours après la terminaison de la maladie; et quelques prises de lait d anesse paraissent avoir contribué à dissiper ces symptômes.

Après l’extinction de la fièvre , le retour de l’appétit et le rétablissement de la nutrition ont amené peu à peu le resserrement de la plaie et sa Cicatrisation complète.

Nous ne con naissons aucune observation analogue à celle que nous venons de rapporter. On dit que M. le professeur Méjan avait vu un cas de ce genre, dans lequel il avait obtenu le même succès par le même moyen. L’École de Montpellier pense , en général , que le génie périodique peut assujétir sous sa dépendance toutes les maladies internes et externes. Avant la publication de l’ouvrage de Medicus (infi'L, on employait, à Montpellier, le kina dans les affections périodiques sans fièvre. Lue question proposée en i^od par François Glncoyneau , a pour objet de déterminer si ce remède convient dans les espèces de catalepsie qui reviennent périodiquement t^dos époques réglées , et 1 auteur prononce l’affirmative. M* Dumas a parlé le premier de la fièvre rémittente maligne qui survient aux grandes plaies. (Mém. de lu Soc. mcd. d émuL7 tom. //. )

Hémorrhagie consécutive à /' Opération de la Taille , dépendante d une inflammation commençante du bas-ventre , étouffée par la saignée et V opium à haute dose (i).

Un jeune homme de aa ans, d’un tempérament Sanguin et d’une constitution assez forte , atteint d’un calcul urinaire dans la vessie , se soumit à l’opération de la taille ; qui n’offrit rien de particulier: le calcul était médiocre et son extraction fut facile. Le 3.e jour , le malade n’ayant fait aucune imprudence , et la température de l’air étant devenue tout-à-coup extrêmement élevée, il y eut malaise \ douleurs erratiques dans ia te te et dans les membres } douleur générale mais extrêmement vague dans tout l’abdomen , qui était soulevé et comme boursouîïlé 5 celle’ ci n’augmentait pas de beaucoup par la pression. Le pouls était grand f consistant , fréquent ; la peau chaude sans être sèche ; la langue rouge , mais humide , il y avait de ia soif -, ia plaie ? qui n’avait presque rien fourni durant ni après l’opération , donnait une assez grande quantité de sang rutilant 9 qui coulait avec les urines , soit par le périnée , soit par le canal de l’urètre.

Le 4. 6 jour, cet état se soutenait et paraissait

(ï) Par le même»

acquérir plus d’intmsité. L’élévation rapide de la température de l’air , qui succédait soudainement aune constitution froide et sèche prolongée , avait introduit un élément inflammatoire bien marqué dans toutes les maladies co-régnantes.

A 11 heures du matin, saignée du bras de 18

à 20 onces de sang.

A midi, deux grains d’extrait gommeux d’opium dans trois onces d’eau. A deux heures , affaissement sensible du ventre ; diminution du malaise général et des viscères de l’abdomen; point de sommeil; la langue et les tégumens légèrement humectés ; chaleur douce et halitueuse ; pouls développé et mou. ( Deux grains d’extrait gommeux d'opium administrés de la même manière. )

A quatre heures après midi, pouls ample et ondulant ; ventre affaissé , souple et nullement douloureux ; sueurs décidées; le malade a déjà mouillé plusieurs linges. (Deux grains d opium.)

A 8 heures du soir , point de sommeil ni d'assoupissement , ventre insensible , excepte uaus les régions iliaques , sueurs abondantes ; plus de sang dans les urines. (Trois grains d’opium. ) La nuit se passe toute entière dans des sueurs abondantes ; cependant le malade , quoique tranquille , ne peut se livrer au sommeil.

Le 5.e jour , pouls un peu fréquent, mais mou et ondulant ; la chaleur de la p» au moindre que la veille; les sueurs continuent, mais elles sont moins abondantes; le ventre est souple et sans douleur; il reste uu peu d’embarras à la tête.

Le 6.e jour, calme parfait; les sueurs ont cessé £ la douleur de tête se dissipe ; la langue est nette et humectée ; le malade désire quelques alimens. (Pi description, de quatre bouillons gras.)

Dans les quatre jours suivaus , le calme est parfait ; on accorde des alimens au malade qui les digère. La plaie se resserre , et les urines se par*» iageni entre cette voie et celle du canal.

Le i4*e jour , les urines passent en entier par la voie naturelle , et la plaie ne tarde pas à se cicatriser.

Cette observation intéressante se rattache à l’art si important et si difficile de faire avorter une inflammation imminente sous la dépendance de la douleur et de i état nerveux.

Page 1