‹ Observations de M. le maréchal-général [Bugeaud, duc d'Isly] sur le projet de colonisation présenté pour la province d'OranChapitre 9 sur 24 · LA PROVINCE D'ALGER · texte numérisé non relu

LA PROVINCE D'ALGER

lïïliODLtTIOiV.

On est aujourcriiui unanime sur ce point que le seul moyen d'arriver à résoudre ce qu'on appelle la Question d'Afrique, est d'établir sur le sol de l'Algérie une population chrétienne, assez considérable pour nourrir l'armée, fournir à son recrutement et à son entrelien et imposer par sa masse aux populations musulmanes. Nous supposons en outre , qu'on est fixé sur le mode oh sur les divers modes de colonisation qu'on emploiera. Nous pensons qu'on a l'intention d'essayer tous les systèmes.

Admettant qu'on est d'accord sur les principes, nous espérons qu'on va se mettre à l'œuvre. Mais là encore, au moment de passer de la théorie à la pratique, plusieurs questions de la plus grande importance se présenteront. L'existence de la population musulmane sur le sol à envahir; les droits divers dont elle y jouit et (ju'il faudra régler par des désintéressemens -, sa déportation sur d'autres lieux choisis pour arriver à la libre disposition de la terre ; la convenance des localités , leur partage, leur assignation pour linstallation de la population nouvelle, les travaux de première urgence; toutes ces questions demanderontdu temps, cet élément précieux, qui, s'il nous manquait, changerait un avenir fondé sur mille sacrifices, mais riche d'espérances, en une catastrophe.

C'est dans cette préoccupation que nous avons essayé de préluder à ces études, destinées à pérparer les débuis de la colonisation dans la province d'Oran, mesurant le terrain à lui donner sur le développement, que livrée à ses propres ressources, elle devrait avoir pour assurer son indépendance et défier la famine. Trop heureux, si par ce travail nous avions pu avancer de quelques jours l'époque d'une telle situation.

L objet (le ce travail esUlc désigner cl en quelque sorlc de préparer dans la province d'Oran les lieux, oii, dans des conditions de sécurité et de salubrité, une population européenne puisse venir s'implanter dès à présent avec un chiffre tel que les approvisionoemensparmerétant interceptés et tout apport parles Indigènes cessant, cette population fût susceptible de produire en céréales de quoi suffire :

1° A sa subsistance et à celle de ses bêtes de labour ;

2" A la subsistance des 25,000 habitans des villes de la province et des 2,000 chevaux ou mulets qui y existent :

3° A la subsistance des 25,000 homnies de troui)e et de 6,000 chevaux ou mulets . force militaire nécessaire dans l'état de choses actuel pour garder les côtes et contenir les Indigènes.

Pour nourrir en céréales 25,000 citadins et 25,000 soldats, il faut annuellement 100,000 quintaux de blé.

Pour 2,000 chevaux ou mulets des villes, pour 6,000 de l'armée, il faut annuellement 100,000 quintaux d'orge.

L'hectare de blé, après prélèvement de 1 p. 20 pour la semence . rend 8 quintaux. Les conditions sont les mêmes pour l'orge.

Un laboureur cultive au minimum 8 hectares par an. En comptant moitié blé, moitié orge, c'est comme production nette 32 quintaux de blé et 32 quintaux d'orge.

Sur quoi, pour la nourriture de la famille . composée de 5 à G personnes , il faut prélever 12 quintaux de blé. plus environ 12 quintaux d'orge pour les bêtes de labour, dont moitié seront des chevaux, moitié des bœufs.

Il reste en excédant sur la production , pour la consommation générale :

20 quintaux de blé et 20 quintaux d'orge.

Ce qui, pour satisfaire à une consommation de 100,000 quintaux de chaque espèce, suppose 5,000 laboureurs , ou 25 à 30,000 âmes de population agricole , et la disponibilité de 80,000 hectares, soit en moyenne 16 hectares par laboureur, dont moitié labourable , le reste susceptible de le devenir avec quelque travail.

Il s'agit de trouver cette surface de 80,000 hectares.

Un triangle ayant Oran et Mostaganem pour base, et Mascara pour sommet, permet de la mesurer largement et dans des circonstances convenables.

Une première zone se circonscrirait ainsi. En partant du littoral à Audalouse , gagner Tenn-Salmet et continuer directement jusqu'au grand lac ; tourner à l'Est pour en suivre le bord jusqu'à sa pointe Est -, marcher sur la limita des Smélas et des Garabas, la suivre jusqu'au Tlélate, remonter le ruisseau jusqu'à Sidi-Salah ; regagner la grande route pour passer entre la forêt et les Heb-el-Àïd ; se diriger parallèlement à la Dayt-oumel-Relaz ; se prolonger le long da la saline d'Arzew par son bord list et par les puits d'El-IIamod ; gagner le ravin de llabaït-el- Cadi , pour se fermer au Nord à la .Macta , le littoral fermant le |)olygône.

l.a surface u\\\^\ enveloppée peut être évaluée de 85 à 90, 00(1

liectaivp, dont 60, 000 labourables ou stisoeptibles de le devenir.

A Moslaganern, un demi cercle décrit de Mazagran avec un rayot) do 8 A tO,000 mètres, présente à la colonisation un rbamp favorable sur une superficie de 6,000 hectares.

Entre Grau et Moslaganem, vers la base du triangle, on trouve de grands marais formés par IHabra et par le Sig. Ils sont la cause d'une insalubrité (jui interdit actuellement de coloniser dans leur voisinage. Toutefois dans la partie supérieure du Sig, une localité s'éloigne assez du foyer des miasmes pour n'en pas craindre les influences. C'est Si-Denis, |dont les terrains environnans ont une contenance de plus de 4,000 hectares dont la presque totalité est arrosable

D'autres points sur les routes d'Oran à Mascara, de Mostaganem à Mascara, ceux surtout, où ces routes rencontrent des cours d'eau ou des sources abondantes, pourraient servir avantageusement à fonder des centres agricoles ; les principaux sont : Ardjat-Bieda, Sidi-Daho, l'Oued-el-Hammam, le Kert ; etc. En prenant autour de ces points des rayons de culture, en étendant celui de Mascara , selon l'importance actuelle et croissante de celte ville, enfin en recherchant autour de Sidi-bel-Abbès et sur la ligne qui joint celte localité à Oran , ce qu'il y aurait à faire comme colonie, on arriverait au chiffre de 10,000 hectares de terres labourables, ce qui ajouté aux précédentes estimations complète le total de 80,000 hectares, précédemment fixé.

Cet aperçu sur la situation des surfaces colonisables indique deux genres de colonisation : dans la zone d'Oran , au Sig, à Mostaganem , c'est d'une co/oniso(îon compacte dont il s'agit, s'agglomérant pour former des communes, dominant par sa masse le pays arabe fractionné autour d'elle. Hors de là , c'est une colonisation par grands villages détachés, protégés par des enceintes plus solides que par les centres de colonisation compacte, dotés de terrains suffîsans par un prélèvement fait sur le territoire de la tribu. Véritables jalons de l'invasion de la population chrétienne, ces A'illages placés sur les routes, y feront gîte, bénéficieront des travaux de communications en s'y employant , et du mouvement des voyageurs. Au point de vue politique, ils imposeront aux tribus turbulentes , offriront au i)esoin un point d'appui sous leurs murs aux plus pacifiques, et par la sécurité dont ils jouiront, donneront la véritable mesure de la soumission qu'il faut obtenir et maintenir partout. Nous appellerons celte colonisation celle des villages routiers : elle sera l'objet d'un appendice à ce travail.

Page 1