‹ Observations du général Clauzel sur quelques actes de son commandement à AlgerChapitre 20 sur 20 · NOTICE SUR ORAN · texte numérisé non relu

NOTICE SUR ORAN

Peu de temps après mon arrivée en Afrique, jugeant nécessaire de connaître la situation des esprits et celle des beys de Constantine et d'Oran, et de m'assurer de leurs véritables dispositions à notre égard depuis l'évacuation si im politique de nos troupes, j'y envoyai des offî-

— IÔ8 — ciers avec des instructions. Le résultat de leurs missions m'instruisit, non-seulement de ce que je désirais savoir sous les rapports politiques , mais encore me fournit quelques renseiçnemens intéressans sur ces pays si inconnus des Européens.

Oran ou Waran est à quatre-vingts lieues au S. O. d'Alger, à vingt-deux lieues au I\. E. de Tremesen , et à deux lieues au S. E. du fort et de la baie de Mers-el-Kebir.

Sa situation géographique estenlrele 35" 54' de latitude N., et le 2" 55' de longitude O. Cette ville occupe sur le bord de la mer le fond d'une large baie formée par les caps Ferrât et Falcon, h l'extrémité d'une plaine élevée fori étendue vers TE. et le S., bornée près d'Oran à l'O. par les montagnes escarpées du côté de la mer, s'étendant d'Oran au cap Falcon et audelà ; puis enfin, bornée au N. par la mer et les montagnes du cap Ferrât.

Cette ville est fortifiée, et a près de 1,500 mètres de circuit. Elle est bâtie sur le penchant et au pied d'une haute montagne qui s'élève au N. N.O., et au sommet de laquelle sont deux châteaux qui commandent la place. On voit au bord de la mer, à quelques

•centaines de toises, Mers-el-Seigher ou Petit- Port , et à l'extrémité N. O., Mers-el-Kebir, Grand-Port. Le premier est un très-mauvais mouillage : il ne peut y venir que des barques servant à communiquer avec celui de Mers-el-Kebir, qui est excellent, et qu'on doit considérer comme le meilleur de toute ia côte de la Régence, étant tout-à-fait abrité des vents d'O., de N. et de S., les plus f'réquens et les plus violens de ces parages. Il peut contenir dix vaisseaux ou frégates, et environ trente bricks ou corvettes. Il est protégé par un fort bâti par les Espagnols et auquel il a donné son nom ; ce qui , sous tous les rapports, rend ce mouillage important. Il existe un troisième mouillage, mais fort loin d'Oran (dix lieues environ).

A une très-petite distance à l'O. de la montagne dont il vient d'être question, il en est une autre plus élevée qu'on nomme Mazetta. Une vallée les sépare, et isole tout-à-fait leurs sommets qui servent de points de direction aux navires. Au S. et au S. E. sont deux châteaux bâtis au niveau de ia partie inférieure de la ville, et entre lesquels serpente une vallée profonde formant comme un fossé naturel dans

la partie méridionale de la place. Au haut de cette vallée , passant sous les murs , se trouve une source d'eau excellente de plus d'un pied de diamètre. Le ruisseau qui en sort suit les sinuosités de la vallée et alimente les fontaines de la ville. Toute cette vallée offre une multitude d'objets pittoresques, tels que des plantations d'orangers , des chutes d'eau , des cascades , dont les eaux coulent à travers des bosquets d'une délicieuse fraîcheur. Près de la source, il existe un autre château qui défend la ville et les matamores ou fosses , servant à conserver le blé des Arabes. Il faut pourtant dire ici que l'aspect de cette côte est loin d'ctre aussi riant que celui d'Alger, qui ne souffre peut-être aucune comparaison sous ce rapport.

Oran n'a que deux portes, toutes deux situées du côté de la campagne. La première, porte de la Mer, est surmontée d'une grande tour carrée qu'on pourrait armer au besoin. L'autre, dite porte de Tremesen , a près d'elle une batterie. Au N. O. et dans la partie la plus élevée delà place, est laCasauba.Lecôté oppose ou Mers-el-Seigher, est défendu par un baslion régulier. Tous ces ouvrages font d'Oraii

une place importante , et dont les Espagnols n'auraient peut-être pas eu si facilement bon marché, sans la peur panique qui s'empara des habitans , lors du débarquement qui eut lieu en 1 732. On trouve dans cette ville et ses environs des traces du séjour que les Espagnols v firent : plusieurs ouvrages de fortification, principalement le Mers-el-Kebir, de belles églises et autres édifices publics.

La ville renferme six à sept mille habitans. Elle est divisée en trois parties distinctes : deux sont situées à gauche de cette vallée ou ravin dont j'ai déjà parlé; l'une d'elles a été à peu près détruite par le tremblement de terre de 1790, et ne présente guère que des ruines. La troisième est à droite, et séparée par un autre ravin également très-profond.

En tout dix forts, y compris celui de Mersel-Kebir, défendent les approches d'Oran, mais sont des obstacles faciles à surmonter tant qu'ils sont occupés par des Arabes et des Turcs.

Ce dernier fort, qui déjà avait considérablement souffeit du tremblement de terre de 1 790, a éprouvé de nouveaux dommages le 1 7 août dernier, les Français ayant fait l'explosion de

plusieurs fougasses , qui pourtant ne Tout pa* mis hors d'état d'être utilisé, surtout si ro^i jugeait à propros d'y faire quelques répaïations.

La Gonimunication, entre le tort et la ville ,11 lieu par nier, lorsque rieu ne s'y oppose; et, dans le cas contraire, par terre, au moyen d'un sentier, toutefois assez dillicile.

Le territoire d'Oran a toujours passé pouifeitile et abondant en blés ; cependant il serait plus exact de considérer ce point comme un entrqxjt, que comme le centre d'une grande exploitation. Je tiens du dernier dey, qu'une seule lois, sous son lègne, la récolle de ce pays fut si abondante, qu'on estima à soixante uiesures de grain le produit d'une seule mesure. Depuis assez long-temps une semblable abondance n'avait eu lieu, et les babilans eurent à la regretter d'autant plus amèrement, qu'ils éprouvèrent une famine telle que le dey d'Alger envoya, pour secourir cette malheureuse population, plusieurs bâtimens chargés de grains, dont une partie, de ses propres deniers, destinée aux plus pauvres.

Le l)ey d'Oran entretenait ttmjoms une race d'excelleDs chevaux dans un haras (jui a été

pillé aux dernières commotions qui ont suivi l'évacuation des Français.

On doit compter sur douze jours , terme moyen, pour les troupes qui se rendraient par terre d'Alger à Oran. On connaît deux ou trois routes praticables en certains endroits, mais souvent difficiles et resserrées, entre des défilés profonds et dangereux qui ne permettent pas partout le passage des voilures.

D'Oran à Tremesen, qui touche presqu'aux Irontières de l'empire de Maroc, il y a une assez belle route. Les tribus qui peuplent ces contrées passent pour être moins indomptables et moins féroces que dans certaines autres parties de la Régence : elles cherchent plutôt à être protégées par une grande nation, qu'à se soustraire à son autorité par des actes de rébellion. L'irrésolution et la faiblesse font sur l'esprit de ces barbares le plus mauvais effet.

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