J. P. FAL RE T
ORSERYATIONS
Les mouvemens alternatifs d'élévation et d’abaissement qu’offre le le cerveau mis à découvert sont-ils isochrones aux battemens du pouls y ou correspondent-ils au resserrement et à la dilatation successifs de la poitrine pendant la respiration P
Ce problème physiologique a été résolu d’une manière toute différente par de savans médecins. Cette opposition entre des observateurs également recommandables fait désirer de nouvelles recherches sur cet objet.
En faveur de la première opinion, je citerai un fait, intéressant d’ailleurs sous d’autres rapports; je l’ai recueilli sous M. Cullerier, dont j’ai eu l’avantage de suivre long-temps la pratique, et à la bienveillance duquel je me plais à rendre ici un hommage de respect ët de gratitude.
Rose Carpentier, d’un tempérament bilieux sanguin , âgée de vingt-cinq ans , ayant déjà fait plusieurs tentatives de suicide, éprouva, à treize ans, une maladie vénérienne immédiatement après
l’apparition du flux menstruel ; des pustules humides à la partie interne de la vulve en étaient les seuls caractères.
Traitée à Ttiôpital dés vénériens par la liqueur de Van-Swiéten , elle en sortit après deux mois de séjour, sans accuser un ulcère consécutif |à la gorge , qui ne tarda pas à se cicatriser après la sortie de la malade, pour reparaître de nouveau quatre ans après le premier traitèment. A cette époque il se manifesta un érysipèle phlegmoneux qui occupait toute la tête, et qui se termina par un abcès à la partie des tégumens correspondante à la réunion du tiers antérieur du pariétal droit avec des,deux tiers postérieurs.
Entrée à la Force, Carpentier subit tin traitement par les frictions; l’ulcère à la gorge disparut; mais elle cacha au médecin l’existence de l’abcès. Quinze jours s’étaient à peine écoulés depuis sa sortie de cette maison , qu’elle laissa tomber sur le lieu siège de l’abcès un chandelier très-pesant. Le pus jaillit abondamment. Le lendemain elle entra à l’hôpital Saint-Louis, où elle fit un nouveau traitement par, la liqueur, sans le moindre succès. Quatre mgis après j c’est-à-dire le 26 mars 1817 , Carpentier fut reçue à l’hôpital de la Pitié. La plaie fut sondée, et l’existence de la nécrose de l’os mise hors de doute. Les sudorifiques sont mis en usage. Le 21 avril, incision cruciale pour connaître l’étendue de la maladie.
i. cr jour, douleur à l’épigastre et dans la région du foje , face animée , pouls fréquent, nuit tranquille, mais sans spïnçoeiji. (Limonade végétale ).
a. e jour , mêmes symptômes, avec douleurs très - vives et chaleur dans hTpIaie; un peu de repos pendant le jour; nuit calme, sans sommeil.
Les symptômes diminuèrent progressivement d’intensité. Le lendemain on enleva plusieurs esquilles d’os; mais, comme on ne pouvait parvenir à extraire toute la partie nécrosée avec la gouge et le maillet, on enleva les deux angles supérieurs delà plaie. Trois couronnes de trépan furent appliquées, la dure-mère fut mise à
nu dans l’étendue de trois pouces de haut en bas, et d’arrière en avant. Il fut alors facile de s’assurer que les mouvemens du cerveau eoïncidaiem parfaitement avec les battemens du pouls. L’élévation correspondait à la diastole, et l’abaissement à la sistole des artères. J’ai répété et constaté vingt fois au moins cette observation. La malade avait quelquefois des convulsions de rire : j’ai profité de ces momens pour la soumettre à un examen attentif, et j’ai toujours remarqué le même phénomène. Les mouvemens du cerveau persistaient dans les mêmes rapports lorsque Carpentier toussait ou suspendait instantanément sa respiration.
La malade supporta cette opération sans se plaindre , et formant des vœux pour une funeste issue. J’ai fréquemment entendu le même langage; je me suis aussi aperçu d’un certain désordre , soit dans ses paroles, soit dans ses actions. Exigeante à l’extrême , elle s’imaginait parfois être abandonnée de tout le monde. Dans ces momens elle éprouvait de vives douleurs dans la région du foie. Trois semaines après l’opération , des esquilles parurent mobiles au pourtour des ouvertures faites par le trépan, et furent extraites avec facilité les jours suivans. Depuis lors la cicatrisation a été assez rapide; elle était complète le 22 octobre 1817 . ;
Carpentier est rentrée dans i’hôpital de la Pitié , le 3 mai 1818 , pour une nouvelle maladie : elle présentait beaucoup d’incohérence dans-les idées. Nous avons examiné avec soin la cicatrice, et elle nous a présenté une résistance capable de préserver le cerveau de l’atteinte des corps extérieurs. Les mouvemens alternatifs d’élévation et d’abaissement de cet organe n’étaient plus sensibles.
Le développement des 'végétations dans le cours de la sipTnlis
dépend-il cCune infection
en faveur de la première
est-il du à une irritation locale } ou lien générale ?
Dans la majorité des cas, je me décide opinion.
Les topiques astringens et caustiques ne sont- ils pas inutiles } et plus souvent encore dangereux pour combattre ces végétationsP
J’adopte cette proposition, d’une manière générale. Parmi les observations que je pourrais citer à Fappui , je choisis la suivante :
Clémence Delorme, âgée de dix - sept ans, d’un tempérament bilieux, issue d’une mère robuste et d’un père qui éprouve en ce moment des symptômes de phthisie pulmonaire , n’éprouva dans son enfanee que les maladies ordinaires a cet âge. Le flux menstruel se manifesta à quinze ans, sans aucun accident. Neuf mois s’étaient a peine écoulés, que cette jeune personne, à la suite d’un commerce impur, sentit un léger prurit à la partie inférieure interne de la vulve. Deux boutons occupaient cet endroit; et quoique dou* loureux et inflammatoires, iis dégénérèrent bientôt en végétations.
Delorme fut d’abord traitée par la liqueur, dont elle ne prit que quinze doses, parce qu’il survint des ulcérations dans la bouche , avec une salivation très-abondante pendant quinze jours. Le traitement fut continué par les frictions d’onguent mercuriel, et dura environ trois semaines. Les végétations furent excisées à deux reprises différentes. Ayant repvllulé de nouveau, elles furent touchées avec l’acide nitrique. Depuis cette époque, elles ont toujours augmenté de volume; cela n’a pas empêché qu’on les ait cautérisées encore huit fois dans une année.
Pendant tout cet espace de temps, la malade a pris de loin en loin quelques doses de liqueur. Mais, voyant que son mal augmentait tous les jours, elle a fait ses efforts pour être traitée par M. Cullerier. Une partie de Phôpiial de la Pitié ayant été destinée à recevoir lés maladies de ce genre, elle y a été reçue le i/j février
1 8 1 rj .
Voici l’état de la malade à son entrée : peau blanche, tirant sur le jaune ; diminution d’embonpoint, face blême , yeux languissans. La digestion se fait assez bien ; les évacuations alvines ont lieu
comme à Pordinaire. Douleur pongitive , correspondante au sternum et à l’épigastre. Elle augmente la nuit et le matin, pour diminuer ensuite, lorsque la malade a pris des alimens. Des paîpi» tâtions se font remarquer assez souvent, mais seulement dans la région du cœur. Le pouls est petit, lent et faible; la chaleur de la peau est augmentée. Le soir, il y a un peu de fièvre, qui dure jusqu’à minuit, et qui ne permet pas à la malade de prendre du repos avant celte heure.
Symptômes vénériens. Masse énorme de végétations, en forme de cliouxfleurs, s’étendant depuis le mont de V^ênus jusqu’à la commissure inférieure des grandes lèvres. La partie interne de ces végétations offre plusieurs points ulcérés qui donnent un pus jaunâtre et d’une odeur sui generis.
La malade , n’ayant pas été jugée capable de supporter le traitement par la liqueur de T^an-Swiéten y a été mise aux frictions. Les ehouxfleursont été cautérisés avec l’acide nitreux le y mars. Quelques végétations isolées se sont détachées deux jours après.
Nouvelle cautérisation le 11 mars. Le 12 au soir, il s’est manifesté subitement des douleurs très-vives de tête et d’estomac; la face était animée, les yeux rouges et injectés, le pouls fort et fréquent. L’usage des frictions mercurielles a été discontinué, les d'élayans ordonnés.
Le 17 mars, tous ces symptômes étaient dissipés. Cependant on a cru ne devoir recommencer le traitement antivénérien que le s 5 de-ce mois.
Depuis le 11 mars, les émolliens caïmans, la solution mercurielle opiacée, furent les seuls topiques employés. Sous l’influence de ce traitement simple, les végétations se sont flétries avec une rapidité qu’on aurait sans doute vainement attendue de l’emploi des caustiques. Le i5 avril , à peine en remarquait-on quelques-unes entièrement isolées , et qu’il a été facile d’exciser avec les ciseaux courbes.
La malade a pu sortir le a 5 avril 1817.
Elle est revenue dans cet hôpital depuis cette époque, mais pour une infection nouvelle ; rien ne pouvait faire croire à une récidive.
La manie peut-elle exister sans une lésion de Ventendement?
Dans des ouvrages qu’inspira le zèle de l’humanité , et qui ont étendu le domaine de la science , un médecin philosophe admet une variété de manie qui aurait lieu sans lésion de l’en tende ment : il la désigne sous le nom de manie sans délire .
Soit que nous examinions les caractères généraux qui lui sont assignés par fauteur, soit que nous pesions les diverses circonstances des faits rapportés à l’appui de cette opinion , nous demeurons convaincu qu’une lésion de l’entendement coïncide dans tous les cas avec une perversion des facultés affectives.
Lorsque nous Osons nous élever sur ce sujet contre une telle autorité , nous sentons quelle réserve nous est imposée, à un âge où l’on est très-souvent éloigné de la vérité , lors même qu’on se croit sûr de l’avoir saisie; mais la franchise, aussi-bien que la témérité , appartient à cet âge !
Dans la manie sans délire , dit M. Pinel , il n’y a aucune altération sensible dans les fonctions de l’entendement, la perception, le jugement, l’imagination et la mémoire; mais perversion dans les fonctions affectives , impulsion aveugle à des actes de violence , ou même d’une fureur sanguinaire , sans qu’on puisse assigner aucune idée dominante , ni aucune illusion de l’imagination qui soit la cause déterminante de ces funestes penchans. L’aliéné fait les réponses les plus justes et les plus précises aux questions des curieux. On n’aperçoit aucune incohérence dans ses idées, il fait des lectures , il écrit des lettres, comme si son entendement était parfaitement sain ; et cependant, par un contraste singulier, il met en pièces ses vêtemens, déchire quelquefois ses couvertures ou la paille
de sa couche , et controuve toujours quelques raisons plausibles pour justijier ses écarts et ses emportemens.
Remarquons qu’en faisant le tableau des caractères de la manie sans délire , M. le professeur Pinel admet lui-même implicitement une lésion de l'entendement. En effet, ce maniaque qui controuve toujours quelque raison plausible pour justifier ses écarts, se trouve dans un état d’erreur, de délire, qui a pour cause une lésion dans la faculté de sentir ou de juger. Mais rapprochons les trois observations détaillées qui sont rapportées à l’appui de la définition, soiimettons-les à une discussion sévère ; et l’on verra si elles sont contraires au douté que nous osons élever.
Le sujet de la première observation est un jeune homme dont les penchans impétueux ont été fortifiés par une molle et trop inindulgente éducation , qui est plein de raison quand il est calme , et que les tribunaux ont envoyé à Bicêtre, pour avoir, dans un accès de colère, précipité dans un puits une femme qui lui disait des invectives.
Y a-t-il donc ici impulsion aveugle à des actes de violence? La cause est parfaitement connue : les invectives d’une femme enflamment la colère d’un jeune homme ardent, et cette passion égarant son jugement, il la précipite dans un puits !
La seconde observation a été faite sur un homme livré autrefois à un art mécanique, qui éprouvait par intervalles irréguliers des accès de fureur marqués par les symptômes suivans :
D’abord, sentiment d’une ardeur brûlante dans les intestins avec une soif intense et une forte constipation. Cette chaleur se propageait par degrés à la poitrine, au cou, à la face, avec un coloris plus animé. Parvenue aux tempes, elle devenait encore plus vive, et produisait des battemens très-forts et très-fréquens dans les artères de ces parties, comme si elles eussent été près de se rompre ; enfin l’affection nerveuse gagnait le cerveau , et alors l’aliéné était dominé par un penchant sanguinaire irrésistible. Avant sa réclusion à
Bieêtre , cet accès de fureur le saisit un jour dans sa maison : il en avertit^ l’instant sa femme, qu’il chérissait d’ailleurs, et il n’eut que le temps de lui crier de prendre vite la fuite pour se soustraire à une mort violente.
De tous ces détails on doit conclure , ce mè semble , que,lorsqu’il n’y avait que coloration à la face, aux tempes , baitemens très-forts V et très-frequens dans les artères de ces parties , l’aliéné jouissait encore assez de raison pour prévenir sa femme du danger qu’elle allait courir , mais qu’un moment après l’affection nerveuse gagnant le cerveau, les sensations, le jugement du maniaque auraient été perverties au point que sa femme aurait été méconnue, et serait devenue la victime de sa fureur. Or, suivant l’expression énergique et vraie du docteur Esquirol, la fureur n’est que la colère du délire.
Dans le dernier période de cette manie , il est nécessaire d’admettre une de ces deux choses : ou bien le maniaque aurait continué de reconnaître sa femme tout en lui donnant la mort, ou bien ~il aurait cessé de la reconnaître, la prenant pour un autre, et apercevant vaguement un objet quelconque. La première supposition admise par M-.Pinel est invraisemblable, en ce que* si le maniaque eût reconnu une femme avec les qualités qui la lui faisaient chérir, sa violence se serait naturellement tournée contre un aujre objet. Dans la deuxième supposition, il y a évidemment lésion dans la perception, et par conséquent dans l’entendement; et selon nous , cette supposition est la seule vraisemblable.
Passons au troisième fait. Un maniaque, jouissant de longs intervalles lucides , fixa l’attention des brigands qui, lors des massacres des prisons , s’introduisirent eii forcenés dans l’hospice des aliénés à Biçêtre , sous prétexte de délivrer certaines victimes de l’ancienne tyrannie, qu’elle cherchait a confondre avec les aliénés. Ils ordonnèrent de délivrer ce maniaque, et ils l’emmenèrent en triomphe aux cris redoublés de vive la république ! Bientôt le spectacle de
tant d’hommes armés , leurs propos bruyans et confus , leurs faces enluminées par les vapeurs du vin , déterminèrent un nouvel accès. L’aliéné, d’un bras vigoureux, saisit le sabre d’un voisin, s’escrime de droite et de gauche , fait couler le sang, etc.
N’y a-t-il pas dans ce malade une lésion de l’entendement? Comment expliquer autrement la conduite d’un homme qui s’efforce d’ôler la vie à ceux qui tout à l’heure viennent de briser ses chaînes. De deux choses hune : ou ses sensations l’abusent ; ou bien , voyant vraiment l’état des choses, son jugement est égaré.
La cause de cet état de délire est d’ailleurs sensible , et se trouve dans le spectacle de tant d’hommes armés, etc. ; influence justifiée par tant d’autres exemples.
Quant aux personnes atteintes de manie sans délire , qui mettent en pièces leurs vêtemens , déchirent leurs couvertures, ou la paille de leur couche , elles n’obéissent pas non plus à une impulsion aveugle, ce n’est point une action automatique , et il y avait assurément erreur de la perception chez cet aliéné qui , au rapport de M. Pinel , déchirait le linge et la paille de sa couche* parce qu’il les prenait pour un tas de serpens et de couleuvres entortillés.
M. Fodéré, entraîné par l’opinion de M. Pinel , qui est d’ailleurs généralement accréditée, admet, dans son savaniTraité du délire, la manie sans délire , sous le nom de fureur maniaque , et il rapporte deux observations qui , comme les précédentes, sont des preuves en faveur de notre opinion.
Dans la première , il est question d’une dame qui, dans les intervalles de calme , conversait avec toute la raison , la dignité 3 la ■politesse qui. convenaient à l’éducation qu’elle avait reçue : mais-la scène changeait tous les six mois , lorsque l’accès éclatait. Elle avait alors les yeux hors de la tête , elle injuriait et battait tout le monde : elle exagérait les torts qu’on avait envers elle ; et ne savait plus écrire une phrase avec suite. Par ces dernières paroles,
M. Fodéré lui-même ne reconnait-il pas un égarement, un délire , chez cette malade? On ne peut s'empêcher non plus de reconnaître une lésion de l’entendement et une idée déterminante chez le magistrat dont Jœger nous a transmis l’observation qui est consignée dans l’ouvrage de M. Fodéré , à l’article manie sans délire, exquisité } pure. Suspendu de ses fonctions à cause de cette maladie , et ayant été remis en place parce qu’il paraissait avoir recouvré l’usage de sa raison, ce magistrat éprouva une rechute au milieu d’un repas , et chercha à étrangler un de ses confrères qu’il baissait, et qu’il soupçonnait d'ambitionner sa place.
Ce n’est pas seulement dans cette espèce d’aliénation mentale que des auteurs très-recommandables ont trop facilement admis des penchans aveugles, automatiques , irrésistibles. Mais, si on lit leurs observations avec attention . on verra que la volonté était secondairement lésée dans ces divers cas.
En interrogeant pendant leur convalescence les aliénés qui avaient présenté ces penchans prétendus irrésistibles , je me suis convaincu qu’ils étaient toujours mus et portés à ces actes par des motifs plus ou moins erronés. Je m'explique par des faits. Un aliéné tourmenté du désir de se tuer , tout à coup dirige sa fureur contre sa femme et ses enfans. On eût dit qu’il avait un penchant automatique, irrésistible; eh bien! il obéissait à une hallucination de l’ouïe; il venait d’entendre , il entendait une voix qui lui ordonnait de tuer son épouse et ses enfans, s’il ne voulait pas les laisser exposés à toutes les horreurs de la misère. Dès-lors donc il cherchait à exécuter les ordres reçus, et qu’il croyait dictés par une raison supérieure.
Vous entrez dans un établissement consacré aux aliénés , et sans qu’il y ait aucune provocation de votre part; un d’eux prend la fuite, un autre vous caresse et cherche à vous flatter. L’idée déterminante vous étant inconnue , vous croirez-vous en droit d’en nier l'existence? Lorsque ces deux infortunés seront guéris, ils vous
apprendront, l’an qu’il a pris la fuite parce qu’il s’imaginait que vous étiez son ennemi ; et l’autre qu’il vous a flatté parce qu’il pensait que vous étiez un homme puissant, et qu’il espérait par ce moyen obtenir la faveur.
Dans ces deux individus , comme dans tous ceux qui m’ont rendu compte de leurs sensations, de leurs actions, il y avait eu un choix, et ce choix n’avait pas eu lieu sans motif, sans idée déterminante , sans égarement de l’esprit.
Des rapprochemens que nous venons de faire, des réflexions auxquelles nous nous sommes livré, il résulte que dans la manie dite sans délire il y a non-seulement perversion dans les facultés affectives, mais encore lésion dans les fonctions de l’entendement , que les malades qui en sont atteints ne sont point dominés par une impulsion aveugle à des actes de violence; que, lorsqu’ils sont revenus à la raison , et qu’ils peuvent rendre compte de leurs sensations , de leurs mouvemens , ce qui a lieu ordinairement, on reconnaît qu’ils n’ont point été automatiques, mais qu’ils ont été l’effet d’une lésion de la perception, du jugement, de l’imagination, etc.
C’est une manie et plus souvent encore une monomanie intermittente., dont le caractère de gravité est assez bien expliqué par les penchans pervers des personnes qui l’éprouvent, et qui n’ont point été réprimés par une bonne éducation. Elle est d’autant plus redoutable, qu’il y a un calme parfait dans les intervalles des accès, et que son invasion a lieu quelquefois avec la rapidité de l’éclair. Comme toutes les espèces d’aliénation mentale qui affectent le type intermittent, elle augmente successivement d’intensité, et devient très-souvent un délire général et continu.