RÉFLEXIONS GÉNÉRALES
Si les trente-huit ans dont je viens d'offrir l'esquisse météorologique, point imperceptible dans le goufirc des âges , espace immense dans la vie de l'homme , offrent des résultats qui trèsprobablement confirmés par de plus longues observations , pourront l'eue encore dans des milliers d'années ; si mes tableaux contribuent à établir une constante harmonie dans la température des saisons , et la pression atmosphérique , quel contraste ne nous présentent-ils pas avec l'ordre moral , l'état politique , la marche inégale et incertaine de l'esprit humain , la décadence de notre littérature , les progrès de nos sciences et de notre industrie ! Que do boulevcrseinens dans celte courte période !.. Jamais espace aussi limité ne renferma d'aussi nombreuse catastrophes, d'aussi étonnantes révolutions. Tantôt un sol d'immunité devient une terre de proscription et de meurtre , tantôt ce sol rede-
( D ) Éloigné pir principe et par sentiment de toute allusion individuelle , de tu n te intention satirique, de toute idée hostile , pourquoi rfant unsibile où l'on dit tout , où l«n écrit tout , où l'on ose tout , ne me ter litil pas permis de peindre avec fidélité ce que je voit , de dire ce qui est , d'exprimer ce que je sens et re dont je suis intimement ronuinen , surtout lorsque je parle sans partialité, sans prévention et sans ligueur? Si je me trompe , ma bonne foi peut m '«ruser ; si je dis vrai , pourrait-on bUner ma franchise ?
vient hospitalier ! Les rois peuvent s'y instruire à l'école aes peuples, les peuples h celle des roi s. Ce n'est pas seulement dans la multitude égarée que rè-nent les conliadictioiis, le désordre , l'anarchie. Les têics en apparence les plus reliéchics , les plumes les plus éloquentes en subissentrinllucucc funeste. Des moralistes., des publîcistcs, écrivent mcrccuaircmenl et sans conviction d'après les circonstances j le même auteur se déclare lour-à-imir partisan de l'ordre ou fauteur de l'anai i liic; il cherche à renverser les puissances conservai lices dont il ava-l soutenu les dioils, et a commenter insidieusemeu; le code de celle religion qu'il avait si bien défendue. Des imitateurs subalternes suivent son funeste exemple. La versatilité caiaclé.isc les hommes do celle éporji'c , ils manifestent souvent le lendemain des principes contraires à ceux de la veille. Les séditieux amis du peuple , ces tribuns nouvel lot» en! enrichis , deviennent de vils égoïstes et jelent un teil indifférent sur ceux dont ils se sont dit les défen deurs. Tout est vénal ; ou achète les r-pinions , on aclièlc les paroles, on achète le silence ! les plus audacieux sont les (Dieux soldés : républicains , constitutionnels , royalistes plus ou moins l'iilV.i^lairi's sont fondus dans le même creuset , jetés dans le même moule. C'est ainsi que so recrutent à tout prix do lâches partisans, ou plutôt de vils stipendiâmes.
Les exemples les plus terribles sont sans résultat; l'éloquence de la raison et de l'expérience n'est point comprise. On dirait que rien n'a élu
vu , que rico n'a été entendu , que des leçons
écrites en caractères de sang ne sont que de vaines rêveries, cl que l 'histoire contemporaine n'est qu'un roman dépourvu de vraisemblance.
Une révolution dans lus idées religieuses et politiques devait nécessairement envahir la littérature sacrée et profane , et lui porter un coup funeste. Aussi le désordre et la licence en sout devenus les indi «pénibles éleincns; plus de hiêrachie, plus de règles, tout est soumis au caprice individuel. Delà .protestantisme religieux , protestantisme politique , protestantisme littéraire. De là , ces ouvrages hybrides , ces romans historiques , ces poèmes bizarres et cette foule d'écrits caractérisés par l'extravagance de l'invention, la trivialité des idées, la platitude des descriptions , et trop souvent par l'immoralité de l'ensemble; productions informes , dangereuses qui trouvent malheureusement des lecteurs et qui font oublier d.ms une classe trop nombreuse., les admirables écrivains du grand siècle et les chefs-d'œuvre parvenus jusqu'à nous à travers la barbarie des âges, (*)
(°J II y a dans notre âge à quelques ««pilons près , un» mrte d'avortemenl givrai des talens. On dirait même que l'impiété qui rend tout stérile se manifeste aussi )iar l'appauv risse menl de la nature physique. Jetei 1rs leux sur les générations qui succédèrent au si Me à- Louis XIV. Où sont ces hommes aux figures calmes et majestueuses , au port et aux vétemens nobles , au langage épure, 1 foui guerrier et classique , conque-
Au milieu de ce chaos littéraire, quelques écrivain! judicieux , ont éclaire! l'histoire confuse de nos temps presque ignorés. Des imitateurs enthousiastes , trop minutieux peut-être , marchant sur leurs traces , achèveront de nous les faire connaître !
Si les quarante années qui viennent de s'écouler n'ont donné le jour à aucun poème , aucun drame , aVicuo ouvrage de littérature marqué au coin du génie ; si les Bosstict , les Massillon , les Racine , les Molière , les Despréaux , les Roilin n'ont eu parmi nous ni concurrens ni imitateurs , si laut de cliangemcns se sont opérés nu désavantage delà morale , du vrai patriotisme , du sentiment, du goût et de la raison; (**) si
tant et inspiré* des arts ? On lu cherche et on ne 1rs trouve plus.
De puits hommes inconnus se promenent comme des pysmees sous 1rs hauts portiques (les montimens d'un autre ifie ; sur leurs fronts durs respirent IVRoî.me et le inépris de Dira ; ils ont perdu et I* noblesse de l'habit el la pureté du langage : on les prendrait non pour les (ils , mais pour lu baladins de la grande race qui les a précédés.
Châtia d lui and. Génie du chrittianûme.
("») Les disciples de la nnntelle école flétrissent firoaiinatirin avec je ne sais quelle vérité qui n'est point la véritable vérité. Le siylr de ces hommes est sec , l'rxpression sans Franchise , l'imagination sans amour et san; flamme ; \U n'ont nulle onction , nulle abondance , nulle simplicité. On ne sent point quelque choie de plein et de nourri dans leur» ouvrages ; l'immensité n'y
( 36 ) n mot notre moderne litl e multitude d'inlormcs productions , ne jeltc t là qu'un petit nombre de points lumincui , sciences et nos ai ls ont franchi un espace □n ne saurait porter plus loin finveatigation matérielle , les bornes de l'industrie cl l'heureuse témérité du génie inventif. Tout ce qui se rapporte h noire existence physique est agrandi et perfectionné !.. Pourquoi l'esclavage des besoins naissans et des désirs n 'est-il pus toujours compense par les jouissances acquises?... Le luxe oriental si somptueux fut-il jamais si universel , si popularisé , si lyrannique ? Mit-il jamais en mouvement liint de bras cl tant de puissantes machines ? Quels seront ses derniers résultats ? Je voudrais me faire illusion, mais l'histoire nous les montre. Celle des Grecs , des Romains et des plus puissantes monarchies nous prouve que le lure et les arts qui s'y rattachent poussés trop loin furent toujours un symptôme de leur prochaine décadence.
rat point parce que la tlmnitlj manque. Au lien de relie tendre religion , de cet instrument harmonieux dont 1 es auteurs du si rie de Louis XIV se servaient pnur ■ rnntrr le ton de leur éloquence , les écrivains tnodf mes font usage d'une étroite philosophie , qui va divisant et suhdmsant toute chose , mesaranl Icsstntiînens au compas, soumcluut l'àme au calcul , el réduisant l'univers , Dieu compris , a une soustraction passagère du néant.
CiHTItUIHUnD. Génie du thiistîaniimt.
TËLESCOPIQUES
SDH