‹ Observations philologiques et grammaticales sur le Roman de Rou, et sur quelques règles de la langue des trouvères au douzième siècle (volume 2)Chapitre 54 sur 55 · PRIX : 13 FRANCS · texte numérisé non relu

PRIX : 13 FRANCS

oi la conquête de l'Angleterre par Guillaume est un des fjiits les plus remarquables de tout le moyen âge, l'époque qui suivit L-ette grande invasion devient ime des plus intéressantes pour la Normandie. Mis alors en contact avec la Grande-Bretagne , étant souvent le séjour d'une cour brillante, ayant des barons et des églises richement dotés en Anglrterre , entraîné malgré lui dans les grands événemens du ténips , et dans la lutte naissante entre Franoais et Anglais, le duché de Normandie prend un nouvel aspect ; les petits tyrans féodaux qui avaient hérissé de châteaux-forts les grandes routes et le cours des rivières , et qui désolaient depuis des siècles les habitans des

campagnes, turent obligés de cesser leurs querelles féodales; les campagnes purent respirer , excepté le long de la frontière de France, où la lutte fut souvent très vive. Les Normands combattirent sous la bannière des rois de leur race en France , en Sicile , en Palestine. L'ordre et la régularité s'établirent dans le gouvernement du pays , les communes se formèrent , un échiquier ou une cour royale qui était en même temps une cour des comptes et une chambre de receltes , fut fondé à Caen. Les monastères et les églises accrurent leurs dotations, et servirent d'asile à des moines studieux , dont plusieurs , tels (jue Orderic Vital , Robert de Thorigny , appelé communément Robert du Mont , ont écrit avec beaucoup de détail l'histoire de leur temps. A cette époque aussi les trouvères anglonormands , encouragés surtout par les rois de la famille des Plantagenets , reçurent assez d'encouragemens pour mettre en vers l'histoire de leur pays , les exploits des héros vrais ou fabuleux et les miracles des saints : c'est alors que les Robert Wace, les Benoît de Sainte-More et les Geoffroy Gaimar firent leurs grandes compositions historiques où la postérité puise d'utiles éclaircissemens sur les événemens du temps , tandis que les Maurice de Craon -, les Robert d'Andilly et beaucoup d'autres firent résonner leur luth d'accens tendres , et employèrent la poésie à chanter l'amour.

Cette époque est aussi celle où le système féodal se développa complètement , et 6Ù la chevalerie entra dans les mœurs publl- <|ues. On voit se former en Angleterre et en Normandie ces grands fiefs dont une partie est possédée encore par les familles (jui en furent dotées par Guillaume-le-Conquérant et par ses successeurs.

Beaucoup d'événemens sont communs , pour cette époque , à l'Angleterre et à la Normandie, et pour bien apprécier le caractère et la conduite des rois d'Angleterre , il faut les suivre dans leurs états sur le continent, et les voir aussi parmi les Normands. Durant celte période l'histoire de Normandie sert à compléter,' et quelquefois à expliquer celle de la Grande-Bretagne.

C'est d'ailleurs un temps fertile en événemens remarquables et instructifs. Les circonstances singulières qui suivirent la mort du Conquérant , le règne déplorable de son fils Robert Courteheuse. l'avènement de Henri I*' , le naufrage i\c\;\ Blanche-Nef (^yyi fit périr une cour jeune et brillante de bcuité, et une partie de la famille de Henri P' , la guerre de famille entre Henri II et ses fils; les longs ei funestes démêlés que ce prince eut avec l'archevçqne de (vanloibéry , le fameux Thomas Bcoket ; la croi- .?adc de Richard Cncur-de-Lion ; les gueiTes de rivalité entre

rAiigleltTif cl la France sous les règnes de Richard cl de Philippe , les vices de Jean-Sa us-Terre , et les causes qui lui tirent perdre la Normandie; voilà sans doule de grands enseignemens pour la postérité ; quelques uns de ces événeniens ont même un intérêt pour ainsi dire dramatique.

M. Depping, auteur de V Histoire des Expéditions maritimes des JSormands , et d'autres ouvrages historiques coumnnés ou mentionnés honorablement par l'Institut de France , a traité ce sujet avec tous les développemens qu'il exigeait. Il a consulté el reproduit scrupuleusement les témoignages des contemporains , ainsi que des auteurs qui ont écrit peu de temps après; il les a comparés , et lorsqu'ils ne s'accordaient pas , il a cité leurs assertions diverses; il s'est aidé des chartes et diplômes, des lettres des personnages éminens, qui sont parvenues à la postérité; il a profité du grand nombre de documens que possèdent les archives de l'Échiquier de Londres , et a donné les extraits des traités, conventions, et autres pièces diplomatiques dont l'auihenticité n'est pas contestée. L'auteur a trouvé dans les bibliothèques publiques quelques pièces qui n'avaient pas encore été publiées ou cpii étaient peu connues ; enfin , il n'a pas négligé (le rapporter aussi sur les grands événemens , les opinions d'auteurs marquans de nos temps modernes , parce qu'ils jugent en général l'histoire sous un point de vue plus élevé que ceux du moyen âge, et qu'ils sont nécessairement dégagés des préventions qui pouvaient fausser l'esprit des contemporains.

Voici comment l'auteur s'explique lui-même dans la préface sur la manière dont il a cru devoir écrire l'Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs : <> J'ai tâché de présenter simplement les faits consignés dans les chroniques , les iwinales , les chartes et les autres documens , et de dérouler la série des événemens comme le temps les a fait éclore ; je les ai exposés sans les interpréter. Toutes les fois que les historiens présentaient diversement le.-^ faits , j'ai tâché de me placer au point de vue le plus proche de la vérité. Je n'ai apporté à mon travail ni système ni préventions; toutefois je n'ai pas élé impassible à l'aspect delà barbarie et des abus de la force qui ont désolé le moyen âge ; mais je ne pense pas avoir été injuste envers les gouvernemens, les peuples ou quelque classe de la société. » Ajoutons que quoique l'histoire des grands événemens de la Normandie soit le but (ic l'auteur , il a porté aussi .son attention sui l'histoire des mœurs sur les ccmtumes singulières , sur les progrès de la civilisation , du régime municipal, des instilulions publique.^ Ainsi on trouvera dans cet ouvrage des détails inléressans siu" rKchifjuicr d«'

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Caeii , sur les grands monastères du Bec , de Saint-Evroult , de Saint- Wandrille , sur la naissance de la bourgeoisie, et sur les premiers actes qui constatent l'existence des communes , sur la législation normande , sur l'administration publique , sur le commerce et l'industrie , sur les rapports qui existaient entre les seigneurs et les vassaux , sur l'état des arts et sur les monumens qui datent de cette époque , sur les ouvrages littéraires dus au même temps , et sur les hommes qui les ont produits. Les passages les plus saillans des auteurs du moyen âge sur lesquels s'appuie la narration de l'auteur sont cités textuellement au bas des pages , en sorte que le lecteur peut à tout moment s'assurer de la véracité de l'historien. Pour les pièces diplomatiques, l'auteur indique exactement les recueils où elles ont été insérées et où on peut aisément les vérifier.

Il a rendu hommage aux travaux judicieux des savans modernes de la Normandie , qui ont éclairci beaucoup de points douteux, et dont il cite les doctes discussions.

\J Histoire de la Normandie sous le règne de Gidllaumc-le- Connucrant el de ses sitccesseurs est une suite et un complément naturel de V Histoire de la Normanàic jusqu'à la conquête de r Angleterre , lédigée par Th. Licquet , et publiée par le même éditeur. Epe peut faire suite aussi à V Histoire des Expéditions maritimes des Normands et de leur établissement en France , par M. Deppîng , auquel l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres a accordé un prix en 1822. Ainsi le public possède maintenant une série d'ouvrages propres à faire connaître l'Histoire de la Normandie depuis les temps anciens, jusqu'à l'époque où Philippe Auguste a réuni cette province au royaume de France.

Cet Ouvrage est en vente :

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