‹ Observations physiques sur le poulpe de l'Argonauta argoChapitre 2 sur 2 · APPENDICE · texte numérisé non relu

APPENDICE

M. le chevalier Alban de Gasquet, capitaine de frégate, se trouvant à Messine au comme n cernent de 1835, vint me voir différentes fois, accompagné des officiers de sa frégate. Lui ayant fait part de mes découvertes concernant l'Argonauta, il les trouva très intéressantes, et me dit que je devrais les envoyer à l'Institut de Paris ; qu'il avait un ami, M. Rang, officier au corps royal de la marine, qui se chargerait volontiers de les présenter en mon nom à l'Institut. Je lui remis donc sur l'Argonauta Argo une copie en italien écrite de ma propre main et accompagnée d'une lettre à l'adresse de M. Rang, laissant ignorer à M. Rang et à M. de Gasquet que le contenu dudit mémoire avait été lu en 1834 à l'Académie Gioenia de Catania, comme l'on peut le voir par les journaux cités ci-après.

Peu de temps après, je reçus avis de M. de Gasquet que mon mémoire et ma lettre avaient été exactement remis à M. Rang. N'ayant pas reçu de réponse de M. Rang, quoiqu'il se fût écoulé un laps de temps assez long, je lui écrivis de nouveau ; il garda un silence obstiné.

Me trouvant à Londres en avril 1837, j'appris que M. Rang, abusant de la confiance que j'avais eue en lui, et profitant de mes observations , avait écrit une note sur l'Argonauta Argo en date

de 1837, c'est-à-dire trois ans après mes publications de Catania et deux ans après l'envoi que je lui fis de mon mémoire (i).

Après cela, je ne puis me rendre compte comment M. Rang a pu insérer le passage suivant dans sa note présentée à l'Institut par M. de Blainville en 1837, page 11 (2).

« Nous vîmes M. de Blainville, et nos observations le frappèrent; « il consentit à remettre une note de notre part sur le bureau de « l'Institut, et voulut bien se charger avec M. Duméril d'être le rap- « porteur de nos observations. »

« M. de Blainville avait alors entre les mains les observations inté- « ressantes que M- Power venait de faire sur TArgonauta, et qui « nous avaient conduit à de nouvelles découvertes. »

M. Rang prétend avoir découvert en 1837 l'usage des membranes du poulpe de TArgonauta Argo , découverte que j'avais déjà faite en 1833 et qui avait été lue en 1834 à l'académie Gioenia de Catania, et sur laquelle le professeur C. Maravigna avait fait un rapport inséré dans le Journal du cabinet littéraire de l'Académie Gioenia de Catania, en décembre 1834. Un autre rapport avait encore été fait dans le même journal par les professeurs Ch. Gemmellaro et di Giacomo.

On voit bien que M. Rang n'a pas connu l'usage des susdites membranes, puisqu'il ne dit pas qu'elles servent à la fabrication et à la réparation de la coquille. Il prétend que la membrane ne sert absolument que pour maintenir la coquille afin qu'elle n'échappe pas au poulpe, tandis qu'elle sert, comme je le dis dans mon mémoire, à la fabrication et à la réparation de la coquille brisée.

Le poulpe nage avec les bras membraneux en dedans de la coquille ou sur la coquille, selon son caprice. Il nage, l'extrémité des membranes appliquée sur les spires de la coquille, et quand la mer

(1) Il paraît qu'il a mal interprété la note qui lui avait été confiée, comme on peut s'en apercevoir à la façon dont il a traité la question.

(2) Voir Documents pour servir à l'histoire naturelle des céphalopodes, par M. Rang,. 1837.

est calme et qu'un vent léger les enfle , on voit naviguer sa petite embarcation.

Je ne m'amuserai pas à critiquer la note de M. Rang ; je crois, du reste, que ce serait un travail parfaitement inutile, car pour tout le monde les éludes de M. Rang n'ont pas môme l'ombre de la vraisemblance; et quoiqu'il ait eu entre les mains, comme il le dit lui-même, les observations antérieures que j'avais faites, il n'est pas arrivé à livrer au public des études qui dénotent en lui le moindre mérite ; cependant, je me permettrai quelques observations sur les fautes graves qui existent dans sa note. Non-seulement ses observations sont erronées, mais ses dessins sont incorrects, et la manière dont ils sont présentés démontrent parfaitement que M. Rang n'a pas étudié avec cette minutie et cette persévérance qui sont nécessaires pour arriver à une connaissance exacte des mœurs et des habitudes de cet animal : c'est pourtant ce que M. Rang veut nous faire croire. Il n'a donc pas réussi dans ses observations, et pour arriver à un résultat pareil, il n'était pas nécessaire de prendre à mon égard un ton protecteur, car quoique mes études soient antérieures, elles sont sérieuses, exactes, et l'animal, tel que je le présente, a le mérite du naturel. Je le reproduis tel que je l'ai vu, tel qu'il existe, et tel que tout observateur le verra.

Le dessin de M. Rang qui représente l'Argonauta rampant sur le dos, pl. 86, est faux.

Jamais l'Argonauta ne lève ainsi les bras en l'air.

Le corps et les membranes ne sont pas d'un brun foncé.

Les taches de rouge enjolivent très-bien, mais elles n'existent pas.

Les six bras ne sont pas proportionnés.

Les deux bras membraneux qui se trouvent étendus sur la coquille ne présentent jamais ces taches rouges ni cette vilaine raie bleue (voir ma description).

Dessin 87. Les huit bras sont représentés de la même longueur, tandis qu'il y en a deux , à droite et à gauche des yeux , qui sont beaucoup plus courts.

Le siphon n'a que la moitié de la grosseur nécessaire.

Les œufs ont parfaitement l'air de branches d'arbustes. M. Rang a l'intention de leur donner la forme d'une grappe de raisin ; mais est-il possible que des œufs qui sont réunis par des filaments trèsminces et d'une matière molle puissent se soutenir en l'air comme une branche d'arbuste ? Si l'on prenait une grappe de raisin, bien que son bois soit plus fort que les filaments d'une matière gélatineuse qui réunissent les œufs, en tenant la pointe de la grappe en l'air, les raisins ne se maintiendraient pas, ils se pencheraient.

Dessin 88. Mômes fautes pour les œufs ; la coquille est mal dessinée, et le côté de la membrane qui couvre la grande ouverture de la coquille est orné de ventouses qui n'existent pas.

Ensuite M. Rang dit , page 23 : « Nous avons cru reconnaître que « dans ses mouvements en pleine eau, le poulpe de l'Argonauta se « tenait le dos en haut , et par conséquent le tube locomoteur en « bas ; cependant , il est vrai de dire que nous ne l'avons pas vu « constamment ainsi. »

J'affirme que la position du poulpe dans sa coquille ne varie jamais.

M. Rang dit encore, page 52, n° 5 : « L'animal et la coquille sont « constamment dans une grandeur proportionnelle. »

J'affirme que cela n'est pas, comme je l'ai noté dans mes mémoires ; quand le moment de la fécondation arrive , ils agrandissent leur coquille de plus d'un tiers, afin de pouvoir laisser dans le fond de la spire l'espace suffisant pour retenir les petits poulpes qui tombent de la masse d'œufs.

Enfin, M. Rang s'est beaucoup étendu sur ce sujet-là ; il a beaucoup parlé pour ne rien dire d'exact.

Typ. Charles de Mourgues frères, suce" de Vinchon. — 2638.

OUVRAGES DE Mme POWER.

Itinéraire de la Sicile, gros volume.

Mémoire sur la reproduction des mollusques conchylifères.

Mémoire géologique sur les terrains et les fossiles de la péninsule, de

MlI.AZZO.

Ouvrage sur la Sicile, fort volume avec une carte géographique et trois cartes lopographiques de Siracusa, A. Girgenti et Selinbnte.

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