XIV. — QUESTION d'âge
infaillible qui trace à la foi le cercle d'où elle ne peut sortir sans hérésie et sans anathème; intermédiaire indispensable entre Dieu et le fidèle, le prêtre catbolique s'inquiète peu d'être jeune ; il s'impose à sa paroisse ; le troupeau ne peut recourir qu'à lui ; son autorité ecclésiastique n'a rien de personnel ; comme guide moral il gagne à vieillir ; comme 'prêtre il n'y gagne rien, et son individualité ne change à aucun degré son ministère.
Le pasteur protestant est dans une situation trèsdifférente ; son autorité est moins ecclésiastique que morale et repose autant surla confiance qu'il inspire que sur le caractère dont il est revêtu ; son investiture cléricale est un moyen, non un pouvoir ; s'il a seul dans son église le droit d'administrer les sacrements, il n'a pas celui de les refuser ou d'y attacher des conditions impérieuses ; qui les lui demande, les obtient ; il ne fait d'injonctions, ni de menaces à personne ; et pour comble il n'a pas plus de puissance dans la maison de deuil que dans la maison de joie (Ecc. vu, 2) , sur la mort que sur la vie ; il exhorte le fidèle et le mourant ; il ne décide point pour lui, et dans les dernières prières, selon les expressions vraies et touchantes qu'affectionnaient nos ancêtres, il fait la recommandation de Tâme à Dieu et n'en devance jamais le jugement.
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Aussi le chrétien catholique a pour pasteur celui qui lui est donné; le chrétien protestant, celui qu'il choisit.
Il suit que la prédication, parmi nous surtout, doit se proportionner à Tâge du prédicateur. Autre, et pour le fond, et pour le style, et pour le débit, autre sera la prédication du jeune homme, autre celle de Fhomme mûr ou du vieillard. Et il ne faut pas oublier que la jeunesse dure plus longtemps dans la prédication que dans la vie ; Tâge viril arrive tard pour la chaire sacrée, et s'il est prescrit par Cicéron à ses émules de se souvenir de leur âge {De Orat. m, 85), combien plus le prédicateur de l'Évangile ne doit-il pas se rappeler le sien !
Cependant on s'y trompe ; à peine sortis des études et des examens, à peine relevés de la génuflexion de leur consécration au saint ministère, à peine entrés en fonctions, on voit de jeunes ministres se souvenir si bien de leur science et de leurs droits, qu'ils oublient leur âge. Ils prêchent avec une autorité qui n'a pu leur venir encore, avec une véhémence qui trahit trop de confiance ; les questions les plus délicates n'ont rien qui les embarrasse ou les alarme, et ils s'appuient d'dne expérience à laquelle il semble ne manquer que le temps de l'avoir acquise.