‹ Observations, réflexions et aperçus sur quelques affections morbides de la veine porte, et notamment sur l'inflammation, l'oblitération et l'ossification de ce tronc vasculaireChapitre 2 sur 6 · MÉMOIRE LD DANS LES SÉANCES DES 31 DÉCEMBRE 1813 ET 28 JANVIER · texte numérisé non relu

MÉMOIRE LD DANS LES SÉANCES DES 31 DÉCEMBRE 1813 ET 28 JANVIER

Loxhay [Jacques), cloutier, âgé de 57 ans, né à Vaux sous Chevremont, province de Liège, se présenta le 7 juillet 1841 , à Fhôpital civil de cette ville.

Il disait qu’en 1808, se trouvant en qualité de soldat au siège de Flessingue , il avait été atteint de fièvres intermittentes rebelles et opiniâtres , pendant dix-huit mois consécutifs; que, par la suite, il avait toujours conservé un ventre volumineux ; qu’il avait eu la jaunisse , et , de temps en temps, les jambes enflées. Il ajoutait que, depuis six mois, il était affecté d’une diarrhée incessante, accompagnée de douleurs sourdes dans le bas-ventre.

Au demeurant , voici l’état qu’il offrait , quand , pour la première fois , il fut soumis à l’observation. Abdomen très-volumineux ; épanchement abondant de sérosité dans la cavité péritonéale ; membres inférieurs fortement infiltrés ;

INFLAMMATION DE LA VEINE PORTE

rien d’anormal dans les appareils circulatoire et respiratoire; langue couverte d’un enduit blanchâtre; anorexie ; aucune altération du foie appréciable au moyen de l’exploration; douleurs profondes et sourdes se rapportant à tous les points de l’abdomen; dix à quinze évacuations alvines liquides et sanguinolentes , dans le courant de vingt-quatre heures ; urines rares et rendues en petite quantité.

On lui administra de l’extrait de Cainca délayé dans de l’eau de fenouil , et il fut mis à un régime approprié à son état.

Le volume du ventre parut diminuer un peu sous l’influence de ce traitement, qui fut continué pendant neuf à dix jours ; mais, les selles qui étaient restées sanguinolentes, devinrent de plus en plus fréquentes et copieuses, Enün, le 20 juillet, treize jours après son entrée à l’hôpital, le malade eut un peu de délire et succomba dans la journée.

Tels sont les renseignements qu’il m’a été possible d’obtenir sur la maladie de cet individu, à la nécrotomie duquel on procéda en ma présence, quarante heures environ après le décès.

§ II. Relation de l’ouverture du cadavre.

Infiltration considérable des extrémités inférieures ; épanchement de plus de trente litres de sérosité limpide dans la cavité du péritoine , membrane dont la texture n’oflrait aucune apparence d’altération. Les épiploons et le mésentère contenaient une grande quantité de graisse.

Le tube intestinal était à la fois hypertrophié et hypérémié; il présentait une couleur rouge uniforme assez foncée , résultat manifeste d’une imbibition sanguine qui avait surtout son siège dans celles de ses tuniques qui sont subjacentes à la séreuse; ses parois, épaisses de trois à quatre lignes, étaient infiltrées de beaucoup de sérosité sanguinolente; la muqueuse offrait, dans la majeure partie de son étendue, une couleur rouge très-intense, et était parsemée d’ulcérations en plusieurs endroits : on y apercevait , en outre , des espèces de papilles rougeâtres, saillantes à sa surface, qui n’étaient peut-être que des villosités hypérémiées. L’infiltration des intestins, limitée par les deux feuillets membraneux pariétaux, l’un muqueux et l’autre séreux, en rendait les parois plus épaisses, moins souples et plus réni tentes

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que de coutume, en sorte qu’on pouvait aisément les inciser avec le scalpel ; ils contenaient un peu de sang noirâtre et épais , et leur face interne était tapissée par une couche de ce même liquide.

Les veines mésentériques étaient extraordinairement dilatées et gorgées de sang noir.

Le tronc de la veine porte, un peu avant de s’engager clans le foie, présentait une lésion remarquable qui se propageait dans ses principales divisions hépatiques, jusqu’à la profondeur de deux à trois pouces. Ce vaisseau avait plus d’un pouce de diamètre ; sa face externe adhérait par continuité, moyennant un tissu cellulaire adventice , aux parties contiguës ambiantes, c’est-à-dire, à plusieurs branches du système nerveux ganglionnaire , à des glandes lymphatiques, à l’artère hépatique et aux canaux cystique et hépatique. A l’endroit correspondant à ces adhérences , la veine était entièrement oblitérée par des concrétions sanguines intimement attachées à sa face interne. Ces concrétions étaient formées par une substance molle, peu consistante, d’un blanc rougeâtre, dans laquelle on distinguait des couches de fibrine stratifiées , irrégulièrement disposées , et entremêlées de caillots sanguins plus ramollis à leur centre qu’à leur circonférence ; dans un grand nombre de points , ces couches adhéraient si fortement à la tunique interne , qu’on ne pouvait les en séparer sans opérer une solution de continuité; elles remplissaient non-seulement le calibre du vaisseau , mais elles s’étendaient encore dans ses premières divisions; puis, à mesure qu’elles se propageaient , elles s’amincissaient par degrés en devenant de plus en plus semblables à du sang caillé. L’épaisseur des parois de la veine malade était sensiblement diminuée en quelques points et augmentée dans d’autres. Cet épaisissement était dû à une hypertrophie de la tunique moyenne , qui présentait une couleur rouge et une apparence de fibres longitudinales disposées parallèlement.

Quant à la membrane interne, elle me parut, considérée dans Lenseinhle de ses couches , offrir un épaississement incontestable. Quoiqu’elle ne fût devenue ni opaque, ni vascularisée, ni ramollie, du moins d’une manière appréciable aux sens , cependant elle s’enlevait de la subjacente plus facilement qu’à l’ordinaire , et il s’élevait de sa surface des espèces de villosités.

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Ayant examiné au microscope un petit lambeau de cette tunique, je crus y distinguer de petits vaisseaux entortillés et ramifiés, beaucoup plus nombreux dans le voisinage des points où des fragments de concrétions fibrineuses étaient restés adhérents, et dans ceux où les parois veineuses étaient amincies. Sa surface était parsemée de quelques globules purulents. A l’œil nu, mais surtout à l’aide d’une loupe, on voyait sur la pièce fraîche ou récemment desséchée, des arborisations rougeâtres qui avaient leur siège dans les tuniques placées sous la tunique interne , et spécialement dans le tissu cellulaire situé entre celle-ci et la membrane propre.

En outre , la face interne de la veine porte était incrustée de plus de vingt petites plaques squammeuses, dures, blanchâtres et d’apparence osseuse. Ces lamelles avaient une forme très-irrégulière; leurs bords étaient anguleux ou émoussés et arrondis ; les plus grandes présentaient un centimètre de longueur sur cinq millimètres de largeur , et les plus petites avaient à peine un millimètre d’étendue : leur épaisseur n’ excédait pas un tiers de millimètre. Par leur circonférence, elles paraissaient se continuer et se confondre avec la tunique susnommée, au-dessus de laquelle elles proéminaient légèrement. Leur face adhérente envahissait non-seulement cette membrane, ou plutôt la place qu’elle occupait, mais elle pénétrait encore dans la couche cellulaire subjacente, et semblait même s’étendre au delà jusque dans la tunique propre ; leur face libre était dépourvue de feuillet épidermique distinct.

La substance blanche, dure et calcaire de ces incrustations était si mince qu’elle paraissait demi-transparente. Quand on les plaçait entre l’œil et une vive lumière , on y distinguait des couches curvilignes excentriques , disposées parallèlement mais d’une manière irrégulière , autour d’un noyau central.

Ayant soumis, pendant plus de vingt-quatre heures, l’une de ces squammes osseuses à l’action de l’acide nitrique affaibli, il se dégagea d’abord quelques bulles de gaz, puis il se forma des flocons membraniformes blanchâtres; et, sans subir aucun autre changement dans sa configuration, elle se transforma en une substance jaunâtre, molle, flexible , qui, vue au miscroscope, présentait une sorte de trame réticulaire où l’on distinguait

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des espèces de fibres rangées très-irrégulièrement, et circonscrivant de petits espaces inégaux, vides, plus ou moins étendus, où, sans doute, la matière calcaire dissoute par l’acide nitrique avait été déposée.

Le foie était manifestement atrophié et plus petit que de coutume ; il ne pesait que trente onces , tandis que dans l’état normal il en pèse quarantehuit chez l’adulte : cet organe n’offrait aucune altération de texture. La vésicule du fiel contenait une assez grande quantité de bile séreuse, jaunâtre et orangée ; ses parois étaient épaissies, infiltrées, opaques et blanchâtres. Les canaux cystique et hépatique étaient remplis de bile.

Le tronc de l’artère hépatique présentait trois lignes de diamètre; ce vaisseau ne renfermait pas de caillots, et il en était de même des veines sushépatiques.

La rate avait augmenté de volume ; sa surface était parsemée de plaques blanchâtres fibro-cartilagineuses , qui intéressaient à la fois ses deux tuniques d’enveloppe. Le tissu de ce viscère ne me parut ni ramolli, ni hypérémié; cependant il était mollasse, assez résistant et évidemment hypertrophié : des brides cellulaires accidentelles unissaient sa périphérie avec les organes circonvoisins.

Le crâne ne fut pas ouvert ; les viscères renfermés dans le thorax ne présentèrent rien d’insolite.

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