PARIS
LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET Cie
IMPRIMEURS DE L’iNSTITUT Rue Jacob, 5C.
AVERTISSEMENT
Ce travail est divisé en trois parties :
La première contient les Observations ci-après, cpii considèrent les jugements dans leur ensemble et dans leurs détails.
La deuxième présente l’analyse de ces observations en un Tableau ou Exposé général.
La troisième offre, dans un moindre Tableau , les observations applicables au concours par les jurés eux-mèmes.
DU
L’action de juger est une des plus graves qui puisse faire partie des devoirs de l’homme en société. Il n’est aucun de nous qui ne soit profondément ému lorsqu’il se trouve obligé de décider du sort d’un de ses semblables, de prononcer sur ses actions ou sur ses ouvrages : cet appel, fait à notre conscience et à nos lumières, suppose en nous autant de circonspection que de connaissance, autant de justesse d’observation que d’instruction positive. Il demande une expérience raisonnée de 1 art dont il faut juger, et, de plus, une impartialité à l’épreuve de toute faiblesse et de toute séduction : le juge intègre est le justum et tenacem que rien ne peut ébranler dans sa propre conviction.
Lorsqu’il s’agit d’un fait à constater, la question, bien que très-délicate, se borne à ce fait même avec toutes ses circonstances. Mais, lorsque l’on est appelé à juger
Action île juger, son
importance.
Exécution musicale, plus difficile à juger que toute autre.
une chose d’art, il faut, pour déterminer la conviction, une infinité de connaissances spéciales dont l’application au sujet du concours devient très-compliquée en raison de la pluralité des concurrents et surtout de la nature fugitive' de l’exécution musicale.
En effet, l’Architecture, la Sculpture, la Peinture, laissent au juge tout le temps nécessaire pour examiner l’objet mis au concours : l’immobilité favorise cet examen dans tous ses détails.
11 n’en est pas ainsi de la Musique pendant son exécution; des sons viennent rapidement frapper l’oreille; si le morceau est inconnu, le sens d’une phrase n’a pas été plus tôt compris que son expression fait place à une autre phrase remplacée bientôt elle-même par une nouvelle succession de pensées; cette continuité ne permet qu’à l’artiste le plus exercé, le plus instruit, d’apercevoir le plan de la composition, d’en sentir toutes les beautés ou d’en voir tous les défauts. Mais cet artiste même pourrat-il saisir, pendant le concours, les qualités diverses des élèves, si lui, juré, ne connaît point le sujet de ce concours ou s’il ne l’a point assez examiné pour en avoir bien compris le caractère? Pourra-t-il juger tout à la fois le morceau inconnu, les qualités et les défauts de chaque concurrent, en établir la balance entre chaque individu et prononcer ensuite en sûreté de conscience?
Choix des jurés. On doit conclure de ces réflexions : qu’il ne suffit
pas de choisir des juges intègres et éclairés, condition
indispensable, ni de les prendre hors de l’élablissemcnt ainsi que l’exige le caractère d’impartialité dont ils doivent être revêtus, mais qu’il faut encore les choisir parmi ceux qui ont des connaissances spéciales à l’objet du concours ;
Qu’il est également nécessaire de donner connaissance à tous les jurés des sujets choisis, c’est-à-dire du morceau préparé et de celui que les élèves doivent jouer à première vue.
Mais pour peu qu’il y ait de divergence dans la doctrine des jurés les plus consciencieux d’ailleurs, si chacun décidait d’après son opinion particulière ou son goût personnel, l’un donnerait la préférence à la force, l’autre à la douceur, celui-ci à la grâce, celui-là à quelques supériorités de détails ou à cette heureuse témérité qui fait tant illusion sur les qualités essentielles, sans jamais pouvoir les suppléer. Le plus grand nombre des jurés ne pourrait manquer d’errer ainsi dans le vague, au milieu d’une préoccupation continuelle, il ne saurait se faire un mode d’observation conforme aux principes d’un art qu’il ne connaîtrait point dans telle spécialité; le moment de voter arrivant, il se hâterait de mettre dans la balance des impressions qu’il n’aurait point le temps de peser, et que tous les jurés n’auraient pu comparer entre eux à défaut d’unité de principes; l’homme consciencieux interrogerait en vain des souvenirs confus, il se verrait obligé de prononcer, sur tous les points d’exécution, par estime, au lieu de le faire par conviction et à l’appui des règles.
Jurés spéciaux.
Connaissance particulière des su jets donnés a concours.
Unité
de principes dans l’examen.
Marche à suivre par les jurés. •
Tableau proposé à cet effet.
Forme indispensable à suivre dans l’examen.
Cette manière de juger par estime, c’est-à-dire instinctivement, applicable en d’autres cas comme nous le ferons observer plus tard, ne peut suffire à ceux dont le jugement veut s’appuyer sur des conditions reconnues les meilleures, et s’autoriser de principes sans lesquels il n’y a plus d’art.
Il faut donc ajouter une proposition aux précédentes, celle de partir d’un même point d’observation et faire suivre à tous les jurés le même ordre dans l’examen des qualités à préférer, pour empêcher que celles qui ne sont que secondaires ne prévalent sur les qualités essentielles, pour que la règle enfin qui préside à l’art, préside à l’examen et au jugement.
C’est <à l’appui de cette proposition que nous présentons le tableau ci— joint ; il a pour but de faciliter le travail des jurés et de donner à leurs décisions cette unité nécessaire aux principes de l’art comme à ceux de la justice.
Les observations que chacun doit faire, sont toutes prévues dans ce tableau ; elles y sont placées successivement selon le degré de leur importance. Un seul point de grosseurs différentes, et une boule blanche indiquant ce qui est médiocre, bien ou très-bien, et tracé dans chaque colonne par le juré, suffira pour lui rappeler les qualités des concurrents et le degré de ces qualités, et pour recueillir ensuite les votes de la majorité s’il y a partage dans les opinions.
RELATIVES AUX CONTOURS DE VIOLON
Comme on doit laisser aux jurés le temps nécessaire pour faire le relevé de leurs observations, il est indispensable qu’ils se retirent en particulier à cet effet ou pour délibérer sur quelques cas extraordinaires, prévus à la tin de ces observations; ils reviendront ensuite écrire leur bulletin en présence du public et le mettre dans l’urne.
C'est le sort, d’un de nous d’être mal jugé (1). Tûchons de prévenir ce malheur dans l’exercice d’un art qui repose si particulièrement sur la sensibilité, et qui, pour toutes sortes de raisons, y est plus exposé qu’un autre. La jeunesse possède au plus haut degré le sentiment de la justice; ce sentiment inné est en elle d’autant plus vif que les dons de la nature lui sont plus nouveaux; elle se sent d’autant plus fière et plus heureuse de les posséder, et elle ne peut se les voir refuser par l’opinion sans considérer l’injustice comme un crime qui lui dérobe son avenir. Nous lui conseillons, en ami, de chercher de bonne heure à s’y accoutumer et à la supporter avec une vraie modestie, mais ce n’est point à des juges à leur en offrir la leçon.
Ne point donner le prix à celui qui l’a mérité est sans doute un grand mal ; mais il en est un autre peutêtre plus dangereux attaché à cette injustice, car après tout le vrai talent finit par triompher de l’opinion et par conquérir l’estime, et si pour cela il ne lui suffit pas de
Manière de voter.
Deux dangers à éviter dans les jugements des concours.
(1) Goethe.
Principe dont l’application est nécessaire pour choisir les juges et pour éclairer les jugements.
Un seul invente bien.
bien faire, il y parviendra toujours en faisant mieux. Mais qui préservera l'élève des suites d’un jugement favorable non mérité? Qui peut calculer les effets d’une couronne posée à faux sur une jeune tête ? Si le lauréat s’en croit digne, il risque de se perdre, car il doit naturellement persister dans les erreurs qui lui ont valu le prix , et s’il sent que ce prix devrait être donné à un autre, son cœur repousse un honneur qui ne lui appartient pas, l’émulation est arrêtée dans son élau, le but de l’institution est manqué, les doctrines sont ébranlées jusque dans leurs fondements; ses antagonistes découragés ne savent plus de quel côté se diriger pour bien
faire ; lorsque la boussole vient à se perdre, on doit nécessairement s’égarer et faire fausse roule : ce malheur, pour une école, est le plus grand de tous.
D’après un ancien adage, un seul invente bien ; plusieurs jugent bien ; tous sentent bien.
En effet, l’unité étant le premier attribut du vrai beau, dans un ouvrage d’art cette unité ne peut être que le produit d’une seule conception, laquelle embrasse à la fois toutes les diverses parties qui forment un tout et les rend ainsi tellement unies d’intention, qu’elles concourent efficacement au même but, à donner la forme la plus parfaite ou l’expression la plus vraie à l’objet que l’on traite : un seul invente bien.
La connaissance approfondie d’un art étant le partage de quelques hommes que d'heureuses facultés naturelles, développées par un travail constant, ont placés au-dessus des autres, ceux-là seront seuls compétents pour juger le mérite et les défauts des choses qu’ils ne cessent d’analyser : plusieurs jugent bien.
Enfin, le plus grand nombre, la multitude, celle qui est douée d’organes exercés jusqu’à un certain point par la civilisation, sentira d’autant plus vivement tout ce qui est à sa portée que le savoir ne- viendra point gêner ou suspendre ses sensations et qu’elle sera, par son ignorance même, plus disposée à se laisser aller à ses impressions : tous sentent bien.
Aussi voyons-nous que les meilleurs ouvrages doivent leur mérite essentiel à cette unité de conception dont on vient de parler; ils semblent avoir été faits d’un seul jet et paraissent ainsi ravissants de beauté comme Minerve sortant tout armée du cerveau de Jupiter.
Les plus judicieux critiques se sont trouvés dans les rangs des hommes les plus instruits, surtout parmi ceux qui offraient une garantie de plus à leurs jugements, cette autorité morale que donne la droiture du cœur jointe à la justesse de l’esprit.
Nous voyons enfin que les ouvrages le mieux appréciés, les talents le mieux sentis, l’ont été chez les nations douées d’une grande sensibilité et finesse d’organes, et que l’enthousiasme a toujours été le partage de la mul-
Plusieurs jugent bien.
Tous
sentent bien.
Publicité îles concours.
La publicité des concours est la meilleure garantie des jugements.
tilude, les sensations prenant plus de force dans les masses en raison de leur affinité.
Les concours ont été publics au Conservatoire depuis l’origine. Nous avons vu à plusieurs de ces concours quelques indiscrets amis des jeunes élèves les couvrir d’applaudissements, sans égards pour le jury, dont l’impartialité se trouvait en souffrance au milieu de ces éclats inconsidérés. Nous avouerons que notre premier vœu fut pour éviter ce scandale en faisant les concours à huis clos ; mais en y réfléchissant, nous avons reconnu qu’il était plus convenable, plus avantageux pour les concours de les continuer en public, sauf à prévenir de pareils écarts par de sages avertissements ou à les réprimer par des mesures d’ordre.
La publicité sera toujours la meilleure garantie des jugements; le juge, placé ainsi lui-même en présence d’autres juges, n’en est que plus attentif en interrogeant sa conscience ; en vain dirait-on qu’il peut être influencé par l’auditoire; cette influence n’a point de prise sur un juge intègre ; osons dire plus, le juge peut même tirer quelque profit des sensations du public; toujours en défiance contre les vaines clameurs et les applaudissements de partis, il ne s’y laissera point entraîner, mais il saura remarquer ces légers mouvements spontanés, quelquefois unanimes, qui l’avertiront, au milieu de ses défiances, qu’une corde sensible a été touchée; c’est à cette remarque qu’il faut s’attacher le plus dans l’art
dont le but est d’émouvoir. Le juge ne s’en tiendra pas à celte observation et ne s’arrêtera point à ces mouvements; il verra bientôt si l’effet est juste ou s’il tombe à faux, si l’auditoire a été frappé au cœur ou s’il est dupe de ces puérilités qui séduisent trop souvent la multitude. Il saura discerner les choses de bon ou de mauvais goût. On ne peut disconvenir que le bon goût ne soit en minorité sur la terre (1). Mais le goût appliqué aux agrémenls, aux ornements du chant, doit avoir ici une acception particulière. Quand il s’agit de traduire la pensée du compositeur (et c’est le devoir de l’exécutant), pécher contre le goût, placer des ornements là où il n’en faut point, ajouter des traits brillants pour se faire applaudir, en un mot, ajouter mal à propos, c’est agir contre l’expression, c’est altérer ou changer le caractère de la musique, c’est manquer de vérité, c’est mentir à l’auditoire. Mais dans le cas contraire, le juge doit tenir compte des sacrifices que le concurrent aura le courage de faire à une exécution franche, à une expression naturelle, préférant mériter ainsi l’approbation de plusieurs, plutôt que d’obtenir les applaudissements du plus grand nombre.
On sait que pour émouvoir il faut commencer par être fortement ému soi-même, et avoir une confiance déterminée dans le choix de ses moyens d’expression; or, dans sa propre composition, on peut manquer de goût selon la manière la plus générale d’exprimer et de faire
(1) Montesquieu.
Ce que l’on entend
par le public.
comprendre la musique, et cependant avoir une expression individuelle qui autorise une certaine indépendance dans l’exécution ; mais, dans la composition d’un autre, si l’on n’est pas bien pénétré des beautés qui la distinguent en général et du caractère qui s’y trouve empreint en particulier, ce sera manquer de goût que de s’éloigner de son expression, et, par conséquent, ce sera manquer de vérité, car, en fait d’art, nous ne pouvons trouver cette vérité qu’au fond d’une âme d’autant plus passionnée qu’elle est plus impressionnable.
Voilà comment, dans ces épreuves dues au concours, le goût deviendra l’indice d’un sentiment vrai et déterminera cette justesse d’accent qui atteint le but et remporte le prix.
Plaire au public est, sans nul doute, le but que se proposent d’atteindre tous ceux qui suivent la carrière des arts, mais il faut bien savoir ce que l’on entend par le public lorsqu’on se sert de ce mot en l’appliquant à une chose jugée par lui et qu’on prétend ainsi en déterminer la valeur, en considérant le public comme autorité.
Selon l’acception la plus générale, le public est une réunion d’hommes, plus ou moins nombreuse, assistant à un spectacle ou à l’exécution d’un ouvrage d’art qu’il a pris, en payant, le droit de juger à sa manière.
Mais ce public varie selon les temps, selon les peuples, selon les lieux, selon les époques; véritable Protée, il n’a rien de constant dans ses goûts si ce n’est son
inconstance; presque toujours partagé dans ses décisions, on le voit quelquefois rendre tout à coup un arrêt unanime; il ignore les secrets de l’art, il confond l’or avec la boue (1), et parfois il excelle à saisir les ressorts les plus cachés du cœur humain; tout passionné qu’il est, il tinit par décider en sage. Le public est d’abord un enfant qui veut qu’on l’amuse, puis arrivent les besoins du cœur, il veut qu’on l’intéresse, puis enfin viennent les exigences de l’esprit, il veut qu’on l’étonne, qu’on l’entraîne, qu’on le captive.
Lorsqu’on parle de son jugement ou que l’on s’y réfère, il faut donc savoir comment on l’entend ; si c’est à son tribunal du jour ou à celui de l’année, à celui de l’époque ou à celui du siècle ; il faut savoir si ce tribunal existe chez une nation où les beaux-arts lleurissent, ou bien s’il s’essaye chez un peuple nouveau.
Tout s’explique alors , et l’on verra que le public, ouvrage du temps (ainsi que nous le comprenons), ce public dont il est si glorieux d’obtenir le suffrage, devient plus juste à mesure qu’il est éclairé, que son goût tend à s’épurer à la faveur même du mouvement des Ilots de l’opinion, qu’enfin ses jugements, qui n’étaient d’abord que l’expression versatile et confuse de tous, se changent en arrêts définitifs de plusieurs.
L’artiste, averti par l’instinct de sa gloire qu’il ne trouvera de solide renommée qu’au centre de la civilisation, travaille sans doute pour être senti par tous , mais
(I) L’or et la boue sont confondus pendant la vie des artistes, et la mort les sépare. (Voltaire.)
c’est l’estime de ceux qui sont capables de l’apprécier qu’il cherche à obtenir avant tout. 11 a besoin de l’espoir de cette noble récompense pour soutenir son courage au milieu de tant de peines et de travaux, et, prêt à y succomber, que de fois ne s’écrie-t-il pas, comme Alexandre : 0 Athéniens ! si vous saviez ce qu’il m’en coûte pour être loué cle vous !
Public choisi seul juge «le l’artiste.
Ce n’est donc point par la multitude si prompte à renverser son idole, que l’artiste sera définitivement jugé, mais c’est par l’aréopage qui dispense les couronnes olympiques et venge ainsi le mérite méconnu. Hélas ! il
est souvent trop tard pour celui qui a longtemps gémi sous le poids de l’injustice... Toutefois, que nos chers élèves se rassurent ! Chacun de nous ne s’efforce-t-il pas
à les préserver d’un tel malheur? S’ils en étaient jamais atteints, ils en sortiraient avec honneur en la supportant avec courage. Mais une sage administration cherchera toujours à en garantir ces âmes neuves et généreuses.
Revenant à la question qui nous occupe ici particulièrement, celle de la publicité des concours, nous devons y appliquer les réflexions précédentes et considérer le public, dans ces concours, sous un aspect bien moins grave dans ses conséquences, puisqu’il n’est composé que d’auditeurs intéressés à des succès, et que si l’approbation y éclate quelquefois en applaudissements inconsidérés, l’opposition ne s’y manifeste jamais que par le silence. On ne doit voir enfin en cette réunion qu’une assemblée de famille assistant à une lutte paci-
RELATIVES AUX CONCOURS RE VIOLON
lique, mais vive et intéressante, où la crainte et l’espérance, ces deux passions du printemps de la vie, agitent tous ces jeunes cœurs à l’avantage de leur avenir et préludent ainsi à leur destinée.
Dès l’origine du Conservatoire, l’administration a décidé que le concerto serait donné pour sujet dans tous les concours de violon. Le choix du concerto a toujours été fait par les professeurs des classes de cet instrument, conjointement avec le directeur.
Les trois caractères principaux de la musique se trouvent effectivement réunis dans ce genre de composition ; on a dû le choisir afin d’éprouver les facultés des élèves sur les qualités diverses qu’il exige ; mais on n’a donné, jusqu’à présent, pour sujet aux concours, que les deux premiers mouvements du concerto, l 'allegro et Y adagio. 11 est à regretter que l’on n’ait pas considéré le presto comme aussi utile à l’épreuve que les deux autres morceaux : dans Y allegro, l’élève peut déployer les qualités brillantes, la franchise, la largeur de sou exécution ; dans Y adagio, il peut se livrer à toute sa sensibilité, à la profondeur de son expression, et dans le presto, il peut enfin donner carrière à cette chaleur expansive, à cette fougue entraînante qui va jusqu’à l’enthousiasme, explosion du feu sacré.
Le concerto
donné poursujet dans
les concours.
Tous les mouvements, tout ce qu’on appelle action , ont Trois impulsions pour principe une impulsion qui se manifeste de trois prînc^'dcs manières et qui en détermine le caractère ; cette impul- lrois «bières
de la musique ancienne et moderne.
Le presto ou 3e mouvement, nécessaire , autant que les deux premiers, à l’épreuve dans les concours.
Morceaux du concours, choisis dans ceux dont le mérite est incontestable et qui
ont passé par l’épreuve du temps.
sion est ou grave et lente, ou modérément animée, ou enfin elle est vive et exaltée. Ces différents degrés d’impulsion répondent aux trois caractères principaux reconnus à la musique par les anciens, qui la divisaient en musique tranquille, active et eut housias tique . Ces caractères, inhérents à notre nature, le sont tellement aussi au principe de nos actions , que les modernes , bien qu’ils n’aient pu recueillir aucun monument de la musique des anciens, ont cependant, de leur côté, conservé de même ces trois caractères sous les noms d 'adagio, allegro et presto. Il n’est guère d’ouvrages où ils ne soient employés d’une manière prononcée, soit dans la musique religieuse, soit dans la musique profane, soit dans la symphonie ou dans le concerto, et jusque dans la sonate.
Chacun de ces mouvements exigeant un choix d’expression, un style différent, il est donc nécessaire de comprendre le presto dans les morceaux choisis pour les concours afin que les élèves soient aussi exercés à ce mouvement qu’aux deux autres, sans quoi leurs études et leurs talents seraient incomplets.
Le but de l’exécutant doit être, sans nul doute, dé rendre avec le plus de justesse d’expression possible les plus beaux morceaux de musique, composés dans le génie de l’instrument, objet du concours. Ainsi, en donnant pour sujet aux élèves les compositions qui captivent l’admiration générale, on leur fait considérer l’art sous le point de vue le plus élevé.
Cette élévation les conduit à se pénétrer du (jrandioso, de ce goût pur, de cette expression noble et vraie, que 1 on nomme aussi grand goût en termes de peinture et , d architecture; c’est enfin le beau et le touchant , que, par ce moyen, on les porte à préférer à tout dans l’art sublime de rendre les passions, et c’est en cherchant à ennoblir leur langage que l’on parvient en même temps à les épurer.
11 est donc très-important de continuer à choisir le sujet des concours dans les ouvrages des auteurs classiques, dans les chefs-d’œuvre dont le mérite ne saurait être contesté et qui ont passé par l’épreuve du temps.
On a pu quelquefois remarquer que l’art prenait une marche rétrograde lorsque l’on cessait de regarder en arrière pour étudier les anciens. On ne saurait avancer avec sécurité si l’on ne connaît ni le point de départ, ni la direction de la route à parcourir. 11 est nécessaire de s’en instruire, ne fût-ce que pour éviter de retomber dans les mêmes erreurs ou de reproduire les mômes laits en croyant innover.
Ce n’est point dédaigner les bons ouvrages contemporains que de leur préférer, pour les concours, ceux sur lesquels l’opinion se trouve fixée, c’est assurer leur lour et c’est mettre l’École, à l’abri de quelques erreurs de choix, qui ne manqueraient pas de lui devenir funestes. Nous devons le répéter, le succès de l’École est attaché au choix des morceaux de concours : toutes les
Succès de l’École attaché à la nature du choix dont ou
vient de parler.
beautés reconnues pour types sont le Palladium de l’art.
Spécialité des jurés (I).
Les jurés doivent connaître le sujet du concours et l’instrument qui
en est l’objet.
11 est généralement reconnu que l’on n'est jamais mieux jugé que par ses pairs. En remontant à la source de ce principe, on verra effectivement que les juges ne peuvent ni apprécier, ni comparer, ni conclure, s’ils n’ont les connaissances spéciales pour examiner l’objet du jugement sous tous ses points de vue, et qu’cnün pour bien juger, il faut bien connaître.
Le jugement devant porter ici sur l’exécution d’un sujet donné et préparé, il est indispensable que les jurés connaissent, non-seulement ce sujet, mais aussi 1 instrument objet du concours, afin de pouvoir décider quel est celui des concurrents qui a le plus de moyens d’exécution, et qui en sait faire l’application la plus juste.
11 doit en être de même pour le morceau à déchiffrer : ce n’est qu’en l’ayant sous les yeux que les jurés jugeront de l’exactitude, de l’intelligence, de l’imagination et des ressources individuelles de chaque élève, dont l’expression est alors improvisée.
Les observations antécédentes sur la spécialité des jurés et la connaissance particulière que nous croyons avoir acquise de l’esprit de justice qui règne généralement chez tous les jeunes artistes, nous font penser que les élèves, qui ont remporté le premier prix de violon dans les derniers concours, seraient d’autant plus aptes à
(1) Nous avons déjà fait sentir la nécessité d'avoir des jurés spéciaux en majorité, et nous n’avons pas craint d’en reparler ici comme de l’objet le plus important , afin de motiver d’une manière plus positive la formation du jury telle que nous la proposons.
RELATIVES AUX CONCOURS UE VIOLON
juger sainement leurs propres émules, que l’objet (le leurs éludes leur est plus récent et qu’ils pourraient d’autant mieux décider du mérite de chacun d’après les épreuves mêmes par lesquelles ils ont passé.
Voici donc comment le jury serait composé :
3 jurés spéciaux, choisis parmi les premiers prix des derniers concours ;
J professeur de chant;
1 président, directeur du Conservatoire.
Total : o jurés.
Les trois jurés spéciaux : pour juger de ce qui tient au mécanisme du violon, et aux moyens d’expression appliqués à traduire la pensée musicale.
Le professeur de chant : pour veiller à ce que le rapport qui existe entre l’instrument et la voix (considérée comme type du violon) soit maintenu; pour juger enfin si le jeu de l’élève est conforme à la manière de bien chanter.
Le président directeur fait, comme on le sait, observer le règlement; il établit la balance des opinions, dépouille le scrutin, proclame les prix, ou expose aux jurés les circonstances qui peuvent quelquefois, lorsqu’il y a incertitude, déterminer le jugement en faveur de tel concurrent, ainsi qu’on l’expliquera ci-après.
Dès le principe, les concurrents se sont fait entendre sur un même concerto, choisi diversement chaque année par le directeur, de concert avec les professeurs des classes
Composition du jury.
lînité do choit dans le sujet des concours.
Abus qui s’étaient introduits dans les ornements, suspensions, etc.
(les abus réformés aux derniers
concoursde 1834 et 1835.
(le violon. On s’est écarte une fois ou deux de cette unité de choix, chaque élève ayant exécuté un morceau différent, mais on a bientôt senti l’impossibilité de bien juger d’après ce mode, puisqu’un jugement, dans les concours, a évidemment besoin d’être appuyé sur un même point de comparaison.
Quelques abus s’étaient introduits dans les ornements, dans les points-d’orgue de suspension et dans les variétés que permettent, parfois, de certains traits répétés; on a craint, avec raison, que ces agréments d’emprunt, généralement dictés par le professeur, n’offrissent une difficulté de plus aux jurés en ce que ceux-ci ne distinguaient pas ce qui tenait à l’expression individuelle des élèves de ce qu’ils devaient simplement à la fidélité de leur mémoire et à leur facilité d’imitation.
Les professeurs, dont le devoir est de toujours chercher à mettre les élèves dans la meilleure voie, ont évité cet écueil aux concours de 1834 et 1833. Les tournures, les suspensions et les ornements, si peu qu’on s’en soit permis, ont été imaginés par les élèves eux-mêmes. On a pu voir ainsi clairement quels étaient ceux qui faisaient des ornements, là où il n’en fallait aucun, ceux qui en usaient modérément et avec goût, et ceux qui les prodiguaient et s’éloignaient ainsi de la vérité d’expression. Dans les variétés exigées par le sujet, les tournures et points-d’orgue de suspension, on a pu connaître également* le degré d’imagination de chacun d’eux, car le
génie, quelle que soit sa portée, ne manque jamais l’occasion de se faire voir jusque clans la plus petite chose : cette occasion se présente naturellement dans les suspensions indiquées par un point-d’orgue ; l’auteur abandonne ce repos à l’arbitraire de l’exécutant et lui fait ainsi un appel auquel il doit répondre comme à un noble défi.
Enfin le morceau à déchiffrer a été sagement choisi par le directeur parmi ceux qui prêtent moins au talent, toutefois réel, de faire à première vue des passages difficiles, qu’au mérite préférable d’attacher un sens à la musique et de lui donner l’accent et l’expression convenables.