SUPPLEMENT
Je me sers de cette occasion de faire quelques observations et de donner des extraits de mon grand journal encore eu manuscrit.
Courants des vents.
On ne peut pas lire sans plaisir l’admirable « Traité sur les causes générales des Agents» par Mr. D’Alembert; mais on a découvert, depuis ce temps là, certaines choses dans l’histoire des vents, purement physiques, qui méritent la plus grande attention. J’ai remarqué par exemple, qu’en six cas de changements de vents, cinq commencent par les courants supérieurs qui descendent et remplacent ceux qui ont eu lieu sur la surface de la terre. Cette chose si importante pour les marins et les agricoles comme un moyen de prévoir les changements de vent, m’est connue premièrement par accident.
Je me suis accoutumé , pendant les soirées des dimanches , à m’amuser de mille jeux d’enfans, principalement des cerfs volants • j’en ai faits de très-grands j et attachant Pun à
l’autre jusqu’à trois à cinq, je les ai lait monter à une immense hauteur. A plusieurs occasions j’ai remarqué que la plus haute de ces machines indiquait un courant d’air bien différent de ceux qui se montraient plus bas. Je répétais ces observations, et les longues queues de ces dragons de papier servant à une espèce de girouette , je pouvais toujours observer les directions varieuses des courants. Enfin les courants supérieurs en général ont remplacé les inférieurs. Itésolu de faire des recherches plus exactes et étendues, je fis un grand nombre de petits ballons de papier gonflés par le feu , et encore d’autres de soie gonflé de hydrogène , pour examiner par eux les plus hautes régions de l’atmosphère. Je commençais une série des expériences , dont j’ai déjà constaté le résultat. Quelques uns de ces ballons ont descendu à une immense distance ; d’autres retournant par des vents supérieurs, ont tombé auprès du lieu de leur ascension.
Ces contrecourants qui traversent le ciel sont quelquefois indiqués par des nuages; ils sont souvent de 36 à 48 heures avant de descendre sur la surface de la terre ; rarement de plus long temps. Sans doute les capitaines de vaisseaux pouvaient se servir de petits ballons pour faire leurs calculs sur le temps propre à sortir du port, ou pour lever l’ancre.
Voyages aériens.
On sait que tous les ballons en montant revol vent lentement, de façon que dans l’espace de deux au trois minutes l’aëronaule, restant tranquille dans la chaise, voit tous les points de l’horizon devant lui; mais j’ai encore remarqué, chose assez singulière si elle est accidentelle, que cette révolution lente des ballons sur leurs axes est dans l’ordre de signes, au moins en neuf cas de dix. En outre , pour me mieux expliquer , supposons que le verlex du ballon représente le nord ou le pôle arctique , la rotation est de l’ouest à l’est : par conséquent les objets situés sur l’horizon semblent avoir un mouvement de gauche à droite. J’ai remarqué ces effets
presque toujours des ballons montants, et je suis monté sous les mêmes circonstances.
Dans mon singulier voyage , du 30 avril 1831 , j’apperçus que le ballon , après avoir monté au-dessus de tous les courants d’air, et entré dans une région calme et tranquille, acquit, je ne sais pas comment, deux motions : l’une fut ladite révolution fort lente autour de son axe, dont j’ai déjà parlé ; l’autre, qu’on doit appeller sa course, fut circulaire ou plutôt spirale ; mais ce mouvement , cette course spirale même, par laquelle je montais, fut aussi de l’ouest à l’est, c’est-à-dire en supposant le vertex du spirale comme le nord. Arrivé au sommet, le mouvement du ballon dans sa course (ou orbite diminuée jusqu’à 0) s’est perdue dans celui de sa rotation ; et enfin la machine est devenue parfaitement tranquille à une grande élévation, de laquelle le plus magnifique panorama de la terre et du ciel se présentait à ma vue. En haut , les légères modifications des nuages se montraient en toutes sortes de figures grotesques ; au niveau du ballon les cutnuli disparaissent graduellement , en bas les brouillards commençaient à couvrir la terre; mais avant leur formation, pendant que le soleil était au-dessus de l’horizon , la terre , par une déception optique facile à concevoir aux mathématiciens , avait l’apparence d’être concave ; elle se présentait comme un grand bassin divisé en échèques, et les divers objets, s’étendant jusqu’à l’horizon et presque trop petits pour être distingués, semblaient être arrangés, pour ainsi dire, comme les figures des maisons et des arbres autour d’une grande tasse chinoise , ou comme les choses peintes dans l’intérieur , d’une jatte. En descendant, les objets terrestres encore assez près pour être distingués , la terre était semblable à une grande charte. Eh bien , j’apperçus tout à coup un léger mouvement dans la machine, qui avait acquis une rotation de l’est à l’ouest, ou le reverse de celle avec laquelle elle était montée. A ce moment, et pendant que je faisais quelques observations , je ressentis dans les oreilles un tintement et je devins sourd, comme presque tous les
aéronauteâ. (*) J<3 voudrais savoir, par les rapports d’autres aéronautes, si le mouvement des ballons autour de leurs axes est généralement de l’ouest à l’est. Toutes mes observations portent à croire qu’il existe quelque cause spécifique de ce mouvement.
La course spirale que suivit le ballon , quand il fut à l’abri des courants, fut produite sans doute par quelque léger tourbillon d’air. Il semble que ces vortices sont plus communes qu’on s’imagine ; et selon les observations d’un physicien américain qui correspond avec moi, les tornados et les plus violents orages sont de grands tourbillons, produits possiblement par des causes électriques ainsique les trombes. 11 n’est pas douteux que ces coups de vent que les bâtiments sur la mer éprouvent avec tant de danger, ont une course courbée, et qu’ils sont aussi produits par l’électricité. M. Howard a donné des illustrations fort curieuses de ces tourbillons, et. de ce vent fort , sortant des nuages, que nous appelions JLcnephicis dans notre nomenclature. (1) Comme je m’occupe à présent des expériences touchant l’électricité des nuages , j’espère d’ofirir au public en peu de temps quelques résultats intéressants. ('•')
Le vent d’est.
Dans tous les pays du monde le vent d’est est considéré comme malsain. Mon beau-père, colonel Beaufoy , qui avait un observatoire à Bush y Heath , m’a dit souvent qu’il ne saurait faire aucune bonne observation astronomique quand le vent
(*) J’ai discuté les causes probables de cette surdité passagère que les voyageurs aeriens et alpines éprouvent en descendant rapidement des plus grandes élévations, dans un papier lu à la société de l’histoire naturelle à Francfort en janvier 1 835 . (t) Climate of London, vol. i. p. ai 8.
(V) Je répète encore que j’aimerais mieux communiquer avec une société météorologique; il faut une réunion des observations amassées par divers physiciens.
venait d’est. En examinant la cause de ce fait, j’ai remarqué quelque mouvement de l’air, par lequel l’astre vu dans le télescope, n’apparait jamais tranquille. Les étoiles semblent en ces tems comme des choses brillantes vues par de l’eau courante. Par ce vent aussi le lait est souvent tourné et devient aigre, comme s’il avait fait de l’orage. Par ce vent viennent les innombrables apbides qui soudainement couvrent nos jardins et orchards en été. Quand le vent d’est vient dans la nuit , le sommeil est rompu ou troublé par de mauvais songes et souvent par le cauchemar. Les bêtes dans les prairies ne mangent pas bien , et si ce vent dure longtemps, elles deviennent maigres. Quand tous les nuages sont coloriés d’un beau rouge au coucher du soleil , il est un signe de ce vent , et certains malades se préparent contre nue migraine le matin suivant. Mon électromètre n’indique presque jamais une positive électricité avec ce vent; en général il est peu électrisé.
Les systèmes de philosophie et de physique.
Voilà une fantaisie sur la formation du monde : « S’il est permis de fonder des systèmes de philosophie sur des hypothèses , je dirai que celui de Pythagore se rapportait mieux avec tous les phénomènes connus que les autres théories, que la mythologie n’était rien d’autre que la représentation figurative de ce système. Qui ose dire que le purgatoire n’est pas fait par moyen d’une espèce de méteinpsychose, par laquelle la justice rétributive soit accomplie? Examinons ce système sous son rapport à l’astronomie. On voit dans le ciel la matière chaotique illuminée dans les nébiilosités ainsi que dans les queues de comètes. On voit une tendance à un centre et la formation des étoiles et des mondes : voilà donc la lumière faite avant le soleil , chose qui choque les opinions de quelques soi-disants physiciens. Encore si l’on examine les hauts cieux, on y voit une progression de phénomènes dans le procès par lequel les systèmes sydéréales et solaires sont produits; on voit, pour ainsi
dire , une succession de pas dans la marche de perfection , premièrement les diffuses nébulosités , puis les nebulae avec un centre, puis les étoiles nébuleuses, les groupes d’étoiles, les systèmes sydéréales plus ou moins compliqués avec un centre hypothétique , les systèmes solaires avec leurs planètes, satélites et comètes. L’univers présente un changement de forme perpétuel. Certains mélanges peuvent donner naissance aux animalcules spontanées; celles-ci, douées d’une vie la plus simple, exercent un peu d’énergie, et meurent. Si leurs âmes ou capacités de sensation se réunissent avec d’autres corps, selon Pythagore, elles peuvent passer par les insectes, les oiseaux, les quadrupèdes jusqu’à l’homme, et de l’homme, selon leurs mérites, passant par le purgatoire des êtres ou supérieurs ou inférieurs, elles peuvent entrer en anges et faire un progrès envers le pouvoir créateur, sans jamais y arriver , comme l’assemptote à l’hyperbole ; idée magnifique de la création, où rien n’est créé en vain , ouvrage d’une puissance perpétuellement créatrice, dont la loi essentielle est celle de variété et des combinations innombrables exercées éternellement sur la matière animée dans l’espace infini !
Ce système 11e répugne à aucun culte, car en nous enseignant un code de morale et de religion, Dieu ne nous a pas dit en quelle manière la loi morale de la justice sera consommée. Mettons ensemble le discours de Pythagore dans le xv° livre d’Ovide et la ive éclogue de Virgile, et nous aurons une création décrite par le philosophe deSamos, suivie d’une millenium chantée par la Sybille.» — Floreligeum.
L’approximation des nombres 4, 7, 10, 16, 28,52, 100, 196 aux distances des planètes, et la probabilité qui en d’écoule que 28 représente une masse planétaire rompue par une comète, en quatre pièces devenues Juno, Vesta , Pallas et Cérès , est fort curieuse : elle porte à croire que c’est de cette manière que les planètes sont détruites, quand le pouvoir productif de leur surface est épuisé; car il 11’est pas probable que la terre, par exemple, pourrait soutenir des générations des habitants à l’infini. Le choque, en changeant les con-
Citions, les mélanges etc. , peut donner naissance à une autre espèce d’êtres? Ceux qui ont des idées cosmogoniques tirées des Indes , pensent que les étoiles changeantes et même les étoiles rouges sont en progrès de destruction > et que celles qui sont devenues fort brillantes avant de disparaître ont été brûlées et dissipées encore en matière chaotique peur servir à faire d’autres systèmes. Mais en tous les cas il faut admettre une cause première et finale : sans cela tout serait confusion.
Passons de ces rêveries à un indice des auteurs qui ont écrit sur les maladies épidémiques et périodiques et sur leurs causes atmosphériques et cométaires.
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