‹ Observations sur la nature et le traitement de l'épilepsieChapitre 2 sur 37 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

CHEZJ-B.BAILUERE, LIBRAIRH^EDITEUR ,

SOI <I VIS-À-VIS DE I.'ÉCOI.E DS MiOECIICE , K» l3 bis.

A IX)NDRES , MÊME MAISON , Ia nacXEl.LEç, .\u dépôt de la librairie médicale tra\ç*ise,

AVANT-PROPOS

MJ^ toutes les maladies connues, l'Épilepsie est Tune de celles qui est la plus affreuse et la plus funeste ; sans doute parce qu'elle a son siège principal dans les organes qui nous animent , que ses causes sont généralement multipliées, et si obscures que îa médecine ne peut le plus souvent parvenir à les dé'^ truire par des remèdes appropries: est-elle aiguë, elle est souvent mortelle; est-elle chronique, elle est presque toujours incurable.

Les Anciens l'avaient d'abord traitée par une multitude de remèdes ; ils observèrent enfin qu'elle provenait d'une infinité de causes très-différentes," etque les personnes qu'elle affligeait étaient dans un état si divers par leur âge , leur constitution , leur sexe j le climat qu'elles habitaient et l'époque des , saisons, qu'il fallait s'en enquérir sérîeusementpout J pouvoir les détruire.

Les médecins commencèreot donc à prescrire dif- ] i'crens remèdes contre l'épilepsie, et toujours d'après quelques indications.

C'est ainsi que cette maladie a été considérée et traitée pendant plusieurs siècles, l'anatomie pathologique ne IVclairam pas encore de son flambeau par rapport h des préjugés supcrstîileux.

On voulut enfin profiter des lumières qu'elle pouvait répandre sur la nature , les causes ei les sièges J tics maladies en général, et sur répib'psie eu par- J

AVANT-PROPOS.' tîculier. On ne craignit plus de coJisulter la mort pour prolonger la vie.

Ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'il parait que c'est h Paris où ce genre de recherches , par l'autopsie extérieure et intérieure des corps, a pris naissance relativement à l'épilepsie.

C'est vers l'époque de la fondation du Collège royal de France, en i53o, que les médecins de Paris, membres de l'une des plus anciennes Facultés 4e l'Europe , commencèrent à ouvrir les corps de ceux qui étaient morts de cette maladie.

Charles Etienne, Jacques Sylvius (^Dubois) et ^ndemach , démontraient l'anatomie en même temps que Fidus Fîdius , appelé dltalie par François I", enseignait la médecine dans ce nouveau collège. L'immortel Vesala, leur disciple, profita de leurs lumières; son génie le porta non-seulement a reconnaître , par l'autopsie et par des dissections , la nature de l'homme en sauté , mais encore celle de l'homme malade. Appelé en Italie ( k Padoue ) pour y répandre ses connaissances, il y fonna des disciples qui enseignèrent bientôt la science de l'anatomie médicale dans toutes les parties de l'Europe. Il suffit, à cet égard, de nommer Columbus , Fallope, Lancisi , l'immortel Morgagni , etc. , etc.

En Angleterre, ff^illis, aidé de la main de Lower, et beaucoup d'autres encore, ont marché sur les traces de ces grands hommes, tels que les Whytt, les Monro , les Hunier, etc.

£n Dannemark on distingua ]es Bartkolin , elc.j .En Prusse, Walther , Meckel , clc;

AVAST-PROPOS.

En Hollande, Mbiniis , Ruysck, Camper , «te. ;

En Suisse, les Plater, Wepfer, Théophile Bonet, le savant Haller;

En France, Riolah, Vieussens, Diivernex, Winsîow , el un ti'ès-grand nombre d'autres , morts depuis peu, ou qui vivent encore (i).

Ce qu'il y a de remarquable , quant a l'école de PrtffoîiCj c'est que F'ésale, qui le premier y enseigna Fanatomie avec tant d'éclat, y fut successivement remplacé par des médecins anatomistes du premier rang, auxquels a succédé l'îllùsire Morgagni , qui nous a laissé tant de précieux ouvrages.

C'est aux travaux et aux profondes méditations de tous ces grands hommes, et d'autres encore dont nous avons fait une honorable mention dans cet ouvrage , que nous devons la connaissance d'une multitude de causes de l'épilepsie, d'après lesquelles on l'a présentée eu autant d'espèces pour pouvoir la traiter avec plus de succès. On en a enfin reconnu un si grand nombre , qu'il a fallu les réunir on plusieurs séries, d'après leurs rapports les plus îutimes , dans la vue d'en faciliter la conn(iîssanc*e et Ltd'en rendre le traitement plus aisé et plus certain.

(t) Oïl trouvcva, dans la Bibl'iothèc^ue anatonnque Je

I Naller et dans uotre Histoire de l'Anatomie el de la Chïr

, jjic, divers délailsbisloriquesetanatoiniqiiessurces hommes

cétèbres. Nousne citerons pas c«s médecins, crainte, vu leur

sraDd nombre, d'en omettre q.uelqu.'im de recominandable

qne pent-élrc nous ne connaîtrions pas, plusieurs d'eux oyaui

I ét£ d'ailleurs ciltS eu divers eudroits de cet Ouvrage.

TIII AVAMT- PROPOS. I

Boerhaave est un des premiers qui ait ainsi con-J" sidéré l'épilepsie , dans ses célèbres leçons, f^an- Swiéten nous les a transmises dans ses savans et miles commentaires.

Nous ne pouvons nous empêcher d'y comprendre encore /ïe^ae/i et autres célèbres disciples de Boerhaave , qui ont recueilli des leçons de ce grand maître tout ce qu'il y a dit d'intéressant sur le rapprochement des espèces nombreuses de l'épilepsie.

En même temps, ou peu de temps après , Sauvages composa à Montpellier sa grande Nosologie , ouvrage dans lequel on trouve un article important sur l'épilepsie, présentée en plusieurs espèces; m» thode que Tissot, Burserius et autres grands médecins ont généralement adoptée , maïs cependant avec de telles modifications ou changemcns, qu'il m'a paru utile de }cs soumetirpi ît de nouvelles considérations. Comme j'avais eu sous les yeux beaucoup d'épileptiqucs et que je n'étais pas sans avoir obtenu des succès dans leur traitement, j'ai cru devoir en exposer les heureux résultats saiift, taire ce qu'il m'était amvé de malheureux.

J'ai suivi la même méthode que j'ai adoptée di tous les mémoires et ouvrages d'anatomîe médical*' que j'ai publiés, je veux dire que j'y ai exposé li principaux résultats de mes observations et de mi lectures, dont j'ai donné un extrait dans mes leçonljiJ à mes disciples; leçons que j'ai quelquefois pubHéi quand je les ai crues utiles.

On trouvera d'abord dans cet ouvrage un préci*j des principales observations médicales et anatomi-ques qui ont été publiées sur l'épilepsie ; et coi

AVANT-PROPOS

le nombre de ces observations avec autopsie était irès-considcrable , j'ai cru^ pour en mieux faire connaître les résultats, devoir les présenter en quatre sections relatives au siège de cette maladie.

La première section comprend les observations, avec autopsie, qui concernent les altératious uniquement remarquées dans le cerveau, les auteurs qui les ont publiées n'ayant parlé d'aucunes autres lésions qu'ils eussent observées dans le reste du corps, soit qu'ils ne crussent pas qu'elles dussent exister , soit qu'ils aient négligé d'en parler.

On pourra remarquer que quelques-unes de ces observations sont trop succinctes , -incomplètes a plusieurs égards , mais que Irès-souvent elles appartiennent h des auteurs recommandables qu'il a fallu respecter par leur célébrité ou par leur antériorité; d'ailleurs, si quelques-unes de ces observations nous frappent sur une certaine altéradon du cerveau, d'autres nous font connaître d'autres altérations plus ou moins intenses ou même d'une espèce différente j d'où résulte un surcroit de connaissances utiles.

La seconde section concerne les altérations reconnues dans les divers antres organes du corps, sans qu'il y soit fait mention de celles du cerveau , leurs auteurs n'ayant fait aucune investigation dans cet organe, soit qu'ils aient négligé de la faire, n'en connaissant pas l'importance, soit qu'ils aient été persuadés que l'épilepsie devait ou pouvait avoir son siège hors du cerveau.

La plupart de ces observations sont saqs doute encore inconipiètes : il fallait cependant en donner

^kk

AVANT-PnOPOS.

quelque notice pour faire connaître Vinflucncc ilc diverses parties du corps sur le cerveau pour produire l'ëpilepsie.

Dans la troisième section on trouve les observations rapportées parles médecins, avec l'exposition des symptômes de l'épilcpsie et des afiections morbides reconnues par l'ouverture du corps , non-seulement dans le cerveau et la moelle épinière , qui en est un prolongement, mais aussi dans les neri's qui émanent de ces deux organes : elles sont plus détaillées que celles qui constituent les de-ix premières sections , sans doute parce que l'anatomic avait fait alors de pins gfands progrès.

EnGn , dans la quatrième section, on trouve plusieurs observations mëdico -anatomiques publiées par les hommes les plus éminens dans l'art de guérir , aussi habiles anatomigtes que grands médecins , sur des épïleptïques danslé corps desquels on n'a pu découvrir aucune espèce d'altération, particulièrement dans le cerveau, le cervelet, la moelle allongée , la moelle épinière et les nerfs , enfin dans tous les organes qui paraissaient dans l'état le plus naturel , peut-être , pourra-t-on dire , comme je le crois moi-même, parce que les moyens d'iuTestigalion qu'on a employés n'étaient pas suflisans pour les faire reiûatfJuCr , tant les lésions mori)ides étaient peu apparentes ; car on ne peut croire que l'épiïepsiè , aln^ que toutes les autres maladies , puisse survenir sans une cause réelle qui trouble l'odrairable harmonie qui règne dans toutes les parties et d'ilbs leurs rapports naturels, dans un homme en pleine santé.

AVANT -PROPOS

Cette base , sur les lésions du cerveau relatives à l'épilepsie , une fois établie , d'après les faits les mieux cDDstalés sur une maladie qui a fait Tobjet des hypothèses les plus varices, j'ai parlé de ses vrais symptômes et je les ai attentivement considérés avec quelque détail, pour ne pas confondre la maladie qu'ils caractérisent , par leur réunion, avec d'autres maladies convnlsives ou non convulsives dont le pronostic et le traitement sont et doivent être enièrcment difFerens.

J'ai, fixé le giége de l'épilepsie dans le cerveau ,

;ns sa substance médullaire principalement, tant celui qui est immédiat que celui qui réside médiatement dans un très-grand nombre d'auires parties' du corps. Cette question ayant été l'objet des discussions parmi les plus grands mcdecms , j'ai tâché de la résoudre , autant qu'il m'a été possible , par les faits même et n'en par des conjectures , comme l'ont fait plusieurs ingénieux auteurs.

Quant ans causes de l'épilepsie , elles sont iiinond)rables ; les unes affectent le cerveau immédia- Ictneitt, et les autres ne l'affectent' que médialemenl, moyennant les nerfs qui établissent des communications infinies de cet organe avec la plupart des parties , ant vice versa.

Ce sont ces causes diverses de l'épilepsie qu'il aurait fallu prendre en considération pour pouvoir les détruire par des remèdes appropriés. Mais , vu leur nooibre extrême et leur grande différence, qa'nn peut souvent méconnaître ( i) , on adules rénnïr séries pour en établir non-seulement

{\) Mead , ci:lil[u;>U'c iiicdcûa d'.Vngleterrc, a ilil ; /

XII AVANT-PROpOS.

le diaguostic et le pronostic, mais encore le vra! traUcmènt.

C'est ainsi que j'ai marché sur les traces de Boerhaave , de Sauvages, de Tissot, de Burscrius, etc. , sans cependant m" asservir aux divers modes de classiûcation que ces auteurs recommandables ont adoptés , n'étant nullement d'accord entre eux, quelquefois même sur la nature de la maladie.

Pour établir ces espèces d'épîlepsies , j'ai principalement compté sur les heureux cffeis des remèdes c:onstatés par le résultat des observaùuns , ces succès ne pouvant être obtenus que par les moyens qui avaient détruit la cause de la maladie. Cette manière de parvenir k une juste conséquence est, sans doute, plus sûre que celle qui tend , d'après des raisonnemens physiologiques, le plus souvent hypothétiques, a les prescrire, conjme on n'a que trop souvent fait jusqu'ici; d'où sans doute on a dit que la médecine était conjecturale. Cependant la bonne clinique, celle de nos plus grands praticiens , n'est pas telle, surtout celle qui ne prescrit des remèdes que d'après la connaissance des symptômes de la maladie qui les réclament, sans toutefois négliger de prendre en considération s'il n'y a pas de majeures coutre-indicalions qui s'y opposent et si !a constitution du malade le permet.

. opportet , a caussis lam variii et inietnpe-

corporum adeà inier se dissimiliiius oriri hune n , ut J'allai sœpè in hoc quœ in illo respondet me- Opcra Médiat, |>. i6.

AVANT-PROPOS. XUI

J*aï pu comprendre les nombreuses épilepsies mi neuf séries, non qu'elles soient simples, étant composées de celles qui ont le plus d'affinité entre elles, mais qu'on peut atteindre p:ir le même traiteme'nl , avec ou sans des modilicalions.

J'eusse voulu, s'il m'avait été possible , diminuer le nombre de ces séries pour rendre plus facile le diagnostic, le pronostic et le traitement de l'épi-' lepsîe ; mais j'ai cru qu'il valait mieux Être prolixe relativement !i la clinique , que d'être trop succinct, pour ne pas confondre des traîtemens qui doivent être diftérens. Peut-être d'autres médecins m'accuseront-ils d'avoir irop restreint le nombre de ces espèces ; mais , en tout , ne faut-il pas se prescrire des bornes?

Cest en étiiblissant et en adoptant dans ma clinigae ces diftérentes espèces d'épilepsie, que j'ai pu parvenir à croire que le traitement que je prescrivais serait efficace , me regardant autrement comme un pilote sans boussole pour me conduire dans ma pratique, et me croyant alors forcé de recourir aux seuls remèdes que des médecins regardent encore comme spécifiques de cette maladie.

Après avoir ainsi considéré et traité des diverses espèces d'épilepsie, j'ai cru devoir parler de celles qui surviennent particulièrement aux filles et aux femmes, ainsi qu'aux cnfans de l'un et de l'autre sexe , aux adultes , aux vieillards , qui peuvent présenter des circonstances diverses, pour le diagnostic, pour le pronostic etpourle traitement. Je me flatte d'avoir rappelé , dans ces articles , des observations importantes , extraites des auteiu's , dont j'ai soumis les rc-

' XIV A-VANT PROPOS

sultats a ma propre pratique avec des succès ou des revers dont j'ai rendu un compte fidèle.

J'ai suivi la même métbode en traitant du pronostic de l'épilepsie, qui n'est jamais rassurant, cette maladie pouvant être irès-dangereuse lors même qu'elle paraît peu intense , et ayant des complications plus ou moins prononcées , quelquefois légères en apparence, quoique graves en conséquence, comme le disaient nos anciens. Je ne l'ai exposée qu'après avoir fait connaître les difficultés du traitement et ses chances trompeuses.

L'épilepsie se manifestant par des accès qui laissent des intervalles plus ou moins longs dans lesquels les malades paraissent quelquefois jouir de la meilleure santé , exige deux sortes de traitement que nous avons soigneusement exposées, l'une pour diminuer l'intensité des accès , et l'autre pour profiter du calme dans lequel se trouve le malade pour détruire alors, par des remèdes , la cause qui peut les renouveler.

Nous avons traité ces deux points de doctrine aussi bien qu'il nous a été possible, et nous avons terminé cet ouvrage par une récapitulation générale des remèdes les mieux éprouvés qui ont été proposés , en y réunissant une longue série de formules ctinico - pharmaceutiques consignées dans la plupart des auteurs, dont nous avions parlé dans cet ouvrage , ou qu'on trouve dans les diverses pharmacopées ; toutefois , en réitérant nos conseils , de n'administrer jamais aucun remède aux épileptiques sans avoir auparavant mûrement réfléchi k l'espèce de cette maladie, h ses compli-

AVANT-PROPOS. i XV

cations , a son intensité , etc., de crainte qu'au lieu de leur être utile on ne leur nuise essentiellement^ car ici y plusqu^en aucune autre maladie, on peut dire, comme Tont fait quelques habiles médecins , que dans le traitement des épileptiques ce qui peut être utile à Vun peut être nuisible à Vautre (i). Eh! combien l'art de guérir n'eût-il pas fait d'utiles progrès dans le traitement de nos maux en général et de l'épilepsie en particulier, si les médecins, en prescrivant leurs remèdes , eussent toujours eu dans leur esprit cette salutaire maxime !

(i) Voyez rÉpigraphe de cet ouvrage.

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