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CHAPITRE IV

APERÇUS SUR l'agriculture, LES MANUFAC- TURA ET LE COMMERCE Elf POLOG17E, AINSI QUE SUR LE CARACTÈRE ET LES MOEURS DES HABITANS.

I^a graùde éteiiidue qu'avait la Pologne en comparaison de sa population , et la fertilité de son sol dans une grande partie de ses provinces , peuvent être alléguées comme raisons suffisantes pour expliquer le peu de soiiT qu'on prenait, dans ce pays, pour la culture des terres. Il est vrai qu'on y semait en général beaucoup plus de seigle , d'orge et

d'avoine , qu6 de froment : dans les terres grasses et fertiles par elles-mêmes, on re* cueillait ordinairement de douze à dix-huit grains pour un ^ et quelquefois trente ; mais tandis que certaines parties de la Pologne, favorisées par le climat pu par la qualité du solj présentaient des récoltes abondantes, , beaucoup d'autres, où l'art aurait pu suppléer en partie à la nature , étaient négligées; parce qu'on abandonnait la culture des terres à des paysans, et que les seigneurs regardaient comme au-dessous d'eux, de vaquer par eux-mêmes à l'administration de leurs biens. — J'ajouterai que la petite noblesse, tenant encore à d'anciens préjugés , regardait toute innovation pour le perfectionnement de l'agriculture, comme pernicieuse et au moins inutile. — Depuis trente ans environ , les choses ont bien changé en Pologne à cet égard. Le goût pour

la culture des champs et des jardins est de* yenu presque universel. Les plus grands seigaeurs en donnent l'exemple ; et^ tout en passant une partie de Vannée à la campagne, ils y trouvent des occupations agréables, font des améliorations dans leurs propriétés, et adoucissent le sort de leurs paysans* —

On trouve dans toutes les bibliothèques de la campagne, jàrthur Young, le Dictionnaire de Rosier^ les Ouvrages de Thaery Fabbroniy etc., et tout ce qui paraît, en différentes langues, sur les découvertes en fait d'agriculture et de jardinage. On lit les journaux polonais de la Société d'Agriculture , les ouvrages d'Aloïse Bierruicki et Antoine Trembicki, la gazetf e de Campagne , etc. , etc. ; et sur la culture des jardins , l'ouvrage inestimable de fTodzickij et celui de la princesse Czartotyska. — On semble vouloir rivaliser dans l'introduction de» nouvelles méthodes adoptées en

( ne)

Angleterre et en Allemagne, pour ahernerr assoler et donner des angrais aux champs , en multipliant et perfectionnant également les prairies. — L'on voit, non seulement dans les anciennes provinces de la Pologne , mais même en beaucoup d'endroita de la Lithuanie , du bétail transporté de la Hollande , de Suisse, d'Angleterre etduTyrol ; des troupeaux de mérinos ; des champs bien cultivés , des prairies couvertes de trèfles et de luzerne : on emploie des machines à battre le blé; et des pompes à vapeur y servent pour la fabrication des eaux-de-vie. — En un mot , le voyageur qui aurait traversé la Pologne il y a trente ans , et qui se serait aperçu combien l'agriculture était arriérée dans ce pays^. ne pourrait manquer d'être étonné des progrès qu'elle y a faits depuis cette époque.

Les manufactures et les fabriques , jadis si florissantes en Pologne^ tombèrent en rui-

tie, depuis le dix-septième siècle, à la suite des guerres continuelles , et surtout des querelles dé religion , qui chassèrent du pays les Sociniens, hommes aussi industrieux que lahorieux* Les préjugés de la nohlesse , qui dédaignait toute sorte de professions , excepté celles d'agriculteur et, de guerrier , s'opposèrent long-temps à la renaissance de l'industrie. Mais la constitution de 1791 , qui tendait à régénérer la Pologne sous tous les égards, ne tarda pas de donner Telati à cette branche des richesses et de la prospérité dé l'État. La noblesse , renonçant généreusement à ses préf'ogatives , s'empressait d^accepter les droits de bourgeoisie dans les villes,:, de s'occuper du commerce, des arts et métiers ; et dès lors ' le nombre des manufactures commença à s'augmenter en Pologne. Le trésorier de Lithuanie, Antoine Tyzenhaus, qui était à la tête de

la directioB des Domaines nationaux , avait Iftit construire de vastes édifices à Grodno ^ pour des fabricans appelés en Pologne de différent pays de l'Europe. Il a commis la faute de s'occuper plutôt des fabriques de velours , de draps fins , d'étoffes de soie , de galons d'or 9 etc., etc., moins nécessaires pour subvenir aux besoins des habitans :

aus^ ces établissemens ont disparu à la suite des révolutions et des changemens arrivée en Pologne. Depuis le partage définitif de ce pays, l'industrie a eu moins d'encouragemens que jamais; mais l'essor une fois donhé f ses progrès se firent bientôt sentir. — Cependant, en i8ia, les produits des fabriques polonaises ne furent pas suffisant pour empêcher l'introduction des marchan* dises étrangères. Ce fut pis depuis , lorsque , en i8i5, àia suite du congrès de Vienne, la Pknsse s'empara du grand Duché de Posen,

( il»)

la partie la pkis industrieuse dfe Pologne , qui - 1 produisait pour la valeur de fieize millions de

jv florins, au lieu que les fabriques du pays des«-

— tiné à former le nouveau royaume, ne rapport

-« taient qu'un huitième de cette somme. Mais les

^ soins très louables, à cet égard , du gouverne»

^ ment du royaume , aussi bien que le système

.^ exclusif du commerce, quia fermé les douanes

. . de la Russie aux produits étrangers , étant

très avantageux à la Pologne 9 l'état de fabricant, dans ce pays, est devenu si florissant, depuis quelques années , qu'elle commence à faire des exportations considérables. Ce sont surtout les fabriques de draps , de verreries, de fer, de cuivre, de zinc et de plom^b, etc. Lés voitures de Varsovie sont connues en Europe.

A l'époque dont je parle, en 181 2 , il ne se

trouvait, dans toute l'étendue de la ci-devant

fi . que quelques fabriques de draps ,

entretenues aux frais de plusieurs particuliers , et qui n'étaient rien moins que suffisantes pour empêcher l'introduction des draps étrangers.

Le commerce de la Pologne était jadis très lucratif, lorsque, avant l'introduction du luxe dans ce pays , on vendait beaucoup de productions aux étrangers , sans faire une grande consommation de leurs denrées. Plusieurs branches de commerce ont été abandonnées successivement , entre autres celle du Kermès qui, avant la découverte de la Cochenille , dont il tenait lieu , était , pour

les Polonais , un objet de spéculation très important dans le commerce qu'on faisait

avec les Vénitiens et les Génois. •— La vente des mâts pour les vaisseaux^ et d'autres bois pour la construction des navires , avait diminué de beaucoup , depuis que les forêts furent en grande partie détruites par le peu

( 121 ) de soin qu'on en prenait, et surtout depuis que TAngleterre et les autres puissances maritimes commencèrent à tirer de TAmérique des bois doiit elles avaient besoin pour la construction de leurs flottes.

Tai cité dans le paragraphe précédent les productions que les étrangers achetaient à la Pologne , lorsque ce pays existait dans son enti^i^ avant le premier partage de 1773; mais* alors déjà le commerce était devenu bien moins lucratif pour les Polonais, qui faisaient une grande consommation de vins étrangers et de denrées coloniales , et qui ne pouvaient plus se passer de beaucoup d!objets de luxe. — En outre , n'ayant point de fabriques et de manufactures dans l'intérieur de leur pays , ils vendaient leurs productions brutes , pour les racheter bien plus cher , après qu'elles avaient passé par les mains des étrangers; c'est ainsi, qu'ils

vendaient leurs lins et lenrs laines sans au- Gim apprêt , pour acheter des toiles de HoU lande et de Silésie, et des draps d'Angleterre et d'Allemagne»

Le premier partage de la Pologne priva sei habitans des riches salines de Wieliczka et de Bochnia , et les mit dans le besoin d'acheter le sel , cette production de première nécessité, qu'ils avaient eu en abondance jusqu'alors pour la consommation de tout ie pays. Il leur fit perdre le débouché libre de leurs productions par la Yistule. C'était pii( encore après le second partage , depuis que la ville de Dantzik devint une propriété de la Prusse; et l'occupation des provinces orientales par la Russie , gêna toutes les communications commerciales sur le Dnieper et là Dzwina.

Ce second partage , en resserrant bien da-^ vantage les limites de la Pologne ^ rendit son

commerce presque nul ; et enfin ce pays , en cessant d'exister en 1 796 , n'offrit plus au* cune ressource de spéculation pour les habi<tans , qui n'avaient d'autres objets k vendre que le superflu de leurs récoltes , pour payer les impositions et subvenir à leurs premiers besoins. — Dans cette position critique , il n'y eut que les habitans <ies provinces mé«ridionales de la Pologne qui eurent à se louer de la protection de Tempereur Alexan^ dre , pour la facilité qu'il leur offrit de vendre leurs productions à Odessa , ce qui ouvrit un nouveau débouché de commerce du côté de la mer Noire , fit renchérir pendant quelque temps les propriétés en Ukraine et en Podolic, et rendit le sort des habitans de ces provinces beaucoup moins à plaindre que celui de tous leurs autres com* patriotes.

Le peu d'avantages que les propriétaires

peuvent se procurer encore par la vente de leurs productions , dans les provinces de la ci-devant Pologne , et principalement en Litliuanie, leur est toujours disputé par les juifs , qui se trouvent dans ce pays en plus grand nombre que dans le reste de l'Eiuròpe.

.— . Us forment souvent le quart et même le tiers de la population des villes, et toutes les campagnes easont inondées. — Actifs, sobres et industrieux de leur nature , ils dépensent peu pour nourrir une population énorme, et s'enrichissent aux dépens des étrangers et des habitans du pays, auxquels ils se sont rendus nécessaires. Ce sont les seuls interprètes des voyageurs qui arrivent sans connaître la langue du pays : ce sont pour eux les fournis* seurs de tous leurs besoins. — Presque aucun propriétaire ne peut se passer de leur entre* «lise pour les contrats d'achat et de vente.

Us sont, pour ainsi dire , exchisivement mai-

( i2« ) très du commerce , et aucun marchand chrétien ne peut rivaliser avec eux. Comme ils se trouvent propriétaires ou fermiers de presque tous les cabarets, ils absorbent tout. ce que le paysan ramasse ; ils entretiennent parmi le peuple le vice de l'ivrognètie , et ont presque autant d'influence dans les villages que les propriétaires eux-mêmes.

C'est un des fléaux qu'il sera le plus difficile d'extirper, si jamais la Pologne parvient à être tout-à-fait rétablie.

Il est injuste , mais il est d'usage , d'élever aux nues ceux que la fortune favorise , et de condamner ceux qu'elle a abandonnés. — Il en est en cela des nations comme des individus. — Tous les anciens écrivains rendaient hommage aux Polonais dans les époques brillantes de leur histoire. — Le peu d'auteurs qui ont parlé de la Pologne , depuis qu'elle a cessé d'exister ,' ont cherché , pour la plu-

part , à accuser les Polonais eux-mêmes des malheurs dont ils ont été la victime.

Il est vrai qu'il est plus facile de raisonner d'après les apparences et des opinions répandues , sur des événemens dont les principaux détails ont été ignorés , que d'entreprepdre d'en approfondir et d'en dévoiler les véritables causes. — Il est plus aisé et il paraît plus simple de donner tous les torts à une nation qui n'a pu conserver sa patrie , et qui a été rayée de la liste des puissances de l'Europe , plutôt que d'attribuer sa chute à un enchaînement de circonstances politiques sur lesquelles on voudrait glisser , et à la force des événemens qui a souvent en-»

traîné l'écoulement des plus puissans empires.

C'est ainsi que, dans les siècles les plus reculés et de notre temps , on a eu souvent l'injustice d'accuser d'impéritie , de lâcheté

ou de trahison lés citoyens les plus vertueax et les militaires les plus consommés, lors* qu'ils ne réussissaient pas dans les entreprises qui leur étaient confiées , et qui ne répondaient point à l'attente publique. -*- Un re-^ Tiers a souvent obscurci et quelquefois même ef&cé la gloire d'un héros aux yeux du vulgaire. — Mais sans prétendre réfuter les opinions de qui que ce soit sur les causes qui Qnt amené U décadence de la Pologne , et Sluis avoir en vue de justifier ceux que l'on accuse de l'avoir provoquée , ou au moins de ne pas l'avoir empêchée , je me servirai non des paroles mais des faits , pour prouver ce qu'ont été les Polonais depuis l'avènement jau trône de Stanislas-^Auguste Poniatowski jusqu'à nos jours , et pour donner une idée juste et vraie de leur caractère , de leur énergie et de leur patriotisme.

Je n'appuierai pas sur Je dévouement, le

courage et les sacrifices des confédérés de Badom et de Bar , car on pourrait objecter que la haine qu'ils portaient au roi et à I9 Russie qui l'avait placé sur le trône , avait tout autant de part à leurs entreprises téméraires, que l'amour de la liberté et de l'indépendance de leur pays; mais qu'on observe les Polonais depuis 1788. — Les représentans de la nation à la diète , à l'exception de quelques partisans russes, oublient tous les griefs qu'on avait contre le roi , pour travailler de concert avec lui à secouer le joug de la Russie, à augmenter l'armée , à déterminer les impôts d'frprès les besoins de l'État , à donner au pays une constitution libre et indépen* dante , qui pût assurer le sort de toutes les classes des habitans. — Aucun sacrifirce n'est épargné de la part de la noblesse ; aucun danger ne Tarréte , et le roi semble sincèrement en partager l'opinion.

( 129) Toute, la nation ' approuve les opérations dé la diète — Â toutes les diétines ou assem* blées particulières de la noblesse dans les palatinats et districts , on accueille avec acciamation la constitution du 3 mai. -^ L'ehtliousiasme est général. — Il s'exalte, au lieu de s'affaiblir, lorsque la déclaration delà Russie, du 1 8 mai 1 79a , force lés Polonais , abandonnés du roi de Prusse , leur allié , à défendre seuls leurs frontières contre une armée dé cent mille hommes. — L'assemblée de là diète, sans être intimidée, confère le pouvoir suprême et le commandement général dés troupes polonaises à son roi , auquel elle sé fie encore. — Celui-ci, trop faible pour prendre une résolution, et trop jpusillanime pour déployer de l'énergie , ordonna à l'armée dé rétrograder, au lieu de répondre à la confiance des Polonais ,: en se rendant au camp pour prendre le commandement. — L'armée

frémit de rage et recule Ter» la capitale, après ayoir remporté des succès sur la frontière sous les ordres de Joseph PoniàtoMrski et de Kosciuss&ko. — Toute la nation munmirc*

Trois individus seulement^ Toués à la Roi* sie, étaient allés à Pétersbourg pour implorer Tappui et la protection de Timpératrice* — Les signatEires pour l'acte de confédération de Targowica ne fiorent recueillies que la baïonnette à -la main...^ L'exécration de ia. nation envers ceux qui. avaient amené ks armées ennemies dans l'intérieur du pays f était générale. <-^ Une diète , assemblée k Grodno , en 1 793, pour discuter sur un objet qui avait déjà été décidé entre la Russie et la Prusse ^ et pour ratifier un partage ^ qui était déjà consommé dans le feiit par l'occupation de plusieurs iprovinces de la Pologne^ ne put résister à la force ;^ mais il fallut toutes les menaces du ministre de Russie, des ânes-

tations de plusieurs membres de l'assemblée et d'autres mesures de rigueur et de Tiolence, exercées sans aucun ménagement ^ pour lui arracher un acte que son état de faiblesse et d'impuissance doit excuser; car c'est dans une salle du château royal , qu'on avait entouré de canons et de plusieurs bataillons de troupes russes , c'est en présence de militaires armés, qui s'étaient introduits au mi lieu de l'assemblée, que le second partage fut voté (i) et consommé.

Toute la nation sentait profondément son

(i). Il ne fut pas même vote; lorsque les soldats russes s'introduisirent dans la ville y tous les nonces restèrent muets sur leurs bancs, et on fut force d'interpréter ce silence pour l'adhésion au partage. Y avait-il jamais dans l'histoire moderne une scène qui ressemblât plus à c(Bfllè des anciens Romains, du temps de l'entrée des Q^ulois.

( t32 ) avilissement et l'excès des inalheurs de la patrie ; toute la nation yexée , opprimée , persécutée, s'éleva en masse, en 1794; et

ayaut Kosciuszko à la tête de la révolution , résista pendant un an aux efforts réunis de trois puissances.

Kosciuszko y blessé et fait prisonnier à Macieiowice , porta le désespoir dans l'âme de ses compatriotes ; leur ardeur pour défendre leur pays ne se ralentit pas , et les Polonais firent leur devoir jusqu'au dernier terme de cette mémorable révolution.

Tous ceux qui purent échapper à l'esclavage allèrent se réfugier dans les pays étrangers. — Les seigneurs les plus riches abandonnèrent leur fortune. — Privés de leur patrie, tous ces émigrés estimables allèrent combattre sous les bannières françaises , et formèrent ces légions d'Italie , du Rhin , du Danube et de la Yistule, qui se sont fait

chérir et estimer de leurs compagnons d'armes de toutes les nations, en méritant en même temps la bienveillance particulière de leur chef. ■

J'en appelle à vous ,' braves camarades, qui avez servi dans lès mêmes rangs^ qui avez partagé les mêmes dangers , et qui avez sympathisé de si bon cœur avec les Polonais; vous avez plaint leur sort, vous avez rendu justice à leur valeur, vous avez fait des vœux sincères pour les voir rentrer dans leur patrie. — Ces sentimens que les Polonais vous ont inspirés, ainsi qu'à tous les gens de bien, fait plus l'éloge de leur caractère national que tout ce qtfon pourrait en dire.

J'ajouterai cependant à cet article, une citation de l'auteur le plus moderne qui a parlé des Polonais , avant la publication de ces mémoires : Thiessé. Résumé de V Histoire de Pologne , pag. 6.

c( Les Polonais furent une nation fière et

c< brave y loyale et généreuse par caractère ,

« capable de dévouement , et susceptible des

a plus grands sacrifices. — Leur histoire est

(< pleine de nobles traits de courage ; nulle

« part on ne vit de plus beaux exemples de

« cette vertu chevaleresque , dont la France

(c prétend avoir conservé les traditions. — Les

u Polonais allient aux qualités morales la

« force et la beauté du corps. — La maison

^ d'un gentilhomme fnt toujours l'asile des

« vertus domestiques , et d'une généreuse

« hospitalité. »

On conçoit bien que tout ce que j'ai dit

jusqu'à présent sur le caractère de la nation polonaise, n'a rapport qu'à la noblesse. Le tiers-^tat n'existait pas en Pologne ; et la classe agricole n'avait aucune part au gouvernement. Le peuple en général est bon , mais plongé dans l'ignorance. Les bourgeois

( las' )

ne pourront jamais se relever dans les petites villes , aussi long-temps que les Jui£s seront maîtres du commerce comme , je l'ai dit plus haut ; et l'asservissement des paysans ne leur permettra pas , dès Long-temps , de sortir de l'état de misère et d'abrutissement , dans lequel ils se trouvent presque dans toutes les provinces de la ci-devant Pologne.

Les seigneurs polonais ont leurs maisons en viUe et même 4 la campagne, montées avec moins de luxe qu'autrefois , mais toujours de manière à prouver le goût qu'ils ont coi> serve pour les habitations commodes, et une table recherchée. — Les nobles moiiis riches, qui habitent la campagne, se contentent souvent 4'une chaumière modeste , mais propre, et partagent volontiers avec ceux que le hasard ou le besoin amènent chez eux , le repas frugal que la maison fournit.

— Le paysan, humain et hospitalier, offrirait

volontiers aux voyageurs un asile et des vivres ; mais une cabane couverte de paille ^ où' sa famille peut à peine tenir place, et du mauvais pain noir , sont les seules choses dont il puisse disposer.

Un étranger qui ne porte point avec lui tout ce qu'il faut pour la commodité de son voyage, serait très mal, à moins de ne trouver une maison seigneuriale , ou l'habitation d'un gentilhomme , ou celle d'un curé de paroisse ; car les. auberges que l'on trouve sur les grands chemins, sont presque toutes occupées par des juifs, et les maisons deposte offrent rarement une chambre commode et séparée pour les voyageurs , et jamais tout ce qu'il faut pour satisfaire aux besoins de ceux qui sont habitués aux bonnes auberges, en voyageant dans les pays étrangers.

Quant à nous , militaires, qui avons peu de besoins , et qui ne pouvons faire les dif-

ficiles , nous ne pouvons que nous louer de l'hospitalité que nous avons trouvée dans les maisons des particuliers , où l'on nous recevait avec plaisir ; mais nous avons été affectés de la misère du peuple , de la malpropreté qui règne dans les maisons des paysans et plus encore dans celle des juifs, et nous avons eu souvent raison de nous plaindre des mauvaises routes , qui n'étaient pas du tout soignées en Pologne.

D'après les gazettes et les renseignemens que nous ont rapportes diffërens voyageurs, il est connu que, depuis le rëtablissement du royaume de Pologne , on y a fait à grands frais des chemins ferrés et chaussés sur différentes routes, et que plusieurs maisons de poste ont été organisées de manière à offrir toutes les commodités pour les voyageurs. — L'on dit aussi qu'après la campagne de 1812, toutes les grandes routes en Li-

thuanie^ et dans les autres provinces de la ci-deyaût Pologne y soumises à la Russie, ont ^té élargies et plantées de quatre rangs d'arbres ; et qu'il a été ordonné dans plusieiirs gouvernemens de construire des maisons de poste en briques , d'après un plan uniforme envoyé de Pétersbourg. ^^ Celles qui ont été construites en i8ai , sur le chemin de Wilna à Kowno, sont à deu étages et bâties très élégamment.

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