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Observations sur les ascidies composées des côtes de la Manche

Rien n'est plus commun, sur les rochers et sur les fucus de nos côtes, que des corps semi-gélatineux, dont les couleurs sont souvent des plus brillantes et dont la masse renferme une multitude d'animalcules, tantôt épars, tantôt groupés de façon à représenter, avec élégance, des lignes onduleuses , des anneaux ou des étoiles à plusieurs rayons. On en trouve aussi dans presque toutes les mers; et cependant jusqu'en ces dernières années les naturalistes avaient presque entièrement négligé l'étude de ces productions si variées et si bizarres; ils n'en mentionnaient que six ou sept espèces, et les confondaient avec les Alcyons et les Polypes. On peut même dire que l'histoire de ces animaux agrégés restait tout entière à

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faire, lorsqii'en i8i5 notre respectable et infortuné confrère M. Savigny s'en occupa et la porta de suite à un haut degré de perfection; il fit voir en effet que ces prétendus Polypes, loin d'avoir, comme on le pensait, une organisation des plus simples, présentent une structure très-compliquée, et ne diffèrent guère des Ascidies ordinaires que par leur petitesse presque microscopique et par leur singulière agrégation. Presqu'en même temps les recherches faites sur les Botiylles par MM.Desniarest et Lesueur conduisirent aux mêmes résultats (i). Aussi, dès ce moment, a-t-on désignéces animaux sous le nom , mieux choisi , d'Ascidies composées , et au lieu de les laisser avec les zoophytes les a-t-on rangés parmi les mollusques, ou, mieux encore, dans une division particulière du règne animal, celle des Taniciers àe Lamarck. Le travail de M. Savigny (2) est en même temps si approfondi et si minu-

(i) Le premier mémoire de M. Savigny, intitulé : Observations sur les alcyons gélatineux a six tentacules simples , a été lu à l'Académie des sciences, le 6 février i8i5, et contient l'anatomie des Aplides, des Polyclines, des Didemnes et des Eucœlies.

Le second mémoire de M. Savigny, Sur les ascidies composées, a été présenté à l'Académie le 17 avril suivant.

Enfin, les observations de MM. Desmarest et Lesueur furent communiquées à la Société philomatique , le 22 avril i8i5 , et imprimées dans le Nouveau bulletin de cette société ( année i8i5 , page 74) > ainsi que dans le Journal de physique , tome 80 , pag. 424-

Mais ce fut surtout dans le rapport fait à l'Académie sur ces travaux par M. Cuvier, le 8 mai, que les rapports intimes qui existent entre les ascidies composées et les ascidies simples furent signalés à l'attention fies naturalistes.

(2) Mémoires sur les animaux .sans vertèbres, seconde partie, prenne)fascicule; in-8'', Paris, 1816'.

tieiisenient exact que je ne puis en parler sans admiration, et si je suis parvenu à ajouter quelques faits nouveaux à ceux qu'il avait si bien constatés, c'est seulement parce que j'ai pu me placer dans des conditions plus favorables à l'observation.

En effet, c'est sur les animaux conservés dans l'alcool que M. Savigny a entrepris ses belles recherches, et cette circonstance explique comment certains organes délicats ont pu échapper à sa patiente investigation; elle devait aussi lui interdire l'examen de la plupart des questions qui se rattachent à la physiologie des Ascidies composées; et c'est seulement en étudiant ces petits êtres à l'état vivant , qu on pouvait avoir l'espérance de remplir les lacunes qu'il a laissées dans leur histoire.

Voulant me livrer à cette étude j'ai été à diverses reprises m'établir sur les côtes de la Manche où les Ascidies abondent. Mes premières recherches à ce sujet datent de 1828, et je les ai faites de concert avec M. Andouin. Nous avons constaté alors que ces animaux, destinés à vivre fixés au sol comme des plantes, naissent avec des organes de locomotion, nagent pendant un certain temps à l'aide d'une longue queue, puis se fixent à quelque corps sous-marin et demeurent immobiles pendant tout le reste de leur vie (i). Ce fait nous expliquait comment ces animaux qu'on n'avait encore trouvés qu'adhérents à des rochers, à des coquilles ou à des plantes marines, peuvent propager au loin leur race sédentaire; mais le temps nous avait manqué pour en étudier tous les détails , et c'est

(i) Résumé des recherches sur les animaux sans vertèbres^ faites aux lies Chausej; par MM. Audouin et Milne Edwards. Annales des sciences naturelles, tome XV, page 10.

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en 1 834 seulement que j'ai pu m'en occuper de nouveau. A cette époque, j'ai eu l'honneur de communiquer àl'Académie les résultats de quelques observations ultérieures sur le dévelojjpement des Ascidies composées, et, dans l'espoir de terminer ce travail, j'y ai consacré la fin de l'été qui vient de s'écouler.

Mon intention était d'abord de m'occuper seulement de l'anatomie et de la physiologie des Ascidies; mais j'ai vu bientôt qu'il fallait aussi les étudier sous le point de vue zoologique, car la plupart des espèces que je rencontrais ne pouvaient se rapporter à aucune de celles dont les naturalistes nous ont donné la description ; celles que M. Savigny a si bien fait connaître ont été pour la plupart recueillies en Egypte, et, depuis la publication de l'ouvrage de ce savant, on n'a rien fait paraîti-e sur cette partie de la Faune française. Aussi les espèces nouvelles que j'aurai à caractériser sontelles assez nombreuses, et, pour faciliter les recherches de ceux qui voudraient compléter la liste des Ascidies de notre littoral, j'ai joint à ce mémoire des figures coloriées de toutes celles dont je parle.

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