SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
le moindre vestige d’ovaire dans celles de ces fleurs que j’ai eues sous les yeux. Je suis même porté à croire qu’une semblable disparition de l’ovaire a lieu généralement dans les fleurs à ovaire infère qui deviennent doubles, quand le pistil concourt à la duplication; c’est du moins ce que j’ai constaté dans toutes les fleurs doubles des Narcissus bicolor L. et Pseudo- Narcissus L. que j’ai pu examiner (1).
G. Fleurs doubles devenues hermaphrodites.
J’en ai déjà cité un exemple fourni par une fleur femelle de la variété blanche (Alex.), où j’ai trouvé une étamine parfaite au milieu d’un groupe de styles. D’autres cas d’hermaphroditisme m’ont été offerts par des fleurs évidemment males, qui, ayant doublé, ont développé, outre leurs pétales supplémentaires, plusieurs styles stigmatifères ; même dans une fleur du Bégonia Gaston Malet (A. Malet), j’ai vu, entremêlés aux styles ainsi produits, des corps épais verdâtres, chargés d’ovules, parfois prolongés en style non stigmatifère, qui semblaient être des carpelles imparfaits et libres.
Un fait du même ordre, mais compliqué de prolifération, s’est montré dans une fleur mâle double du Bègdnh Lemoinei (Lem.). Dans cette fleur, trois pétales portaient des ovules ; trois autres se rattachaient par leur base à des styles stigmatifères; enfin du centre s’élevaient quatre fleurettes pédiculées, formées chacune de quatre, cinq pétales inégaux, entourant un groupe de styles stigmatifères.
En somme, il me semble établi par ce qui précède : 1° que si, chez les Bégonias tubéreux, ce sont les fleurs mâles qui ont la plus forte tendance à doubler, les fleurs femelles peuvent aussi devenir doubles ; 2° que, chez ces plantes, dont la fleur est regardée comme l’un des types les plus parfaits de l’unisexualité, la duplication amène souvent une véritable promiscuité de sexes et l’hermaphroditisme; 3° que ces fleurs, en doublant, deviennent assez fréquemment prolifères, et passent, dans leur portion centrale, à l’état de véritables inflorescences.
(1) Depuis que ceci a été écrit, M. A. Malet m’a remis une cyme triflore du Bégonia Monsieur Malet (Lequin), dans laquelle des deux (leurs latérales femelles restées simples, à côté de la médiane mâle et pleine. Tune avait gardé un ovaire parfaitement normal, tandis que l'autre n’offrait pas le moindre vertige de cet organe ; cependant les trois styles de Tune et de l’autre n’avaient subi qu’une faible déviation de leur état naturel. 11 n’est donc pas nécessaire que les fleurs femelles des Bégonias tubéreux cultivés deviennent doubles pour perdre leur ovaire.