EXPÉRIENCE XLII
I. Le sang d’un homme attaqué d'une pleurésie fut divisé en trois parties. La croûte (2) épaisse inflammatoire fut mise dans une fiole, le coagulum dans une autre et la sérosité dans une troisième. Ces fioles étant plus grandes qu’à l’ordinaire, elles contenaient beaucoup d’air. Après qu’on les eûtbien bouchées, on les plaça au fourneau de lampe, dont la chaleur était de cent degrés, suivant le thermomètre de Fahrenheit. La croûte commença a se corrompre au bout de douze ou quatorze heures, la partie rouge suivit quelques heures plus tard, mais la séreuse résista près de quatre fois
(1) Lu le 13 février 1752.
(2) Je veux dire ceîfe partie du sang que M. de Senac appelle lamatière blanche qui se coagule d' elle-même. (Structure du cœur, t. Ji, pag. ÜI.)
plus long-temps, sans donner aucun signe évident de putréfaction. On réitéra cette expérience avec du sang’ récent d’une autre personne, pareillement attaquée d’une pleurésie, et elle réussit de la même manière.
II. M’étant une autrefois procuré du sang, avec une croûte épaisse inflammatoire, je séparai cette partie du reste, et, la divisant en deux, j’en exposai une à l’air dans une chambre, et je gardai l’autre dans une soucoupe que je couvris de sa tasse. Je fis cette expérience en été, et je remarquai que la première partie, qui d’abord pesait deux gros, avait, en vingt-quatre heures, perdu la moitié de son poids, par l’évaporation seulement, et, deux jours après, le tout se trouva réduit à une pellicule mince ; mais la partie que j’avais couverte devint en peu de jours fluide par défaillance: au lieu qu’une partie ducoagulum, qu’on avait laissée évaporer sur une fenêtre en dehors, se forma en un gâteau épais, et le reste de cette substance, qu’on avait conservé, dans une fiole bien bouchée, retint encore un degré considérable de cohésion, quelques semaines après. — La croûte inflammatoire étant par conséquent si soluble, si volatile et si corruptible, ne peut-on pas conclure qu’elle contient une plus grande quantité de particules septiques que toute autre partie du sang? Je vais maintenant tâcher d’expliquer comment cela se fait. — On a souvent agité la question, si les fièvres inflammatoires sont d’abord occasionnées par un défaut de transpiration ou par quelqu’autre cause, quoiqu’on n’ait guère douté qpe ce défaut ne fût au moins une suite de ces fièvres. Il s’ensuit, par conséquent, que, dans l’un ou dans l’autre cas, les particules les plus corrompues sont retenues dans un temps où, à cause d’un degré de chaleur plus considérable, les humeurs ont plus de disposition à la putréfaction* Mais, lorsqu’après la saignée, on laisse reposer le sang jusqu’à ce que les parties homogènes aient eu le temps de s’unir, la matière perspirable et septique se sépare sur-le-champ de la sérosité, comme étant la moins tenace, s’attache au coagulum, et s’embarrasse de plus en plus dans la partie couenneuse du sang qui s’élève à la surface.
E.'iPÉRlENCE XLIII.
Les acides minéraux étant des antisepl)qucs très-puissants, je fus curieux
TRAITÉ
(le voîr leurs effets sur des substances déjà putrides. Je versai pour cela quelques gouttes d’esprit de vitriol sur un morceau de bœuf corrompu , et sur du coag-ulum de sang humain aussi putride, et je remarquai que cet acide, au lieu d’adoucir la puanteur, ne fit que l’augmenter, et par ce moyen elle devint stercoracée , ou se changea en une odeur semblable à celle qui se fait sentir pendant la précipitation du soufre par un acide dans un menstrue lixiviel (l). Ayant réitéré cette expérience avec de l’esprit de sel marin et avec du vinaigre, et le même effet en résultant, on peut conclure de là que les émanations qui s’échappent des substances corrompues consistent principalement en plilogisliquc (2) , ou principe sulfureux , puisque ces émanalions s’unissent si aisément avec les acides et qu’elles les volatilisent, comme il paraît par l’augmentation et le changepœnt particulier de l’odeur. Mais il est à propos d’observer que le phlogistique ne s’élève pas seul d’une simple substance putride, mais qu’il se trouve combiné avec les parties salines du corps. Car, ce principe sulfureux étant seul , n’est peut-être point sensible à l’odorat, et lorsqu’il est dépouillé de ces sels, il n’est jamais pestilentiel, autant que je le puis savoir. De sorte que les particules nuisi- J)Ies des substances putrides paraissent consister dans une certaine combinaison du principe sulfureux avec le salin, lesquels étant unis irritent non-seulement les nerfs, mais excitent la corruption des Immeurs en agissant sur elles comme un ferment. — Il paraît aussi, par la même expérience, que les déjections fécales avec lesquelles ce mélange (celui d’une substance putride et d'un acide) a tant de rapport, contiennent sans doute quelque acide violent combiné avec la ma-
(1) Sciendum vero sidphur soliitum aljcciüds , dem mîsto actdo , precipîtari , al^ bescere, fœtorem ingratissinium putrefactorum excrementorurn exhibere... si tinct7ireœ aurœ S7ilphurîs cicetum instillas, mox fœtor prodit stercoreus ex præcipitato Æidpliure. ( Boerhaave , Elément, chem., iom. Il, proc. 150.)
(2) Maleriam et principium ignis, non ipsum ignem , ego phlogiston appellarc cæpi ; nenipe primuni ignescibile , in- Bammabile, directe atque eminenter ad calorem suscipiendum atque favendum habile principium. (Stahlii, Fundam theor. Beccheriam.)
tière corrompue. On peut rendre raison par là, pourquoi dans l’état naturel elles sont si peu infecles; ce qui ne pourrait arriver si elles étaient totalement putrides (1).