XLIX. Des ulcères secs
L’ouvrage est terminé par soixantedouze observations , qui contiennent les cas de plusieurs malades, attaqués de ces maladies.
1608- Felicis Plateri meclicœ,
lib. 3 , cap. 4, de Defœdqüonc,
Il traite , sous ce titre , de Ta vérole , du scorbut et de la lèpre {clephaniiasis).
Il paraît que cet auteur n-hivait point vu l’ouvrage d’Eugalcnus : du moins ne l’a-t-il point suivi, car il donne la même description du scorbut que Wierus et que tous les autres auteurs qui avaient précédé Eugalcnus. Il rapporte cependant un symptôme dont les a-utçurs ne font pas mention , c’est-à-dfre des tumeurs quelquefois indolentes-,* et d’autres fois douloureuses , ressembliintes à des glandes scrofuleuses. CeSr^iumeurs ont leur siège dans les parties^'glandukuses , ou dans l’interstice des^iuscles. il dit que la sueur des scorbutiques répand une odeur fétide , que leur urine est rouge fit trouble, et leur pouls faible, ce que
tous les auteurs , avant Eugalenus , avaient observé aussi. Il paraît porté à croire que le scorbut , semblable à la vérole, pourrait cire une maladie étrangère apportée en Europe par les matelots. Celte maladie, dit-il , produit quelquefois des convulsions et des paralysies, et peut se terminer par l'atrophie, la phthisie, ou l’hydropisie , ou la dysenterie. Il recommande, tant pour prévenir que pour-guérir cette maladie, une confection faite avec la graine de moutarde et le miel , ainsi que le suc d’oranges. Il ordonne de se servir de ce suc en gargarisme , pour la putridité des gencives^ de même que du sel de prunelles dissous datis une liffucur convenable. On doit faire suer le malade , par le moyen de la décoction des bois sudorifiques.
1G09. Gregorii Horstii Traclaius de scorhulo.
Il paraît que cet auteur se contredit dans plusieurs endroits. Il suit d’abord Forestus dans la description de la maladie, ensuite Eugalenus , et finit par donner la nourriture, le régime et la curaration, principalement d'après Albertus.
Il assigne pour cause éloignée du scorbut, un air impur et épais, une nourriture grossièie et visqueuse, et explique assez bien comment ces causes peuvent produire le scorbut. Il observe que, quoique cette maladie soit très commune dans la basse Saxe et dans la vieille Marche de Brandebourg, elle est cependant beaucoup plus rare et plus bénigne dans certains endroits que dans d’autres, elle était très-fréquente et très-dangereuse dans les endroits où l’on buvait une bière douce, nouvelle, épaisse et malsaine, et où le terrain était humide et marécageux. Ainsi, l’année d’auparavant qu’il pratiquait dans la vieille Marche , il trouva le scorbut extrêmement fréquent à Soltquell, et beaucoup moins dans les pays voisins. Outre qu’on se nourrissait dans cette ville des mêmes aliments grossiers que dans les autres pays du Nord , elle était située dans un endroit très- marécageux , et on y buvait une bière épaisse, nouvelle, sans houblon, et non fermentée. Il recommande de donner l’esprit de vitriol avec les anliscorbutiqucs. — Je crois qu’on ne trouvera dans son ouvrage rien de nouveau que sa théorie.
DU SCORÏJÜT
Mattiiei Martini de scorbuto Commenialio.
Il copie entièrement d’Eiig-alenus la description du scorbut, et ajoute quelques symptômes qu’il a observés le premier. Tels sont : une enflure des yeux , une obscurité de la vue qui disparaît et revient de temps en temps , des ulcères virulents de la luette et du gosier, une si grande variété de douleurs dans toutes les parties du corps , qu’on ne peut trouver des termes pour les exprimer ; elles sont, par exemple, pongitives, tensives, diîacérantes , picotantes, mordantes, rongeantes, etc., et se font ressentir dans les muscles , les membranes et les nerfs. Outre que les douleurs sont ordinairement très-vives pendant la nuit , elles tourmentent aussi le malade le malin, le soir, et pendant tout le jour, üri signe très-certain pour connaître si ces douleurs sont produites par le scorbut, c’est la petitesse et l’inégalité du pouls. Les douleurs même particulières à chaque partie sont rendues extrêmement irrégulières par le scorbut. Celte maladie a beaucoup d’analogie avec la peste:
elle produit des charbons , des bubons , des cancers, etc. La plupart des lièvres tierces du printemps sont scorbutiques.
L’ébranlement et le raffermissement subit des dents, de larges gerçures aux lèvres , qui se ferment de la manière la plus surprenante après avoir bu, sont des symptômes du scorbut. INotre auteur regarde Eugalenus comme un oracle; il transcrit tout son ouvrage, et le met dans un ordre beaucoup plus méthodique , en y faisant quelques additions qu’il puise dans Wierus, Alberlus, etc.
1G24. Danielis Sennerti Tractaius de
scorbuto .E jusdem practicœ medicœ,
liber 3, part. 5.
Il a transcrit d’Eugalenus et de Martini tout ce qu’ils ont dit sur le scorbut. Celte compilation, avec la théorie, fait la plus grande partie de son ouvrage.
Yoici ce qu’il appelle ses propres observations nouvelles et rares. Un étudiant, à la suite d'une gale rentrée, fut attaqué d’une goutte sereine, d’une difficulté de respirer, et d’une constriclion dans lu poitrine. 11 recourra la vue par l’usage de quelques purgatifs, et de quelques diurétiques tirés de la classe des antiscorbutiques. Un enfant de douze ans , dont la gale avait été répercutée
aussi, perdit la vue et mourut épileptique. L'auteur avait remarqué souvent qu’après une gale ainsi répercutée, il survenait des douleurs , des picotements dans la poitrine , des fausses pleurésies, et des fièvres tierces et quartes, qui s’en allaient lorsque l’éruption reparaissait, et revenaient de nouveau lorsque l’éruption rentrait. Il conclut de là que l’hunieur scorbutique , combinée avec la gâle, avait produit ces symptômes surprenants.— Il passe ensuite à des symptômes du scorbut encore plus remarquables et plus extraordinaires, et rapporte, sur la foi de Doringius , le cas d’une jaunisse qui se termina par une hydropisie ascite ; (L’un asllime ; d’une teigne qui couvrait , non - seulement toute la partie chevelue, mais encore le front; d’une dartre sur le bras gauche ; d’une gangrène du doigt indicateur; d’une hémorrhagie des lèvres, sans qu’on y aperçût aucune ouverture des veines; des palpitations de cœur; d’une douleur brûlante et insupportable dans la plante des pietj/s , avec des taches livides sur les jambes, et d’un écoulement de matière putride et purulente par rulérus. Timothée Ulrich observa , non-seulement les genoux , mais , pour ainsi dire , tout le corps contracté, axœc une excroissance de chair sous les paupières ; la conjonctive était jaune, et les paupières de la couleur de l’iris. Quelquefois, mais plus rarement, lorsque le malade faisait quelque mouvement, oii entendait distinctement dans les articulations un bruit , comme si les os avaient été rompus, ou .semblable à celui qui se fait entendre quand on écrase des noix. Lorsque le malade était attaqué d’une hydropisie , toutes les dents s’ébranlaient dans l’espace d’une nuit, et il était en danger de les perdre toutes; mais le lendemain on les trouvait raffermies dans leurs alvéoles. Un malade, sur la peau duquel on ne pouvait point faire paraître de taches, même en forçant une sueur par les remèdes , ressentit dans les muscles du bras une chaleur aussi vive que celle qui serait causée par de l’eau bouillante qu’on aurait jetée sur celte partie. Cependant on n’apercevait extérieurement aucune altération. Le corps d’une veuve attaquée d’une fièvre continue se couvrit de grandes taches noires. La couleur de son visage ressemblait à celle de la couenne de lard fumé.
L’auteur conclut de tout ceci que telle est l’étrange variété des maladies et
TRAITE
des symptômes occasionnés par le scorbut, que non-seulement le vulgaire, mais même un médecin qui ne connaîtrait point celte raaiadie , en serait extrêmement surpris, et pourrait croire que le malade est mort empoisonne. Cependant il rend raison très-ingénieusement, par son hypothèse, de tous les différents phénomènes. Les symptômes qu’il rapporte sont au nombre de soixante-deux; car il en ajoute plusieurs à ceux dont Eugalenus tait mention : tels que la perte de la vue, la puanteur du corps, la suppression des régies, à la place desquelles il se fait un écoulement d’une humeur blanche, âcre et salée , qui infecte les hommes. Il dit aussi que les hommes attaqués du scorbut ne sont point propres à la génération , parce qu’ils ont leur semence aqueuse et viciée. Il est très-diffus dans la curation ; les indications thérapeutiques sont tirées d'Alberlus ; et quant aux remèdes , il rapporte presque tous les récipés des auteurs qui l’ont précédé, outre ceux qu’il avait appris d’ailleurs. Lorsqu’il y a chaleur ou fièvre, il prescrit les anliscorhutiques rafraîchissants, tels que la chicorée, l’endive, l’oseille, l’alleluia, les sucs de citrons, d’oranges, de limons, l’esprit de sel, de vitriol ou de soufre. Il recommande les martiaux, lorsqu’on n’est point à portée des eaux minérales. Enfin il défend l’usage du vinaigre.
1G20. Arxoldi Weickrardi Thesauri
pharmaceiitici , ^aleno-chemic. , sivc
Traclatns praclic,^ etc.^ lih. 3, cap.
5, de slomacacc y seu scorbulu.
Quoiqu’on mette ordinairement cet auteur au nombre de ceux qui ont écrit sur le scorbut, il ne dit rien de nouveau, et ne fait point mention des symptômes. Sa curation consiste dans la saignée, la purgation , après lesquelles il fait suer le malade, et donne les antiscorbutiques ordinaires sous des formes très-peu convenables , qu’il transcrit des autres auteurs.
1627. Gul. Fabricîi Hjldaki ob^ervatio-
num et curationum chirurgicarurTif
cent. 5, obseiv. 5.
On trouve dans l’ouvrage de cet auteur une courte lettre , qui lui était adressée par Louis Schmid. Elle conîient la relation de la maladie du fils du prince de Bade, âgé de quatorze mois. Cet enfant, étant attaqué du scorbut, fut guéri
par le moyen des antiscorbutiques. Hildan , dans sa réponse à cette lettre , fait mention d’un ulcère scorbutique opiniâtre,qui fut guéri aussi parles antiscorbutiques. Voilà tout ce qu’on trouve sur cette maladie dans les ouvrages de ce célèbre praticien.
1633. JoANNis Hartmanni Prnxeos chymiatricæ, p. 3 45, de scorbuto. Ediiionis Genevœ, opus posthumum.
Cet auteur est le premier qui ait observé les effets pernicieux du mercure dans le scorbut. Pour ce qui est de la curation , il compte beaucoup sur les préparations chimiques, telles que le tartre vitriolé , l’esprit de vin tarlarisé, etc.
1640. Lazari Riverii medicœ^
Ub. 12, cap. 6, de scorbulica affcciione.
Le scorbut, jusqu’alors, était si peu connu dans les j)arlies méridionales de l’Europe, qu’aucun auteur de ces pays n’en avait seulement fait mention.
Au-ssi Rivière nous dit -il que, comme celte maladie ne paraissait jamais en France avec tous les symptômes décrits par les auteurs du Nord , il n’en aurait point parlé , si ces auteurs ne disaient qu’un symptôme particulier à cette maladie suffisait pour en prouver l’existence. Ainsi, comme on observait des maladies accompagnées de quelques-uns de ces symptômes , il entreprend d’en donner la description. Il ne prétend point, à la vérité, décrire le véritable scorbut, parce que celte maladie n’était point commune dans son pays , et que la plupart des médecins ses compatriotes croyaient qu’on ne l’observait point ; c’est pourquoi il appelle la maladie qu’il décrit , affection scorbutique , comme ayant une grande analogie avec le scorbut. 11 croit que ce dernier n’est autre chose que l’affection hypochondriaque , accompagnée de symptômes extraordinaires, qui indiquent un certain degré de malignité , il croit aussi que le pancréas est souvent affecté dans cette maladie.
1645. Consilium medlùœ Facultalis Hasniaisis de scorbuto.
Cet ouvrage fut publié pour l’utilité des pauvres du pays. Il est divisé en
Dü SCORBtfT
quatre sections. On traite dans la première, de la cause et des signes de cette maladie; dans la seconde, des moyens de la prévenir ; dans la troisième , de la méî thode curative ; et dans la quatrième , des moyens propres k guérir les principaux symptômes,
Section première. On ol)serve d’abord 1 que celle maladie est endémique en l)ai nemarck et dans les autres pays du Nord, i Elle se présente sous différentes faces,
1 suivant le tempérament du malade, ou les 1 autres maladies avec lesquelles elle est compliquée. Elle reconnaît pour cause immédiate une mauvaise concoction d’une humeur crue , mélancolique et corrompue , qui affaiblit les organes de la première digestion et ceux de la sanguilication. De là viennent en grande partie ; la difficulté de respirer , l’enflure , la putréfaction et le saignement des gencii ves, l’ébranlement des dents, la faiblesse et la raideur des jambes , les taches et autres symptômes de celte maladie. — Les causes internes sont : 1° L’air froid, humide, impur et grossier de leur pays;
; car ceux qui habitent les endroits septentrionaux , situés près de la mer, ou environnés de lacs , sont les plus sujets à celle maladie.
2° La nourriture grossière et corrompue , comme du pain mal cuit, et fait I avec de la farine gâtée , des viandes sa- I lées et fumées , et du poisson salé et I séché, du vieux fromage, du beurre ran- I ce, des pois et autre graines gâtées, avec ! l’usage d’une mauvaise bière.
1 3® Ceux qui mènent une vie sédentai-
re sont très-sujets à celte maladie.
4® Ceux qui sont souvent constipes, ou chez qui quelque évacuation naturelle a été supprimée ; de même que les peri sonnes tristes et chagrines
5® Le scorbut succède souvent à d’autres maladies, par exemple, aux obstructions du foie, de la rate, et particulièrement aux fièvres quartes. Tl est héredi- : taire et contagieux.
La cause interne et immédiate , dont nous avons parlé ci-dessus, est produite par ces causes internes. — Celte maladie est aisée à connaître lorsqu’elle est violente. Il n’en est pas de même lorsqu’elle est commençante : car elle paraît quelquefois sous la forme d’autres maladies, ou bien elle attaque lentement et d’une manière imprévue. Ainsi, dans les pays où elle est endémique, lorsqu’on voit des maladies irrégulières , rebelles aux remèdes ordinaires, on doit soupçonner la
ï>AK lind; 329f
présence du scorbut, surtout si le malade est d’un tempérament mélancolique. — Le scorbut est précédé ordinairement d’une lassitude universelle, d'une faiblesse des jambes , d’une difficulté de respirer lorsqu’on marche, d’une couleur livide de la face, et d’une augmentation du volume du corps. A mesure que la maladie fait des progrès, on est tourmenté de chaleurs vagues; on ressent une démangeaison dans les gencives, avec un flux très-copieux de salive; Turine est quelquefois trouble, et d’autres fois entièrement aqueuse. Lorsque la maladie est parvenue à un plus haut degré, la difficulté de respirer devient si grande , que le malade ne peut marcher ni faire aucun mouvement sans tomber en faiblesse. Il reprend ses sens lorsqu’on le met sur le lit. On ressent des douleurs de coliques ; les gencives se tuméfient, et saignent pour peu qu’on les touche; les dents vacillent et tombent sans aucune douleur; la chair des gencives et la racine des dents deviennent entièrement putrides ; l’haleine est puante; les jambes enflent et se raidissent , de sorte que le malade ne peut point marcher. Il paraît quelquefois suc les jambes et sur tout le corps des taches rouges, pourprées ou azurées. Quelquefois le malade est attaqué d’un érysipèle, d'ulcères malins, de douleurs nocturnes ; d’autres fois le corps s’affaiblit et s’exténue. Souvent celte maladie est jointe à des fièvres et à des syniplômes de toute espèce. L’urine est trouble , épaisse, briquetée, et de couleur de pourpre; mais elle ne retient pas long-temps la même apparence. Le pouls varie, il est tantôt faible, tantôt fort, quoique le malade paraisse très-faible ; quelquefois il est toul-à-fait obscur. En administrant les remèdes convenables , on parvient aisément à guérir cette maladie dans son commencement : mais, lorsqu’elle a fait des progrès, il n’est pas facile de prévenir les rechutes. Lorsque le malade néglige de mettre en usage la nourriture et les remèdes convenables , rarement recouvre-t-il la santé. La maladie se termine ordinairement par l’hydropisie ou l’atrophie. La difficulté de respirer, les taches noires sur les jambes, les douleurs et les borborygmes continuels autour du nombril, sont des symptômes dangereux.
On j)arvient rarement à guérir un scorbut héréditaire. Celte maladie est plus dangereuse chez les vieillards que chez les jeunes gens. Lorsque la bouche est
TRAITÉ
affectée , il faut avoir promptement recours aux remèdes : autrement la maladie fait de grands progrès, et peut infecter tout le gosier. Les lièvres et ulcères qui accompagnent cette maladie ne peuvent être guéris sans les anliscorbutiques.
//« Section. On propose , pour prévenir le scorbut, d’habiter des logements secs, de parfumer les appartements en y faisant brûler des bois et des résines aromatiques, et de ne pas user de la nourriture spécifiée ii° 2, scct. 1. On recommande aussi l’usage d’un vin médicinal fait avec de l’absinthe , et plusieurs autres ingrédients échauffants, amers et aromatiques. Le ventre doit toujours être tenu libre, et les autres évacuations excitées d’une manière convenable (surtout lorsqu’elles sont supprimées). L’exercice, les bains et la purgation dans le printemps et l’automne sont aussi nécessaires. Ceux qui sont très-sujets à cette maladie doivent prendre , de temps en temps , deux ou trois cuillerées de l’eau antiscorb.utiquc suivante :
lib. iij 5 ij
ana, § ij
Pr. Fl ad. raphan. rus tic.
Scorzoner Cort. rad. cap par.
Taniarisc.
Fol. receiil. cochlcar.
Nasiuri. aq.
Petrosclini y
Becahung. anay man. iij Semin. cochlearicVy Cardui henedict.
Aquileç^iœ ,
Fœniculi ,
Cremoris Tartan y Gran. Paradis.
Cardamom.
Amande vini Bhenauiy
Aquæ cochleâriœ y
Fumarice, ana, lib. , Stent in digestione 24 horis, dciri pci cinet'es distillentur.
ana, 0 n 3 ij
anuy 5 lib. xi
On peut rendre cette eau plus agréable et plus efficace , en y ajoutant un peu de sirop anliscorbutique de Forestus.
Ces sortes de personnes peuvent pren dre encore le suc de cochléaria mêlé avec du vin, ou l’électuaire antiscorbutique , leijuel n’est autre chose qu’une conserve de plusieurs plantes antiscorbutiques avec une très-petite quantité d’esprit de vitriol.
Sections III et IV. Elles contiennent les indications curatives et le traitement des symptômes, On n’y trouve rien.de
nouveau : les indications sont les mêmes, à peu de chose près , que celles d’Albcrtiis. Le tout est terminé par un nombre de longues formules qui répondent aux differentes indications préservatives et curatives. Le prix des remèdes y est marqué , à la considération des pauvres.
1G47. Bcricht iind unterricht von der kranckcil des schmertzmachenden scorbocks : Description du scorbut, par Jean Drawitzs.
Il y a eu quatre éditions de cet ouvrage. Il est regardé comme le meilleur qu’on ait en allemand sur le scorbut. Les maladies dont il traite comme scorbutiques, sont celles qui suivent :
La goutte ;
2® L’affection spasmodique;
3^ La paralysie ;
4” Des douleurs dans les extrémités, quoiqu'elles n’attaquent point les articulations ;
50 J.e mal de tête ;
Le mal de dents ;
7° La pleurésie ;
8° Les douleurs de ventre , ou la colique scorbutique et la passion iliaque;
9° Les douleurs vers l’os sacrum , les lombes et le périnée, semblables à celle qui est causée par la présence de la pierre.
Notre auteur avait appris que, dans les Indes orientales, les matelots attaqués du scorbut étaient guéris efficacement et promptement par l’usage des oranges. Il trouxe beaucoup de ditüculté' à concilier ce fait avec sa théorie. Ilavait appris à Danfzic que quelques capitaines de vaisseaux emportaient ^ucjc mer une eau acide , qu’on retire en pré-' h parant l’antimoine diaphorélique (1), par \ le moyen de laquelle ils préscrvaieiilj s( leur équipage du scorbut. pi
1G62. Baldassaris TnxiÆi Opéra medico la praclica. le
Cet auteur nous donne, dans ses ouvrages, plusieurs histoires de maladie| qu’il croyait scorbutiques. Ainsi, dan| son premier livre de cas et d’observation pratiques, il rapporte (cas 3) un mal ch tête scorbutique ; (cas 7j un délire scori bulique; et (cas 15) une maladie hypoi
(1) C’est sans doute le clyssus d’anlii moine.
CO
ail
Itii
ton
JC-
DIT SCORBUT
cîiondnaque qui commençait par le scorbut. — Dans son troisième livre, il rapporte (cas 24} une hydropisie ascite compliquée avec le scorbut ; (cas Z2) l’afTection liypocliondriaque jointe avec la même maladie ; (cas 35) un scorbut et une atrophie dont le malade mourut ; (cas 3G ) la goutte vague scorbutique; (/rV. G , cas 1 5) une fièvre tierce scorbutij]ue ; et 18) une fièvre quarte de môme nature. — Dans le troisième livre de scs leitres^ il parle (lettres i 0, 11, et 12} de la cachexie scorbutique ; (lettres 20 et 28) de l’affection hypochondriaque scorbutique; et (livre 5, lettre 9} de la goutte vague. — On trouve sa méthode curalive.dans le troisième cas de son troisième livre. Elle ne contient rien de nouveau. Il dit qu’elle lui réussissait généralement , à moins que le scorbut ne fut héréditaire, ou qu’il n’eût jeté des racines très-profondes. On voit encore sa méthode dans les 29 et 30® lettres de son troisième livre , où il rapporte la façon dont le célèbre Hermann Coringius traita la reine de Suède , attaquée de celte maladie. Nous trouvons dans une de ces lettres (la 39® du meme livre} un nouveau symptôme scorbutique observé par Otto OEslcrus.
C’est une douleur brûlante dans le mésentère, accompagnée d’une soif excessive et de douleurs de colique trèsviolentes pendant la nuit.
1GG3. Yalentini Ahdræ Moellenbrocu,
de varis , seu arthritide va^â scor-‘
biiiicà^ Tractatus.
Suivant cet auteur, le scorbut est une calamite commune à presque tout le genre humain. Sa cause immédiate est un sel volatil dont l’acrimonie et la malignité sont très-considérables. II croit qu’on peut en démontrer la malignité par rabattement subit des forces, l’anxiété et la diflicullé de respirer qui se manifestent dès le commencement de la maladie, comme si le malade avait pris du poison ; ainsi que par l’éruption des taches livides qu’on observe apres la mort.
1GG7. TiioMÆ Wii.Lis Tractatus de scorùuto.
Cet auteur débute en disant qu’on attribue au scorbut une variété de symptômes et de maladies les plus opposées.
Mais dissipe-t-il celte contusion? Abrèjge-t-il le nombre des symptômes? C’est
ce qu’on verra par le détail suivant. II observe qu’on ne peut point donner de définition de celte maladie, et qu’ainsi la meilleure façon de la décrire est de rapporter scs différents symptômes suivant les différentes parties qu’ils affectent. — Il commence par la tête. Le scorbut, dit-il, produit des maux de tête violents et habituels, quelquefois vagues ou périodiques. Souvent il cause un assoupissement et l’engourdissement des esprits; d’autres fois, des veilles opiniâtres. Les étourdissements , le vertige ténébreux, les convulsions, les paralysies , la salivation , les ulcères des gencives , l’ébranlement des dents, la puanteur de l’haleinc, en sont fréquemment les effets. — La poitrine est affectée de douleurs dans diflerenlcs parties de ses membranes , principalement sous le sternum , où elles sont très-violentes , aigues et lancinantes. Le scorbut produit fréquemment l’asthme, une respiration difficile et inégale , une consln.clion de la poitrine, une toux violente, un pouls déréglé, la palpitation du cœur, de fréquentes syncopes , et une appréhension continuelle de tomber dans ce dernier élal. — Quant â l’abdomen , où cette maladie a son siège principal , elle y cause une infinité de maux, tels que la nausée, le vomissement, la cardialgie, la tension des hypochondres , des borborygmes, de fréquentes coliques et des douleurs vagues tiùis - fâcheuses , une diarrhée presque continuelle, quelquefois la dysenterie ou le ténesme, l’atrophèe et l’hydropisic. L’urine est trèssouvent rougeâtre et lixiviellc, avec un nuage épais, qui demeure suspendu, ou qui est adiiérent aux paiois du vase. ^ Le malade rend quelquefois une grande quantité d’urine pâle et aqueuse ; ce cas, à la vérité , arrive rarement. — Des douleurs vagues , souvent très aiguës , et qui redoublent jicndant la nuit; une lassitude spontanée, l’exténuation des chairs, une douleur rhumatismale dans les lombes , la faiblesse des articulations , des taches de différentes couleurs sur la peau, des tumeurs, des tubercules, et souvent des ulcères de mauvaise nature; un engourdissement , ou une douleur mordicanledans les muscles, un sentiment de froid dans l’intérieur des parties, la contraction et le tressaillement des tendons ; tels sont les symptômes qui se manifestent dans les membres, et même dans tout le corps. Les scorbutiques sont sujets encore à des effervescences irrégu-
TRAITE
Hères du sang, h des fièvres erratiques et à des hémorrhagies copieuses. Noire auteur finit ce long détail , en observant que ce sont les symptômes les plus ordinaires du scorbut; qu’il y en a tantôt plus , tantôt moins de telle ou telle espèce qui affligent le malade : mais, qu’outre ceux dont nous venons de parler , il s’en présente encore de plus surprenants.
Les principales causes, dit-il, sont un air malsain et une mauvaise constitution du sang vicié par quelque maladie précédente. I.e sang, ou le fluide nerveux, ou même tous les deux sont affectés dans le scorbut. La dyscrase du sang est de deux sortes , savoir : sulpliureosaline, oa salmo-sulphureuse» Dans le premier cas, comme les soufres surabondent, il faut mettre en usage les saignées répétées , un régime rafraîchissant, en un mot, les remèdes les plus tempérés, et éviter par-dessus toutes c'ioses les antiscorbutiques âcres. Dans le second cas, au contraire, c’est-à-dire dans l’état salino-sulphureux , comme les sels prédominent, il faut se servir des remèdes les plus chauds, tels que ceux qui contiennent un sel volatil, avec les préparations martiales et autres semblables. — La dyscrase du fluide nerveux est de trois sortes; ou il est trop tenu et appauvri, ou sa constitution spiritueusesaline a dégénéré en acrimonie , ou enfin , il peut être chargé de particules hétérogènes et morbifiques. — INolre auteur fait une seconde distribution des symptômes, d’après ces dégénérations chimériques du sang et du fluide nerveux , et rend raison par là de tous ceux qu’il rapporte à cette maladie; au reste, il suppose que le scorbut est héréditaire et contagieux.
Il divise les indications thérapeutiques en trois classes. La première contient les préservât! ves : il donne dans celle-ci le procédé curatif, ou plutôt la méthode générale d’emporter les causes de la maladie. La seconde comprend les curatives, ou les moyens de soulager ou de remédier aux symptômes les plus urgents. La troisième renferme ce qu’il appelle indications vitales , c’est-à-dire les moyens de conserver ou de rendre les forces ou la santé au malade. — Sa curation consiste dans les cathartiques, les digestifs et les antiscorbutiques. Si l’estomac est fort en désordre, ou surchargé de phlegmes, il donne un émétique plus ou moins fort, suivant les forces et la constitution du
malade ; il répète cet émétique tous les mois, s’il est indiqué ; autrement il commence le traitement par un purgatif, qu’il réitère selon les occasions. Ce purgatif doit être de differente espèce", suivant que le malade est d’un tempérament chaud ou froid, ou, pour me servir de i scs termes, suivant que l’état du sang est sulphureo -salin ou rnlro sulphiireux. Il donne plusieurs formules pour l’im et | l’autre cas. Il observe que ces purgatifs j ne doivent point être répétés plus sou- i vent que tous les cinq ou six jours; parce | que les fréquentes et violentes purgations I ne font que diminuer le ton des viscères, et affaiblir le malade sans guérir la ma- i ladie. Après une ou deux purgations, il j faut faire une saignée du bras, ou appU- i quer les sangsues aux veines hémorrhoï- dales, si la.plétliorc et la viscosité du sang j l’indiquent : il remarque qu’il faut tirer j peu de sang à la fois, et répéter plutôt \ l’opération.
Ces évacuations ayant été mises en ; usage , et répétées selon le besoin , s’il n’y a aucun symptôme pressant, il passe à la méthode curative générale, c’est-àdire aux moyens d’emporter la cause et de déraciner la maladie. Il prescrit, dans { ce dessein, les remèdes digestifs, et les ' antiscorbutiques ou spécifiques , qu’il divise en froids et chauds. Ces remèdes doivent être donnés tous les jours, excepté ceux où le malade a été purgé. On peut y joindre les diaphorétiques et les sudorifiques, s’il en est besoin. Il appelle remedes digestifs ceux qui aident ou qui . rétablissent les fonctiotjs de l’estomac et ^ des autres viscères qui servent à l’élaboration du chyle. Il donne le nom <\'antiscorbuti(]ues ou spécifiques à ceux qui corrigent la dégénération scorbutique du sang. Ces deux espèces de remèdes doivent être joints ensemble, ou du moins donnés dans le même jour. La crème de tartre, la teinture de tartre , le tartre vitriolé, le tartre martial, l’élixir de propriété, etc., sont de bons digestifs. On doit les administrer à petite dose le matin et le soir. — Notre auteur nous fournit une grande variété de compositions antiscorbutiques pour le scorbut froid. Ces compositions sont faites avec le cochléaria , le cresson d’eau, le bécabunga , l’écorce de Winter, les baies de genièvre, la racine de raifort, et autres herbes et racines âcres aromatique.s, comme aussi avec les conserves de ces plantes, les aromates confits, la poudre d’arum com- ( posée, le fer, etc. Il dit avoir prescrit |:
' DU SCORBÜÎ
souvent, avec succès, le remède suivant :
Pr. Sam. ge/iisfœ^ man. iij
Minutim incises^ coquaniur ad medielatem in cervisiœ forlisj lib. iij
Le malade doit prendre deux ou trois onces de ceüc décoction deux fois par jour. — Les anliscorbutiquesles plus tempérés et les plus rafraîchissants sont nécessaires dans le scorbut chaud. 11 donne une aussi grande variété de ceux-ci que des précédents. Il fait entrer dans la plupart de ses formules les poudres testacées, les absorbants, le sel d’absinthe, etc. : il recommande le vin de groseilles et des autres fruits d’été, mais particulièrement le cidre, et il observe que la racine de lapathurn acutum est un des meilleurs anliscorbutiques. Cette racine, infusée dans de la bière douce avec le cochléaria, le cresson d’eau , des tranches d’orange et de citron, les sommités de pin, etc. , fait un excellent remède. — Après avoir donné la méthode curative générale, il passe à la cure des symptômes les plus urgents. Pour la dilhculté de respirer et les paroxysmes asthmatiques , il recommande les cordiaux et les antispasmodiques , tels que l’esprit de corne-de-cerf , la teinture de castor, les fleurs de bepzoin , l’élixir de propriété, etc., dans quelque liqueur antiscorbutique. Si la difficulté de respirer est entièrement spasmodique, les narcotiques sont les remèdes les plus efficaces : les lavements âcres, les sudorifiques, les diurétiques, sont utiles aussi. Les émétiques, les purgations avec la rhubarbe, l’élixir de propriété, etc., avec les fomentations sur la région épigastrique, sont nécessaires dans les dérangements scorbutiques de l’estomac : les narcotiques soulagent quelquefois. Dans les coliques scorbutiques, il faut donner des lavements, appliquer sur le ventre des cataplasmes, des liniments et des fomentations -, faire prendre intérieurement des narcotiques , et surtout les joindre aux purgatifs. Les poudres testacées conviennent aussi dans ce cas, ainsi que l’usage de quelque eau minérale |urgative; par exemple, celle d’Epsom. On ne doit point arrêter, par les astringents, les diarrhées invétérées, auxquelles les scorbutiques sont sujets.
Les eaux minérales ferrugineuses et vitrioliques sont dans ce cas les meilleurs remèdes, et après elles les préparations du fer, et surtout le safran de mars, tiennent la pretnière place. J^e vertige, les
^ t*AR LIND» 333
syncopes , la paralysie , les convulsions , demandent un mélange de céphaliques et d’antiscorbutiques. Les autressymptômes doivent être traités aussi par les remèdes propres aux maladies primitives , mêlés avee les anliscorbutiques. — Il rapporte aussi un symptôme qu’il avait observé trois ou quatre fois , c’est-à-dire un cliquetis des os, qui se faisait entendre lorsqu’on remuait les articulations. On entendait aussi, lorsque le malade se tournait dans le lit, un bruit considérable causé par le frottement des vertèbres les unes sur les autres. Ce bruit ressemblait à celui que fait un squelette lorsqu’on le secoue. Il remarque que ce symptôme était presque incurable. — Enfin , dans ce qu’il appelle les indications vitales, il prescrit l’usage des cordiaux, des restaurants, des narcotiques, etc., avec une nourriture convenable. Il attribue la fréquence et la violence du scorbut à l’usage immodéré du sucre, et finit son traité par quelques histoires de malades.
1668. Morhus (1) polyrrhjzos et polymorphœuu Traité du scorbut , par Evkrard MaYJSXVARIiNGE.
Il ajoute aux causes auxquelles on attribue ordinairement le scorbut l’usage du tabac et l’exercice immodéré de la chasse. Il en veut particulièrement au premier, et se déchaîne contre lui. Il renverse toutes les théories et les méthodes curatives des auteurs qui l’avaient précédé, et |trétend être possesseur de remèdes très efficaces, que cependant il ne rend pas publics.
1669. Barbettianæ, cum notis Frederici Deckers, lib. iv, cap. 3, de scorbuto y et affeciione hypochoi.driaca , male vulgo dicta histerica.
Barbette donne une description du scorbut et de ses symptômes, qu’il tire presque entièrement d’Eugalenus. Il défend la saignée et les violents purgatifs. Il croit cependant que les doux cathartiques conviennent quelquefois. L’humeur morbifique doit être préparée à l’excrétion par les remèdes incisifs : les sels volatils sont les plus convenables pour cet
(1) C’csl-à-clire maladie qui a plusieurs causes et plusieurs formes ; TroÀopptÇoç , mulias habens radices ; nôlvpop^fjç ^ mub tiformis.
ÎRAIîé
effet. — Il donne une longue liste des antiscorbuti^ues ordinaires, auxquels Dockers en ajoute plusieurs autres, adaptes aux symptômes particuliers de la maladie. Barbette observe ensuite que l’esprit de sel dulcifié, l’esprit de sel ammoniac et celui de cochléaria , sont les meilleurs remèdes. L’auteur termine son chapitre sur le scorbut par deux cas, l’un d’un jeune homme qui ne pouvait point marcher dans sa chambre, lequel fut guéri dans sept jours parla décoction de racine de raifort dans du petit-lait; l’autre d’un marcliand qui avait des ladies scorbutiques, lequel fut guéri par l’usage de l’esprit de sel ammoniac et d’une nourriture convenable. Deckers ajoute un autre cas, d’un véritable scorbut, à ce qu’il paraît, guéri par l’esprit de sel ammoniac donné à la dose de quatorze gouttes dans du vin oïl l’on avait fait infuser de la racine de raifort sauvage.
1G72. De scorbulo liber flngularis, auc~ tore Güaltero Charleton.
Cet auteur observe que, comme il est, pour ainsi dire, impossible de faire une description exacte du scorbut et de tous ses symptômes , il est seulement nécessaire de donner un catalogue des plus fréquents et des plus fâcheux. Ce catalogue contient presque tous les symptômes rapportés par Eugalenus, Sennert et Willis. Il distingue ensuite la maladie elle-même en trois espèces, suivant ses différentes causes. Il nomme la première espèce scorbut acide, à cause de la prédominance des soufres dans le sang, lesquels sont combinés avec quelques-uns des sels de cette humeur ; la seconde , scorbut alcalin, dans le([uel prédominent les parties tarlareuses, ou terrestres salines ; et la troisième, scorbut acide : ce dernier est produit par l’acrimonie et l’acidité du sang et des autres humeurs. — Les symptômes particuliers à la première espèce sont des taches, des exanthèmes, des pustules, des tubercules, des exulcérations sur les parties extérieures du corps, descardialgies, des vomissements, des diarrhées, des dysenteries, des coliques, avec de fréquentes effervescences du sang. Lorsque celte espèce de scorbut est invétérée, le genre nerveux est affecté, les symptômes sont alors le vertige, une douleur lensive dans la tête , le vertige ténébreux, le coma soporeux, ou des veilles immodérées, le cauchemar,eî quelquefois la folie. — Les symptômes de lit ge-t
conde espèce sont la constrîction de la poitrine, la palpitation du cœur, les faiblesses, Lengourdissement et la lassitude du corps, des mouvements convulsifs et des douleurs vagues dans les articulations.
Dans la troisième espèce, ou scorbut acide, les nerfs sont dans une irritation continuelle, que la plus légère passion de l’âme augmente. Le malade éprouve fréquemment des frissonnements (signe certain de l’acidité des humeurs ) ; un sentiment de froid dans la partie postérieure de la tête et dans l’épine du dos, lequel se glisse quelquefois dans les membres; des spasmes flatulents, des convulsions, et ce qu’on appelle communément la passion hystérique ; quelquefois la constipation , d’autres fois la dysenterie; la mélancolie, accompagnée de la peur et du désespoir; l’atrophie, des exulcérations ; et enfin la gangrène, qui termine ordinairement la maladie. Cette acidité du sang produit aussi des palpitations du cœur, une intermission subite du pouls, accompagnée d’une grande anxiété , qui est le prélude d’une syncope, avec une sueur froide. Lorsque cette espèce de scorbut est confirmée et invétérée, elle produit les symptômes les plus violents et les plus terribles, tels que des douleurs nocturnes insupportables , des cancers , etc.-— Quant à la curation de la première espèce, si la maladie ne fait que commencer, il faut d'abord donner, avec prudence , de doux purgatifs cholagogues , les répéter, employer la saignée, et passer ensuite aux remèdes digestifs ou altérants tempérés , propres à corriger l’état sul^ phureo-salin des humeurs. Si le malade est maigre et d’un tempérament chaud , on doit éviter le cochléaria et les autres antiscorbiiliques chauds. Il faut se servir alors du lait d’ânesse avec le suc de dentde-lion , ou bien d’une eau distillée des antiscorbutiques les plus tempérés, mêlés avec du cidre ou du petit-lait de vache. On peut prendre, matin et soir, pendant ‘quelques semaines, une pinte de petitlait chaud avec dix gouttes d’esprit de cochléaria ou de sel dulcifié. Les eaux minérales sont utiles aussi, pourvu qu’on observe en même temps les règles convenables quant à la nourriture et à l’exercice. Le malade doit être purgé une fois toutes les semaines, pendant le cours de ces remèdes. On doit ensuite achever la cure par les restaurants et les corroborants. Un petit vin acidulé, préparé avec Içs tuiliscorbutiques tçnipçrés , mîtfs cç-
DU SCORBUT y
pendant aromaticiues et stomachiques, ou avec les confections des fruits acidulés , etc. , est le meilleur corroborant qu’ou puisse employer. — Les remèdes qui contiennent beaucoup de sels volatils , tels que les nnliscorbutiqucs chauds, sont les seuls qtii conviennent pour la curation de la seconde espèce , produite par un sel fixe. H faut employer de temps en temps les digestifs et les cathartiques, avec les sudorifiques et les diurétiques , suivant que l’humeur tartareuse se porte à la peau ou aux reins. Si le malade est d’un Icinpérament chaud, on doit mettre en usage les eaux minérales ferrugineuses. Enfin,
011 doit achever la guérison par les corroborants et les analeptiques, entre le.squels le vin de fenouil tient le premier rang.
Pour ce qui est de la cure de la troisième espèce , ou dti scorbut acide , il faut la commencer par ces légers eccoprotiques, ])our préparer à la saignée, et passer ensuite aux doux apéritifs , joints aux antiscorbutiques tempérés, et surtout aux remèdes propres à la passion hypochondriaqueaccompagnée d’obstructions dans les viscères. Ces remèdes doivent être suivis des antiacides , tels que les sels volatils de toute espèce , ou les poudres testacées , les alcalis fixes, les émulsions huileuses, et les remèdes chalybés. Toutes les espèces de lait conviennent aussi ; de même que le petitlait chargé de la vertu des antiscorbutiques tempérés, les bouillons de limaçons, d’écrevisses, etc. On doit terminer la curation comme dans les deux espèces précédentes, c’est-à-dire par les corroborants, principalement par ceux que les auteurs recommandent pour achever la guérison de lu mélancolie hypochondriaque. — L’auteur termine son ouvrage par la méthode curative de plusieurs symp- I tomes des plus urgents. Les principaux I de ces symptômes doivent être traités I parles remèdes qui leur sont appropriés ! lorsqu’ils sont idiopathiques; observant I de joindre ces remèdes aux anliscorbuti- ! ques.
' 1674. Francisci Dëleboe Sylvii Opéra î mcdica.
' On trouve peu de chose sur le scorbut ! dans les ouvrages de cet illustre auteur, à sa théorie près. 11 observe seulement i [Prax. medic^ append. tract. 10, § 863,
I etc.) qu’il n’y a point de maladie où les
; sels voklUs soient si cûicuces et si nécçs^
saires que dans celles-ci ; les plantes qui contiennent beaucoup de ces sels , telles que le cochléaria, rérysimum, le cresson d’eau et la graine de moutarde étant les meilleurs remèdes. En conséquence, il se servait avec beaucoup de succès depuis plusieurs années des alcalis volatils tirés des différentes parties des animaux. Les acides spiritueux naturels, ou fournis pat la chimie, sont utiles aussi dans le scorbut; tels sont les sucs d’orange, d’oseille, etc., les esprits dulcifiés de sel ou de nitre. Pour la guérison dc.s taches scorbutiques observées après la constitution épidémique dont il traite, il se servit, avec beaucoup de succès, des alcalis volatils mêlés avec les acides spiritueux ; ce mélange excitait puissamment les sueurs.
1675. The disease of London^ or a nev^ di.scovcry of the scurvy^ by Gedeou Harvey.
La maladie de Londres , ou nouvelle decouverte du scorbut , par Gedeon Harvey.
Cet auteur divise lu maladie en deux grandes branches, c’est-à-dire en scorbut de la’bouche et scorbut des jambes. On peut y eu ajouter une troisième, qu’il appelle le scorbut des articulations. Ces différentes espèces prennent leur nom des parties affectées. La cause prochaine de la première espèce est une lymphe acide dans l’estomac : ses causes occasionnelles sont l’usage fréquent du mercure, un air salin, une nourriture salée, les eaux crues dont on se sert potir brasser la bière, la gloutonnerie, la débauche, etc. — Il attribue le scorbut des jambes à une cause opposée, je veux dire à un sel lixivicl alcalin : c’est ce qu’il appelle uii état savonneux du sang. Pour ce qui est des causes occasionnelles , elles sont à peu près les mêmes que celles du scorbut de la bouche; c’est-à-dire l'air de la mer, des aliments salés, l’usage du sel marin, des esprits distillés et du tabac. — Lorsque le scorbut acide continue long-temps, il est suivi de rcnfliire et des ulcères des jambes, etc., en un mot , il se change en scorbut savonneux. Il fait ensuite plu-' sieurs autres distinctions qu’on peut voir dans la première partie, chap. ii, p. 55. — Il recommande, pour se préserver de celte maladie, le changement d’air et les aliments nourrissants et faciles à digérer. Quant à la curation , la saignée est cen- \(;nuble, ainsi que Içs cautères ; ces der*
traite
niers sont utiles aussi pour la cure préservative. Il faut les appliquer au bras gauche, et quelquefois au cou ou au bras droit dans le scorbut de la bouche ; au- , dessus du genou , dans le scorbut des jambes; enfin , dans le scorbut des articulations, on doit en pratiquer plusieurs. Les pilules aloétiques sont un des meilleurs préservatifs de cette maladie. On doit commencer par ce remède la curation d’un scorbut récent et même invétéré. Il faut observer cependant qaelles ne conviennent que dans le scorbut acide, et qu’on ne doit se servir dans le scorbut lixivielou savonneux que des laxatifs les plus doux. La curation du scorbut acide demande des remèdes chauds; celle du scorbut lixiviel des remèdes tempérés rafraîchissants, mucilagineux, etc. Il termine son ouvrage par la curation du scorbut stomachique, hépatique, etc.
J 684. Abrauami Müpjtingii , de vera antiquorum herba britannica ^ ejusdemque efficacia contra stoinacaceni seu scelotyrbem , Frisiis et Batavis de Schcurbujck , Disstriaiio historico-rnedica.
Cet auteur prétend avoir découvert , après beaucoup de travail , la véritable herba britannica (1) des anciens, celte plante fameuse qui guérit , selon la relation de Pline, l’armée des Romains, (voyez, pag. 3}, et qui était demeurée inconnue pendant plusieurs siècles. Cette plante, à son avis, n’est autre chose que V hydrolapaihnm nigrum , la grande patience aquatique. Il lui prodigue les plus grands éloges, et rapporte plusieurs exemples des cures extraordinaires qu’on a faites dans le scorbut par le moyen de cette plante.
1683. Traite' du scorbut^ par L. Chameau.
L’auteur , dans le séjour qu’il fit en Angleterre , avait observé que le scor-
(1) Voici comment Muniingius explique l’élymologie du nom de cette plante :
« Nomen est absoluîe Frisium composi- » lum ex Brit, quod consolidare, tirmare; » tan, quod denfem,et ica sive iâca, quod » ejecliojiem signilicat. » Il prétend en conséquence que les peuples de la Frise ont donné ce nom à cetle plante , à cause de ses effets pour raffermir les chairs et surtout les dents.
but y était particulièrement endémique.
Aussi, ce fut principalement pour l’utilité des Anglais qu’il publia son ouvrage. 11 prétend que celte maladie est une dissolution contagieuse du sang , causée par un sel subtil très-âcre. Il réfute les distinctions du scorbut introduites par Willis, il vante le lait comme le plus excellent antiscorbutique, et regarde tous les anliscorbuliques chauds i et âcres comme pernicieux la plupart du temps.
1684. Nawwkearige verhan ielinge van de Scheurbuik en deiselfs toevallen^
F est- à -dire 'Traité curieux sur le scorbut et ses symptômes, par Étienne ^ Blaxciiad. Ejusdem praxeos medicce^ l cap. 15, de scorbuto. i
Quoique Willis et Charleton aient le * mieux écrit sur le scorbut , ils n’ont pas | levé cependant toutes les difficultés que | celte maladie présente Tmais notre au- i leur pense qu'elles sont toutes aplanies ' par sa théorie de la fermentation, fondée i sur les principes de Descaries. Le scor- \ but, selon lui, vient de l’épaississement ^ du sang. Cet épaississement est de deux i sortes : ou c’est une viscosité froide et pituiteuse, ou il peut y avoir une chaleur et une acidité dans le sang : de là la divi.sion naturelle du scorbut en chaud et en froid. Tous les remèdes qui incisent et atténuent les humeurs pituiteuses et visqueuses conviennent dans la première espèce; tels sont les aromatiques chauds. Dans la seconde espèce, c està-dire dans le scorbut acide, il faut mettre en usage les poudres lestacées et tous les autres absorbants, les sels alcalis , soit volatils , soit fixes ; les préparations martiales , et particulièrement le thé et le café. La saignée n’est d’aucune utilité. Les émétiques et les purgatifs sont quelquefois nécessaires. Tous les acides, ainsi que les aliments visqueux et salés, sont pernicieux.
1684. JoANNis Doloki Medicinœ theore^ tico-practicœ Encyclopediœ, liber 3 , cap. 12, de scorbuto.
Le scorbut est une maladie qui a une très -grande affiuilé avec la passion hypochondriaque. C’est une dégénéraiion acide du sang. H prétend guérir toutes sortes de scorbut en douze jours , par le moyen du mercure dulcifié d’une façon particulière.
Du SCORBUT, PAR LIND,
1685. MtciiAiLïs Ëttmulleri Collegii practici de morbis humani corporis , part. 2 , caput ultimum , exhibens duos a^eclus complicatissimos , nempe malum hypocliondriacum et scorbuium.
Cet auteur regarde le scorbut comme le plus haut degré de la passion hypocliondriaque. Tous les symptômes de cette dernière s’observent dans le scorbut , et plusieurs autres encore. Il confond ces deux maladies au point de recommander le fer et la plupart des autres remèdes propres à la passion bypochondriaque, comme étant utiles dans le scorbut. Son ouvrage ne contient rien de nouveau de son aveu; tout y est copié des autres auteurs. Il observe que le mercure est entièrement pernicieux ,dans le scorbut, et si à craindre en Hollande, à cause des constitutions scorbutiques, qu’il n’osait pas s'en servir même dans les maladies vénériennes. Il dit que les matelots hollandais font une grande provision de graine de moutarde , par le moyen de laquelle ils se préservent et se guérissent du scorbut sur la mer. On doit prescrire en hiver, époque à laquelle on ne peut point se procurer les plantes anliscorbuliques, une composition faite avec cette graine. (Phytolog. pag. 98, vid. Sinap.)
1685. Tjiomæ Sydenham Opéra univer sa.
Cet auteur n’a traité expressément de cette maladie que dans un ouvrage posthume qu’on lui attribue , et qui a pour I titre : Processus integri in morbis fere 1 omnibus curandis. Les symptômes du I scorbut rapportés dans cet ouvrage, sont :
! 1® une lassitude spontanée ; 2® la pesan- ! teur de tout le corps; 3® la difficulté de i respirer, surtout après l’exercice; 4® la putridité des gencives ; 5® la puanteur de l’haleine ; G® de fréquentes hémorrhagies ■ du nez ; 7® une difficulté de marcher ; 8®
' l’enflure et quelquefois le dépérissement I des jambes , sur lesquelles il paraît toii- ) jours des taches livides , plombées , jauj nôtres , ou pourprées ; 9® la p.aleur du ! visage. Pour guérir cette maladie, il faut I tirer du bras huit onces de sang, pourvu qu’il n’y ait aucun signe d’iiydropisie.
. Le malade doit prendre le lendemain I malin une potion purgative. Il faut ré- ; péter celle purgation deux fois, laissant ' trois jours d’intervalle entre chacune. On doit faire usage des remèdes sui-
Lind,
vants, dans les jours intermédiaires, et les continuer pendant un ou deux mois.
Pr. Conservœcochleariœ hort. ^ ij
Lujalœ, g j
Pulv. an comp. f> vj
Syr. auraniiorum , g. s»
F. Electuar.
Il faut prendre trois fois par jour la grosseur d’une noix muscade de cet électuaire , avec six cuillerées d’eau de raifort composée , ou d’eau de cochléaria récente. La boisson ordinaire doit être l’infusion de racine de raifort , de cochléaria, de raisins secs et d’oranges dans de la petite bière ou du vin blanc. Ces remèdes sont également utiles dans le scorbut et le rhumatisme hystérique, à l’exception de la saignée et des purgatifs. Mais on trouve mieux les véritables sentiments de cet auteur plein de candeur, dans ses autres ouvrages.
Il observe ( cap 4 , de febribus con^ tinuis, ann. 1661 , 62, 63 , 64), que l.a malignité et le scorbut étaient les deux grands subterfuges des médecins* ignorants, qui attribuaient à ces causes chimériques les désordres et les symptômes qui n'étaient dus qu’au mauvais traitement qu’ils avaient employé. Ainsi , toutes les fois qu’il paraissait dans des fièvres des symptômes dangereux et irréguliers, causés peut-être par les évacuations qu’ils avaient procurées mal à propos , ils accusaient la malignité de la maladie. Mais, si la longueur de cette même maladie faisait évanouir celte idée de malignité, tout ce qui faisait ensuite obstacle à la guérison était le scorbut selon eux. Ces deux accusations, suivant la remarque de notre auteur, ne portent sur aucun fondement solide. — Voici comment il s’exprime dans un autre endroit {scct. 6, cap. 9, de rheumatismo) : Quoique je ne doute point qu’on observe le scorbut dans les pays septentrionaux, cependant, à parler franchement, je suis persuadé qu’il n’est pas aussi fréquent qu'on le suppose ordinairement. La plupart des indispositions que nous appelons scorbutiques sont les effets de vices qui ne forment point encore de maladies , ou la suite de quelque maladie imparfaitement guérie. Par exemple, lorsqu’une matière propre à produire la goutte est nouvellement formée dans le corps, il paraît plusieurs symptômes qui nous font soupçonner le scorbut, jusqu’à ce que la goutte venant à se montrer dissipe tous nos doutes. De même les
goutteux, après les paroxysmes, surtout lorsqu’ils ont été mal traités, sont affligés de plusieurs syraidômes qu’on attribue au scorbut. Ceci ne doit pas s’entendre •seulement de la goutte , mais encore de l’hydropisie. Le scorbut finit où l’hydropisie commence; c’est un proverbe.
Yoici le sens dans lequel on doit le prendre : lorsque l'hydropisie paraît, sa présence fait évanouir les idées que l’on avait du scorbut On peut dire la même chose de plusieurs maladies chroniques qui commencent à se former, et d'autres qui ne sont pas parfaitement guéries. L’auteur croit cependant qu’il y a une espèce de rhumatisme, dont les symptômes principaux ont une grande affinité avec le scorbut, et qui demande la même méthode curative. Dans cette espèce, les douleurs sont vagues , la partie douloureuse est rarement tuméfiée; il n’y a point de fièvre, et elle est accompagnée de symptômes irréguliers. Ceux qui ont pris beaucoup de quinquina y sont particulièrement sujets. Quoique cette maladie soit très -longue lorsqu'elle n’est pas traitée convenablement, on peut cependant la guérir efficacement par l’usage tle l’électuaire antiscorbutique ( dont nous avons parlé ci-de.ssus) et d’une eau distillée du cochléaria, du bécabunga , des cressons, etc.
1G96. Martini Lister Traclaius de quihusdam morbis chronicis ; exercilalio 6 de scorbuto.
Il traite du scorbut à la suite de la vérole, parce que ces deux maladies ont beaucoup d’affinité entre elles. Elles ont tant de symptômes communs, qu’elles ne peuvent être distinguées l’une de l’autre que par un médecin expérimenté. Les anciens n’ont pas traité expressément du scorbut, parce que de leur temps il n’était endémique que dans une partie de la terre qui leur était peu connue. Eugalenus est le premier , selon notre auteur, qui ait décrit exactement cette maladie. Elle ne régnait autrefois que dans la Flandre ; mais elle s’est si fort répandue depuis nos voyages aux Indes, qu’aujouid’hui elle est universelle et commune aux mariniers de toutes les nations. Il l’allribue à l’usage des aliments salés, du vieux fromage salé, etc. Il croit aussi qu’elle peut être causée par l’usage d’une bière faite avec des eaux crues. Il observe que les brasseurs ont la mauvaise coutume d’ajouter du sel et de la
chaux vive à leur bière, afin de la purifier et de la conserver sans houblon. Il pense que l’air salé de la mer contribue extrêmement à la production de cette maladie, parce qu’il avait appris qu’il tombait des pluies salées dans les pays chauds. Quoique Dioscoride ait attribué de grandes vertus au sel marin, cependant , dit notre auteur, le soin que prenaient les anciens de le purifier par la calcination, les lotions et la dessiccation, prouve évidemment qu’ils en appréhendaient de mauvais effets lorsqu’il était cru. Il explique ensuite très-ingénieusement tous les symptômes du scorbut rapportés par Eugalenus. Il suppose qu’ils viennent de l’usage du sel marin, lequel produit la salure du chyle , de la lymphe , etc. , et convertit toutes les humeurs du corps en une espèce de saumure. Les sucs de cochléaria , de limons et d’oranges, touies sortes de fruits et d’herbes potagères (les plus acides sont les meilleurs) sont d’excellents remèdes contre le scorbut , ainsi que le vinaigre et l’esprit de vitriol. Il prétend avoir observé le pieinier les funestes hémorrhagies qui arrivent quelquefois dans celte maladie ; il en rapporte quelques exemples tirés de ses recueils.
iG96. Sea Diseases; or, A. Treaiise of iheir nature, causes , and cures , by William Cockburn.
Traité de la nature des causes et de la curation des maladies de la mer, par Guillaume Cockburn.
Le scorbut est produit par les provisions salées dont on est nécessairement obligé de se nourrir sur mer ; aussi estce une des maladies qui régnent le plus constamment dans les flottes. La plupart des mariniers ne passent point directement de l’état de santé à celte maladie ; mais ils la contractent après des fièvres ou d’autres maladies , lorsqu’on les oblige , dans leur convalescence , à se nourrir trop tôt des provisions du vai.sseau. Elle attaque ordinairement les personnes faibles, paresseuses et qui ne font point d’exercice. Les malades guérissent parfaitement lorsqu’ils s’abstiennent des provisions de mer et qu’ils se nourrissent de végétaux récents sur le rivage. Il est étonnant combien leur rétablissement est prompt et parfait lorsqu’ils font usage d’herbes potagères, telles que les choux , les carottes , les navets , etc. , etc. On a
DU $CORBÜX
VU (le pauvres matelots qu’on avait déharqués dans l’état le plus pitoyable qui se puisse imaj?iiicr, se rétablir au bout de trois ou quatre jours, sans aucun autre secours que celle nourriture , au point d’èire en élat de se promener à quelques milles du bord de la mer. L’auteur était, en 1C95 , sur la flotte commandée par le lord Berkeley à Torbay.
Il engagea ce commandant à faire dresser des tentes sur le rivage pour les malades. On débarqua plus de cent scorbutiques. C’étaient de vrais squelettes vivants : à peine pouvaient-ils sortir de leurs vaisseaux. On leur donna des provisions fraîches , avec des carottes, des navets et autres herbes potagères. Huit jours après, ils commencèrent à se traîner, et lorsque la flotte mit à la voile, ils regagnèrent leurs vaisseaux en bonne santé. L’auteur regrette qu'on n’ait point encore un remède pour cette maladie sur la mer. Si on prenait , dit-il , des précautions nécessaires , concernant la nourriture des mariniers, ils n’y seraient pas si sujets. Il condamne la division de Willis en scorbut chaud et scorbut froid. La première espèce est proprement le véritable scorbut : la seconde n’est autre chose que la mélancolie hypochondriaque. Il observe, à celte occasion, la nécessité de faire des descriptions exactes de toutes les maladies et de leur donner des noms qui leur soient propres, parce que les termes équivoques sont sujets à jeter dans l’erreur , et ont de funestes conséquences dans la pratique.
1699.. Arciiicaldi PlTrAn^Ml Elementa meÂicinœ physico-mathemat. lib. 2, cap. 23, rfe scorbiito.
Le lecteur doit être averti que tout ce qui est contenu dans cet ouvrage posthume ne doit point être attribué à Pitcairn. — Les symptômes du scorbut rapportés par cet auteur sont la rougeur, la démangeaison, la putréfaction et le saignement des gencives, l’ébranlement des dents, des taches sur les jambes, d’abord rouges, ensuite livides et noirâtres; une lassitude extraordinaire, un sédiment rouge et sablonneux dans l’urine, de sorte qu’elle paraît lixiviclle; un pouls inégal, des douleurs vagues, des maux de dents, la rougeur ou la chaleur du corps , la puanfeur de l’haleine, et enfin des cours de ventre sanguinolents, ou de simples diarrhées. — La cause immédiate est la dissolution du sang. Cette
dissolution peut même être occasionnée par la saignée, qui ne convient nullement aux scorbutiques. Mais il parle seulement du scorbut chaud, ou de celui que Willis appelle siilphureo- salin ; celle espèce étant proprement le scorbut, l’autre n’étant que l’affeclion hypochondriaqiie. Il recommande le lait, même pour toute nourriture , comme le meilleur remède. S’il ne réussit point, ou qu’il soit contre-indiqué, il faut donner les préparations martiales, jointes aux astringents, et les antiscorbutiques fixes tempérés. Ces remèdes eonviennent principalement lorsque le malade est attaqué d’un cours de ventre, d’une difficulté de respirer, ou qu’il tombe en syncope. Dans la goutle vague ou douleurs scorbutiques, il faut commencer par un doux purgatif, et faire usage ensuite de la décoction de gayac et de salsepareille. Si les douleurs ne sont accompagnées d’aucun autre symptôme scorbutique, ou que ces symptômes soiint en petit nombre , elles doivent être regardées comme rhumatismales. On distingue aisément ces dernières , parce qu’elles supportent des saignées copieuses et répétées; au lieu que les évacuations sont très-pernicieuses dans le scorbut. Les meilleurs remèdes, après la diète lactée, sont les préparations martiales, la décoction des bois sudorifiques, et les sucs antiscorbutiques. Rien n’est aussi efficace que la transfusion du sang d'un animal sain dans les veines des scorbutiques.
1708. Hermanni Boeriiaave Aphorismi de cognoscendis et curandis morbis; Aph. 1148, etc., de scorbiitù.
' Outre les causes auxquelles les auteurs attribuent communément le scorbut, tant sur mer que sur terre, Boeriiaave en rapporte une autre d’après Sydenham : c’est l’usage immodéré du quinquina.
Il décrit ensuite les symptômes particuliers de cette maladie dans son commencement, scs progrès et scs derniers périodes. 11 renferme celle description dans les quatre sections suivantes :
Section /'«. Une lenteur extraordinaire, un engourdissement, une lassitude spontanée, une pesanteur générale, une douleur de tous les muscles, comme après une trop grande fatigue, principalement dans les jambes cl dans les lombes ; une grande difficulté de marcher, surtout en laoiUanl ou en desceii-
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liant ; le malaile à son réveil ressent une lassitude generale dans les membres, comme s’ils avaient été contas.
Section //^ La respiration est diflTicile, courte et pressée , le malade est presque suffoqué au moindre mouvement qu’il fait. Les jambes enflent et désenflent souvent, leur pesanteur les rend immobiles. Il paraît des taches rouges, brunes, jaunes, violettes ; le visage prend une couleur basanée, l’haleine commence à devenir puante ; la tumeur, la douleur, la chaleur et la démangeaison des gencives se manifestent ; elles saignent pour peu qu’on les touche, elles se retirent, laissent la racine des dents à découvert; les dents vacillent dans leurs alvéoles. On éprouve des douleurs vagues de différentes espèces dans toules'’ les parties du corps qui produisent des symptômes surprenants. Ces douleurs sont tantôt pleurétiques , stomachiques, iliaques, coliques, néphrétiques , tantôt cystiques, hépatiques, spléniques, etc. Il survient des hémorrhagies dans ce période, mais elles sont légères.
Section 111^. Les gencives dans ce période répandent une odeur cadavéreuse, elles s’enflamment, versent du sang et tombent en gangrène. Les dents vacillent, deviennent jaunes , noires et se carient. Les veines ranines deviennent variqueuses. Le sang coule à travers la peau sans qu’il y paraisse aucune blessure : ces hémorrhagies sontsouventmorlelles, ainsi que celles des lèvres, de l’estomac, du foie, des poumons, delà rate, du pancréas , du nez, etc., qui se présenîent dans ce période. On observe des ulcères de la plus mauvaise espèce sur tout le corps, principalement sur les jambes. Ces ulcères ne cèdent à aucun remède, ont une disposition gangréneuse, et répandent une odeur très fétide. La peau se couvre de gale , de croûtes, d’une lèpre sèche et légère. On éprouve des douleurs cruelles qui augmentent pendant la nuit. Il survient des lâches livides, etc.
Section IF^. Les symptômes de ce période sont des fièvres ardentes, malignes, continues, toute sorte de fièvres inlcrmittenles , vagues, périodiques, qui produisent l’atrophie ; des vomissements, des diarrhées , des dysenteries, de cracÜcs strangurics , des défaillances, des anxiétés qui souvent font périr subilcrnent le malade; l’hydropisie, la consompiion , les convulsions , la paralysie, le reliremcnl des tendons, des ta-
ches noires , des vomissements, et des selles sanguinolentes, la putréfaction du foie, de la rate, du pancréas et du mésentère. — Il suppose que la cause immédiate de cette maladie est un état particulier du sang, dans lequel la partie rouge est épaisse et visqueuse, tandis que la partie séreuse est dissoute, salée et âcre. Celle acrimonie est acide ou alcaline : distinction , dil-i) , qui doit être remarquée .avec soin. C’est sur celte hypothèse qu’il fonde les règles thérapeuliques suivantes : La partie des humeurs qui est trop épaisse, visqueuse et croupissante, doit être atténuée, dissoute et mise en mouvement. Celle qui est déjà trop ténue doit être épaissie en même temps, et l’acrimonie prédominante, corrigée suivant ses différentes espèces. Or, comme il faut avoir égard tout à la fois à des indications si opposées, il croit que la guérison de cette maladie est le chef-d'œuvre de l’art. Après avoir observé que les évacuants âcres aigrissent toujours la maladie, et la rendent souvent incurable, il donne le procédé curatif suivant, approprie aux différents périodes et aux différents symptômes.
— Dans le premier période ( voyez Sect. /), il faut commencer par un purgatif doux, atténuant et apéritif, qu’on doit répéter souvent à petite dose. Il faut passer ensuite à l’usage des atténuants et des remèdes appelés digestifs (a) ; et finir par les spécifiques les plus doux, qu’on doit continuer longtemps, sous presque toutes sortes de formes. — Dans le second période (Sect. //), il faut se servir des remèdes précédents et des antiscorbutiques un peu âcres.
Les bains généraux et ceux des pieds , préparés avec les plantes anliscorbutiques; les frictions chaudes et sèches conviennent aussi. La saignée est souvent utile, pour certaines raisons qu’il donne. Les antiscorbutiques dont on se sert doivent être, ou modérément astringents, et un peu rafr.nchissanls , ou chauds et âcres, suivant la dissolution acrimonieuse des humeurs, la chaleur
(a) Voyez Willis. Il est inutile de rapporier les formules de Boerhaave ; presque louies celles qu’on trouve dans sa Matièr midicale sont tirées de Willis, ainsi que son processus curatif. [ On trouvera ces formules à la suite du traité de Boerhaave, commenté par Yan-Svvielen . J
DU SCOUBLT
et le danger d’une hémorrhagie , ou suivant la viscosité et l’inertie des humeurs, la pâleur et la froideur du corps, etc.
Dans la troisième espèce ou période { Sect. ///), outre tous les remèdes prescrits ci dessus, on doit prescrire encore au malade une grande quantité de liqueurs douces, antiseptiques et antiscorbutiques , afin d’exciter de légères évacuations par les urines, les sueurs et les selles, qu il faut entretenir pendant un temps considérable. — Pour ce qui est de la quatrième espèce {Sect.
rarement peut' elle être guérie. Il faut varier les remèdes, suivant les différents symptômes : les mercuriaux sont quelquefois utiles, ainsi que les remèdes prescrits pour la troisième espèce. — Il termine scs aphorismes sur celle maladie, en disant que, pour la traiter avec succès, il est principalement nécessaire de rechercher l’acrimonie particulière qui domine dans les humeurs; et, comme cette acrimonie peut être saline, muriatique, acido-austère , alcalino fétide, ou rancido-huileuse, elle demande par conséquent des remèdeaaiifférenls et opposés. Tel remède, qui est utile à un scorbutique, est un poison pour un autre. Ainsi, on ne doit point s’attacher au nom générique de la maladie , mais il faut découvrir ses espèces particulières suivant les différents genres d’acrimonie, et les traiter comme si c’étaient des maladies différentes.
1712. JoANNIS HenRICI DH HeüCHER ClIU-
iiones in co^nosetndo y curandoque
scorbuto necessariœ.
Cet ouvrage contient quelques-uns des sentiments les plus erronés deWillis, d’Eugalenus, etc. Je n’en rapporterai qu’un seul exemple. Le mercure , dit notre auteur, est recommandé quelquefois avec beaucup de raison par Boerh&ave dans le scorbut, lorsque celte maladie est accompagnée de fièvres" de différentes espèces , de vomissements, de diarrhées, de syncopes, d’anxiétés souvent mortelles, de l’hydropisie, de la consomption , de convulsions , de paralysies, de vomissements et de selles sanguinolentes, de la putréfaction du foie , de la rate , du pancréas et du mésentère.
Mi
1732. Anaccoiinl of lhe Sciivvy at IFibuj'gy coinmunicat. by Dr. Abraham INlTZSCll lO Dr. SCHULZE.
Relation du scorbut qui re’^na à JFD bourg , communiquée par le docteur Abraham Mixzscii, au docteur Sciiulze.
1734. Commcrcium LiiterarLiiny JSorimberg. anno 173 i, pag. G2.
L’auteur observe d’abord que le scor-* but est endémique dans cette ville , mais qu’il fut remarquable cetteannée (l732), par le nombre exlraordinaire des malades et des morts, et par sa longue durée. Cette maladie régna avec tant de violence depuis le commencement de l’année jusqu’au mois d’aoùt , que l’auteur y fut envoyé par des ordres exprès , dans le mois de juin. 11 observa que tous les malades n’étaient point attaqués des me- ‘mes symptômes , et que ces symptômes étaient différents suivant les divers tempéraments. — Chez les personnes qui étaient d’une conslilutioa faible, les jambes ( rarement le bas-ventre } devenaient œdémateuses. Celte tumeur cédait facilement à l’impression du doigt; mais souvent elle devenait dure dans la suite de la maladie. La plupart du temps il y avait tension dans les liypochondres ; on observait constamment un retircment des muscles fléchisseurs de la jambe , avec des taches livides sur les jambes , les genoux , les cuisses et le dos. Ces taches , particulièrement celles des jambes, s’enflammaient souvent chez les personnes pléthoriques, et étaient accompagnées d’une douleur très- aiguë et de la fréquence du pouls. Le blanc des yeux était quelquefois entièrement rouge , et d’autres fois les paupières étaient fort distendues par un sang extravasé et croupissant. Les taches, chez quelques malades, étaient assez larges, surtout celles des cuisses et du dos ; chez d’autres, elles ressemblaient à des morsures de puces , et étaient accompagnées de l’enflure des jambes, d’une lassitude universelle, de la tumeur, de la putridité, et du saignement des gencives, ainsi que de la pâleur du visage. Certains scorbutiques étaient tourmentés par une grande difficulté de respirer, une toux humide ; ils étaient sujets à des vertiges et à des défaillances , qui arrivaient très-communément lorsqu’ils étaient debout. Ces défaillances furent fatales à la plupart de ceux qui étaient malades depuis long-lemps. L’ap-
TRAITÉ
pétit ctait un peu diminué dès le commencement de la maladie. Souvent le malade le perdait lorsqu’il avait des borborygmes et des nausées ; mais il le recouvrait dès qu’il lui venait une diarrhée. Les pieds, le scrotum et l’abdomen devenaient quelquefois extrêmement enflés ; celte tumeur était aqueuse et transparente ; la peau de ces parties s’enflammait aussi. Les gencives, qui ne faisaient alors qu’une masse de chair spongieuse , laissaient échapper, lorsqu’on les pressait, une sanie ichoreuse fétide. Les glandes salivaires étaient quelquefois si engorgées , qu’elles paraissaient presque squirrheuses. Cet engorgement ne pouvait être dissipé que par une salivation spontanée.
Les personnes qui étaient d’un tempérament sec avaient des symptômes différents de ceux qui sont causés j)ar la surabondance des humeurs. Ils maigrissaient de jour en jour, et étaient tourmentés de violentes douleurs dans les jambes , accompagnées de la fièvre. Ces douleurs étaient vagues , et ressemblaient tantôt à des douleurs de goutte , tantôt à un asthme convulsif. Elles causaient quelquefois des coliques , des maux de dents, des maux de tête, des contr.. étions de nerfs. Lorsqu’on faisait usage des remèdes volatils, les viscères abdominaux, le foie et la rate devenaient durs; et celle dureté était suivie de l’hydropisie ascite, ou de l’atrophie et de la diarrhée, qui mettaient constamment le malade au tombeau. Les gencives étaient dures et gonflées, douloureuses lorsqu’on les touchait , et souvent couvertes d’ulcères cancéreux. — Afin , dit l’auteur , de guérir cette terrible maladie , il était nécessaire de diriger le traitement, et de choisir les remèdes suivant la constitution des malades. En conséquence , je prescrivis à ceux qui étaient attaqués du scorbut lent ou froid une décoction de sommités de pin , de baies de genièvre et de trèfle d'eau. Lorsque j’appréhendais l’enflure des viscères abdominaux, je donnais les sels neutres et les teintures alcalines ; mais s’il y avait de la fièvre, et que les jambes fussent enflammées, je faisais prendre intérieurement les absorbants salins et nitreux, et j’appliquais extérieurement l’esprit de vin camphré , avec du safran. Pour les tendons , je me servais de l’onguent nervin avec l’huile de brique, etc., et des bains. Quant à la tumeur et au saignement des gencives, j’employais l’onguent égypliac , le miel
rosat et l’esprit de cocliléaria , ou la teinture de gomme-lacque , avec l’esprit de cocliléaria , ou bien encore l’eau commune acidulée avec l’esprit de vitriol.
On corrigeait l’air deux fois par jour, en faisant brûler du bois et des baies de genièvre. La ponction fut pratiquée souvent avec succès sur les Indropiques, lorsqu’ils étaient sans fièvre, et que les téguments du bas-ventre n’claient point œdémateux. Les scarifications sur le gras de la jambe et sur le scrotum furent utiles aussi, lorsque l’enflure de ces parties paraissait tendue et aqueuse, pourvu cependant qu’on employât intérieurement les remèdes convenables, les apéritifs, les diurétiques et les corroborants, tels que la teinture de tartre , la teinture martiale, celle d’antimoine, les sels neutres, etc. Si, après les scarifications, la partie était menacée de gangrène (ce qui arrivait souvent;, on prévenait cet accident par le moyen des topiques nervins et antiseptiques.
l)ans le scorbut douloureux , comme les malades étaient d’un tempérament sec, je bannis tous les remèdes échauffants qui pouvaient agiter le sang ; je prescrivis à leur place les émollients, tels que la décoction d’orge ou d’avoine, ou bien celle de la raclure de corne de cerf, avec la racine de scorsonère, les sommités de mille feuilles et les fleurs de camomille. Je me servis aussi des remèdes huileux, riiinle d’amandes douces elle blanc de baleine , qui soulagent d’une manière merveilleuse les douleurs de goutte et d’oppre.ssion de poitrine. Je donnai quelquefois les antispasmodiques, tels que le nitre purifié, le cinnabre d’antimoine , les poudres épileptiques , etc. , ou les absorbants et testacés, suivant que l’occasion s’en présentait. Lorsque les hypochondres étaient obstrués , j’ajoutais à la décoction la racine de chicorée , ou de dent-de-lion. La pulpe de citron faisait un remède excellent etagréable pour la tumeur, la chaleur et la douleur des gencives.
Par le moyen de ces remèdes , et avec l’aide de Dieu , j’arrêtai les ravages de cette calamité ; de sorte que , le nombre des maladies et des morts diminuant de jour en jour, elle disparut entièrement dans l’espace d’un mois. — Les cuirassiers arrivés depuis peu de l’ükraine à Pétersbourg, m’ont fourni cette année plusieurs autres observations sur celte maladie. Les symptômes dont ils étaient al laqués ét'ûent les mêmes que ceux
LU SCORBUT
dont j’ai parlé ci-dessus ; je jugeai à propos de donner tous les deux ou trois jours une demi - cuillerée d’un mélange de gomme ammoniaque et d’élixir de propriété, à parties égales , délayé dans l’esprit de vin tartarisé; ou demi-dragme de poudre saline, avec quatre ou cinq grains de diagrède. Les bons effets de ces remèdes furent si remarquables, que, quoique plusieurs malades fussent cachectiques, aucun cependant ne devint hydropique. Vers le déclin de la maladie , lorsque le pouls était fort, une saignée administrée avec prudence était d’un secours évident pour la curation. Je puis affirmer avec ^vérité que cette évacuation était suivie d’une augmentation de forces , et du parfait relâchement des tendons (qu’on avait tenté inutilement par les vapeurs et les bains chauds), et d’un rétablissement plus prompt. Cette maladie était parvenue à son degré de malignité dans le mois de février, et disparut dans le mois de mai.
1734. Observaliones circa scorbiitum ejusqiie ind'ûcm^ causas y signa et curani , auctore Joanke Frederico Baghstrom.
Faute de faire une attention convenable à l’histoire du scorbut, on a supposé généralement que le froid dans les climats septentrionaux, l’air de la mer, l’usage des aliments salés , etc., étaient la cause de cette maladie. Mais c’est sans raison qu’on a fait cette supposition : car cette calamité n’est due qu’à l’abstinence totale des aliments végétaux frais. Cette abstinence est la seule , la véritable , et la première cause du scorbut. Lorsque, par négligence ou par nécessité, on demeure pendant un temps considérable sans manger de fruits récents ou de légumes, nul Age, nul climat, nul terrain n’est à couvert de ses attaques. Il y a d’autres causes secondaires qui peuvent concourir au même effet ; mais l’expérience prouve queles seuls végétaux récents préservent de cette maladie , et qu’ils la guérissent assez promptement, même dans peu de jours, lorsqu’une hydropisie ou une consomption ne nhiuisent point le malade à un état désespéré. 1^’auteur appuie son sentiment sur les observations suivantes.
Il remarque que le scorbut est trèsfréquent parmi les nations du Word, et dans les pays les plus froids ; et que dans ces climats , il ne règne pas seulement sur la mer, mais qu’il sç montre encore
avec violence sur la terre, tant parmi les naturels du pays, que parmi les étrangers. Les pauvres matelots qu’on laissa pendant l’hiver en Groenland , et qui lurent tous emportés par cette maladie, en fournissent un exemple mémorable.
Mais il croit que le sentiment de ceux qui regardent le froid comme la cause du scorbut dans ces pays, ne peut point sc concilier avec l’expérience journalière des voyages aux In des , dans lesquels les matelots en sont attaqués, môuie sous la zone torride. — L’histoire suivante prouve suffisamment que cette maladie n’est pas particulière à la mer. Pendant le dernier siège de Thorn , le scorbut fit périr plus de cinq à six mille soldats delà garnison, outre un grand nombre d’habitants. Les assiégeants furent plus redevables à celte calamité qu’à leur valeur de la reddition de la place. Sur quoi l’auteur observe que, quand même on accorderait que cette maladie est plus fréquente en hiver parmi les nations du Word , il n’en est pas moins vrai que le siège de cette ville fut continué pendant les chaleurs de l’été , et que les Suédois qui l’assiégeaient furent entièrement exempts du scorbut (ce sont cependant des peuples du Word). La maladie attaqua d’abord la garnison saxonne qui était bloquée : elle détruisit presque tous les soldats ; de sorte que les habitants furent obligés de monter la garde sur les remparts. Un grand nombre de ces derniers périt aussi , mais le siège ne fut pas plus tôt levé, et les portes de la ville ouvertes, pour donner entrée aux végétaux et aux fruits de la campagne , que la mortalité cessa promptement, et la maladie disparut tout-à-coup.
A la fin de la dernière guerre contre les Turcs, l’armée impériale passa l’hiver en Hongrie. Ce pays ayant été ravagé aux environs de Teme.3war, par les calamités des campagnes précédentes , le scorbut fit périr plusieurs milliers de soldats; mais tous les officiers furent exempts de cette maladie , à cause de la différence de leur nourriture. Le médecin de cette armée employa foute son habileté, et fit usage des antiscorbutiques les plus approuvés. Malgré tous ses soins, la mortalité augmenta de jour en jour pendanll’hiver. Comme il était peu versé dans la connaissance de celte maladie, ou plutôt comme il en ignorait le remède, il consulta le Collège des médecins de Vienne ; mais les conseils et les remèdes que ceux-ci prescrivirent ne furent
TRAITE
d’aucune utilité. La maladie alla toujours en augmentant jusqu’au printemps. La terre se couvrant alors de végétaux , le médecin eut autant de joie d’avoir découvert la vraie cause de cette calamité , que ses malheureux succès dans la curation lui avaient causé de chagrin aupalavaiit. — Comme quelques personnes croient que les pays chauds et éloignés de la mer sont entièrement exempts du scorbut, il donne l’exemple d’une garnison allemande en Italie, dont plusieurs soldats furent emportés par cette maladie, quoiqu’à une grande distance de la mer. L’officier dont il tient celte relation ( c’était un Italien } fut réduit lui-même à un état pitoyable , et abandonne de ses médecins , qui ne connaissaient rien à sa maladie. Un chirurgien allemand , qui passa par bonheur dans cet endroit, le tira des bras de la mort. Il le guérit dans peu de jours , à la surprise de ses médecins, en ordonnant au domestique de lui aller chercher dans la campagne des végétaux récents, principalement le cresson d’eau , qui croissait en abondance aux environs de la ville.
La relation suivante n’est pas moins curieuse. Un matelot des vaisseaux qui vont en Groenland fut réduit à un si triste état par le scorbut, que ses compagnons le portèrent sur le rivage et l’abandonnèrent, le croyant dans un état entièrement désespéré. Ce pauvre malheureux avait perdu entièrement l’usage de ses jambes; il ne pouvait se traîner qu’en s’aidant des pieds et des mains. La terre était couverte d’une plante qu’il broutait comme les bêles : il fut par ce moyen parfaitement guéri en . peu de temps. Lorsqu’il fut revenu chez lui , on sut de lui que cette plante n’était autre chose que le cochléaria. — L’auteur conclut de toutes ces observations que, comme l’abstinence des végétaux récents est la seule eause du scorbut, ils en sont aussi les seuls remèdes efficaces. Il donne le nom A'aniiscorhutiques à toutes les plantes salutaires et bonnes à manger, observant que la nature nous fournit des remèdes partout , même en Groenland et dans les pays les plus froids. La neige n’est pas plus tôt fondue dans ces pays , que les bords des rivières sont couverts d’une grande quantité de bécabunga, de cresson et de cochléaria. La nature dicte aux nations barbares qui habitent ces contrées , que ces plantes, qu’elle leur fournit avec tant de bonté et de profusion , sont un remède souverain pour
leur maladie. Tout médecin qui connaît la nature du scorbut doit être persuadé de celte vérité. Les herbes et les fruits récents les plus communs valent mieux que les préparations pharmaceutiques les plus pompeuses , et surtout que celles qui sont tirées du règne animal et du règne minéral.
L’auteur divise les antiscorbutiques en trois classes. La première contient les herbes potagères, toutes les plantes et les fruits insipides, ou plutôt douceâtres , et même l’herbe des prairies, lorsqu’on ne peut point se procurer d’autres plantes. Il range dans la seconde tous les végétaux , racines , fruits, baies, etc. , acidulés ou acides; et, comme ceux-ci sont d’une qualité moyenne entre les plantes insipides de la première classe, et les végétaux amers les plus âcres, qu’il renvoie dans la troisième, ils sont plus efficaces que ceux de la première , sans être sujets à quelques inconvénients qui peuvent accompagner ceux de la troisième. Cetle troisième classe renferme toutes les herbes, les racines et les fruits récents , âcres et amers , de la nature du cochléaria, du cresson, etc. Les plantes de cetle dernière classe doivent être employées avec précaution. — Il recommande, pour prévenir cette maladie , de se nourrir de beaucoup 'de végétaux récents , lorsqu’on peut se les procurer; ou autrement d’herbes, de racines, de fruits, etc., conservés. Il conseille aux mariniers , lorsqu’ils sont au port, d’être plus attentifs à faire provision d’herbes , de racines , etc. , que de viandes. Il voudrait qu’en cas de besoin, lorsqu’on est sur mer, on éprouvât les herbes qui croissent sur la quille du vaisseau. Il n’a jamais ouï dire qu’on eût fait cette épreuve {b) ; mais il est persuadé que le grand médecin de la nature n’a pas laissé les personnes qui s’embarquent sans quelque remède.
Après une longue abstinence de végétaux, les malades doivent commencer à faire usage des antiseorbutiques les plus doux, et passer ensuite par degré aux plus âcres. 11 examine les remèdes minéraux et fossiles, et observe à cette occasion que, comme le nilre entre en grande quantité dans la composition de la plupart des plantes, il est peut-être utile dans celte maladie; mais qu’on doit
{b) J’ai appris qu’on les avait éprouvées sur lo vaisseau du lord Anson,
DU SCORBUT
bannir tous les autres minéraux. Il condamne Tusage du fer, du mercure, de l’alun , des remèdes sulphureux et vitrioliques ; surtout l'esprit de vitriol , que quelques-uns regardent comme spécifique dans le scorbut ; mais qu’ils trouveront eux-mêmes inefficaces , s’ils en viennent à l’expérience.
1734. Parerga Medica conscripta ^ a Damiano SiNorÆo.
Cronstadt est situé dans une île basse et marécageuse. Le temps y est presque toujours froid, pluvieux et couvert, et le scorbut y est endémique. Celte maladie est très-fréquente, et règne avec beaucoup de violence dans le commencement du printemps ; elle est beaucoup plus rare et plus bénigne dans les autres saisons, à moins que le temps ne soit froid et humide. Elle est plus fréquente, par la même raison, dans certaines années que dans d’autres. — Les symptômes de cette maladie sont l.a tumeur et la putridité des gencives , la lassitude , une dculeur'et une faiblesse considérables des jambes, l’enflure des genoux et des pieds , le relirement des tendons, une constitution cachectique , et, pour ainsi dire, leuco-phlegmatique , avec une couleur jaunâtre obscure , la constipation, et une urine épaisse et briquetée. Ces symptômes sont suivis de douleurs , et même du relirement des tendons des extrémités supérieures , de taches livides de différentes grosseurs , de douleurs dans les épaules et au déa faut des côtes, qui sont très-violentes chez ceux qui ont la vérole. Celte maladie est rarement mortelle ; il ne meurt ordinairement que ceux qui sont tombés dans la phthisie ou dans l’hydropisie.
Ce savant auteur observe , dans .sa relation élégante et exacte des maladies qui régnèrent à Cronslad , depuis l’année 1730 jusqu’à la fin de 1733, que, lorsqu’il'arriva dans cette ville en 1730, j il régnait des pleurésies , des péripneu- I monies, etc. ; ces fièvres aiguës cessèi rent avec le printemps. Cette saison i ayant été suivie d’un été sec et chaud ,
I il y eut peu de maladies aiguës , et les : anciennes maladies chroniques devin- ' rent moins fâcheuses. L’automne fut I froid et sec , et l’hiver neigeux et favorable ; de sorte que ces saisons pro- I duisirent très-peu de maladies jusqu’au > commencement de février, où il parut ; une hèvrç catarrhale ; le temps devint
alors très-inconstant. Le printemps fut froid et humide, ainsi que l’été , à quelques petites chaleurs près. Cette fièvre actarrhale régna avec violence pendant vingt jours ; elle fut suivie de pleurésies, de péripneumonies, de rhumatismes, etc., et d’une fièvre intermittente , qui dura pendant tout le printemps. Le scorbut parut aussi dans le mois de mars (1731): il attaqua d’abord un petit nombre de personnes ; mais peu de temps après , le nombre des scorbutiques fut égal à celui des fébricitants; il devint ensuite supérieur, et les fièvres cessèrent.
Celte maladie commençait par la bouffissure et la pâleur du visage , les taches livides, etc., et elle était accompagnée des symptômes que nous avons rapportés ci-dessus. Elle régna avec une violence extraordinaire pendant les mois d’avril et de mai , presque jusqu’au milieu de juillet : elle diminua alors, à cause de la chaleur de la saison ; quelques malades devinrent enflés et hydropiques; quelques autres tombèrent dans la phthisie ; plusieurs furent attaqués des coliques les plus violentes, avec une contraction opiniâtre du ventre ; on remarqua enfin dans d’autres le sphacèle des gencives et du gosier, des tumeurs scorbutiques, etc. Il survenait sur le corps des tumeurs molles et livides; on aurait cru qu’elles étaient remplies de pus , mais lorsqu’on les ouvrait, il n’en sortait que du sang dissous et noirâtre. Les ulcères que ces tumeurs formaient étaient environnés de chairs fongueuses et putrides : ils étaient très-profonds, et saignaient pour peu qu’on y touchât (c). — Quique le scorbut fut assez fâcheux par lui-même, il était souvent rendu plus mauvais par sa complication avec d’autres maladies sporadiques, telles que les fièvres , les rhumatismes , et surtout les fièvres intermittentes. 'Tous ceux qui étaient attaqués de ces dernières devenaient scorbutiq«cs dans leur convalescence. Ceux qui avaient quelque maladie chîTonique' , soit dans l’hôpital , soit dans la ville , furent presque tous plus ou moins affectés du scorbut. Ainsi , toutes les maladies , de quelque espèce
(c) Celte description des tumeurs et des ulcères scorbutiques est très -exacte.
Comparez-la avec celle de Poupart, page 456, tome i, du docteur Huxham, p. 119, lomei, et avec d’autres observaiionsj p. 228; tom. I, ctç,
TRAITÉ
qu’elles fussent, devinrent plus fâcheuses et plus opiniâtres ce printemps. — Le scorbut ayant cessé entièrement dans le mois de juillet, quelques fièvres bénignes prirent sa place pendant le reste de Tété et tout l’automne.
Au commencement de l’année 1732, il régna une fièvre de printemps assez bénigne ; la fausse pleurésie parut bientôt après, et fut plus fréquente; enfin, on vit paraître le scorbut. Toutes ces maladies cessèrent entièrement au commencement de l’été, qui fut sec et chaud. Ce temps continua pendant un mois ; il devint alors pluvieux et froid , ce qui produisit un catarrhe accompagné de la toux, etc. Celte maladie fut générale, se répandit dans tous les pays voisins , régna avec beaucoup de violence à Pétersbourg, et attaqua même ceux qui étaient sur mer.
Après plusieurs observations curieuses, mais étrangères à notre sujet, l’auteur remarque que le scorbut qui régna dans le printemps de 1733 fut d’une nature plus bénigne que celui des années précédentes. Cependant , comme l’été et l’automne furent humides , cette maladie , contre son ordinaire , continua à régner pendant ces deux saisons. Une chose singulière, c’est que la gale et le pourpng; prévalurent en même temps que le scorbut. On se servit pour la curation d’essences et de conserves de plantes antiscorbutiques , aromatiques , amères , etc. L’auteur employa plusieurs remèdes, parmi lesquels, malheureusement, il y en avait peu ou même point qui fussent de véritables antiscorbutiques.
1737. Joannis-Georgii-Heniuci Krameri Dissertatio epistolica de scorbuto,
1720. The case of the impérial troops in Hungnry^ transmiUed to the College of physicians nt Vienna ^ by the Author.
Relation de la maladie qui régna parmi les troupes impériales en Hongrie , envoyée au Collège' des médecins de Vienne , par l'auteur,
La calamité qui afflige les troupes impériales n’est point celte espèce de scorbut décrite par Eugalenus et plusieurs autres auteurs. Elle en diffère par trois particularités.
1» Elle n’est point contagieuse : car aucun officier n’en est attaqué, et elle
règne seulement parmi les régiments qui se nourrissent d’aliments grossiers.
2° C’est une maladie secondaire et non idiopathique. Elle attaque ceux qui viennent d’essuyer des fièvres, et principalement ceux qui ont eu de fréquentes rechutes.
3® Elle n’est point accompagnée de cette variété de symptômes décrits par les auteurs. Les apparences de cette maladie sont, à tous égards, constamment uniformes.
Dans le premier période, les gencives sont tuméfiées , couvertes de taches livides, et saignent facilement. Elles deviennent ensuite extrêmement putrides , riialeine est très-puante , et les dents tombent. — Dans le second période , le genou est la plupart du temps contracté, de sorte que le malade ne peut point étendre la jambe. On éprouve dans celte articulation , et souvent dans les autres , de violentes douleurs lancinantes. Les | genoux contractés s’enflent aussi , et les tendons du jarret deviennent extrêmement raides et douloureux. La peau se couvre d’extravasations bleuàircs, entremêlées de petites éruptions milliaires.
Les yeux et même les autres parties du corps se couvrent , dans l’espace d’une nuit, de grandes taches livides : il semble que le malade ait reçu plusieurs contusions. Ces taches sont entièrement indolentes. Les muscles des jambes , des cuisses et même des joues devienneut extrêmement enflés et durs : leur dureté est quelquefois portée au dernier degré. Ces tumeurs , ainsi que les larges ecchy-fj moses, ne suppurent jamais. Le pouls ,1 est fréquent, petit et dur. L’urine est rouge, et dépose un sédiment épais et inégal.
Si le malade continue k se nourrir ■ d’une nourriture grossière ( comme c’est i le cas de plusieurs de nos soldats , faute' de commodités nécessaires), la maladie i parvient à son dernier période. Les gen- ] cives et les joues s’enflent prodigieuse- j ment. Les mâchoires tombent en gan- i grène , ou l’os maxillaire se carie : cesij deux symptômes sont incurables. La res- 1 piration devient si difficile , que les ma-ij lades tombent en syncope au moindre 1 mouvement qu’ils font, et que souvent j ils meurent subitement en se promenant. 4 Ordinairement celte difiiculté de respi- j rer devient extrême quelques jours avant j la mort : le malade cependant n’est pointi | tourmenté de la toux, et ne crache point.. | Les hydropisies de toute espèce et les j
DU SCORBUT
enllures œdémateuses accompagnent les derniers périodes de celte maladie. Si , lorsque le malade est couché, la tête est dans une situation déclive , le visage devient si enflé en moins d’une demiheure , qu’il ne ])cut point ouvrir les yeux. Ces sortes d’enflures disparaissent souvent et reviennent. Le malade est sujet à de copieuses hémorrhagies du nez , et enfin à une diarrhée, ou à une dysenterie, qui souvent le mènent au tombeau. — Dans le commencement de la maladie, l’appétit et la soif sont dans l’état naturel; vers la fin, la soif augmenle , et l’appétit disparaît.
De tous les symptômes de cette maladie , rapportés par les auteurs , ceux dont je viens de parler sont les seuls qui se présentent. — Telle est la terrible maladie dont nombre de malheureux sont les tristes victimes en Hongrie. Les malades meurent ordinairement au bout de trois semaines , d’un mois , et tout au plus de deux ou trois mois. S’ils résistent jusqu’à l’été, ils guérissent parfaitement, ou leurs genoux demeurent contractés, et cette contraction est incurable. — Les causes éloignées de celte maladie sont les rechutes après de longues lièvres, qui ont été épidémiques dans ce pays; le terrain humide et marécageux , et surtout la nourriture grossière et visqueuse , telle que des farines grossières , du pain noir et pesant, et un aliment qu’on appelle roZ/rt/çc/îe/z. Les troupes bohémiennes se servent plus de cette nourriture que toutes les autres ; aussi sont-elles presque les seules affectées. 11 est à remarquer que celte maladie paraît toutes les années dans le commencement du printemps , et jamais dans l’été , l’automne , ni l’hiver.
' Voici maintenant les remèdes que nous
I avons tentés pour la guérison de cette maladie. Mais, avant d’aller plusdoin , il faut observer que quatre cents soldats, près de Belgrade, ayant pris du mercure sans mon avis, furent tous attaqués d’une salivation qui les fit périr; je bannis en conséquence l’usage de ce funeste remède. J’ai commencé la curation par un émétique, cifin de nettoyer les premières voies, et parla, faciliter l’entrée des anliscorbutiques dans le sang. J'ai administré ensuite les plus approuvés de ces remèdes, sous les formes recommandées par les auteurs , et sous toutes celles que j’ai pu imaginer. Telles sont les racines de raifort, de taraxacum, d’arum , de salsepareille, de squine, etc., le bccabunga,
le cresson, le trèfle d’eau , le cochléaria , l’oseille , le scordium , la rata muraria , le romarin, la sauge, la petite centaurée, le sedum minimum , etc. ( toutes ces plantes étaient sèches , car nous ne pouvions point en avoir de fraîches} ; le bois de gayac, de sassafras, etc. , les pignons, les écorces de W inter, de gayac, d’oranges ; les baies de laurier , de genièvre, etc. J’ai donné aussi toutes sortes de sels volatils et fixes , particulièrement le sel volatil de corne de cerf, Varcartum dublicatum , le sel de tartre, la crème de tartre , le sel ammoniac cru ; toutes sortes de préparations martiales ; l’esprit de sel ammoniac, le sel volatil huileux, la teinture de tartre, celle du bézoard , l’esprit de cochléaria , etc. Comme on ne peut, point avoir ici les sucs de citrons et de limons, j’ai donné à leur place le vinaigre thériacal , ou le vinaigre ordinaire, dans lesquels je faisais infuser plusieurs des remèdes dont je viens de parler, et surtout la fameuse racine de raifort sauvage. Je n’ai point épargné les remèdes les plus chers; la teinture martiale , celle d’antimoine , celle de Lune, etc., ont été employées. Mais, hélas ! tout a été inutile.
En un mot , il n’y a point de remède recommandé par les meilleurs auteurs , que je n’aie éprouvé {d) , à l’exception du suc des plantes fraîches , et de leur quintessence, recommandée par May (e).
Il m’est impossible de me procurer ces plantes, ou leurs sucs, parce que, comme j’ai déjà observé, elles ne viennent pas dans ce pays. Nous n’avons ici que la roquette sauvage et le rapisirum arvo~ rum. Mais qui est-ce qui pourrait en cueillir une suffisante quantité pour un si grand nombre de malades? Quand le lait serait convenable , on ne pourrait en fournir à une si grande multitude , et à plus forte raison le petit-lait. — Voyant les malheureux succès des remèdes recommandés par les autres , et de ceux que je pouvais imaginer ; et réfléchissant que le scorbut venait ordinairement après de longues fièvres, et qu’il était acompagné d’une fièvre lente ,
[d) Il donne, dans cet endroit , la liste de soixante écrivains modernes sur le scorbut, de la plus grande réputation, à laquelle il ajoute uii etc,
(e) C’est un remède du docteur Michael : voyez page 173. L’auteur observe ensuite qu’elle ne fut d’auçunc utilité.
348 TRAITÉ
j’ai donné le quinquina sous la forme d’un électuaire, ou en infusion. J’ai guéri en peu de jours , par le moyen de ce remède , soixante soldats du régiment de Bagnan, qui étaient dans le second période de la maladie (I). Mais ces malades avaient alors une nourriture convenable , telle qu’on ne peut se la procurer aujourd’hui. J’ai éprouvé depuis peu la graine -de moutarde. On dit que cette semence fut le salut de la garnison de la Rochelle, lorsqu’elle était attaquée de celte maladie. Mais, dans ce cas ci , elle a eu le sort de tous les autres remèdes. Je n’ai pas besoin de parler des applications extérieures ; puisque les puissants remèdes internes , dont j’ai fait mention , ne sont d’aucune utilité , il y a peu de chose à espérer de leur part. J’observerai seulement que plusieurs régiments ont fait usage des bains du pays , mais inutilement, — Je vous prie donc, messieurs, si quelqu’un de vous possède quelque remède ou quelque secret contre cette terrible maladie, d’avoir la bonté de m’en faire part.
Faites-moi la grâce aussi de me donner votre meilleur avis. Peut-être que quelqu’un parmi vous a la connaissance du mercure fixé, vanté par Dolée et Van- Helmont, qui guérit le scorbut sans le secours d’une nourriture convenable , que nous ne pouvons procurer aux malheureux malades en Hongrie. — On donna une copie de celte relation à chaque membre du collège des médecins de Vienne; et, par ordre du doyen de la »^Faculté , ils turent obligés de donner dans trois jours leurs sentiments par écrit. Ce qui produisit la réponse suivante. ,
Nous avons reçu voire relation exacte du scorbut , qui fait de si terribles ravafges dans le printemps, parmi les troupes impériales en Hongrie. Toutes les circonstances ayant été considérées attentivement par les plus expérimentés de notre Faculté, la première règle que nous prescrivons , c’est de faire une grande attention aux choses non naturelles. Sans cela, les remèdes les plus efficaces peuvent demeurer sans effet ; au lieu que , lorsqu’on y a un égard convenable , les remèdes les plus simples opèrent des merveilles. Gomme les causes de celte maladie paraissent être
(1) L’auteur parle de deux ans auparavant,
un air impur, et un terrain humide et marécageux ( vices auxquels il n’est pas facile de remédier), il faut que les troupes changent souvent de quartier , et qu’elles aillent dans des endroits où l’on respire un meilleur air. Lorsqu’elles sont dans des lieux malsains, elles doivent faire usage, par manière de préservatif, de la fumée de tabac, de genièvre. On devrait leur fournir toujours de la paille sèche pour couvrir la terre, et la meilleure nourriture qu’il est possible.
— Pour ce qui est de la curation , après avoir noté d’infamie ceux qui pnt recommandé une salivation mercurielle dans celte maladie , comme méritant à plus juste titre le nom de destructeurs du genre humain, que celui de médecins, nous conseillons de commencer par exciter un doux vomissement par le moyen de l’ipécacuanha , et de passer ensuite à l’usage des antiscorbutiques végétaux les plus approuvés, tels que le cochléaria , le bécabunga , le cresson , la fumeterre , les fleurs d’hypéricum , le trèfle d’eau , etc. On peut donner le suc, l’extrait, la teinture, la décoction, etc., de ces plantes dans du petit-lait, ou du bouillon. Comme vous n’avez aucune de ces plantes, nous vous envoyons leurs graines , afin de les semer dans le pays , et , en attendant que ces semences aient eu le temps de germer et de croître , nous vous envoyons aussi ces plantes sèches , et leurs sucs épaissis. Nous vous recommandons encore deux remèdes dont on a éprouvé de très-bons effets {f). ^
f^oici les autres éclaircissements et expe'riences de l'auteur.
Le scorbut attaquait seulement ceux!
qui, après des fièvres et de fréquentes i rechutes, faisaient usage d’une nourriture grossière et visqueuse. Aucun officier , par conséquent , n’en fut affecté ; non plus que les dragons qui, ayant meilleure paie , vivaient mieux que les! autres soldats. Il était toujours accom^l pagné de quelques restes de fièvre, qui se manifestaient par le pouls et l’urine.
(/) Le premier de ces remèdes était une pâte du docteur Hoferus, composée avec les poudres de racine de squine, de salsepareille et d’orge. Le second était une eau distillée antiscorbulique de Swin* ger. L'auteur observe ensuite que ces remèdes ne furent d’aucune utilité,
DU SCORBUT
Les naturels du pays ont été entièrement exempts de cette maladie', tant en Hongrie qu’en Piémont , où elle régna dernièrement parmi les troupes. On l’observe quelquefois en Allemagne, parmi ceux qui ne se nourrissent que de pois bouillis, sans manger aucune espèce de végétaux récents, ou de fruits d’été. On voit tous les ans des scorbutiques dans l’hôpital de Dresde. Cette maladie est souvent funeste dans les villes assiégées, et sur les vaisseaux , dans les voyages de long cours. Elle se guérit cependant assez promptement dans les pays froids , comme en Groënlande , par le moyen du cochléaria; et dans les pays chauds, par le suc d’oranges. Les matelots hollandais préviennent efficacement celte calamité , en mangeant deux fois par semaine des choux confits. Lorsque , par imprudence , on saignait les scorbutiques , dans le dessein de diminuer leur difficulté de respirer , il ne se faisait point de séparation dans le sang tiré des veines, et sa superficie se couvrait d’une pellicule blanche et graisseuse. On n’observe point de contraction dans d’autres articulations, que dans celle du genou.
Le commencement et les progrès de cette maladie se font toujours régulièrement , de la manière que j’ai décrite dans la relation que j’ai envoyée au collège de Vienne. On ne peut point dire qu’une personne soit attaquée du scorbut, ou d’aucun de ses symptômes , si les gencives ne sont affectées. La putréfaction de ces parties est le symptôme principal et inséparable de la maladie , dès le commencement de son premier période.
L’orthopnée, l’hydropisie et la dysenterie, qui accompagnent le dernier période , rendent souvent la maladie incurable. Pour ce qui est des douleurs , elles se font sentir également le jour et la nuit , et ne sont point augmentées par la chaleur du lit. — Lorsque les genoux sont enflés, ils sont couverts ordinairement de larges ecchymoses. Ces ecchymoses ne suppurent jamais dans auicune partie du corps , si ce n’est dans les gencives, où elles se crèvent souvent et s’ulcèrent. Les tendons fléchisseurs de lia jambe sont les seuls qui se raidissent ; ipar exemple, ceux des muscles demi-nerïveux cl demi-membraneux. Les scorbuti- Iques n’éprouvent de coliques , que lorsiqu’ilsont une diarrhée ou une dysenterie. — Dans plusieurs milliers de scor- 'butiques que j’ai vus, il ne s’est jamais iprésenlé une vraie pleurésie, une coli-
que néphrétique, ufie Strangurie, ni des hémorrhagies de la peau , à moins qu’il n’y eût une blessure. Les scorbutiques sont sujets cependant à des hémorrhagies des poumons, de l’estomac, des intestins, etc. Je n’ai jamais observé d’autres ulcères que ceux des gencives et des joues , que j’ai déjà décrits; et beaucoup moins encore aucune espèce de gale. Les scorbutiques n’ont jamais ni accès d’épilepsie , ni paralysie , ni tremblement , etc. Leur mort est la plupart du temps tranquille , excepté que leur respiration est laborieuse. — Je puis assurer , d’après plus de mille expériences , que les sucs récents de cochléaria et de cresson , mêlés ensemble, ou donnés séparément à la dose de trois onces , deux ou trois fois par jour , dans un bouillon chaud , guérissent très-efficacement le scorbut. Ces sucs occasionnent de légères rougeurs de la face , sont carminatifs, et excitent l’urine et la transpiration. Dans les pays où l’on ne peut se procurer ces plantes récentes, comme dans plusieurs endroits delà Hongrie et dans les pays chauds, on peut guérir efficacement cette maladie par le moyen des sucs d’oranges ou de citrons. Ces sucs doivent être donnés deux fois par jour , à la dose de trois ou quatre onces dans une pinte d’eau sucrée, ou, ce qui vaut mieux, dans du petit-lait. Vingt scorbutiques, dans l’hôpital Saint-Marc à Vienne , furent guéris dernièrement par le moyen du suc de citrons , donné dans du petit-lait. — Je ne connais d’autre préservatif contre cette maladie, que l’essence de quinquina (1), prise le soir’en se couchant, à la dose de deux dragrnes, seule ou mêlée avec d’autres amers. C’est par le moyen de ce remède, que le fameux comte de Bonneval se préserva pendant plusieurs années, ainsi que ses domestiques, des maladies qui régnaient dans la Hongrie.
1739. Freuerici Hoffmanni, Medicinæ
rationalis systematicæ^ tome 4, part.
6, cap. 1 , de scorbuto , ejusque vercL
indole.
Cet auteur , à la manière de Willis , donne une énumération des symptômes du scorbut, suivant les différentes parties affectées. H appelle celte énumération, une histoire complète de celle ma-
(1) Je crois que l’auleur veut dire l'exirail.
350 TRAITÉ
ladie. Il observe » entre autres choses , que la colique scorbutique se dislingiie de toutes les autres , parce que la douleur est extrêmement aiguë , lancinante et insupportable. Le ventre n’est point distendu par des vents comme dans les autres coliques : mais le nombril est retiré vers les vertèbres , de façon qu’il forme une cavité capable de loger le poing. Elle est très-opiniâtre, et ne cède point aux remèdes, ni aux fomentations.
Une chose particulière à celte colique , c’est qu’elle se termine souvent par une paralysie. A la suite de la difliculté de respirer scorbutique, le malade est trèssujet à devenir hydropique ; surtout si ou lui a fait prendre des purgatifs violents. On distingue le mal de dents scorbutique de tous les autres , parce qu’il paraît subitement et disparaît avec la même promptitude. Les maux de tête scorbutiques sont très incommodes le soir, mais iis cessent dès que le malade vient à suer. Certains malades demeurent plusieurs semaines sans pouvoir dormir ; et les veilles ne les atfaiblissent pas sensiblement. Les ulcères scorbutiques se montrent de la manière suivante. La partie devient d’abord douloureuse ; l’épiderrne se sépare ensuite comme si l’on avait versé de l’eau bouillante sur la peau. Il coule de cette partie une humeur séreuse , et le malade y ressent de très-vives douleurs. On n’y observe presque jamais de véritable pus. D’autres fois les ulcères scorbutiques sont profonds et entièrement sècs; ils ne fournissent ni pus , ni sanie , et sont trèssujets à tomber en gangrène.
Notre auteur regarde les eaux minérales comme les meilleurs remèdes contre le scorbut. Une longue expérience l’avait convaincu qu’elles suffisaient pour la curation de cette maladie , en faisant usage en même temps d’un régime et d’aliments convenables. Il recommande les eaux de Carlesbade , de Seller et d’Egra. Lorsqu’on n’est point à portée de prendre les eaux minérales , il conseille de faire usage de l’eau commune, pourvu qu’elle soit pure et' légère : par ce moyen on guérira la maladie , mais on réussira encore mieux , si on se sert d’une eau chargée départies ferrugineuses , telle que celle de la fontaine de Lauchstadt , à deux milles de Hall: on doit faire usage de cette eau intérieurement et en forme de bains. Il recommande aussi le lait pour toute nourriture , surtout celui d’ànesse. Lorsque
le scorbut est compliqué avec l’obstrue- i lion des viscères, la cachexie, la passion c hypochondriaque ou le pourpre chroni- ] que ; on le traite avec plus de succès,! s en faisant prendre le lait niêlé avec l’eau ; minérale. Il observe que le mercure est ii extrêmement pernicieux dans celte ma- (i ladie; et il fait mention de plusieursi ii antiscorbutiques amers, émollients, etc., il qui peuvent être convenables. jl(
1744. Sirls : A cliain of philosophicaÙ\\^ leflections and inquiries concerning^\i ike virtues of tar 'water^ hy lhe\i Jlight Rev. D. George Berkeley , li Lord Bisliof. of Clojne. f
Rechercher philosophiques sur les ver- c tus de Veau de c^oudrouy par le doc- ) leur Berkeley, éveque de Cloyne. 3
Le scorbut peut être guéri par l'usage 1 constant, régulier, copieux et unique de 1 l’eau de goudron ; du moins si l’auteur i peut en juger par ce qu’il a éprouvé. 1
1747. Theoretisch practische abhancB lung des Schorhoctes, wie sichderseV bige vornemlich beydenen Kaiserlich Ruszischen arniecn an verschiedeneu orien geaussert luid gezeiget liai, etc.
Traite théorique et pratique du scor- \ but^ particulièrement de celui qui a régné dans les années russiennes, avec une description circonstanciée de ses causes et les moyens de le prévenir et de le guérir., par Abraham Nitzscii.
L’auteur censure les trois opinions suivantes : 1° quelques médecins attribuent au virus scorbutique plusieurs maladies opiniâtres , principalement celles qui produisent beaucoup d’impuretés dans la masse du s.mg , telles que IcsI maladies cutanées, le pourpre chronique, etc. ; 2° quelques autres, sans nier entièrement l’existence du scorbut, le renferment dans des bornes trop étroites 3“ d’autres enfin ont décrit les causes, les différentes espèces et la curation de cette maladie d’une manière trop vague. I — Lé Scorbut a été attribué à l'usage des viandes salées, séchées et fumées; mais cette opinion est réfutée par l’expérience journalière. D’autres ont regardé un terrain aqueux et un air humide et chargé de brouillards , ou simplement le défaut d’une suffisante quantité
DU SCORBÜT i PAR LIND. 351
de végétaux , comme la seule cause de cette maladie ; au lieu qu’elle ne vient point d’une cause en particulier, mais seulement du concours de plusieurs causes. Lorsqu’une nourriture grossière, indigeste et corrompue, un air humide, froid ou chaud , et l’usage d’une eau impure et putréfiée , agissent de concert, ils produisent le scorbut et suffisent poulie porter au plus haut degré de violence.
— Comme ces causes opèrent lentement , les progrès de la maladie sont très-lents. Le visage change de couleur. Il survient une lassitude universelle. Les jambes et les cuisses deviennent pesantes , et on éprouve une faiblesse considérable dans les genoux. Les gencives en même temps commencent à s’enfler et à se corrompre. Le changement de couleur du visage augmente ensuite ; les jambes commencent à devenir douloureuses ; les joues et les os s’enflent ; les gencives parviennent à un degré extraordinaire de putridité. Le malade devient plus faible, il éprouve une difficulté de respirer après l’exercice. Les genoux et les articulations se contractent Enfin , l’appétit diminue peu à peu ; le ventre se constipe , l’abdomen et les hypochondres sont affectés.
Il paraît tout-à-coup , dans quelques espèces de cette maladie, plusieurs sortes de taches bleuâtres; tels sont les symptômes du scorbut lent ou froid. Mais, avant de passer à la description du scorbut chaud , il est à propos de distinguer les différentes espèces de scorbut froid.
— La première espèce est celle où l’on observe sur les jambes et sur les articulations de grandes taches noires, semblables aux marques qui restent après des coups de fouet. Ces taches paraissent quelquefois sur la poitrine et sur le dos ; on en voit ordinairement sur une ou même sur toutes les deux paujiières et sur leblanc des yeux. Les yeux s’enflent, deviennent rouges , et il survient une ophthalmie qui parvient peu peu à son troisième degré ou chemosis. Les gencives se tuméfient extrêmement , perdent leur couleur nalurelle , deviennent trèsmollasses, spongieuses, et laissent échapper, lorsqu’on les presse , une matière jaunâtre et puante. Les glandes parotides sont ordinairement fort grosses ; cette espèce porte le nom de scorbut livide.
C’est la seule où la peau soit couverte de raies, en partie obscures, rougeâtres et livides : elle vient d’une dissolution considérable des globules rouges du sang.
Le malade a la fièvre, et les douleurs
sont très-violentes. Celte espèce est celle qui régna le plus communément à Wibourg en 1732 , et à Pétersbourg en
Les globules rouges du sang ne sont pas si dissous dans la seconde espèce que dans la première : elle vient principalement de la viscosité de la partie séreuse ou lymphatique. Les taches sont d’un rouge plus foncé , et deviennent par la suite d’un jaune obscur. Elles sont trèspetites, ressemblent à de petites lentilles ou à des pétéchies, rendent la peau douloureuse, et ne paraissent que sur le devant de la jambe et les malléoles. On observe quelquefois des taches [vibices) rougeâtres sur le genou et le jarret. La douleur et l’enflure de ces parties, ainsi que la fréquence du pouls , augmentent toujours à proportion de la rougeur de ces ecchymoses. Les gencives ne sont pas si mollasses que dans la première espèce; leur partie supérieure est cependant plus excoriée. On observe dans l’intérieur des joues, des tumeurs raboteuses semblables à des verrues, et d’autres fois fongueuses. On voit quelquefois une substance unie et fongueuse s’élever des parois internes des joues et s’étendre jusqu’au fond de la bouche : cette espèce est appelée scorbut lenticulaire, ou /?etéchial,, à cause de la forme des taches. Le malade crache davantage , et l’ haleine est plus puante que dans aucune des autres espèces, La partie du muscle crotaphite , située sous l’arcade zygomatique, est quelquefois enflée et durcie j mais les glandes parotides ne sont jamais tuméfiées. Quelques personnes furent attaquées de cette espèce de scorbut en 1732 à Wibourg ; mais elle en affecta un plus grand nombre dans les retranchements d’Ust-Samara en 1737. — La troisième espèce de scorbut est produite par la corruption des parties huileuses du sang. On n’observe point de taches dans cette espèce, parce que la sérosité, ni la partie grumeleuse ne sont point visqueuses; tout le corps, au contraire, se couvre d’une tumeur pâle , qui devient jaunâtre à mesure que les particules huileuses acquièrent de la rancidilé. Lorsque la graisse est parvenue à une dureté égale à celle du suif, les cuisses et les bras sont prodigieusement enflés et durcis , et on observe des concrétions tophacées sur les mains et sur le tibia. La sérosité devient vappide avec beaucoup plus de facilité et de promptitude dans cette espèce que dans les autres; les par-
TRÀlfé
ticules salines acquièrent de racrirhonie de jour en jour : les joues en conséquence sont plus enflées, les genoux plus contractés, les dents plus ébranlées, et les gencives beaucoup moins mollasses et putrides. Il s’élève quelquefois de l’angle delà mâchoire inférieure des chairs fongueuses. Les mâchoires se serrent l’une contre l’autre avec une dureté des glandes parotides , et des muscles crotaphites ou masseters , ou même sans aucune dureté. Lorsque cette sérosité vappide s’accumule dans la tunique adipeuse, elle produit l’anasarque. Si cette accumulation se fait dans les poumons, elle cause l’asthme , et ensuite une véritable hydropisie dans la poitrine ; si c’est dans le bas-ventre , une ascite par infiltration ; si elle se jette dans les glandes des intestins, elle occasionne une diarrhée ; enfin, lorsque cette sérosité devient âcre par le mélange des particules salines et huileuses , elle produit des douleurs rongeantes des plus cruelles dans différentes parties du corps. Ces douleurs deviennent entièrement insupportables dans les endroits où cette humeur se corrompt, et principalement dans l’articulation des côtes avec le sternum. La carie s’empare des côtes , et on en peut enlever des morceaux. Celte corruption de la sérosité produit un asthme spasmodique et suffoquant, une diarrhée colliquative avec des tranchées , et enfin la gangrène des joues, ou une hydropisie de basventre incurable. Celle espèce de scorbut est de plus longue durée qu’aucune des autres : elle continue souvent pendant tout l’été et jusqu’à la fin de l’automne. Comme elle n’est point accompagnée d’aucune espèce de taches , on peut la nommer scorbut pâle ; mais lorsque la graisse est épaisse et visqueuse , il faut y ajouter l’épithète de muqueux. Enfin , on peut lui donner les noms de scorbut rancescenty tophacd ou muriatique, suivant que les huiles sont devenues rances, dures, et semblables à du suif , ou que les sucs ont contracté une grande acrimonie. L’auteur vil un grand nombre de malades attaqués de cette espèce de scorbut devant Asoph et dans l’hôpital général de l’armée à Sainte- Anne, ainsi que dans la campagne de Weislcr. Il observa le scorbut tophacé pour la première fois à Borgo en Finlande en 1742 ; et le muriatique dans rhôpital de campagne établi à Abo en 1743. Dans celle dernière espèce, les cartilages des côtes étaient réellement séparés du ster-
num : la vue et le tact le démohtraient évidemment {g).
Telles sont les principales espèces de scorbut lent que l’auteur observa dans les armées de Russie. Il parle , à la vérité, d’une autre espèce de ce meme scorbut ; mais il ne le remarqua que dans les relranchemen'.s d’Ust-Samara. Elle vient d’une entière résolution de la partie rouge du sang. Le malade est d’une faiblesse extraordinaire ; son corps est extrêmement rouge; ses joues tuméfiées et pendantes ; il tombe dans une profonde cachexie. Les gencives deviennent extrêmement fongueuses, putrides, puantes et purulentes; les genoux se contractent, etc. — Venons maintenant au scorbut chaud et douloureux. Il n’y en a qu’une seule espèce. Voici les symptômes qui le distinguent du précédent.
1 ° On n’observe aucune enflure ; le corps, au contraire , est maigre et exténué {h). 2° Les gencives ne sont point fongueuses ni fétides ; on y* ressent une grande chaleur : elles sont si fort enflées et si douloureuses, que, pour peu qu’on les touche , le malade est réduit aux abois.
3» Les douleurs ne sont pas si fixes que dans le scorbut froid. J.e malade se plaint continuellement et déplore sou état eu soupirant; il a une fièvre irrégulière, mais cependant continuelle. Les douleurs sont vagues, elles quittent quelquefois le dos et attaquent la moitié de la tête, ou la tête entière , les dents et le cou ; ou , après avoir causé les tourments les plus cruels , elles se jettent subitement sur la partie externe ou interne du thorax , et occasionnent une oppression extrême, des douleurs de côté, etc. Ces douleurs se fixent ensuite dans l’ab'domen et produisent des coliques, des douleurs néphrétiques {i) , la suppression de l'u-
{(j) Ce symplôme est semblable à celui qu’on observa à Paris. (Voyez les dissections, part. Il, cil. 7.)
(h) Voyez part, ii, p. 468, loin. i.
(/) Voyez Sinopée, part, ni, p. 1, t. 2, 11 semblerait parles relations des auteurs du Nord que les maladies vénériennes ne cèdent point aussi promptement aux remèdes dans ces pays , que dans les climats plus chauds. Sinopée dit qu’il eut beaucoup de peine à guérir même les gonorrliées ordinaires à Cronsladt ; et pour ce qui est de la vérole , on ne pouvait point la guérir par les salivations répétées , à moins qu’elle ne fût très-récente ; car elle reparaissait toujours dans le
DU SCORBüt
rine, et toute sorte de contractions convulsives dans les extrémités. 4“ Les genoux sont extrêmement raides et contractés ; mais ils ne sont pas aussi enflés et enflammés que dans le scorbut froid , à moins que la tumeur n'ait été occasionnée par quelque accident extérieur.
5° On n’y observe point de taches. 6® La principale différence s’aperçoit dans Tiirine : car, quoique l’urine soit d’un rouge foncé dans les scorbuts livide et pétéchial , et qu’elle souffre peu d’altération lorsqu’on la laisse reposer , cependant le scorbut chaud est distingué de ces deux espèces , par la fièvre qui l’accompagne, par le sédiment épais et sablonneux que l’urine dépose , et par la pellicule mince, blanche et graisseuse qui couvre cette même urine. L’auteur a remarqué cette espèce de scorbut dans différents endroits , mais il ne l’a vu nulle part aussi fréquemment qu’à Wibourg. — Voici les différentes causes qui produisent cette maladie, et l’ordre dans lequel elles se présentèrent.
Quant au siège d’Asoph, celte place fut attaquée dans le printemps de 1736. Le temps était extrêmement froid , et il tomba beaucoup de pluie et de neige. Comme il n’y avait point de bois dans le voisinage , les troupes souffrirent extrêmement, faute de feu. Les régiments qui eurent ordre de nous joindre ne souffrirent pas moins : la plupart furent obligés d’entreprendre avec précipitation un long voyage par terre , où ils furent transportés par des bateaux, sur le Don, avec l’artillerie de la nouvelle Pawloflfsky et des places voisines. Or, comme différents accidents firent durer ce siège pendant trois mois , les troupes furent exposées à de très-grands inconvénients et souffrirent beaucoup. 1» Le temps devint excessivement chaud et était entièrement insupportable dans les i jours sereins. 2° Nous eûmes beaucoup ! d’humidité et de pluie. L’armée qui était campée sur un terrain montueux et glisli sant, et dont les tentes étaient en mau-
] printemps avec le scorbut, qui réveillait : constamment les restes du virus vénérien
1 assoupi dans le corps. Ceux qui , dans I une constitution scorbutique, subirent une légère salivation , pour des symplôj mes vénériens, furent attaqués d’un scor- I but des plus terribles. Cette maladie étant guérie, elle laissa après elle la vérole plus mauvaise qu'auparavant.
1 LincL
vais état, en fut extrêmement incommodée, ainsi que les malades qui étaient mal soignés. 3° La rivière du Don abonde extrêmement en poisson ; l’usage trop fréquent de ce poisson , mal apprêté , occasionna la maladie. 4® Le pain était mal cuit, faute de bois. 5® L’eau qu’oa prenait dans les endroits guéables du Don était très-impure , et le devint davantage de jour en jour. On peut ajouter à ces causes les maladies du camp qui avaient précédé , telles que les diarrhées et les fièvres quartes opiniâtres : joignons-y encore les passions de l’âme , la vengeance , la colère , le mécontente^ ment , etc. , et les grandes fatigues que les soldats essuyèrent.
2® Pour ce qui est du fort Sainte - Anne , quoique l’endroit où il est placé soit assez élevé eu égard au terrain qui l’environne, cependant il est situé si bas, par rapport à la grande et à la petite Russie, qu’il est inondé toutes les années, lorsque les glaces et les neiges viennent à fondre. Le pays des environs ressemble à une vaste mer, et plusieurs parties du fort sont enfoncées de plusieurs pieds dans l’eau. Cette inondation du Don apporte une quantité incroyable de poissons excellents. Gomme ils étaient à trèsbon marché, les soldats en mangèrent une quantité immodérée. L’air, pendant l’inondation, est très-humide, froid et agité par leç vents, lorsque les eaux se dessèchent. Le temps est excessivement chaiid , et le soleil est brûlant dans les jours sereins; mais les nuits sont extrêmement froides , humides et chargées de brouillards. — A mesure que les marais se dessèchent , et que le poisson qu’ils laissent sur le terrain commence à se putréfier (1), l’air devient puant, et si épais, qu’il faut tous les matins quelques heures de soleil pour dissiper la vapeur nuisible qui couvre la surface de la terre. Lorsque les eaux se retirent, elles laissent à découvert un fond sablonneux , divisé en plusieurs petites îles et bancs de sable, environnés d’eaux croupissantes et peu profondes. Il arrivait souvent qu’au lieu de prendre l’eau dans les courants et dans les endroits profonds, ou l’allait chercher dans les endroils où elle était sale et bourbeuse. Les soldats se gorgèrent du poisson que ces eaux lais-
(1) La terre est couverte principalement d’une quantité étonnante d’écre»
visses*
TRAITE
saient après elles , ( l qu’ils mangeaient très mal ajiprêlé. Ia's baraques étaient conslniilcs sur un terrain bas , humide et marécageux. Enfin, comme il n’y avait dans la garnison d’autres habitants que les soldats, ils étaient obligés d’entrer tous les jours dans l’eau jusqu’à la ceinture , pour décharger le bois necessaire pour se cbaulïer et pour bâtir , qu’on leur envoyait toujours de l’Ukraine. — Voici là principale raison pourquoi le scorbut fut si fréquentdans les régiments qui marchaient vers Oezakow, lesquels envoyèrent à l'hôpital de Cobilack un si grand nombre de malades. Ils essuyèrent pendant 1 hiver dos fatigues excessives, soit en rompant la glace du iNieper, pour prévenir les incursions des Tartares, soit en faisant leurs travaux militaires, par un temps orageux, accompagné de pluie ou de neige ; ou pendant des froids et des gelées extrêmement fortes, sans avoir aucune commodité, ni le logement, ni la nourriture convenables.
Ceux même qui ne furent exposés à aucune fatigue, étant attaqués de maladies de différentes espèces , devinrent aussi scorbutiques, faute d’être bien soignés , et d’un repos con\'t?nable.
L’auteur ne parle point du scorbut qui régna pendant la marche d'Oezakow ; U ne traite que de celui de la campagne de Neister , parce qu’il y était en personne, et que, suivant les instructions qu’il a reçues, les causes de cette maladie furent peu différentes , ou même entièrement semblables dans l’un et l’autre cas. — La plupart des recrues nécessaires pour compléter les régiments , ne joignirent que lorsque l’année élait prêle à marcher, ou actuellement en marche. Ces recrues étaient composées ordinairement de nouveaux soldats ; et, quoiqu’ils fussent extrêmement fatigués par le long voyage qu’ils venaient de faire, il n’était pas possible de leur accorder le temps nécessaire pour se reposer. On les incorporait tout de suite dans les différents régimenis, et ils passaient loutà coup à un nouveau genre de vie, c’està-dire à des inquiétudes continuelles et aux devoirs militaires, extrêmement fatigants. — Les troupes se mettaient en marche de hon matin , souvent par. un temps très froid, très-pluvieux, ou chargé de brouillards épais. Une chaleur brûlante avec des nuages de poussière , ou bien une pluie très-abondante les accablait vers le milieu du jour. — Ces jiiarches duraient ordinairement jusqu’à
midi, et souvent davantage, suivant qu’on trouvait de l’eau , du bois et du fourrage dans ces endroits déserts. Le soldat, après une journée fatig.ante, entièrement affaibli par la chaleur excessive, ou baigné par la pluie, arrivait enfin à l’endroit destiné pour camper. Le repos même alors lui élait souvent interdit. Il était obligé d’être de piquet, ou de faire sentinelle à son tour. Les troupes souffraient encore extrêmement parce qu’elles ne trouvaient point de bonne eau sur les chemins. Quelques soldats, excédés par la chaleur, se jetaient dans des eaux bourbeuses, tandis que d’autres tâchaient d’étancher leur soif en buvant avec. avidité l’eau sale et croupissante qu’ils pouvaient rencontrer sur leur route. Ceci produisit plusieurs maladies, particulièrement des fièvres continue.s, inflammatoires, etc. Les tempéra ments pléthoriques tombaient en apoplexie, et mouraient promptement si on ne les saignait tout de suite. Le sang était si enflammé, qu’il sortait des véines aussi épais que de la poix; mais les malades furent exposés à des fatigues encore plus grandes. On les transportait sur des chariots découverts, où il étaient exposés à la pluie, à la poussière, au vent, à la chaleur et au froid. On les faisait partir le matin, long-temps avant le reste de l’armée. Malgré cela, comme ils étaient les derniers qui passaient les défilés, ils arrivaient toujours au camp plusieurs heures après leurs régiments.
On les descendait alors de leurs chariots, où ils avaient été entièrement baignés par la pluie, et on les mettait dans leurs lits, sous les tentes humides, et sur un terrain froid et mouillé. Pour surcroît de misère, il était impossible, dans cette contrée inhabitée, de leur procurer une boisson et une nourriture convenables, afin de leur rendre la santé et les forces. De pareilles causes , et le grand nombre de fièvres et d’autres maladies qui avaient régné auparavant dans le camp, et qui, faute de commodité et d’un bon Ifaitement, n’étaient point parvenues à des crises parfaites, doivent nous empêcher d’être surpris de la violence avec laquelle le scorbut régna pendant cette campagne, et de la grande mortalité qu’il causa.
Il est cependant remarquable que cette maladie ne fut pas, à beaucoup près, si fréquente dans lu campagne de Cochim, en 17,39, parce que les recrues rejoignirent beaucoup de meilleure heure. Elles
DU SCORBUT
eurent le temps de se refaire des fatigues de leur voyage, et de s’accoutumer un peu à la nourriture et à la vie militaires. Quatre chariots couverts, dont tons les rcgimei'.ts furent pourvus, et qui garantissaient les malades des injures du temps, contribuèrent aussi à prévenir le scorbut. Ces excellents réglements produisirent un si bon effet , que dans une division entière, composée de dix ou douze régiments, à peine eûmes-nous autant de malades qu’un seul régiment en avait eu la campagne précédente.
Pour ce qui est du nombre des morts , il fut extrêmement moindre. — On peut voir la méthode curative de l'auteur , dans sa relation du scorbut, qui régna à Wibourg, dont j’ai donné Textrail.
1748. voyaç^e round theworld^ in ihe years 1740, 4 1 , 42 , 43 , 44 , George ANS0N,^^q. «ow /orr/ Anson, commander in chief of a squadron of his Majesly's ships^ sent upon an expédition to ihe south seas. Conipiled Jrom his papers and maierials^ by Richard Walter, M, A. etc.
Voyage de George Anson, etc. dans les mers du Sud , tire de ses mémoires^ et publie' par Richard Walter.
Le scorbut commença à régner parmi nous, peu de temps après que nous eûmes passé le détroit de le Maire. Le longséjour que nous fîmes sur mer, les fatigues et les contretemps que nous éprouvâmes, rendirent cette maladie si générale, qu’à la fin d’avril il y avait peu de personnes à bord qui n’en fussent affectées à quelque degré. Il mourut dans ce mois trente - quatre scorbutiques sur le vaisseau le Centurion. Nous crûmes que la maladie était portée alors à un degré extraordinaire, et nous espérions que sa malignité diminuerait à mesure que nous avancerions vers le Nord ; mais l’événement ne répondit point à notre attente : nous perdîmes dans le mois de mai près du' double des malades. Gomme nous n’arrivâmes à terre que vers le milieu de juin, la morlalité augmenta de jour en jour ; de sorte qu'après avoir perdu plus de deux cents hommes, nous n’avions pas à la fin plus de six hommes en état de faire la manœuvre. — Cette maladie qui règne si fréquemment dans tous les voyages de long cours , et qui nous fut si fatale , est certainement la
PAR UNi).' 355
plus singulière et la plus bizarre de toutes celles qui affectent le corps humain. Ses symptômes sont inconstants et innombrables. Ses progrès et ses effets sont de la dernière irrégularité. A peine trouve-t-on deux malades qui soient également affectés, ou si on aperçoit quelque conformité dans les symptômes , l’ordre dans lequel ils paraissent est totalement différent. Quoique le scorbut prenne souvent la forme de plusieurs autres maladies , et que par conséquent on ne puisse pas en donner une définition certaine et distinctive, il a cependant quelques symptômes plus communs que les autres. Les symptômes les plus ordinaires sont des taches larges, répandues sur toute la surface du corps; l’enflure des jambes, la putridité des gencives, et surtout une lassitude extraordinaire et universelle après le moindre exercice.
Cette lassitude dégénère dans la suite en une disposition à tomber en faiblesse au moindre effort , ou même au moindre mouvement. Cette maladie est accompagnée ordinairement d’un abattement extraordinaire des esprits; de frissonnements, de tremblements, et d’une disposition à être saisi des plus grandes terreurs au plus léger accident. En effets c'était une chose singulière, que tout ce qui décourageait notre équipage ne manquait jamais de donner de nouvelles forces à la maladie. Ceux qui étaient dans le dernier période périssaient alors ordinairement , et ceux qui étaient capables de remplir encore quelque devoir étaient obligés de se mettre au lit ; ainsi la gaîté n’était point un préservatif à mépriser.
Il n’est pas facile de donner une énumération complète des différents symptômes qui accompagnent le scorbut. Il produit souvent des fièvres putrides, des pleurésies , la jaunisse et des douleurs rhumatismales violentes. Il occasionne quelquefois une constipation opiniâtre^ accompagnée ordinairement d’une difficulté de respirer : ce symptôme fut regardé comme le plus mortel. D’autres fois on observait sur tout le corps, mais particulièrement sur les jambes, des ulcères de la plus mauvaise espèce. H s’élevait de ces ulcères une si grande quantité de chairs fongueuses qu’elles ne cédaient à aucun remède ; et les os sur lesquels étaient ces ulcères se corrompaient et se cariaient. Mais une circonstance extraordinaire et à peine croyable, si elle n'avait été observée que sur une
S56 tRAlTÉ
seule personne , les cicatrices des plaies guéries depuis plusieurs années se rouvraient de nouveau, par la malignité de celte maladie. Nous en eûmes un exemple remarquable chez un invalide du vaisseau le Centurion^ qui avait été blessé plus de cinquante ans auparavant, à la bataille de Boyne. Quoique sa plaie eût été guérie bientôt après, et qu’il se fût bien porté depuis ce temps-là ; cependant, lorsqu’il fut attaqué du scorbut , ses blessures se rouvrirent, et parurent dans le même état que si elles n’avaient jamais été guéries. Mais ce qui est encore plus surprenant, le cal des os fracturés et parfaitement réunis depuis longtemps, fut détruit par cette maladie , et il semblait que la fracture n’eût jamais été consolidée. Les effets de cet horrible mal étaient surprenants, presque dans chaque malade. Plusieurs, quoique retenus dans leurs lits, paraissaient se bien orter , ils buvaient et mangeaient de on appétit, et étaient de bonne humeur ; leur ton de voix était fort, on aurait cru qu’ils avaient beaucoup de vigueur ; cependant , pour peu qu’on les remuât, même dans leurs lits, ils expiraient tout de suite. D’autres, se fiant sur leurs forces, et voulant sortir de leurs branles , tombèrent morts avant de pouvoir gagner le tillac. Il n’était point extraordinaire que ceux qui étaient en état de remplir quelque devoir, et de se promener sur les ponts, mourussent su* bitement lorsqu’ils voulaient faire quelque effort considérable. Plusieurs personnes terminèrent leurs jours de celte manière , dans le cours de ce voyage. — En arrivant à l’île de Juan-Fernandès, on mit à terre cent soixante-sept malades, sans compter ceux qui moururent dans les chaloupes , à cause du changement d’air , lesquels furent au nombre de douze. On peut juger de l’extrême faiblesse des malades, par ie nombre de ceux qui moururent après leur débarquement. La terre et ses productions guérissent très-proifiptement pour l’ordinaire le scorbut de mer dans la plupart de ses périodes ; mais, dans celte occasion, il s’écoula près de vingt jours avant que la mortalité eût commencé è diminuer passablement. Les dix ou douze premiers jours, on enterra jusqu’à six personnes par jour. Plusieurs de ceux qui survécurent se rétablirent très-lentement et par des degrés insensibles. A la vérité , ceux qui étaient en assez bon ^tat, lorsqu’ils furent débar-
qués , pour sô traîner et sortir de leurs tentes, recouvrèrent la santé et les forces dans très -peu de temps. Mais, pour ce qui est des autres , la maladie paraissait enracinée chez eux , à un degré dont il n’y a point d’exemple.
Le Glocester, ainsi que les autres vaisseaux qui composaient cette escadre, avait extrêmement souffert, et perdu les trois quarts de son équipage. Mais ce qui parut fort surprenant , c’est que de près de quatre-vingts malades qu'il débarqua , il en périt très-peu : soit ( comme le remarque l’ingénieux auteur), que ceux dont la maladie était au dernier période fussent déjà morts , soit que les végétaux et les provisions fraîches qu’on leur avait envoyés de l’île , lorsqu'ils étaient encore à bord, les eussent déjà préparés à une prompte guérison. Quoi qu’il en soit, les malades de ce vaisseau se rétablirent généralement beaucoup plus tôt que ceux du Centurion. — Le ravage que celte terrible calamité fit daûs ces vaisseaux fut des plus surprenants. Le CenturioJiy depuis son départ d'Angleterre jusqu’à son arrivée à celte île, perdit deux cent quatre-vingtdouze hommes ; et il ne lui en restait plus que deux cent quatorze. Le Glocester, dont l’équipage n’était point si nombreux, en perdit une égale quantité, et n’en avait plus que quatre-vingt-deux.
Cette maladie causa une plus grande mortalité parmi les invalides et les soldats de marine, que parmi les matelots.
De cinquante invalides et de soixantedix-neuf soldats de marine , qui étaient sur le Centurion , il ne resta que quatre des premiers, y compris les ofi&ciers et onze des derniers. Tous les invalides du Gloccster périrent, ainsi que les soldats de la marine , à l’exception de deux. — • Cette fatale maladie parut une seconde fois sur les vaisseaux , en moins de sept semaines après qu’ils eurent quitté la côte de Mexique. Ils avaient joui auparavant d’une parfaite santé pendant un temps considérable. L’auteur fait à celle occasion la remarque suivante :
Quelques-uns de nous étaient portés à croire que la violence de cette maladie pourrait être diminuée dans ce climat chaud. Mais le ravage que le scorbut fit alors les convainquit de la fausseté de cette conjecture; et fil évanouir en même temps quelques autres opinions sur la nature et la cause de celte maladie. On a cru généralement que l’abondance d’eau et de provisions fraîches préve*
Dait efficacement cette maladie. Mais , dans le cas dont il s’agit, nous avions une quantité considérable de provisions fraîches , c’est-à-dire des cochons et de la volaille, dont nous nous étions pourvus à Paita. Nous prenions outre cela presque tous les jours une grande quantité de dauphins, de bonites et d’albicores (J) , et, comme la saison fut extrêmement pluvieuse, nous eûmes de l’eau en abondance ; de sorte que chaque personne en avait cinq pintes par jour. Mais, malgré l’abondance de l’eau, malgré les provisions fraîches qu’on distribuait aux malades , et, quoique tout l’équipage se nourrît souvent de poissons, les scorbutiques ne s’en trouvèrent pas mieux, et les progrès de la maladie n’en furent point retardés davantage. On a cru aussi qu’on pouvait prévenir le scorbut, ou du moins en diminuer la violence, en tenant le vaisseau propre , et en renouvelant l’air entre les ponts. Mais nous observâmes, sur la fin de notre course, que, quoique nous tinssions tous les sabords ouverts, et que nous prissions des peines extraordinaires pour nettoyer les vaisseaux, les progrès, ni la malignité de la maladie ne furent pas sensiblement diminués. Le chirurgien ayant déclaré alors que tous les moyens qu’il employait pour soulager les malades étaient entièrement inefficaces, on réso- I lut d'éprouver les gouttes et les pilules I de Ward. On donna un de ces remèdes,
I ou même tous les deux à différentes fois dans tous les périodes de la maladie. Un de ces malades qui avait été abandonné du chirurgien , et qui était presque à l’extrémité, n’eut pas plutôt pris une de ces pilules, qu’il fut attaqué d’une violente hémorrhagie du nez. Il se trouva beaucoup mieux immédiatement après cet accident, et, depuis ce temps-là , il continua, quoique lentement à la vérité,
I à se rétablir, jusqu’à ce que nous fûmes !| arrivés à terre environ quinze jours •! après. Quelques autres malades furent î soulagés pendant quelques jours , mais la I maladie revint de nouveau avec autant i de violence qu’auparavanl. Ils ne furent ! cependant pas réduits à un plus mauvais état , qu’ils ne l’auraient été s’ils n’avaient pris aucun remède, non plus ; que ceux qui n’avaient reçu aucun sou- 1 lagement. Ce qu’il y eut de plus remari quable dans l'efficacité de ces remèdes,
(1) C’est l'Alba çereUR Pisonis,
c’est qu’ils opéraient à proportion des forces du malade. Ainsi ils ne produisaient presque aucun effet sur ceux dont la mort n’était éloignée que de deux ou trois jours; et ils excitaient une légère diaphorèse , un vomissement aisé , ou une évacuation modérée par les selles, suivant que le malade était plus ou moins avancé dans la maladie. Mais , si ceux qui les prenaient conservaient encore toutes leurs forces, ils produisaient tous les effets dont nous venons de parler avec une violence considérable. Ces effets duraient quelquefois pendant six ou huit heures avec peu d’intermission.
— Dès que ces vaisseaux furent arrivés à Tinian^ ils ressentirent bientôt les salutaires influences de la terre ; car, quoique dans les deux jours qui précédèrent leur arrivée, ils eussent perdu vingt et un hommes, il n’en mourut pas plus de dix depuis le jour qu’ils débarquèrent.
Les fruits qu'ils trouvèrent dans cette île, particulièrement ceux qui sont acides, leur furent d’une si grande utilité, qu’au bout de huit jours, U y eut peu de malades qui ne fussent en état de mar- ■cher sans l’aide de personne.
1748. A voyage Hüdson’s-Ba y, by the Dobbs gaLley^ and California, in the, years 1746, and 1747, for discove^ ring à North-wesl passage^ by Henri Ellis.
Voyage et la Baie de Hudson, etc. dans les années 1746 et 1747, pour découvrir un passage au nord-ouest^ par Henri Ellis.
Deux tonneaux d’eau-de-vie, que nous avions transportés du Fort d’York, pour nous régaler aux fêtes de Noël, eurent des conséquences funestes. L’équipage s’était assez bien porté jusqu’alors ; mais ayant fait un usage immodéré de cette eau-de vie, il fut bientôt attaqué du scorbut, lequel est une suite constante de l’usage des liqueurs spiritueuses. Cette maladie commençait par une faiblesse, une pesanteur de tout le corps, une nonchalance qui, par la suite, était portée au suprême degré. Le malade ressentait une constriclion et des douleurs dans la poitrine ; il survenait une grande difficulté de respirer. Il paraissait ensuite des taches livides sur les cuisses , les jambes s’enflaient , les tendons du genou se retiraient , les gencives devenaient putrides, les dents vacillaient.
On obsçL’YStit udç cçagulaUon de sang
sur répîne du dos et les parties voisines, et le visage devenait pâle et bouffi. Ces symptômes allaient toujours en augmentant, jusqu’à la fin de la maladie. Le malade terminait alors ses jours par une diarrhée ou une hydropisie. Les remèdes qui produisent odinairement de bons effets dans les autres pays, furent entièrement inefficaces dans cette occasion. Les onctions et les fomentations sur les parties contractées ne furent d'aucune utilité.
Les provisions fraîches, à la vérité (lorsque nous pouvions en avoir) , apportaient quelque soulagement. L’eau de goudron fut le seul remède qui réussit. L’usage constant de cette eau guérit plusieurs malades , même dans les derniers périodes de la maladie , et dans des cas où tous les autres remèdes avaient été tentés inutilement. Cette salutaire boisson, autant que nous pûmes l’observer, n’opérait que par les urines (k).
(k) Qu’il me soit permis d’observer sur cetfe relation , que , quoique l’usage immodéré des liqueurs spiritueuses ait certainement des effets pernicieux, cependant la maladie fut occasionnée principalement par la rigueur de l’hiver, parce qu’on ne put pas tirer des rafraîchissements convenables des forts anglais, et particulièrement (dans ces circonstances) par le manque de végétaux récents , dont la terre ne se couvrit, à ce qu’il paraît (voyez page 4), que vers la fin du mois de mars. Ainsi c’est avec beaucoup de raison que l’auteur dit dans un autre endroit (page 281), en parlant de leur retour en Angleterre : « le mauvais temps
• que nous eûmes, principalement les
• brouillards épais et malsains , furent la » cause que plusieurs de nos gens furent
• attaqués une seconde fois du scorbut. * * — Pour ce qui est des bons effets attribués à l’eau de goudron, tandis qu’ils étaient au Port-Nelson, il serait à souhaiter que dans les relations des effets des remèdes dans cette maladie, on nous eût toujours appris le reste du régime que les malades observaient, surtout quant à la nourriture et au logement. La mortalité de cette maladie paraît avoir augmenté vers la fin de janvier, et plusieurs malades étaient réduits à un mauvais état à la fin de mars. Il en mourut quelquesuns aussi lorsqu’ils s’en retournaient en Angleterre. On ne peut pas attribuer leur mort au manque de ce remède dans un vaisseau qui avait été si souvent en mer.
1749. hîstorical account of à new method for extracting the foui air oui of S bips, etc.^ vith the. Description. and draugJit of the machines by which it is performed , by Samuel Sutton, the inventor. To which are annexedtwo relations given thereof.^ to the Royal Soçictijy by D. Mead, and M. Watsooi ; and a discourse on the scurvy by D. Mead.
Discours sur le scorbuf par le docteur Mead , qui est mis à la suite de la description d'une nouvelle machine pour renouveler l’air des vaisseaux y par Samuel Sutton.
Ejusdem ( Mead ) monita et pr'œcepta medicUy cap. xvi, de scorbuto.
Ce savant auteur décrit très-exactement les symptômes les plus essentiels du scorbut. 11 croit que l’air contribue plus qu’aucune autre cause à produire cette calamité. Voici comment il explique la façon dont l’air acquiert des qualités si nuisibles. Premièrement, l’humidité affaiblit son ressort. Secondement, il est chargé de particules corrompues qui lui sont fournies par la transpiration pulmonaire d’un grand nombre de personnes renfermées dans un endroit étroit, etpar l’eau croupissante au fond du vaisseau. Enfin, il est imprégnédes particules salines de la mer.dont quelques-unes viennent probablement des animaux putréfiés dans cet élément. Toutes ces particules peuvent s’insinuer dans le sang, et, semblables à un ferment, en corrompre toute la masse. Quelques autres causes , telles que la mauvaise nourriture, etc. , concourent aussi à produire le scorbut. Pour prévenir cette maladie, il recommande l’usage du sel de M. Lowndes, comme préférable au sel marin , pour saler les viandes et les poissons. Il voudrait qu’au lieu de poisson salé, on se servît sur mer de la morue sèche sans sel : et il croit que le gori des Hollandais, qu’il a appris n’être autre chose qu’une espèce d’orge moulue , est moins échauffant et moins desséchant que la graine d’avoine. Le vinaigre est encore un bon préservatif. Il observe que cette maladie se guérit par les végétaux et par l’air de la terre, et que les plantes échauffantes et celles qui sont rafraîchissantes étant mêlées ensemble , se tempèrent et augmentent réciproquement leurs vertus. 11 s’arrête partie uliîy:emçilt sur l^s çffets des fruits
acides, qui ont ét(5 trouves salutaires dam le voyage du lord Anson. Il dit que toutes les espèces de lait fournissent un bon aliment et un bon remède antiscorbutique. Mais, comme le but que l’auteur se propose dans ce discours est principalement de démontrer Tutililé de la machine de Sutton, il insiste particulièrement sur les avantages qu’on doit raisonnablement en attendre. Gelivre contient en effet plusieurs preuves incontestables de rutilité de cette machine. M. Mead et M. Watson expliquent la façon dont elle opère.
1750. De tabe ^landulari, sive de usu aquœ marines in morbis gla?idularum^ Dissertalio y auciore Riccaudo Russel, m, D.
L’usage de l’eau de mer serait trèsutile aux mariniers dans les coliques bilieuses, tant pour prévenir cette maladie, que pour en empêcher le retour après qu’elle a été guérie. On doit traiter cette colique par les demi-bains et les sels purgatifs après que l’inflammation a été dissipée par des saignées copieuses. L’auteur observe, dans sa lettre au docteur Lée, qu’après avoir considéré attentivement la cause de cette putréfaction scorbutique qui affecte les mariniers, il trouve qu’elle est faussement attribuée aux provisions salées dont ils se nourrissent. Non-seulement le sel empêche les viandes de se corrompre, mais il préserve le sang des mariniers de la putréfaction. La vigueur et la bonne santé dont jouissent les pauvres de la campagne, quoiqu’ils se nourrissent des mêmes aliments que les mariniers, prouvent ce fait. On voit des paysans dans tous les pays qui ne se sont nourris, peutêtre depuis trente ans, que de bœuf salé, de lard et de pudding (l) , excepté les jours de grandes fêles, où ils mangent quelquefois un morceau de viande fraîche. Ces sortes de personnes sont cependant vigoureuses, et sc portent parfaitement bien. Aussi la seule différence qu’il y ait entre le genre de vie de ces paysans et des mariniers , c’est que ceux-ci n’ont pas l'avantage de faire autant d’exercice, et qu’ils vivent dans un air humide, qui relâche le ton des fibres et supprime la transpiration.
(1) V. part. Il, ch. i.
1750. An Essay on feoersy etc. y by doc- /o/’ John Huxham, appendix, a meihod for preservin^ the heallky of seamai in long voyages.
Méthode pour conserver la santé des mariniers dans les voyages de long cours y par le docteur Huxham, {On trouve celte dissertation à la suite deson Essai sur les fièvres.)
Il croit que le scorbut est produit sur la mer par le mauvais état des provisions, l’eau corrompue, la mauvaise bière, etc. Il regarde la salure de l'atmosplicre sur la mer, et l’air infecté que les matelots respirent entre les ponts, comme des causes qui augmentent considérablement l’action des premières. Le meilleur moyen de corriger l’acrimonie alcalescente du sang dans celte maladie , c’est de faire usage des acides végétaux et minéraux.
Dans ce dessein, il recommande particulièrement le cidre, dont on devrait donner à chaque matelot au moins une pinte par jour.
1752. A Dissertation on quicklime and linie-svalcr, by doctoriéM. Aeston.
Dissertation sur la chaux vive et Veau de chaux y par le docteur Alston.
L’auteur avertit qu’il a publié son ouvrage principalement pour l’alililé des mariniers. Il n’attribue pas tant les bons effets de l’eau de chaux dans le scorbut putride à sa vertu antiseptique, qu’à sa qualité pénétrante, détersive et diurétique. Il a découvert que la chaux prévient la corruption de l’eau ou des insectes qui s’engendrent dans ce fluide. Il pense que celte eau doit être utile pour guérir les maladies auxquelles ceux qui se nourrissent des provisions de la mer sont les plus sujets. Une livre de bonne chaux vive nouvelle suffit pour un muid d’eau. Les malades peuvent se servir de celle eau pour boisson ordinaire, ainsi que ceux qui se portent bien, afin de conserver leur santé. On peut encore purifier l’eau corrompue en la faisant bouillir après y avoir rais de la chaux et 1 exposant ensuite à l’air pendant quelque temps : elle deviendra douce et salutaire après l’avoir gardée. Lorsque l’eau de chaux a demeuré quelque temps exposée à l’air, et qu’elle a jeté toutes ses pelli cules , il ne lui reste plus aucune vertu de la chaux, La grande vertu que Tau -
360 TRAITÉ
leur a trouvée dans la chaux vive pour prévenir la corruption de l’eau , l’a fait penser souvent qu’en en mettant une certaine quantité dans les endroits oii l’eau croupit, on l’empêcherait de s’y corrompre , et par conséquent d’envoyer des vapeurs putrides : toutes ces expériences sont faciles , sans danger, et ne sont d’aucune dépense.
1753. An essay on the sea-scurvy :
wherein is proposed an easy method of curing that distemper at sea^ and ■ of preserving water s weet for any voijage^ by Dr, Anthoni Addington.
Dssai sur le scorbut de mer^ dans lequel on propose une méthode facile de guérir celte maladie sur mer, et de conserver Veau pure dans toutes sortes de voyages^ par le docteur Ad-
DliXGTON,
La description que cet auteur donne du scorbut est empruntée de Cockburn, de Boerhaave, d’Hoffmann, d’Eugalenus, du voyage du lord Anson , etc. Il propose, pour guérir celte maladie sur mer, de commencer par la saignée, s’il y a des signes de pléthore. Cette évacuation est recommandée sur l’autorité d’Hoffmann, de Boerhaave, de Sennert, de Brucæus et d’Eugalenus. Il faut ensuite purger doucement le malade tous les jours avec de l’eau de mer, afin de diminuer davantage la quantité de sang surabondante. Boerhaave, sans aucune restriction au tempérament du malade , nous fait espérer les plus grands effets de l’usage modéré et continué des purgations dans le scorbut, ainsi qu’Hoffm*ann; mais lorsqu’il y a des marques de malignité dans celte maladie , c’est en vain qu’on compterait sur l’eau de mer simple, sans le secours de quelque autre remède antiseptique : ainsi, si en même temps qu’on prend celte eau, on fait un usage prudent de l’esprit de sel , on manquera rarement de guérir celte maladie.
Cet esprit corrige efficacement la qualité septique du sel gemme ou du sel gris , lorsqu’on a pris ces sels en assez grande quantité pour occasionner le scorbut.
"Vingt gouttes de cet esprit, données tous les jours, réussiront , suivant toutes les apparences, chez la plupart des malades. On doit en faire prendre cinq gouttes tous les malins dans de l’eau de mer.
Pour ce qui est des quinze autres, on les prendra dans le reste de la journée dans
de l’eau douce. Dix gouttes de cet esprit donneront à une pinte d’eau une agréable acidité. Lorsque les vaisseaux ont été assez désemplis parla purgation avec l’eau salée , et que les mauvais symptômes commencent à diminuer, on doit faire baigner le malade tous les matins dans la mer, et lui faire prendre tout de suite l’eau salée. L’auteur fait cependant quelques exceptions, eu égardautempérament, aux circonstances, etc. On doit se servir extérieurement de cette eau , lorsqu’il y a des ulcères aux gencives, aux jambes , et que les os sont cariés. Pour donner la plus grande authenticité à l’application extérieure de l’eau de mer dans les ulcères scorbutiques, Hippocrate, dit notre auteur, l’a recommandée dans ce cas. On ne doit point se servir de l’eau salée dans les cours de ventre, les gangrènes et les hémorrhagies scorbutiques. Le moyen qui paraît le meilleur pour remédier à ces hémorrhagies, c’est de saigner le malade aussi souvent et aussi copieusement que ses forces et son âge le permettront, de lâcher le ventre s’il est constipé, par le moyen des lavements , et de l’obliger à ne se nourrir que de farines non fermentées, et à boire de l’eau dans laquelle on aura fait dissoudre de la gomme arabique , et fortement acidulée avec de l’esprit de sel. — Une once et demie, ou environ, d’esprit de sel mise dans un tonneau d’eau, l’empêchera de se corrompre.
1754. [Gerardi Yan'Swirtbn Comment tarin in Aphorismos Hermanni Boerhaave, § 1148, c/c., de scorbuto.\
[Quoique M. Lind ait donné l’extrait de l’ouvrage de Boerhaave sur le scorbut, il ne laisse pas que d’y avoir d’excellentes observations dans le commentaire de M. Yan-Swieten, dont il aurait sûrement fait mention, si le'troisième volume des aphorismes avait paru avant l’impression de son Traité du scorbut. Comme on donne ici la traduction de ce morceau tout entier, il est inutile d’en faire l’extrait. ( F. l’avertissement qui est à la tête de cette traduction.}]