‹ Observations sur les maladies les plus fréquentes dans les échelles du LevantChapitre 5 sur 5 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Au rapport de tous les voyageurs, le scorbut serait totalement étranger à la navigation du Levant, La beauté du ciel pendant presque toute l’année, la facilité de se procurer des végétaux frais sur toqs les points où Ton touche, la courte durée des traversées , sont autant de circonstances qui doivent s’opposer à son développement. Cependant il ne faut pas qu’une trop grande sécurité fasse négliger l’emploi des mesures hygiéniques préservatives, car quelquefois on le vqit sç manifester. En janvier 1826 , une frégate française qui,

( ai >

âvait stationné pendant plus'd’un inois .au fond du golfe d’Argos, point dont j’ai déjà signalé l’insalubrité, eut un grand nombre de malades, parmi lesquels on compta quelques scorbutiques. Les symptômes étant peu intenses, et la frégate ayant changé de station, ils. ne tardèrent pas à s’amender (i).

Avant de terminer cet aperçu très-incomplet des maladies du Levant, il est utile, je crois, d’indiquer les animaux venimeux qui peuvent être à redouter par les hommes envoyés à terre, soit pour y faire de l’eau ou pour y couper du bpis.

La vipère est très-répandue dans les îles de l’Archipel et jur le . continent européen. 11 faut se garder, dans le traitement des plaies t . produites. par la morsure de ce reptile, d’imiter la conduite des Grecs qui pratiquent de profondes incisions, dans le but de déterminer un écoulement sanguin abondant et de hâter la sortie du venin,* dont il ne faut au contraire que favoriser l’absorption. Il faut pros- ? crire ce mode de traitement, et s’empresser de recourir à celui reconnu salutaire et qui consiste à 1 cautériser la plaie, soit à l’aide du fer rouge, soit àJ’aide des caustiques, à administrer quelques gouttes, d’alcali volatil à l’intérieur; toujours on doit, après avoir agi localement sur la plaie, employer des moyens qui puissent favoriser la transpiration- et le sommeil.

La guêpe, l’abeille, le taon, le cousin, sont très-communs dans tous les lieux que j’ai visités; mais ep général leur piqûre est si peu dangereuse qu’il est inutile de s’y arrêter.

Oütre la tarentule, qui se rencontre particulièrement dans l’ile de Chypre, Sonnini dit y avoir observé le galeode arenoides, dont le venin, au rapport de Pallas et d’autres voyageurs, frappe de mort

• (i) Lors de la capitulation de l’Acropolis d’Athènes, au mois de juin, ‘dernier , notre bâtiment ayant servi à transporter une partie de sa garnison de la rade de Phalère à Salamine, j’eus l’occasion de voir quelques palikares atteints du scorbut ; l’un d’eux l’était même à uu degré avancé.

quiconque en est attéini. Yo’ici comme ce savant termine la description de cet insecte sur. lequel je n’ai pu avoir aucun renseignement.

« Le galéode, dont la longueur est d’environ un pouce, a le corps « d’un jaune livide et hérissé de longs poils, et même de piquans en « plusieurs endroits. Il court avec un vitesse prodigieuse et échappe « ainsi plus facilement à sa destruction, à laquelle les hommes sont « intéressés , sa morsure étant très-dangereuse et son venin très-subtil.

« Les parties qui en sont attaquées enflent en un instant, et font « éprouver des douleurs excessives et suivies d’une mort certaine,

« si l’on n’emploie promptement des remèdes convenables : ceux.qui « réussissent le mieux sont l’huile en topique, les cordiaux et les c< sudorifiques à l’intérieur (i). »

Le grand nombre de chiens errans dans toutes les villes de là Turquie, devraient donner de fréquentes occasions d’observer la rage i cependant il n’y a guère qu’a Salonique où l’on m’ait dit la voir assez souvent. Les paysans de cette contrée ont un moyen préservatif si efficace , qu’ils ne redoutent nullement la contagioff de cette cruelle maladie, qui partout ailleurs inspire la plus grande terreur. Ce moyen très-simple consiste à pratiquer, aussitôt après avoir été mordu par un animal suspect, de légères scarifications snr les parties latérales et inférieures de la langue , à l’endroit où se développent les pustules signalées par le docteur Mardchetti. On détermine ainsi une évacuation sanguine abondante et qui prévient l’apparition de tout symptôme fâcheux. Le docteur Lafond , de Salonique , à qui je suis redevable de la connaissance de ce procédé , me dit avoir eu l’occasion de le mettre sept fois en pratique , et que toujours il a réussi. Son effet est si certain pour tous les paysans de l’Épire , de la Macédoine et de la Thessalie , qu’ils sont dans la plus grande sécurité dès qu’ils l’ont mis en usage.

Si les faits observés parle docteur Marochetti sont exacts, et si l’apparition des phénomènes de la rage est toujours subordonnée à

(i) Souaini, Voyage en Grèce et en Turquie, in-8°, t. I, pag. ia 3 .

celle des pustules sublinguales , on doit croirô que ces scarifications ^ pratiquées en temps opportun , préviennent par une dérivation salutaire celui des terribles pustules.

Dans l’opinion du docteur Ducros , partagée par beaucoup de médecins , qui supposent que l’appareil salivaire est le siège exclusif de cette horrible maladie, l’efficacité des scarifications sublinguales s’expliquerait aussi trcs-facilement.

Peut-on mettre au nombre des animaux à redouter dans le Levant, le dragonneau , ou ver de Médine (filaria MecLinensis, Gmel. ), dont l’existence a été un sujet de controverse parmi les médecins? On ne l’observe guère qu’en Égypte et chez les personnes qui viennent de l’intérieur. J’en ai vu un qui avait été extrait sur un Arabe des troupes régulières. Cet entozoaire est de la grosseur d’une corde de basse avec laquelle il aurait, au premier coup-d’œil , assez d’analogie ; sa longueur est quelquefois très-considérable. Il s’observe souvent au Caire et à Alexandrie sur les Nègres qui viennent de l’intérieur ; son siège le plus ordinaire est aux membres , particulièrement sur les inférieurs , au voisinage des articulations.du genou et du pied. La tumeur qu’il ferme a , dans le principe, l’aspect d’un gros furoncle très-rouge, et qui fait éprouver une douleur intense. Bientôt il s ? ouvre au sommet et l’on aperçoit le ver ; c’est alors qu’il faut le saisir par une de ses extrémités et le tirer très-doucement en le roulant sur un peu de laine ou de coton. S’il offre trop de résistance, on remet au lendemain pour continuer l’opération: il faut souvent plusieurs jours pour parvenir à l’extraire en entier. La petite plaie qui reste après son extraction se cicatrise promptement. Je n’ai pu me procurer d’autres renseignemens sur ce sujet intéressant et qui mériterait d’être étudié avec plus de soin.

Page 1