Observations Sur Les Stomates Et Les Lenticelles Du Cissus Quinquefolia (suite)
Avant tout, et pour faciliter l’intelligence de ce travail, il me paraît indispensable de faire le relevé sommaire des couches dont se compose l’écorce du végétal en question, dans une tige âgée d'un an.
En procédant du dedans au dehors, il est facile de reconnaître que
cette écorce se compose :
1° D’une couche de liber mou, constituée par un mélange en proportions variables de tubes cribreux et de parenchyme libérien;
2° De groupes de fibres libériennes à parois épaisses, et occupant, en coupe horizontale, le sommet des faisceaux fibro-vasculaires : ces groupes fibreux sont séparés les uns des autres par de larges rayons médullaires qui s’évasent considérablement à leur point de jonction avec la couche herbacée;
3° D’une couche parenchymateuse ou herbacée à grands éléments, dans laquelle on rencontre un certain nombre de belles cellules à raphides ordinairement situées en face des rayons médullaires, et pénétrant même souvent jusque dans la partie corticale de ces mêmes rayons ;
4° D’une couche de cellules collenchymateuses, à épaississement concave ;
5° D’une couche de suber ordinairement très-épaisse ;
G 0 Enfin d’un épiderme formé de cellules vaguement hexagonales et sillonné, ainsi que la couche subéreuse, par de larges crevasses lenticellaires.
Dès le milieu de l’été, la couche épidermique se montre, sur les plus anciens entre-nœuds, en pleine voie de désorganisation, avec altération cireuse de la cuticule, de telle sorte qu’il n’est pas toujours facile alors de reconnaître les stomates qui pourtant se trouvaient en grand nombre sur les tiges plus jeunes. C’est de ces derniers organes, de leur mode de développement et de groupement sur la tige, du rôle physiologique qui paraît leur devoir être attribué, des caractères différentiels qui permettent de les répartir en plusieurs catégories, que nous aurons d’abord à nous occuper.
Lorsqu’on observe au microscope l’extrémité des jeunes tiges du Cissus quinquefolia, ou ne tarde pas à y voir apparaître, à pende distance du cône végétatif, un certain nombre de cellules que leurs grandes dimensions permettent de distinguer aisément au milieu du tissu délicat qui les entoure. Ce sont les cellules-mères des stomates , auxquelles, pour éviter toute périphrase, nous donnerons le nom de cellules prostomatiques. En même temps qu’elles augmentent de diamètre, ces cellules se remplissent d’un protoplasma abondant dans lequel apparaissent presque instantanément de
(1) Voy. Tome XXIV, p. 18.
nombreuses granulations. D’abord colorées eu brun par l’eau iodée, ces
granulations ne tardent pas, eu grossissant, à manifester la réaction des matières amylacées, tout en se colorant légèrement en vert, ce qui permet de les considérer comme formées par un mélange d’amidon et de chlorophylle. J’ajoute tout de suite qu’elles persistent, sans modification sensible, après la division des cellules-mères, et presque jusqu’au moment de la destruction de l’appareil stomatique (1).
Dans l’origine ces granulations occupent le plus souvent le centre même de la cellule prostomatique, mais il peut se faire qu’elles soient inégalement répandues dans le protoplasma ambiant, et ouïes observe aussi quelquefois amassées contre la paroi interne.
Cependant la forme des cellules prostomatiques ne tarde pas à se modifier. D’abord sphériques ou à peu près sphériques, comme sont le plus souvent les parties élémentaires des très-jeunes formations tissulaires, on les voit peu à peu s’allonger en direction tangentielle, et leurs parois se déprimer sous la pression des tissus voisins, de telle sorte qu’elles finissent par affecter la forme d’un cône tronqué qui s’enfonce en manière de coin dans l’assise épidermique et dont les plans de troncature, reliés aux parois radiales par des courbes assez brusques, se soulèvent en forme de calottes hémisphériques le plus souvent très-régulières (2). Ce soulèvement est surtout apparent dans la paroi externe qui, ne rencontrant devant elle aucun obstacle, dépasse bientôt très-sensiblement le niveau des cellules épidermiques environnantes.
Je n’ai pas d’observations spéciales à présenter sur la formation, ni sur le dédoublement de la cloison divisionnaire dans les cellules prostomaliques. Tout se passe à cet égard suivant les lois ordinaires de l’évolution de ces organes (3). Il suffira de remarquer :
1° Que les stomates apparaissant ainsi à l'extrémité des très-jeunes pousses du Cissus quoique folia sont répartis sans ordre apparent sur tout le pourtour de la tige.
2" Que, dans la plupart de ces organes et spécialement dans ceux qui se forment sur les entre-nœuds, la fente ostiolaire est assez ordinairement
dirigée dans le sens de l’axe de la tige.
3° Enfin, qu’une fois formés, ces stomates continuent de se développer très-rapidement et qu’ils atteignent en peu de temps des dimensions considérables, ce qui permet de les distinguer d’autres stomates, de formation subséquente et beaucoup plus petits, dont nous aurons à nous occuper tout à l’heure.
On comprendra sans peine que cette croissance rapide des stomates ait pour conséquence de précipiter le soulèvement de ces organes au-dessus
/i) pi. i, fig. î, 2 et a.
rJ) pi. i, fig. 2, a pi «i.
Cil PI. I, fig. t.