‹ Observations sur les variations musculaires dans les races humainesChapitre 9 sur 80 · LONG FLECHISSEUR PROPRE DU POUCE · texte numérisé non relu

LONG FLECHISSEUR PROPRE DU POUCE

Le long fléchisseur propre du pouce appartient k la couche profonde antérieure de l'avant-bras. Il est placé sur le même plan que le fléchisseur commun profond des doigts.

Le long fléchisseur propre du pouce s'insère: i» à la plus grande partie de la face antérieure du radius; 2<» k la portion externe du ligament interosseux; 3® au bord antérieur du radius. En bas, il se termine sur la deuxième phalange du pouce.

Les variations du long fléchisseur propre du pouce, qu'on observe le plus fréquemment sont les suivantes :

Nous avons constaté dans les races de couleur, que les insertions du

fléchisseur propre du pouce se font aussi quelque peu sur le cubitus.

Cette insertion cubitale est surtout prononcée chez un Annamite. Chez cet Annamite les insertions cubitales se font sur la partie supérieure de la face antérieure du cubitus et sur le tendon terminal du brachial antérieur. Les fibres musculaires cubitales forment un faisceau charnu, parfaitement indépendant, lequel se fixé, par une partie de ses fibres, sur le radius au-dessous de sa tubérosité bicipitale. Cette insertion se fait par les fibres charnues directement. Mais la majorité des fibres musculaires se confond avec le corps charnu du fléchisseur propre du pouce. Donc il s'agit ici d'un mélange de fibres musculaires entre un faisceau analogue au faisceau épitrochléen, d'une part, et des fibres musculaires du long fléchisseur propre du pouce prolongées jusqu'au cubitus, d'autre part.

Ordinairement le long fléchisseur propre du pouce a une indépendance complète; c'est-à-dire qu'il est parfaitement isolé des autres muscles voisins ; mais il n'en est pas toujours ainsi.

En effet il arrive quelquefois, que le long fléchisseur du pouce envoie des divisions tendineuses, qui s'anastomosent avec le tendon du doigt indicateur du fléchisseur profond commun des doigts. C'est une disposition rétrograde, qui achemine vers la fusion complète de ces deux muscles, et la disparition complète du tendon terminal du long fléchisseur propre du pouce. Cette fusion de deux longs fléchisseurs profonds des doigts est le fait normal de la majorité des quadrupèdes et des singes, a l'exception toutefois du gibbon.

Nous avons constaté sur plusieurs individus de la race de couleur cette anastomose des tendons des fléchisseurs profonds et notamment chez les nègres. Ainsi nous avons vu chez les deux nègres un double échange d'anastomoses tendineuses entre le fléchisseur propre du pouce et le tendon de l'index du fléchisseur perforant des doigts. Cette anastomose a eu lieu au tiers inférieur de l'avant-bras. A cet endroit le tendon terminal du long fléchisseur propre du pouce envoie une division tendineuse au tendon terminal du fléchisseur perforant de l'index; celui-ci en retour donne une pareille division qui complète la partie interne du tendon terminal du long fléchisseur propre du pouce.

Nous avons observé également chez deux négresses, un faisceau charnu particulier, lequel en définitif n'est autre chose que le résultat de la division de la couche profonde des fibres charnues du long fléchisseur propre du pouce ; les fibres musculaires de ce faisceau se terminent sur un tendon, et ce tendon se confond intimement avec le tendon du fléchisseur perforant de Tindex. Chez une autre négresse

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nommé Zoulou, un pareil faisceau musculaire est parfaitement indépendant; il n'a que 4 millimètres de largeur. Nous avons vu chez un jeune nègre un faisceau musculaire se détacher du corps du fléchisseur de l'index et se terminer sur un gros tendon lequel, au milieu du bras, rejoint le tendon terminal du long fléchisseur propre du pouce. Nous avons observé aussi une autre variété d'anastomose tendineuse entre le tendon du pouce et de l'index et toujours dans notre série de nègres. Le long fléchisseur propre du pouce se décompose en deux plans charnus indépendants ; le plan superflciel forme le long fléchisseur propre du pouce classique ; le plan profond se termine par un tendon qui rejoint le tendon perforant de l'index, auquel il s'unit intimement. Cette conformation particulière, nous l'avons vue aussi chez un autre nègre, mais à un degré moins prononcé.

Mais la complication et les anastomoses tendineuses des deux fléchisseurs profonds ne se bornent pas à cela seulement. En effet, le faisceau du fléchisseur perforant de l'index dans beaucoup de cas^ comme nous le verrons plus loin, se sépare de la masse charnue du long fléchisseur commun des doigts, et, devenu indépendant, se termine par un tendon lequel envoie une division au tendon terminal du long fléchisseur propre du pouce et une autre division au tendon du perforant du médius. En outre, chez les nègres Bou-Bou et Etienne Léopold, le tendon du fléchisseur propre du pouce et celui du perforant de l'index échangent entre eux de courtes languettes tendineuses et ces anastomoses sont multiples, absolument comme chez les gibbons. De plus, nous avons observé des languettes charnues minces et étroites, détachées d'un de ces muscles qui se rendaient soit au tendon du perforant de l'index, soit sur le tendon du long fléchisseur propre du pouce.

Enfin il nous reste encore à signaler le petit faisceau charnu qui a des connexions intimes avec le long fléchisseur propre du pouce. Ce faisceau musculaire, quand il existe, représente l'origine humérale du long fléchisseur propre du pouce. C'est un petit muscle à peu près uniforme, qui vient souvent de l'épitrochlée, d'où il se détache du côté interne de l'apophyse coronoïde du cubitus. Son origine se fait par un tendon filiforme ou par une bandelette fibreuse de 2 ou 3 millimètres de largeur. Les fibres musculaires de ce faisceau s'épuisent sur un petit tendon terminal, lequel se fusionne intimement avec le tendon de terminaison du long fléchisseur propre du pouce. Dans la race blanche ce petit muscle manque souvent, et nous supposons avec beaucoup de raison, qu'il doit manquer souvent dans la race jaune, mais nous Tavons retrouvé toujours chez nos nègres, au moins d'un seul côté.

TH. CHUDZLNSKI. — VARIATIONS MUSCULAIRES DANS LSS RVGBS HUMAINES S7

Nous l'avons nommé faisceau épithrochléen du long fléchisseur propre du pouce.

Le faisceau épithrochléen est sujet à des variations dont voici les principales.

Chez un nègre, nous avons vu un faisceau musculaire se détacher de la masse charnue du fléchisseur perforant de l'index à 133 millimètres au-dessus du bec de l'apophyse coronoïde du cubitus. Ensuite ce faisceau se termine par un court tendon, lequel, juste au milieu de l'avant-bras, se fusionne avec le tendon terminal du long fléchisseur propre du pouce. C'est incontestablement notre petit faisceau épitrochléen, dévié ou plutôt descendu plus bas que de coutume et fusionné à son origine avec la masse charnue du fléchisseur perforant de rindex. Mais ce petit faisceau a une autre signiQcation : il établit la communication entre le fléchisseur perforant de l'index et le long fléchisseur propre du pouce. Enfin nous avons vu plus haut, qu'une partie des fibres musculaires du long fléchisseur propre du pouce se prolongent jusqu'au cubitus; c'est encore une variété du faisceau épithrochléen.

Chez le nègre Bou Bou le tendon terminal du faisceau épithrochléen garde son indépendance jusqu'au ligament annulaire du carpe, et c'est seulement à ce niveau qu'il se fusionne avec le tendon du long fléchisseur propre du pouce.

En terminant ces variations du long fléchisseur du pouce, nous ajouterons encore un fait important. Chez un enfant microcéphale, nous avons vu le tendon du long fléchisseur du pouce manquer totalement, absolument comme cela se voit normalement chez les orangs;

Après avoir consigné les variations du long fléchisseur du pouce, que nous avons observé dans les races de couleur, il est nécessaire de passer en revue les même variations, signalées par d'éminents anatomistes dans la race blanche.

Les communications et les anastomoses des tendons du long fléchisseur propre du pouce et du fléchisseur perforant de l'index ont été signalées par Meckel, Theile, Macalister.

Griiber a vu le tendon du long fléchisseur propre du pouce se terminer par des filaments tendineux sur la synoviale du 1°' lombrical.

Wood a observé une conformation du tendon du long fléchisseur du pouce bien curieuse : Ce tendon envoie une languette tendineuse qui s'accole au tendon perforant de l'index, pénètre dans la gaine de ce dernier et se termine sur la dernière phalange du doigt correspondant. Le môme anatomiste rapporte un fait plus curieux encore. Le faisceau du long fléchisseur propre du pouce, au lieu de se termi-

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ner normalement sur le tendon terminal du long fléchisseur du pouce, se détourne de sa marche naturelle et se porte en bas et en dedans vers le tendon du fléchisseur perforant de Tindex; au niveau du ligament annulaire du carpe, le tendon du faisceau épitrochléen reçoit les faisceaux musculaires qui se confondent avec le premier lombrical.

M. Testut décrit une autre variété très importante. Il a observé deux faisceaux musculaires qui se détachent au milieu de Tavant-bras, Tun du fléchisseur perforant de l'index et l'autre du long fléchisseur propre du pouce ; ces deux faisceaux charnus arrivé au niveau du carré pronateur se terminent par un tendon unique qui se fusionne avec le tendon terminal du fléchisseur perforant de l'index. Cette fusion se fait au niveau du ligament annulaire du carpe. Dans un autre cas rapporté par le môme anatomiste, les deux faisceaux analogues ont aussi un tendon unique, lequel, en s'engageant sous le ligament annulaire du carpe, se fend en deux j ortions : la division externe fournit une des origines du premier lombrical et la division interne se fusionne avec le tendon du fléchisseur perforé du médius. On cite aussi un cas, dans lequel certaines fibres charnues émanées du fléchisseur sublime et du long fléchisseur profond des doigts forment un faisceau musculaire dont le tendon terminal se bifurque : la bifurcation externe se fusionne avec le tendon du long fléchisseur propre du pouce, Tinterne se confond avec le tendon du fléchisseur perforant de l'index.

Macalister signale un faisceau musculaire, qui vient de l'apophyse coronoïde du cubitus ; ce faisceau, presque immédiatement après son origine, se confond avec les fibres charnues des fléchisseurs communs, superficiel et profond, des doigts. Un de ces faisceaux musculaires se jette dans la masse du long fléchisseur propre du pouce. Nous avons déjk vu cette disposition, moins compliquée, il est vrai, chez un Annamite. Cependant en réfléchissant, on reconnaît dans ces faisceaux une dépendance coronoïdienne des muscles fléchisseurs des doigts isolés delà masse commune accidentellement. La fusion complète du long fléchisseur propre du pouce et du fléchisseur commun profond des doigts a été décrite par Walsham, et la fusion incomplète par M. Testut.

Nous avons fini l'étude des variations musculaires, dites anomalies du long fléchisseur propre du pouce ; maintenant nous allons voir les analogies de l'état normal des mammifères qui reproduisent plus ou moins exactement ces variations de l'espèce humaine. Ainsi, nous avons remarqué plus haut que les deux fléchisseurs profonds des doigts se fusionnent quelquefois chez l'homme en une seule masse musculaire, or, dans beaucoup de mammifères, c'est un état normal ; comme par exemple, chez les mammifères les plus proches de l'homme — les

singes. Effectivement, chez les singes supérieurs, comme le sont les gorilles et les chimpanzés, le muscle long fléchisseur propre du pouce fait complètement défaut, comme muscle indépendant ; et la flexion du pouce se fait par un court tendon dépendant de la masse commune du fléchisseur perforant des doigts. Chez les chimpanzés le long fléchisseur propre du pouce est le plus souvent réduit k une languette tendineuse, qui naît tout simplement de la synoviale ou plus exactement des hourses séreuses des tendons du fléchisseur perforant. Il n'y a aucun vestige d'une fibre musculaire ^

Chez les gibbons, le long fléchisseur propre du pouce non seulement existe, mais il est même très développé, seulement il contracte des adhérences par ci par là, soit avec le tendon, soit même avec la partie charnue du fléchisseur perforant des doigts. Enfin, chez l'orang le fléchisseur propre du pouce manque totalement au moins dans sa partie tendineuse, et la flexion de la dernière phalange du pouce se fait par un faisceau, très chétif^ détaché du court fléchisseur du pouce. Nous avons retrouvé cette conformation avec une exactitude parfaite chez un enfant microcéphale.

Mais il faut remarquer que la portion externe du fléchisseur perfo' rant est séparée de sa portion interne, chez les anthropoïdes ; or, la portion externe fournit précisément le tendon de la dernière phalange du pouce de l'index. Cette séparation nous l'avons vu s'effectuer dans l'espèce humaine.

En résumé : chez les gorilles c'est le type des singes pythéciens qui persiste, c'est-à-dire que le long fléchisseur propre du pouce est confondu avec la masse du fléchisseur perforant des doigts.

Chez les chimpanzés, par une disposition bizarre il ne subsiste du muscle long fléchisseur du pouce que son tendon terminal. Chez les orangs même ce tendon fait défaut. Mais l'individualité du long fléchisseur propre du pouce reparaît, chez plusieurs carnassiers, comme par exemple, chez le coati, le chien-hyène et même chez les faux-singes, comme chez les makis, etc.

Nous pourrions nous étendre très longuement sur les dispositions des fléchisseurs profonds des doigts chez les mammifères quadrupèdes, mais cela nous mènerait trop loin, et pour le moment nous nous contenterons des faits signalés plus haut.

A présent nous reprenons l'étude des particularités du long fléchis-

* Avant même de prendre connaissaoce des descriptions à ce sujet de Gratiolet et Alix, nous avions constaté ce fait chez plusieurs chimpanzé^.

filÉMOIRES DE L\ SOCIÉTÉ D* ANTHROPOLOGIE

seur du pouce dans les races humaines; et nous commençons par ses insertions radiales.

Les insertions radiales du long fléchisseur propre du pouce commencent au-dessous de la tête radiale :

Dans les races

Race noire

en général

série

jaune

blanche

Moyenne. .

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