HORAT
Différence entre le blanchiment et le blanchissage, entre les ouvrières lessiveuses etles blanchisseuses proprement dites. — Décroissance du nombre des blanchisseuses de rivière à Montpellier , à cause de l'extension des lavoirs publics. — Blanchisseuses de profession et blanchisseuses d'occasion.
Je me propose de dire quelques mois sur l'hygiène de» blan^ chisseusesy c'est-à-dire des ouvrières adonnées à Tindustrie du blanchissage du linge. Ce travail se rapporte spécialement aux blanchisseuses du Lez, rivière qui coule à peu de distance de Montpellier et va, après un trajet de 30 kilomètres environ du Nord au Sud, se jeter à la mer dans la commune de Palavas, dont son e^nbouchure forme le grau.
Le blanchissage ne doit pas être confondu avec le blanchi-' ment.
L'industrie du blanchiment donne les derniers apprêts aux tissus neufs de toile et de coton, surtout de toile, afin de les rendre propres à Tusage. Les étoflesde chanvre et de lin sont encore revêtues, après leur tissage, d'une couleur faave provenant d'une matière insoluble dans l'eau et les alcalis, sans compter la colle ou jparoa, dont on les a artificiellement enduites pour faciliter le tissage. Cette matière glutineuse est préalablement détruite par une fermentation légère à laquelle on soumet les toiles dans des cuviers d'eau liëde, au sortir desquels elles sont lavées è l'eau
courante. Quant au départ de la matière rousse insoluble, Texposition des toiles à Taclion prolongée de Tair est le premier travail par lequel on les fait passer pour le provoquer: c'est ce qu'on appelle mettre les toiles au pré. Après avoir ainsi subi les înfluencôs atmosphériques, ces toiles présentent un commence- -ment àé dédotoration, dont on se contente quelquefois dans la ^ite Ifiduetrie, mais qui doit être complété par des lavages alternatifs dans l'eau et les lessives alcalines. Celles-ci sont souvent remplacées par l'action plus rapide du chlore. Au sortir du blanchiment, les étoffes sont séchées et ensuite pressées, lustrées, gâuQVée^v difêrsemeni apprêtées, enfin , suivant l'intention du IM)Heant , par leur passage à travers une série de cylindres superposés, dont la réunion constitue la machine appelée la calandre. Cette dernière opération est appelée le calandrage.
Par extension, on donne aussi le nom de blanchiment à l'action décoloruRle du chlore sur les anciens papiers et les vieilles gratiire$ que Ton veut ramener à leur couleur primitive; à celle de l'acide sulfureux sur les tissus de paille, d^ soi^^, de laine, neufs ou salis par l'usage. On se sert aussi de l'acide sulfureux pour blanchir les cordes à boyaux.
D'une manière générale, le blanchiment doit donc être dé*fini : l'ar^ de nettoyer et de rendre propres à Vusage des tissus n'ayant pas encore servi.
Dans le langage populaire, 6/anc/iei4r est encore synonyme, physiquement et moralement parlant, de pureté parfaite, d'absence de toute tache ou macule. On dit d'un linge bien nettoyé et bien lavé qu'il est redevenu blanc^ quelle que soit sa couleur. Nous définirons donc le blanchissage : Vart de nettoyer et de rendre de nouveau propres à Vusage des tissus que Vusage a déjà salis. Tous les tissus salis ne sont pas soumis au blanchissage. Pour ce qui est de nos vêtements, tout le monde sait que les pièces de drap sont habituellement nettoyées par une autre industrie. Nous faisoné k\ abstraction des opérations complémentaires du blanchissage, telles que la mise du linge à l'empois et le repassage.
Il m'a paru utile de bien poser celte différence entre le blanchissage, dont ['influence sur les ouvrières qui l'exercent va ôlrç
^B^^^ .JM __ ! ^
éludiéé dans ce mémoire, et le blanchiment, dont nous ti'BVon^ plus à nous occuper.
Le blanchissage s*opère à l'aide de deux séries de manipulations bien distinctes , la lessive, et le savonnage. La première manipulation est habituellement suivie de la seconde; tandis que celle-ci ne réclame pas nécessairement l'action préalable de l'autre. Cela dépend de la qualité du linge ou de son degré de malpropreté. Tous les linges ne sont pas mis à la lessive, et les lavages à l'eau et au savon suffisent pour un grand nombre de tissus , pourvu qu'ils n'aient pas été salis par un trop long usage. L'action du savon est d'autant plus suffisante qu'elle est presque toujours renforcée aujourd'hui par celle de l'eau de Javelle, que nos blanchisseuses versent d'une main trop peu avare sur les tissus qu'elles ont à laver. Les pages présentes ont principalement trait aux femmes qui font profession de laver au savon et à l'eau de Javelle, sans recourir nécessairement à la lessive. Ces femmes correspondent h peu près, nous le croyons du moins, à ce qu'on appelle à Paris blanchisseuses de fin. Faute d'un aulre nom, appelonsles simplement blanchisseuses. Nous ne pouvons employer la traduction du mot qui les dénomme dans le langage populaire: ce mot serait savonneuse; mais il n'est pas français dans ce sens là , puisqu'il désigne le féminin de l'adjectif savonneux « qui tient de la qualité du savon ». {Diclionn. de V Académie.) Nous regrettons bien de ne pouvoir en faire un substantif. Quant aux ouvrières qui lavent le gros linge à la lessive, nous leur laisserons le nom naturel de lessiveuses , depuis longtemps adopté par l'usage. Du reste, nous ne nous proposons pas d'en parler.
Les faits qui servent de base à ce mémoire paraîtront peutêtre, à quelques personnes, sortir du cadre habituel desinvestiga^ tiens médicales. Il ne s'agit d'étudier,' ni une bfiite question d'hygiène publique, telles que les conditions physiques de la propagation des épidémies; ni l'étude générale dès causes qui rendent la mortalité moins considérable, grâce aux progrès paraJ-^
lèles, certains quoique lents, de la civilisation et delà salnbrité; tu môme un sujet saisissant au premier aspect d'hygiène pro — lêssionnelle, tel que l'étude d'une industrie réputée incommode ou malsaine.
Je n'ai à parler que d'un mélier peu important en apparence , exercé à peu près exclusivement par des femmes. Encore celte industrie disparaitra-t-elle peut-être dans un avenir plus ou moins prochain , à cause de la diminution notable du nombre de journalières qui s'y adonnent, à cause surtout de l'extension des lavoirs publics , qui feront bientôt oublier sans doute les petites installations des bords du Lez.
Montpellier possède depuis quelques années un établissement de bains et lavoirs publics , situé à l'extrémité est de la ville, sur l'emplacement des terrains de l'ancien abattoir, et dirigé par MM. Bérard frères. Des établissements de cette nature sont trèsavantageux au point de vue de l'hygiène publique et privée , spécialement en ce qui concerne les bains. Nous regrettons seulement qu'ils ne soient pas plus répandus, et que beaucoup de grandes villes en soient encore à nous envier celui que nous possédons. On peut dire que le peuple le plus civilisé est celui qui se lave le plus. Propager dans les classes inférieures les habitudes de propreté, en leur facilitant les moyens de les contracter à peu de frais ou même gratuitement, c'est leur rendre un bien grand service, et il serait aisé de démontrer qu'en agissant ainsi , on n'accroît pas seulement leur bien-être physique.
Des encouragements et des subventions sont accordés par le Gouvernement, avec une générosité qu'on ne saurait trop louer, aux communes qui veulent tenter de pareilles entreprises , ainsi qu'on peut s'en convaincre par les circulaires déjà anciennes de M. le ministre de l'Agriculture et du Commerce, en date du 26 février 1851, et de M. le ministre de l'Intérieur, en date du 30 avril 1852. Rappelons avec bonheur que les documents ies plus importants sur cette question avaient été réunis, dès 1850, en un volume spécial, par un homme que les sciences physiques et médicales considèrent comme un de leurs plus illustres représentants, l'honorable M. Dumas, pendant son
passage au minislëre de l*Agricullure et du Commerce \ La santé publique gagne toujours quelque chose à l'arrivée au pouvoir d'un homme de science pratique.
Ces documents sont mentionnés ou reproduits aux articles BAINS et LAVOIRS du Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité de M. Ambroise Tardieu, ainsi que le tarif très-peu élevé des lavoirs publics de Paris, tarif qui a la plus grande analogie avec celui du lavoir de Montpellier. Il est facile de comprendre l'extension prise par cet établissement au détriment des petites installations du Lez. La ménagère , la femme de l'artisan peuvent elles-mêmes aller y laver en peu de temps et à bon marché le linge de la famille, sans recourir à la blanchisseuse de pro* fession , sans être obligées , comme elles ou comme les blanchisseuses au petit métier , de s'exposer à l'action pathogénique de l'atmosphère et de l'eau du ruissseau ou de la rivière.
Le l'uige apporté au lavoir public est successivement soumis aux manipulations suivantes :
L'essangeage , c'est-à-dire un premier lavage à grande eau, destiné à enlever le sang et les ordures solubles, et concourant ainsi à abréger la durée du lessivage et du savonnage et à en économiser les matériaux ; le lessivage , le savonnage, le rinçage, l'essorage et le séchage : ce sont là les opérations principales; on y ajoute très-souvent le passage à l'eau de Javelle et le passage au bleu.
Le lessivage s'opère avec des solutions caustiques de carbonate de potasse ou de soude , ou de cristaux de soude. J'ai entendu quelquefois de jeunes mères attribuer à l'imbibition de cette lessive concentrée dans les drapeaux où elles ploient leurs petits enfants , les érythèmes et les eczémas qu'elles constataient sur eux, et qu'elles attribuaient à la trop grande concentration de la solution alcaline dans laquelle le linge avait été trempé au lavoir. Les difficultés de l'observation dans la pratique civile ne m*ont
^ Le titre de ce volume est le suivant : Bains et lavoirs publics ; commiS'» sion instituée par ordre de U. le Président de la République»
pas permis de vérifier d'une manière assez précise le degré de véracité qu'on doit accorder à celle observation maternelle. Un savonnage et un lavage complets doivent pourtant atténuer, détruire même toute trace de causticité ; dans tous les cas , il serait peut-être opportun de réserver pour les lessives d'enfants, vu la grande impressionnabilité et la finesse de leurs téguments externes, une solution d'un titre inférieur à celle employée pour les adultes.
Chaque femme rince son linge h sa façon , par le frottement des portions de la même pièce l'une contre l'autre , ou à l'aide de la brosse en paille de riz. Le battage remplit le même effet. Quel que soit le procédé employé, simple frottement, brosse ou battoir, le rinçage use beaucoup le linge. Néanmoins, les femmes y tiennent , et , si elles se servent peu de la brosse en paille de riz^ de longtemps encore elles ne se sépareront pas du battoir. Le lavoir public de Montpellier possède une machine qui aur.ait^ paralt-il, tous les avantages du rinçage actuel , sans en avoir les inconvénients. C'est la laveuse, ou roue à laver de Bouillon Muller, constituée par une grande roue creuse, en bois , de deux mètres de diamètre et de cinquante centimètres d'épaisseur, divisée en quatre compartiments égaux par quatre cloisons se coupant à angles droits, et percée, sur toute la surface circulaire extérieure qui forme sa circonférence, d'un grand nombre de trous. Une ouverture pour l'introduction du linge existe sur une des parois latérales de chaque cavité. La roue se meut verlicalenoent dans une grande auge, également en bois, qui n'atteint pas tout à fait la moitié de sa hauteur. On fait arriver dans cette auge de l'eau chaude ou froide, en plus ou moins grande quantité ,, diversement chargée de savon , entièrement claire j selon le besoin. Mue par une machine à vapeur, cette roue fait de 25 à 28 tours par minute. Les pièxes de linge tombent avec force d'une cloison sur l'autre à chaque révolution, s'imbibent du liquide contenu dans l'auge ; par suite de la pression que les pièces de linge éprouvent en tombant, l'eau dont elles se sont imbibées dans Tauge rejaillit au dehors à travers les trous dout la circonférence de la roue est percée. En substituant l'eau claire
aa saYon, on fait rafratehir le linge sans le sortir ëe l'appareit. Nous avons déjà dit que celte machine n'éiafi guère employée dans notre lavoir public. Son usage est établi depuis longues an-^ nées en Angleterre, qui nous a devancé dans l'installation d'éta-* blissements de ce genre , puisque , dès 1845 , les bains et lavoirs publics y existaient ' .
On sait que le séchage du linge est précédé par te tôfdage , qui en exprime , quand il est bien fait , assez d*eao pour que le doigt ne soit pas sensiblement mouillé en le touchant. Ce tor-^ dage est quelquefois dangereux pour les pièces fines. PoUf* y re^ médier, il existe dans tes lavoirs publics une petite macbide ap-^ pelée essoreuse OU hydro-exlraleur. C'est Un espa<5e clos, circulaire, grillé, construit en t6le et percé d'un grand nomb/e de troas , mis en mouvement d'une façon quelconque faisam de 400 à 450 tours par minute et enlevant au linge 50 h 60 ""j^ de son humidité dans l'espace (ie dix minutes. On n'essdi^e gfstè^e à Montpellier, et le brillant soleil qui y règne perUtet d'étendre lé linge même incomplètement tordu, et de l'emporter cher soi déiûplëtement ^ec. A Paris, nous dit M. Tardieu^ les femmes em^ portent leur linge simplement essoré, ce qui peut avoir dés in-» coovénienls réels pour leur santé et pour celle des personnes qui habiteraient avec elles Tappartement où il serait déposé. Un excellent procédé de séchage, susceptible d'éire appliqué en tout; temps, est le séchage en espace clos arttiiciellensent ehauffé.
Telle est la description sommaire de l'œuvre d'un lavoir public. Ces établissements feront peut-être disparaître , à la longue , l'industrie des blanchisseuses de rivière , ainsi que je le disais un peu plus haut. Ils ont déjà influé sur le nombre des lessiveuses des villages voisins, qui viennent à Montpellier prendre le gros linge de plusieurs familles, et le rapportent huit jours après ; elles sont déjà moins nombreuses. En eflet, plusieurs
* Exposé des avantages résultant de la création, en France, d'établissements modèles de lavoirs et bains publics gratuits et à prix réduits, par M. Guillaume, architecte^. Parî^, t860, in-i^ Uthogrtfphiè Ulfèrtt.
ménagères vont faire leur lessive au lavoir, sans avoir besoin de cette installation longue et considérable qui interrompait, pour ainsi dire, tout autre travail dans la maison, les jours où elles Vj pratiquaient. Quelques blanchisseuses de profession vont déjà y savonner et y azurer leur linge ; et sans augmenter le prix de leur travail, après avoir acquitté les frais de lavage au lavoir, elles y trouvent encore leur compte. Lors des inondations du mois d'octobre dernier, qui coûtèrent la vieil deux blanchisseuses du Lez, le lavoir public fut pendant quelques jours rempli de ces braves journalières ; mais quand le beau temps fut revenu, la plupart retournèrent à leurs petits établissements du Lez, qu'elles ne quitteront pas de longtemps encore.
Il y a deux sortes de blanchisseuses allant laver au Lez : celles de profession, celles d'occasion. Celles-ci sont des personnes de la classe inférieure, ou des domestiques de petits bourgeois, allant rafraîchir à la rivière le linge de la maison, maisn*en faisant pas comipeice, ne subissant que temporairement l'influence du grand jour et de l'humidité, n'offrant pas non plus les stigmates indélébiles que les blanchisseuses de profession présentent; nous n'avons pas à en parler. C'est surtout les autres que nous avons en vue; malgré l'humilité de leur profession, nous pourrons peut-être présenter quelques considérations qui ne seront pas dénuées d'intérêt. Le médecin ne doit négliger aucun sujet d'étude, et partout où il peut trouver quelque chose de nouveau, il doit courir. Bien de ce qui intéresse la santé de ses semblables ne saurait lui être étranger.
Il y a encore les blanchisseuses au petit métier, qui font ellesmêmes toutes les opérations principales et accessoires de la mise en service du linge: lavage, travail de couture et repassage. Elles ont habituellement un petit nombre de pratiques , prennent un jour de la semaine pour le lavage à la rivière et emploient les autres jours aux opérations complémentaires ci-dessus énumérées. Parmi ces femmes, toutes dans un état très-voisin de l'indigence, quelques-unes ont charge de famille. Pour ne pas laisser celle-ci en souffrance, elles vont, selon les quartiers qu'elles habitent , à la recherche de l'eau le plus près possible de
Il la ville, quelquefois à ses portes mêmes , dans les ruisseaux ali-
m menlés par des sources Irès-^peu abondantes. Après les jours
)|r d'orage, les eaux pluviales dirigées dans ces ruisseaux par la
ia pente naturelle îles terrains, amenées en outre par les égouts qui
( s'y déversent , forment un courant assez rapide que le beau temps
^ fait bientôt disparaître, que Tévaporation et les irrégularités du
g lit du ruisseau convertissent en flaques stagnantes. Quand ces
journalières sont un peu nombreuses , elles ne peuvent pas toutes trouver place à Teau courante, et leur linge est parfois lavé avec de Teau qui n'est pas très-pure; il exhale alors une odeur marématique assez désagréable. Après quelques jours de sécheresse, ces ruisseaux sont trop desséchés pour que le lavage y soit possible. Les journalières sont alors obligées d'aller au Lez , qui, bien qu'étant un peu marécageux lui-même , h cause des variations de son niveau au-dessus de l'éliage , de la lenteur de son cours et de la flore fluviatile qui y végète , a néanmoins assez d*eau courante pour qu'on puisse y laver en tout temps.
Ces blanchisseuses au petit métier mettent leur linge à sécher sur les murs ou dans les prés qui environnent la ville ; mais elles sont souvent réduites à remporter chez elles à peine tordu et encore bien mouillé. Celte pratique, à laquelle la nécessité les réduit, est des plus funestes au point de vue de la salubrité de leur humble domicile, d*aulant plus qu'elles y achèvent le séchage du linge en le dépliant sur des cordes tendues dans l'intérieur même de leur cuisine ou de leur chambre à coucher. La scrofule pullule dans cette humidité miasmatique. Les pauvres enfants qui y vivent présentent la série des symptômes de cette diathèse débilitante : ophlhalmies à répétition, impétigo du cuir chevelu, otorrhées, coryza chronique, appétit extrême et manducalion continuelle, et néanmoins conservation de la maigreur desL chairs et de la pâleur des téguments, œdèmes divers, anasarque, carreau, et surtout grand retard dans la dentition. Ces symptômes sont communs aux enfants de ces journalières et à ceux des femmes qui, n'exerçant pas le métier de blanchisseuse, ont conservé la mauvaise habitude, encore trop répandue, de faire sécher à l'intérieur le menu linge, spécialement le linge des en-
fanls au maitkH. Ces enfants étant langés trois ou quatre Tois par jour, il en résulte que, par suite de Tincurie incorrigible de leurs parents, ils deviennent la cause innocente d'une insalubrité continuelle.
Installation des blanchisseuses du Lez; description de leur industrie.
Les blanchisseuses du Lez ne se chargent que du linge qui n'est pas habituellement mis à la lessive. Leur installation offre quelques particularités dignes d'être signalées. Dans un pré situé aa bord de Teau , se trouve une série de petites constructions, conligues les unes aux autres, n'ayant pas plus de 2*", 50 à 3*" de hauteur et autant de largeur, rangées sur une ligne perpendiculaire au cours du fleuve , et presque toujours pourvues à un de leurs angles d'une cheminée dont les lavandières se servent moins pour la cuisson de leurs repa«, qu'elles apportent le matin de la vide et qu'elles mangent presque toujours froid, que pour le chauffage de Teau pendant l'hivtfcr ; en été, elles se servent de l'eau à la température ordinaire, sauf darns des cas particuliers tels qu'une malpropreté exceptionnelle du linge qu'elles ont h laver.
L'ouverture des constructions, presque toujours située à Tetposition du Midi , est complètement dépourvue de toute porte ou clôture; c'est dire que rien ne protège ces modestes réduits contre la malveillance pendant l'absence des blanchisseuses, et notamment pendant la nuit; mais alors tout le linge ainsi que le matériel a été emporté dans un hangar peu éloigné, dépendant habituellement d'un jardin potager et eonvenablemeni fermé. Les blanchisseuses, du reste, ne se servent de ces maisonnettes-abris qu'en temps de pluie ; quand il fait beau , et c'est la règle générale dans noire climat, elles placent leur baquet en dehors et exercent par conséqufent leur métier en plein air. En avant des maisonnettes s'étend le pré où «e trouve Tétendage, constitué par des cordes tendues sur des chevalets. Ces cardes, d'une longueur de 30 à 40î mètres, sont louées aax WafnchiV
seuses au prix de 1' 75* ou 2' par mois Tune; ce son4 1* tous les frais de location.
Chaque conslruction est occupée par une maîtresse blanchisseuse, ayant sous sa direction deux journalières, trois au plus, quelquefois une seule , entre lesquelles elle distribue le linge apporté en commun de la ville; une corde d'étendage est affectée à chacun de ces petits ateliers.
Les lavoirs riverains du Lez sont donc constitués par une série de lavoirs partiels. On peut approximativement élever à 250 le nombre total des blanchisseuses qui lavent à la rivière, et à 30 la moyenne de celles qui exercent leur industrie dans chaque lavoir.
Quelquefois, au lieu des maisonnettes-abris, le lavoir se trouve dans un hangar ayant servi auparavant à une usine ou à uneexploilation agricole; mais le vrai lavoir du Lez est cdixi qwï est situé dans les constructions spéciales qui viennent d'être décrites. Le modèle , ou, »i l'on Veul, le type ea est étaWi sur la rive droite de cette rivière, au lieu dit le jardin des Aubes, tout près du point ou les soldats du régimeal da génie «mt exer*. ces à la construction de& ponts et au passage des fleuves, à 2 kit. ' de Montpellier*
La plus grande activité régne dans ces lavoirs ; chaque ialstdllation partielle rivalise de labeur a^ee Tinstailadion verisîne. Par les froids rigoureux et passagers de Tbiver, et , chose bien plusméritante , par les chaieurs si bogues et si fatigantes île notre été , nos blanchisseuse* ne peuvent jjamâis être accusées de moP lesse. Dès que le soleil est levé, elles arrivent de la ville portant sur la tète le paquet de linge, qu'elles s«ï hétent de détremper dans Teau, afin d'enlever par ce premier lavage tout ce qui peut se passer de raction du savon et de Teau de Javelle. Ce premier travail , complètement analogue h Tessar^ea^e, est fait à Tean couranle ou dans le baquet circulaire et aplati qui sert aux opérations des blanchisseuses, et qui a 30 centimètres de hauteur, l mètre de diamètre à la circonférence supérieure, un peuraoïfts à la circonférence inférieure. Il y a d'autres baquets dé diverscs^ formeset. grandeurs, mais celui-ci qst le. plus en usage. La cîr-*
conférence supérieure est forniée par une petite surface circulaire de 2 à 3 centimètres de largeur et terminé par deux bords anguleux et nullement arrondis. Celte disposition nous servira bientôt à expliquer les callosités remarquables que la plupart des blanchisseuses portent aux avant-bras. Les callosités peuvent bien être produites par le frottement répété des tissus contre des surfaces polies ; le contact continuel du manche de la pioche et de la bêche en développe de trës-saillantes à la région palmaire des agriculteurs, et tout le monde connaît l'éclat luisant que ce manche acquiert par Tusage. Il n'est pas jusqu'aux pommeaux allongés en bois , en ivoire, en cornaline ou en toute autre substance des cannes et joncs de promenade, qui n'en fasse apparaître de légères à la base des métacarpiens, principalement de l'index et de l'auriculaire ; mais le frottement contre une surface rugueuse et angulaire aura une action bien plus marquée.
Après l'essangeage, le linge est passé au savon dans le baquet. Les laveuses emploient, pour ce deuxième travail, un mélange de savon jaune et de savon bleu râpés ou coupés en tranches minces. Assez souvent elles font précéder cette opération, même pour les fins tissus, d'un lessivage non caustique, à l'aide d'une eau qu'elles ont versée sur des cendres communes et qu'elles appellent lessive vierge. On voit que les blanchisseuses proprement dites empiètent un peu sur les attributions des lessiveuses; mais celles-ci conservent toujours le monopole du lavage du gros linge, qui réclame nécessairement l'usage des solutions alcalines. Faisons abstraction de ce petit lessivage , que beaucoup de blanchisseuses , du reste , ne jugent pas nécessaire , et considérons spécialement la manière dont elles s'y prennent pour nettoyer le linge mis dans la solution de savon.
Chaque main saisit une partie de la pièce de linge et la maintient appliquée dans la région palmaire, de façon que les deux dernières rangées des phalanges sont fléchies à angle droit sur la première rangée, et que l'extrémité delà pulpe des doigts appuie contre l'éminence thénar et le sillon qui la sépare de l'éminence hypothënar. La face dorsale des deux dernières rangées présente alors une surface à peu près plane, entre lesquelles le linge est
rincéetfrollé pendant assez longtemps. L'eitrémité antérieure Je la surfacede frottement est constituée par |la ligne intrà-articulaire des phalanges de la première et de la deuxième rangée ; des épaississementstrès*remarquablesde l'épiderme apparaissent sur cette ligne. Pendant ce travail dans le baquet, tout le membre supérieur agit, et spécialement les avant-bras, sur lesquels apparaissent presque constamment des callosités, souvent très-volumi«neuses, au nombre de deux à un bras, d*une seule à l'autre. Les blanchisseuses lavent à genoux ou assises sur leurs talons; les calus prérotuliens que celte position détermine, sont adoucis par Tusage où elles sont maintenant de placer sous leurs genoux des coussinets de paille, de sparterie ou de vieux tapis. L'usage de la brosse en paille de riz frottant la pièce de linge étendue sur une planche, n'est pas généralement répandu parmi elles.
Quand le linge a été ainsi savonné et rincé, il est rafraîchi à l'eau claire. Ce travail se fait à la rivière ; mais, vu le voisinage de celle-ci, les femmes qui craignent l'eau vont en puiser quelques seaux el rafraîchissent leur linge dans un autre baquet. Elles ne se servent pas du premier baqueU parce que la même dissolution de savon est employée pour le premier lavage de plusieurs pièces de linge. Le rafralchissage au baquet nécessitant une augmentation de matériel, chose à laquelle ces femmes tiennent fort peu, il est à peu près inusité; tout le linge est rafraîchi à la rivière. Pour cela, les femmes entrent dans le Lez souvent jusqu'à la ceinture; elles trempent et tordent alternativement le linge jusqu'à ce que leau qui en découle soit à peu près limpide. Elles facilitent aussi le retour de la propreté première par l'ac^ tion du battoir , dont le choc violent expulse des mailles du linge, avec le liquide qui s'y est inGIlré, tous les corps étrangers qu'il tient en dissolution ou en suspension. Le battage s'opère, soit sur une pierre plate émergeant de l'eau ou située sur ses bords , soit sur un petit banc disposé à cet efTel. On raconte que quelquefois, laissant le battoir de côté, nos laveuses battent le linge à tour de bras, contre la pierre émergente; quand on leur parle de cette manœuvre , qui use toujours considérablement le linge et le déchire souvent y elles prétendent
Conséquences physiologiques et pathologiques.
Ainsi qu'il vient d'élre dit dans le paragraphe précédent , les blanchisseuses passent la journée dans un exercice continuel, au grand jour et au grand air, en toute saison. Cette incessante activité n'est pas sans influence sur la robuste santé et la vigou^ reuse constitution présentées par la plupart d'entre elles. Il en est, en effet, qui ont vieilli dans l'état et y ont, pour ainsi dire, passé leur vie. Nous en avons compté trois âgées de pins de 60 ans , et qui avaient commencé dans leur adolescence ; elles sont restées sur les bords du Lez près de 50 ans. Sur ces trois, deux étaient mères de famille et avaient donné le jour à des enfants aussi robustes qu'elles. Toutefois , nous devons dire que ce pénible métier éprouve les débutantes ; quelques-unes doivent se retirer dès les premiers essais. Être exposée chaque jour, entre les deux soleils, à toutes les influences atmosphériques, telluri^ ques et Ouviatiles; avoir les mains et les avant-bras constamment trempés dans l'eau froide, et, ce qui est peut-être plus nuisible, toucher alternativement l'eau chaude et l'eau froide eh hiver, rester presque toujours dans la station à genoux ou accroupie , n'avoir d'autre repos que la variété du travail , arriver le matin et repartir le soir la tête chargée d'un lourd fardeau , voilà un genre de vie qui réclame un fonds de vigueur énergique. Celles qui résistent acquièrent bientôt cette vigueur ; quant h celles qui se retirent , elles sont incapables de l'acquérir , soit à cause de leur trop grande jeunesse , que des parents avides livrent à ce rude métier, soit à cause d'un lymphatisme exagéré, d'une constitution scrofuleuse ou tuberculeuse, qui ne leur laisse pas assez de forces radicales pour supporter un exercice suscep-»tiblede devenir salutaire et de revivifier de faibles organisations, pourvu qu'elles puissent réagir. Le métier de blanchisseuse re** pose en entier sur ce seul mot ; réaction^ La mobilité continuelle que leur état exige paralyse les eflets habituels du eoiitdct de Feail
froide et les convertit en action tonique et réchauffante. L'immersion jusqu'à mi-jambe, jusqu'aux genoux ou jusqu'à la ceinture , avant et après le repas , en toute saison , devient bientôt inoffensive, à tel point que celles d'entre elles qui rafraîchissent à la rivière pendant leurs règles , n'en éprouvent aucun trouble , ni dans la santé générale, ni dans la régularité de l'écoulement menstruel , et que les plus jeunes se mettent à l'eau, disent-elles, pour se réchauffer les pieds. Notons qu'elles ne font pas usage des bottes en fer blanc, spécialement réservées aux lessiveuses, qui sont obligées à une immersion prolongée. C'est principalement dans l'immersion à mi-jambe que cet effet réchauffant se constate chez nos blanchisseuses. On voit alors une rougeur assez vive recouvrir le coude-pied et le pied jusqu'à l'extrémité des orteils. Un pareil résultat ressemble beaucoup à celui que les médecins hydrothérapistes ne craignent pas de rechercher dans les cas d'aménorrhée, à l'aide des bains de siège froids ou des pédiluves froids jusqu'à la cheville. La ressemblance est d'autant plus frappante que l'immersion des blanchisseuses , pour le rafralchissage du linge , a ordinairement peu de durée.
Dans les immersions jusqu'au genou, jusqu'à la région pelvienne, jusqu'à la ceinture , les femmes éprouvent quelquefois des symptômes de dyspnée, d'anxiété cardiale et épigastrique, de lourdeur de télé, qu'elles arrivent bientôt à surmonter. Je ne puis m'empécher de signaler une certaine analogie entre ces observations et celles que M. Michel Lévy a consignées dans un excellent mémoire intitulé : Recherches sur les effets de tim-' mersion prolongée dans l'eau de mer * . L'analogie n'est pas complète, puisque l'immersion de nos blanchisseuses dans une eau derivièrey sans salure et sans agitation, sans aucune rapidité dans son courant qui puisse imiter en quelque chose la succussion produite par la vague, n'est pas prolongée ; mais cette immersion, bien que courte et temporaire, se répète quatre ou cinq fois par jour, et n'est pas, par conséquent, sans quelque rapport
1 Annales d'hygiène publique et de médecine légale^ 2« série, tom. XV janvier i 861 , pag. 2il .
-. ih ^
iivec celles des giiides des baigneurs à DîéJppe, é(udrès par l'éfhî- Tjenl directeur du Val-de-Grâee.
La complexîon physique et surtout Tappareil it^asculairé acquièrent, chez les blanchisseuses, un développement peut-être un peu trop masculin au point de vue de Testhétique de botivention qui dirige nos appréciations sur le sexe; mais leur santé n'ett e^ ique plus robuste, et les enfants' qu'elles mettent au jour tie sôÀt pa^ malingres et chélifs comme ceux des femmes de la ttiêtfife classe de la société qui, au Heu de travailler ail grand air, pa^ "Sent une vJe trop sédentaire ^anîi des habitations étroites, tti^ll aérées et mal éclairées.
Il faut bien pourtant quelque ombre au tableau. $ans parler des déformations spéciales des avant-bras et dôâ ttiains, qui Seront examinées dans le paragraphe suivant, nou:s somtties obligé de dire que la profession de blanchisseuse ne garantit pas de toutes les maladies. Parmi celles qui les atteignent le plus souvent, mentionnons le rhumatisme aigu et chronique, ftrlN;ulaire, musculaire et viscéral. La même affection se tnanifesle quelquefois soUs forme de crampes dans les membres supérieurs et inférieurs, et de •demi-flexion permanente des phalanges.
Chose étonnante sur les bords du Lez , nos blanchisseuses contractent très-rarement les flèvres intermittentes ; tandis que les riverains qui leur louent les prés où elles placent leurs cordds d'étendage, et les hangars où elles déposent pendant ta nuit le linge mouillé, en sont assez souvent atteints. Les blanchisseuses expliquent cette circonstance avec beaucoup de bon sens. Le brouillard du Lez, disent-elles, n*est dangereux qu'avant le coucher et après le lever du soleil. Les riverains y sont constaniitieni exposés. Quant h elles , elles arrivent quand il est jour, et s'en retournent avant le commencement delà nuit; de plus, diesne viennent jamais à jeun et prennent toujours, avant leur départ de la ville, une lasse de café, rarement du café moka, plus souvent une infusion de chicorée ou de pois chiches torréfiés ; et, surtout au printemps et en automne , saison des accès de fièvre dans nos climats, une tasse de germandrée ou petit chêne {Ten^ crium chamœdrys)j ceqiAinpina des pauvres^ qae lies pa]f\sans
cl^s environs de Monlpeilier prenaient déjà du temps de Rivière, pour se guérir de la (lèvre quarte. Un médecin lerait pas mieux.' .
de Lazare ne parlerait pas mieux.
Mentionnons une maladie ou plutôt une infirmité assez commune. Nous voulons parler des chutes de matrice , qui arrivent xiuelquefois jusqu'au prolapsus complet. On concevra aisément combien il est difficile d*avoir des renseignements précis sur une lésion pareillet à cause de la répugance que les femmes du peuple éprouvent à consujter le médecin pour des maladies de cette nature, et à cause de rindiiïérence vraiment phénoménale avec laquelle elles les supportent jqsqu à ce que le prolapsus devienne tout à fait gênant. Elles se confectionnent un pessaire d'une simplicité primitive, mais qui n*est pas sans efficacité contre le prolapsus complet, dont j'ai constaté trois cas. C'est tout simplement une bretelle filée à une ceinture et passant au-devant de la vulve, derrière laquelle elle maintient Tulérus prolabé. Cette infirmité n'amène chez elles aucune réaction générale.
Je dois aussi signaler le hâle qui leur brunit le visage , le cou, la partie supérieure de la poitrine, la moitié supérieure des bras, les avant-bras et la région dorsale des mains. Toutes ces parties sont continuellement exposées au soleil ; les grands chapeaux de paille dont elles se couvrent n'en garantissent qu'incomplètement leur visage et leurs épaules. Je crois pouvoir citer les paroles suivantes de Yaid}'9 l'un des rédacteurs du grand Dictionnaire des sciences médicales: «Dans nos sociétés de citadins étiolés, le hâle est regardé, en quelque sorte, comme le cachet d'une con*dilion inférieure. La crainte du hâle est une des causes qui empêchent nos dames de parcourir les champs durant les beaux jours de l'été, etde recevoir l'influence vivifiante de la lumière; je rappellerai à celles de ces dames qui se plaignent de leurs nerfs , que les aflections nerveuses sont presque totalement inconnues des personnes hâlées. Si elles veulent braver le hâle et s'occuper des soins d'un jardin ou d'une ferme, elles recouvreront bientôt
1 Diclhnn, d$$ scitne» médic,^ tom. XX» pag. Wi
tx*'
la santé, que leur prometlenl en vain les njarchands de gouUes, d'essences et d'élixirs.»
Après la journée de travail , les blanchisseuses font chez elles un souper très-nourrissant, plus substantiel que les repas incomplets qu'elles ont Taits sur les bords du Lez, et se livrent ensuite à un sommeil paisible et non interrompu, que les salutaires fatigues de leur profession ne permettent pas de retarder.
Examen spécial des avant-bras et des mains.
Les avant-bras et les mains des blanchisseuses du Lez offrent des callosités^spéciales dont il importe de donner une description exacte, d'autant plus que les callosités des blanchisseuses de Paris , étudiées par des hommes doués d'une incontestable valeur et d'un excellent esprit d'observation , ne m'ont pas paru présenter les mêmes caractères. MM. Tardieu et Vernoîs se sont tous^les deux occupés de ce sujet , au point de vue de F'hygiène et surtout de la médecine légale.
Voici les paroles de M. Tardieu :
« Les blanchisseuses ne travaillent pas toutes dans la même position, et, suivant celle qui leur est habituelle, elles présentent aux membres supérieurs des déformations différentes. Les unes sont agenouillées au lavoir ou h la rivière; les autres se tiennent debout près du baquet dans lequel elles lavent.
»Les unes et les autres^ quelle que soit leur manière de tra^-^ vailler, ont à la main droite des callosités assez nombreuses, mats irrégulières , produites par la pression du battoir.
))Mais celles qui lavent à genoux , les bras appuyés sur le rebord d'un demi-tonneau ou d'un bateau, portent un calus au milieu et sur la face cubitale de l'avanl-bras.
»Quant h celles qui se servent du baquet , elles tiennent avec la main gauche, et très-forlement » l'extrémité de la planche sur laquelle elles battent. Aussi la main est-elle (léchie dans larliculalion mëtacarpo-phalangienne , et le pli saillant q[ui se fdrnid
danç la pai^m^ de la fnajn 9st converti en qn bourrelet transversal très-calleux , prismatique , large de 3 à 4 cenlimèlres , faisant une saillie de Ç à 7 millimètres et plus» marqué surtout à la hase des quatrième et cinquième doigts.
))Ces diverses callosités , que Ton remarque chez les blanchisseuses, contrastent avec le resle de la peau, qui est ramollie par le s^joqr dans l'eap ' . »
M. Vernois, dans son consciencieui mémoire : De la main des ouvriers et des artisans au point de vue de Vhygiéne et de la médecine légale , mentionne auisi quelques altératious de tissu que l'exercice des diverses professions fajt apparaître en divers points du corps; et à propos des blanchisseuses , il dit :
(jc pia^çhi^se^ses au tonneau : callosité sur la face cubitale ^es ([çff^i avfiiul-hras V »
Mes observations personnelles me font sêpar<^r quelque peu 4^, Iq description donnée par MM. Tardieu et Yernois; les blançbi^çeus^^ dgi f^e^ diOèrent sans doute de celles de la Seine.
Au lieg; d'un$ callosité sur la face cubitale de chaque avantbw» }?\ noté presque toujours deua^ callosités à un (J?s avaulbras , une seule h l'autre. J'ai cons^taté, en outre» des bourfiçlelâ épidermiques très-développés sur ies Jaces latéro-dois^les des ^W^f II l'cjutQur de§ lignes intrà articulaires des phalanges d(? la prerpièri^ et de la deu^ièm^ rangée « principalement aux quatre^
4erojers ^loigts.
Callosités des QvanirbrQS, ^^h^ blanchisseuses* ag^ouillées 04 ficcaro^pifs f appuient for^emeqt l(i face cubitale de chaque ^y^^-br^^ ^r le borâ du b|H|uel ou tenneou-baquei ou elles lavent. Leling^, ^aj^i avec les mains, est vivement rtiicô entrfi
i Recherches sur les modificalions physiques et chimiques que déterminent dans certaines parties du corps t*es)êrcict de dù^ersss professions , pour servir à h reo/iff^k^ n^éiica^égale de l'identité * {Annales d'hygiène publique et de médecine légale ^ l»"' série, tom. XLII et XLIII. ) I^a citation est empruntée^ aux pages 39% et 399 du tome XLU.
B Ânnûhs d^hyqiètit publique et de médecine lérjak, %• série , tom. XVII,
Monlpeilier Médical
Figl.
FijJl.
BMWWBB tMétiiH III 1 ^M,*m
^m^^mm^^^^^"^^
l^ races 4Qr$ale$ de^: iew d^itnîères rangées dbs fibaUngè^ v à.; Taidc de mouvements ^lergiqiie» opérés ^r les dvinii*bra&* ¥enrn daol ces mouvements t les dep?i Bvant-bras porlefit silr le bocd. di| baquet : l'i;m , (ordinairement le gauche, sert de point d'appoK. ei e^( presque inf^mobilet il a inné wûe oa{lo»iYë; l'autre ^ api ^ contraire, par^e p|u.<i «lelive, exéciAle un mouvemeiit cooltnaèt' iifù h^uliçn bas ^ d^ bas. en haut pe«|r opérer le frotlement delà pi^ de linge con^r^ la r^ion doiîsaln des doi^s d» la roaiii. ga^çbe; il ^d^i{$^mUosiUa* Upo plaiicke^ ajoutée à fc raénifMPe,' 1 ra(;ilêiçr^ riol$|(iger¥?Q da ^Ue description ih.^we 1 moRlreJe* bras gauQbe ayf^nt prie $eiile. oallosité ; la figure 2, le farqs droit . ayantdouïcalloMtés.
Qn a décrit ici le cas le. plus général , oalui des femmes qui se^ servent plus du bras droit que du bras gauchq ; chez les< gQ[uohè^> re3, la callosité unique. eiUi^ au bras droit , k.réoiproqueimeBt.
Dan^ quelques ca^plua rare^t \^ fem^mes se servent akernalî^: vemeptde l^uti$(^ui avaot-brâa oomme leviers actifs 9 la double ^ Q^Uosité apparat! alors h chaque bras, mais elle «esi bi«n moiR«> développée «^ii^e lor^u^el le <eRisde k un seuLbras.
Cqs Cfllosîiés j^uvefii devenir irès^irplumineuscif, puisqu'il en^ est qui acquièrent le volume, en.ménfe temps qu'eltes idR éivl ta: forme, d'un demi-œuf de poule, A Tétat physiologique elles offrent la tçxture des durillons, c'est-à-dire qu elles sont formées par un amas de cellules épidermiques tassées Içs unes 3ur les au-, Ires. Hles occupent plus souvent le tiers supérieur que |e milieu de la face cubitale del'ava^ntrbras. Entre la callosité supérieure et l'inférieure, s*élend un traclus calleux, sqns saillie bien prononcée, ordinairement remarquable par sa coloralion noire» due à l'accumulation de granulations pigmeutairés dans la couche malpighienne de Pépîderme.
Il se fornae très-souvent sOtUla peau qui correspond aux callosités, une bourse séreuse accidentelle, volumîneusei et fluctuante, pouvant être le siège d'hygrorpa et de suppurations très-^ douloureuses, que les contusions répétées auxquelles les qallo^ités sont soumises font fréquemment passer à Tj^lat chronique. La solution la plus heureuse est une inflammation franche, analogue
— 2fe ■^-
à celle dii forencie. On voit à la c&llosité . supérieure de la figure 2, Touverture spontanée par laquelle le pus ou le liquide sèro-tpurulent est sorti. Plus le liquide se rapproche du pus loua- Ue, plus la solution spontanée est prompte et facile ; quand le lH|tiide est vjsqueux, incolore ou semi-*transparent, la guérison est beaucoup plus lente et la bourse mtiqueuse beaucoup plus douloureuse, d autant plus que les iémmes qui en ^nt atteintes nés se soumettent habituellement à aucune thérapeutique. Après l'ouverture spontanée de la bourse, l'introduction de Teau chargée de sftToh, d eau de Javelle, et à plus forte raison d'eau de Jàvalle'pure, dans l'intérieur de sa cavité, détermine parfois des douleurs très-aiguës ; néanmoins les femmes négligent souvent cet accident, qlii est souvent prévenu, du reste, par la formation d'une fietite croûte qui obstrue l'entrée de ta bourse séreuse. . Toutes les femmes n'ont pas de callosités saillantes et voliifttineuses ; ce sont les plus jeunes ouvrières qui les présenteof^ Les maîtresses et les anciennes du métier plongent leurs aMnt*-bras verticalement dans le baquet, et foulent le linge en appuyant à peine contre ses bords ; aussi n'^ont-ellesque des tracim calleux^ que dé simples épaississement» épidermiques, ne fftisaai guère saillie sur la peau,
' Hourrelels épidermiques des phalanges. — Le rinçage du linge entre la face dorsale des phalanges des deux dernières rangées de chaque main , pliées à angle droit sur celles de la première, fait apparaître au pourtour de la ligne articulaire qui les sépare, et à chaque doigt, un bourrelet épidermique (rès-épais et très-développé. On voit ce bourrelet très-marqué à l'extrémité inférieure de la figure 2, qiii représente les doigts un peu écartés. Chez certaines blanchisseuses, cette hypertrophie est assez marquée, pour gêner notablement et quelquefois complètement la sortie de la bague en or ou alliance, que celles qui sont mariées portent à Tannulaire de ta main gauche; nous en avons vu chez lesquelles on n'aurait pu la faire sortir sans la couper avec de fortes cisailles, la scier ou la limer. Celte disposition
— aâ —
est reproduite à rexlrémité supérieure de la fignre 1, qui montre le bras gauche * .
Les premières phalanges acquièrent, par suite de œtte cir-»' constance, la forme d'un cône tronqué dont le sommet serait dirigé du côté du métacarpe ; on jpourrait leur donner le nom de phalanges efi massue ou rhopaloïdes.
Après avoir rincé le linge entre les faces dorsales des pha> langes, les blanchisseuses le rincent dans la face palmaire des deux mains. De \h ces épaississements et callosités nombreux et irréguliers qu'on y remarque, mais qui ne me paraissent pas mériter une description particulière. On doit pourtant excepter une callosité allongée que les femmes appellent la pelole^ et qui est parallèle à Partictilation métacarpo-phalangienne, principalement à celle des trois derniers doigts.
Chez elles, Texercice de la profession de blanchisseuse amenant la flexion répétée de la main, son extension .complète tinit par devenir impossible. Ce signe, ajouté aux callosités anti-brachiales et phalangiennes, a une grande importance pour ta recherche médico-légale de Tidentité.
Les blanchisseuses, comme toutes les personnes qui touchent Teau avec leurs mains, sont sujettes, surtout en hiver, aux ger* cures et aux crevasses des mains et des avant-bras.
État moral.
Les laveuses à la rivière appartiennent à la classe inférieure. Il n'en a pas toujours été ainsi, et les princesses elles-mêmes se livraient encore , au commencement des temps historiques , au blanchissage de leur propre linge. Homère nous dépeint Nau-* sicaa, fille d'Âlcinoûs, roi des Phéaciens , allant dès le matin
* M. Vigneau, étudiant en médecine, a dessiné d'après nature la planche ajoutée h ce travail. Le dessin sur pierre a été fait par mon obligeant con« disciple, M. le docteur Claparède. Je prie ces Messieurs de recevoir mes re* merciements sincères pour leur habile et bienveillant concours.
la^er.du iloiivè sek mhes téîefqefils éh compagnie de^e$ ooiki|^ft-^ gnes; munie, en outre, comme nos blanchisseuses d*àujour^ •d'hui f de provisions iili^nentaireiei devin, puis foulant dans les lêreux »et les anfrédluosit^^ du fleuve tous les tissus qui tompo*^ 'saient alors le irou!4seaii d*utie jeqne fille : luniqués couriez serrées par une ceinture, draperie», laines teintes de couleurs krillaHtès «
TJùdxptL TC xai TrsTT^ou; xal prr^iOL O'iya^iôgvra
et Ie3 étendant ensuite sur les cailloux du rivage*. Naustcaa, on le voit, se bornait à Tessangeage. Ce mode de lavs^e serait bien inst^ffisant aujourd'hui. Le savon ni rien qui lui ressemble n*est mentionné par Homère, et bien des siècles devaient s'écouler encore avant que le hasard reûl fait découvrir.
Sans être des princesses, nos blanchisseuses ne sont pas trèsmalheureuses. Les maltresses sont généralement des femmes mariées, donnant à leurs ouvrières un salaire proportionné à leur habileté et à leur ancienneté dans le métier. Après un stage totalement gratuit, les ouvrières reçoivent un salaire initial de 25 centimes par jour. Ce salaire s'élève du reste promptenoenl, mais graduellement ; au bout de six mois une bonne ouvrière blanchisseuse arrive à 1 fr. 5o c. Récemment, le plus fort salaire était de 1 fr. 35 c, mais les maltresses ont dû le porter à 1 fr. 50 c, à cause de la rareté croissante des journalières. Les ' anciennes du métier attribuent cette rareté au relâchement des mœurs et à la grande attraction 4|ue la profession de commisse en nouveautés exerce sur les jeunes filles de la classe populaire,
.qui s'éloignent de ptus en plus dus proférions pénibles , hélant le teint et ne comportaiit pas des parures élégantes» Il y a là beaacoopd'exagérfttion. Une des causes de la rareté des ouvrières
* blanchisseuses à» riviërey t'est l'extension d'autres industries occupant un gitand nombre de jeunes filles «t les rémunérant dâ-
. vantage ; parmi ces industrii^, celle de la fabrication des savons etdi^s bougies oôcidpe le premier rsng«
Leè oavrières Wanchisseuses ont le droit de laver chaque jotir
- f I 1-i-T- - il ' * *- fi 1*" 1 "•f" -^-.|^ > ^...m
1 Voyez Odyssée^ VI« chant, spécialement du 85« au 95* vers.
quelques pièces de linge pour leur compte ; cet usage augmente un peu leurs bénéfices. Leur âge varie de quinze à vingt- cinq ans. Elles appartiennent à des familles d'artisans dans lesquelles tout le monde travaille et contribue ainsi aux dépenses domestiques. Quand ces familles, où personne ne reste inactif, ont des habitudes d*ordre et d'économie, on peut dire qu'elles jouissent d'une aisance relative. Les blanchisseuses à la rivière, vivant en commun et au grand air, ont généralement de bonnes mœurs , bien que leur langage et les chansons populaires qu'elles chantent en travaillant ne soient pas toujours empreints d'un parfait atticisme. La fatigue qu'elles éprouvent à la fin de leurs longues journées les pousse promptement au sommeil ; aussi les fillesmères sont-elles très-rares parmi elles , à l'inverse de ce qui se passe pour les ouvrières de fabrique dans les villes industrielles. Toutes se distinguent par une grande loyauté dans leurs rapports avec les personnes pour le compte desquelles elles lavent. Elles tiennent à honneur de n'égarer aucune pièce de linge.
Celles qui sont mariées , maltresses ou ouvrières , apportent quelquefois leur nourrisson au chantier de blanchissage, le placent dans une petite corbeille à l'abri du soleil, et lui donnent à téter de temps en temps. Cette exposition au grand air, dès le début de la vie, ne parait nullement nuire au développement de ces petits êtres.
(Extrait du Montpellier médical. —* Juin 1864.)
MontpeUier. — Typogr. Bobhm et Fni.