LE SÉMINAIRE DE QUÉBEC
Total des recettes pour 1894, comprenant les pensions du grand et du petit Séminaire, le prix des cours
universitaires, etc $33,160.50
Revenu des maisons du Séminaire 1,169.67
Revenu du Sault-au-Matelot 117.97
Total 34,447.54
Total des dépenses pour le Séminaire et
l'Université 67,562.07
Déficit 33,114.53
Ce déficit est comblé par les revenus extérieurs du Séminaire, seigneuries, fermes, etc.
Cette somme de $33,000 est donc prise en dehors de la ville et dépensée dans la ville.
Ne pas oublier non plus que la recette des pensions, etc., est également presque totalement dépensée dans la ville, et que le Séminaire ne thésaurise en aucune manière. Le voulût-il d'ailleurs qu'il n'en eerait pas capable.
Voilà donc près de $67 000 que le Séminaire verse en argent sonnant dans Québec chaque année.
Maintenant le Séminaire donne l'instruction à environ 450 écoliers et à plus de quatre-vingts ecclésiastiques. Les pensionnaires ne payent rien pour leur instruction. Ils payent seulement leur pension, et encore, sur 217 pensionnaires 133 n'en payent qu'une partie, le reste est donné par le Séminaire.
Les externes ne payent que $18 par année et près de la moitié ne donnent qu'une partie de ce cette contribution. Le reste est encore donné par le Séminaire.
On comprend que, dans ces conditions, le Séminaire ne puisse pas thésauriser ; que tout doit se faire avec la plus grande économie, si l'on veut attacher les deux bouts ; que les professeurs, prêtres ou ecclésiastiques, ne peuvent recevoir qu'un salaire illusoire.
La somme payée en salaire aux quarante-cinq ecclésiastiques, prêtres, directeurs et professeurs, employés par le Séminaire, n'est que de $4,420.00 soit $100 en moyenne. Ajoutez une somme égale pour la pension, et vous trouverez que les dépenses que le Séminaire fait
pour son personnel enseignant ne sont que de 88,840.00.
En supposant que les 84,420.00 payées par le Séminaire à ses prêtres comme salaire, ne soient pas dépensées dans la ville, mais servent à augmenter la fortune personnelle des employés, ce qui certes est loin d'être exact, nous trouvons que le Séminaire dépense encore 862,000 dans Québec chaque année.
Nous connaissons peu de manufactures ou d'hôtels, même exemptés de taxes, qui dépensent aussi intégralement leurs revenus dans la ville, et dont les propriétaires ne se créent pas de salaires plus élevés que les prêtres du Séminaire.
La haute éducation et l'éducation secondaire dans Québec sont entre les mains du Séminaire, qui y consacre absolument tous ses revenus. Bon nombre d'élèves de Québec, surtout des quartiers pauvres, ont fait et font encore leurs études gratuitement ; et la ville, qui ne donne pas un sou pour l'éducation secondaire ou supérieure, trouve encore que le Séminaire ne paye pas assez cher l'eau qu'elle lui fournit, alors qu'il la paye deux fois plus cher que dans n'importe quelle autre ville.
Non seulement le Séminaire donne l'éducation gratuitement, mais il donne encore gratuitement les soins médicaux et les remèdes aux malades pauvres de Québec, dans le service du dispensaire. Pendant le cours d'une année, plus de mille pauvres y reçoivent gratuitement soins et remèdes. Or, pour l'entretien de cette œuvre le gouvernement donne 8105.00, la ville pas un sou, le Séminaire paye le reste.
Pendant l'année, les musées de l'Université sont ouverts gratuitement une fois par semaine. Les visiteurs,
tous citoyens de Québec, surtout des quartiers pauvres y affluent. On peut en évaluer le nombre à plus de dix mille par année. Voilà autant de personne qui viennent se reposer de leurs fatigues^ en s'instruisant par l'examen des collections scientifiques. On comprend si bien ailleurs l'effet moralisateur de ces visites instructives, que, partout, les musées sont soutenus par l'Etat ou par les municipalités où ils se trouvent. Or ici l'Université ne reçoit pas un sou de la Corporation pour l'aider, je ne dis pas à enrichir ses musées dont tant de citoyens profitent, mais même à faire balayer les planchers et laver les fenêtres.
Où est la Bibliothèque publique de la Cité de Québec ? Celle du Séminaire est ouverte à ceux qui veulent étudier sans aucune charge quelconque, à qui que ce soit. Les registres du Séminaire ne mentionnent nulle part les gratifications dont la cité aurait enrichi cette bibliothèque