‹ Occupation et libération du territoire, 1871-1875. CorrespondancesChapitre 59 sur 103 · Voir ccLxxi · texte numérisé non relu

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DUTERRITOIRE 257

avait été assez irrité contre moi, qu'il croyait mêlé à toutes ces intrigues; mais, plus tard, il avait reconnu la fausseté absolue de ses renseignements. Je répondis donc au chancelier que, depuis mon arrivée à Berlin, je n'avais eu qu'à me louer de lui et des personnes avec qui les affaires m'avaient mis en rapport; que j'éprouvais un seul regret, celui de le voir trop rarement; que j'étais donc aussi disposé que lui à donner un démenti aux allégations des journaux. « Ceux-ci, ai-je ajouté, sont une véritable peste et tendent à nous créer, dans un pays comme dans l'autre, des embarras dont nous ne voulons ni ne devons, vous et moi, accepter la responsabilité. » Adhésion complète de M. de Bismarck à ce langage.

Je suis vraiment bien heureux de penser que cette grosse affaire est si avancée, qu'on peut la considérer presque comme terminée.

Sans doute il vaudrait mieux, à bien des points de vue, que les Allemands se décidassent à quitter Belfort en même temps que le reste du territoire; mais, si les termes de la future convention sont aussi précis que le prince de Bismarck me Ta promis, on aura, je l'espère, la sagesse en France de ne point s'impatienter de la prolongation limitée du séjour des troupes allemandes sur ce petit coin de notre pays.

Je suis très porté à croire que l'arrangement intervenu entre vous et la commission des Trente a beaucoup aidé à la prompte conclusion de cette affaire, plus prompte que je ne m'y serais attendu dans tous les cas. Que Dieu soit loué ! Quant à moi, Monsieur le Président, vous me permettrez bien d'être le premier à vous

exprimer la grande reconnaissance que tous nous vous devons pour la sagesse, l'habileté, le patriotisme avec lesquels vous avez conduit une affaire aussi délicate, aussi difficile, aussi importante que la libération de la France !

Vous avez accompli là une tâche d'une grandeur inouïe ! 11 vous en reste une autre pourtant à remplir encore : vous devez achever la réorganisation à l'intérieur, et je crois que pour cette œuvre le concours de l'Assemblée actuelle vous est nécessaire. Quand vous aurez terminé cette double tâche, je ne sais quel est le conservateur dans l'histoire qui n'ait à envier la gloire acquise par vous !

Voulez-vous bien. Monsieur le Président, agréer, etc.

V^'' DE GoNTAUT-BlRO>\

P.-S. — Depuis trois semaines environ, je remarque une grande intimité entre l'Ambassade d'Angleterre et le chancelier. Il n'est sortes de politesses et de grâces qu'on ne fasse aux Russell, à la Cour.

Il est possible qu'on n'ait pas d'autre but que d'effacer l'impression fâcheuse produite sur eux à l'occasion d'un bal qu'ils devaient donner et qui fut pour ainsi dire décommandé par l'Empereur lui-même au moment où il venait d'apprendre la mort de la vieille Impératrice d'Autriche. 11 est possible encore que les entretiens du chancelier avec lord Russell aient en vue les affaires d'Espagne.

Je continuerai à observer de ce côté.

Y a-t-il quelque raison de politique grave dans le nouveau changement du grand vizir?

P. -S. — 3 mars. Je viens de lire le discours de M. Dufaure. Parfait d'un bout à Tautre.

M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M. THIERS

Nancy, le 3 mars 1873.

M. de Manteuffel vient de recevoir et de me communiquer un télégramme ainsi conçu :

Le prince de Bismarck au baron de Manteuffel.

Berlin, le 2 mars 1873, 7 h. s.

Je viens de soumettre au Roi les propositions contenues dans la lettre de M. Thiers à M. de Saint- Vallier, et Sa Majesté m'a donné l'ordre de vous faire connaître qu'elle accepte les propositions de S. E. M. le Président de la République. Des instructions dans ce sens sont envoyées à M. le comte d'Arnim. Toutefois, et en raison de certaines craintes de désordres intérieurs qui existent en France, dans le public, les journaux et à l'Assemblée, pour le moment de notre départ, Belfort, qui ne fait pas partie des quatre autres départements, devra rester occupé jusqu'à l'entier paiement, mais pour être évacué aussitôt après.

Ainsi, en supposant que, le quatrième milliard étant payé en mai, un quart du cinquième serait payé au l*"" juin, un autre quart au l^"" juillet, autant au l*"" août et le reste au 1"" septembre, il est entendu que l'évacuation de Belfort aurait lieu au 1^' septembre et que celle des quatre départements tout entiers et à la fois s'effectuerait après le second paiement, c'est-à-dire au 1" juillet.

Veuillez donner immédiatement connaissance de ce télégramme au comte de Saint- Vallier.

Bismarck.

Je n'ai pas caché au général de Manteuffel l'impression pénible que me causait la réserve inattendue faite pour Belfort, et la conviction où j'étais qu'elle produirait l'effet le plus fâcheux sur l'esprit public en France. Pour ma part, il m'était impossible de n'y pas voir un procédé dont nous avions le droit de nous sentir profondément blessés après la loyauté courageuse avec laquelle nous avions rempli nos écrasants engagements, et j'ai ajouté qu'en présence de cette nouvelle preuve d'une incurable méfiance, je me demandais s'il ne serait pas plus digne de notre part de rompre toute négociation et de subir l'occupation jusqu'à l'entier paiement de notre dette; j'allais d'ailleurs vous envoyer sans retard cette communication, mais je ne doutais pas de la pénible surprise qu'elle vous causerait.

M. le général de Manteuffel s'est efforcé de modifier mes impressions; il m'a supplié de considérer que l'occupation se trouverait ainsi, dès le 1" juillet, réduite à un seul point, où elle ne se prolongerait pas plus de deux mois plus longtemps qu'ailleurs, et que ce faible

sacrifice exonérerait quatre départements ; il m'a déclaré sur l'honneur que son Gouvernement n'avait pas, n'avait jamais eu la velléité de garder Belfort, de violer aux yeux de l'Europe et du monde un traité solennel, enfin qu'il me répondait que Belfort serait évacué le jour même de l'entier paiement. 11 m'a conjuré de vous transmettre ses paroles, ajoutant : « M. Thiers sait que je suis un homme honnête et que je ne m'avancerais pas si je ne croyais le pouvoir faire loyalement. »

Je ne veux rien ajouter, Monsieur le Président; le temps me manque, et je tiens à ce que cette lettre vous parvienne demain matin.

Veuillez agréer, etc.

S'^-Vallier.

CGLXXV

M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER A M. THIERS

Nancy, le 5 mars 1873.

Monsieur le Présidem,

M. de Rémusat m'ayant fait l'honneur de m'écrire, hier, de votre part en réponse à la lettre ^ en date du 3, par laquelle j'avais eu l'honneur de vous transmettre la

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