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nos nouveaux baraquements, qui sont partout en voie de complet achèvement et sur lesquels je reçois de satisfaisantes nouvelles. Je cherche d'ailleurs à tout combiner en vue de conjurer toute chance de difficulté au dernier moment, et j'adresse chaque jour aux préfets, aux intendants, au Génie, des instructions dans lesquelles je m'attache à prévoir et à régler tous les points.
Je viens aussi de m'entendre avec le Quartier général pour faire procéder sans retard, par les soins de commissions mixtes nommées par le général en chef et par moi, à la réception, après examen, de chaque baraquement, à mesure qu'ils seront achevés.
J'y vois l'avantage de ne plus avoir à craindre d'objections au dernier moment, ces commissions devant, en effet, demander en temps utile les modifications de détail qu'elles jugeraient nécessaires et prendre un engagement formel d'acceptation au nom de l'armée.
Les rapports satisfaisants que nous avons, en ce moment, dans tout le territoire occupé, ont partout des résultats appréciables, que constatent les préfets dans les dépêches qu'ils m'adressent; ici même, je m'efforce d'en tirer utilement profit. J'attends d'un moment à l'autre la note officielle qui me permettra de faire armer nos douze cents douaniers de la Meuse et de la Meurthe; j'ai déjà la promesse verbale formelle du général en chef. Dès que ce sera fait, j'agirai de même pour l'armement de quatre cents gardes forestiers des mêmes départements; puis je m'occuperai d'obtenir le complément de six cents fusils, nécessaire pour les doua-
niers des Vosges et de Belfort. Je viens aussi d'obtenir le libre envoi, à l'arsenal de La Fère, de toutes les armes de guerre demeurées pendant la guerre entre les mains d'un grand nombre d'habitants des départements de l'Est; elles ont pu être librement recherchées par la gendarmerie et expédiées à la Fère par les soins de l'Intendance.
Je viens de réussir dans une petite négociation officieuse et privée, dont je veux vous dire un mot : le Comité de patronage des Alsaciens orphelins, comité dont un député, M. de Gouvello, est le président, a, en pays annexé, des agents qui réunissent, dirigent et expédient les enfants et les jeunes gens qu'ils arrachent à la nationalité et au joug allemand, La police prussienne surveille étroitement ces agissements et met tout en œuvre pour découvrir et arrêter les agents de M. de Gouvello. L'un d'eux, M. Jehan, s'est dernièrement laissé prendre à Metz et a été jeté en prison; il y serait demeuré, me dit-on, jusqu'après le l^*" octobre tout au moins, si des lettres pressantes de MM. de Gouvello, Daru, Keller, de Mornay, etc., ne m'avaient averti du fait en me demandant mon intervention. Je l'ai donnée dans la mesure où cela ne pouvait me compromettre en aucun cas, c'est-à-dire par des démarches toutes privées et personnelles auprès de MM. de Tresckow et de Burg; ceux-ci m'ont témoigné beaucoup de bonne grâce et ont adressé de vives recommandations particulières en faveur du prisonnier à M. le comte d'Eulenbourg, gouverneur de l'Alsace-Lorraine; leurs démarches ont été suivies de succès; M. Jehan a été
relâché à leur considération; il est venu hier me remercier et est retourné à Paris.
La question alsacienne est du reste, en ce moment, l'objet de toutes les préoccupations des Allemands; la proximité de la date fatale du l*"" octobre met en jeu tous les intérêts et toutes les passions : le mouvement presque général qui emporte la population vers Foption de la nationalité française déconcerte et irrite vivement les autorités prussiennes, qui cherchent à réprimer ce patriotique entraînement par des actes violents, rigoureux et arbitraires; des rixes de la nature la plus grave, suivies de mort d'hommes, se produisent journellement entre les habitants et les employés venus d'outre-Rhin. Les engagements, les enrôlements dans notre armée enlèvent toute la jeunesse, et le nombre des jeunes gens qui affluent dans nos villes frontières est si considérable qu'il en résulte de sérieux embarras. Les maires de Saint-Dié, de Remiremont, de Raon, et d'autres villes vosgiennes sont venus me prier de provoquer, de la part du Gouvernement, des mesures indispensables pour assurer à ces hommes des moyens d'existence, leur délivrer des feuilles de route, les diriger sur une partie non occupée du sol français, les mettre en un mot à même d'attendre sans trop de souffrances ni de dangers le moment où auront lieu les opérations des conseils de revision.
La question est grave à bien des points de vue; elle est en outre urgente, car tous les Alsaciens-Lorrains exposés, par leur âge, au service militaire quitteront leurs foyers d'ici au l^"" octobre et viendront réclamer
leur admission dans les rangs de notre armée; ils s'annoncent par milliers à Briey, à Pont-à-Moiisson, à Saint-Dié, à Remiremont, à Belfort, à Lunéville et à Nancy pour dimanche prochain et le dimanche suivant. J'en ai écrit aussitôt à M. le ministre de la Guerre, et je l'ai instamment prié de donner à la Gendarmerie et à l'Intendance des villes frontières des instructions de nature à prévenir le danger d'encombrement et le péril, plus grave, de rixes entre ces jeunes hommes, animés d'un ardent patriotisme, et les militaires des garnisons allemandes. J'espérais que l'on pourrait leur donner, immédiatement après leur arrivée, des feuilles de route, et les diriger sur des villes de l'intérieur où ils seraient mis en subsistance jusqu'à la revision.
Malheureusement, M. de Cissey vient de me répondre qu'il n'a ni les fonds, ni les moyens nécessaires pour satisfaire au vœu que je lui exprimais, et qu'à son grand regret, il doit se borner à recommander vivement cette importante question à M. le ministre de l'Intérieur près de qui il me prie d'insister dans le même sens.
Un mot de vous, Monsieur le Président, fera plus que toutes mes demandes, et j'ose espérer que vous voudrez bien faire comprendre à M. Victor Lefranc qu'il s'agit d'intérêts d'une urgence et d'une gravité exceptionnelles. Notre indifférence à ce sujet serait regardée en Alsace comme un abandon et accroîtrait le mal que nous ont déjà causé, il y a quelques mois, les verdicts rendus publics de la Commission d'enquête sur les capitulations; puis, à un point de vue moins
élevé mais plus immédiat, la presque certitude de graves conflits dans nos villes frontières entre les soldats allemands et les jeunes Alsaciens.
Je sais trop bien. Monsieur le Président, que votre sollicitude infatigable embrasse toutes les questions et prévoit tous les dangers, pour ne pas avoir confiance dans TefFet des recommandations à M. le ministre de l'Intérieur, que je crois devoir solliciter de votre bienveillance.
Veuillez agréer, etc.
S^-\'allieu.
M. THIERS A M. LE COMTE DE SAINT-VALLIER
Paris, le 23 septembre 1872.
Mon cher Monsieur de Saint-Yallier,
J'ai reçu toutes vos lettres et celle qui rapportait vos entretiens avec M. de Manteuffel^ laquelle m'a vivement intéressé. Je vous remercie, du reste, des unes et des autres. Vous pouvez affirmer que les paiements se succéderont sans interruption, jusqu'à la fin. Mais à