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EAUX LACUSTRES

est d'autant plus riche en bicarbonate de chaux qu’elle renferme plus d’acide carbonique. D'autre part, la teneur en acide carbonique exerce une influence considérable sur la flore et la faune d’un lac et il y a tout lieu de croire qu’il en en est de même pour la mer. On a en effet reconnu que les plantes aquatiques décomposent le bicarbonate de chaux dissous, s'emparent de la moitié de son acide carbonique et laissent précipiter le carbonate. Cet acide carbonique absorbé? joue à l’égard des plantes aquatiques le même rôle que l'acide carbonique de l'air à l’égard des plantes aériennes. Des expériences ont démontré que le carbone est employé à constituer leurs organes, tandis que l'oxygène est rendu à l’eau. Or les plantes servent directement à l'alimentation de certains poissons comme les carpes par exemple, ou indirectement en passant par l’intermédiaire d’autres animaux, tandis que l'oxygène sert à leur respiration. Alors que certains lacs des Alpes situés au-dessus de 2000 m, par suite de leur altitude et de la faible pression qui en résulte, ne peuvent tirer de l'air la quantité d'oxygène indispensable à l’entretien de leur faune, ce manque est suppléé par Poxygène résultant de la décomposition des bicarbonates. Plusieurs espèces de poissons déposent leurs œufs dans le voisinage des plantes parce que l’eau y est plus riche en oxygène et que l’œuf en se développant absorbe une certaine quantité de ce gaz et dégage de l’acide carbonique. Les expériences de M. Weith de Zurich prouvent que l’acide carbonique résultant de la respiration des poissons transforme en bicarbonate le carbonate de chaux du sol submergé.

Le même chimiste a reconnu encore que le carbonate de chaux contenu dans l'eau jouit de la propriété de permettre à l’acide carbonique de se maintenir en dissolution beaucoup plus longtemps que dans une eau exempte de chaux et même dans le vide, de ne s’en dégager qu'avec une grande lenteur.

Bien que la richesse en vie animale d’un lac soit la conséquence de nombreux facteurs physiques et climatériques, on comprend que,

1 Chemische Untersuchungen schweïizerischer Gewüsser mit Rücksicht auf deren Fauna von D' Weith, Professor der Chemie an der Universität Zürich in Internationale Fischerei-Ausstellung zu Berlin, 1880. Schweitz, 1, Katalog der Schweizerischer Betheiligung, If, Ichthyologische Mittheilungen aus der Schweitz, Leipzig, Metzger und Wittig.

* Jaquelin, Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. 53, p. 672 et Jahrber Chemie, 1861, p. 4416.

1 ARS EE TER e L3

toutes choses égales d’ailleurs, entre des eaux différentes, la plus poissonneuse sera celle qui contiendra le plus de chaux.

Analyse d'un échantillon d’eau lacustre. — Une première méthode consiste à filtrer l’eau sur un disque de porcelaine poreuse. En opérant avec un litre d’eau, le dépôt laissé sur le filtre donne le poids des matières en suspension; après calcination le filtre préalablement taré laisse connaître la proportion de matière organique et une digestion dans l'acide chlorhydrique permet souvent, lorsque le dépôt est suffisamment abondant, de doser par les procédés ordinaires de l'analyse, au moins la chaux et le fer. Le liquide filtré est évaporé vers 1050, on pèse le résidu soluble et l’on en fait l’analyse surtout au point de vue de la chaux.

Souvent on se contente de peser le résidu d’évaporation puis de le calciner, ce qui brüle la matière organique et décompose les carbonates ; on reconstitue alors ces derniers par quelques gouttes d’une solution de carbonate d’ammoniaque ; on pèse et on obtient ainsi le poids de la matière organique et celui des carbonates.

M. Weith opère d’une façon plus rapide en se bornant à évaluer la quantité de carbonate de chaux contenu dans une eau au moyen d'acide chlorhydrique titré et en se servant d’alizarine commé index.

On verse dans une capsule d’argent 100 emcb de l’eau à analyser; on lui communique une faible teinte violette par l’addition d’une goutte de solution alcoolique saturée d’alizarine, on porte à l’ébullition et, avec une burette, on ajoute de l'acide chlorhydrique titré centinormal, c’est-à-dire un liquide contenant exactement 0,36 g d'acide chlorhydrique pur par litre, jusqu’à ce que le liquide soit décoloré où plutôt ait pris une teinte jaune clair. Le carbonate est alors complètement décomposé et l’on calcule sa quantité d’après la quantité d’acide employé. 1 emcb d’acide centinormal correspond à 0,0005 g de carbonate de chaux ou à 0,00022 g d’acide carbonique chimiquement combiné sous forme de carbonate neutre. Comme il est facile d'observer le changement de couleur et qu’on peut obtenir avec une approximation de 0,1 cmcb correspondant à 0,000022 g d'acide carbonique chimiquement combiné, on comprend combien la méthode est précise.

Si l’eau contient du fer, la méthode devra être modifiée, car avec le fer l’alizarine forme un composé violet foncé qui ne se décolore pas

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