CHALEUR
Historique. — Dès 1720, le comte Marsigli étudiait dans le golfe de Lion les variations de la température en profondeur et cherchait à vérifier l'opinion d'Aristote qui avait affirmé que la mer était plus chaude à la surface que dans ses couches profondes. Buffon, en 1750, avait appuyé cette opinion en remarquant qu'un plomb de sonde remonté rapidement, même sous les tropiques, communiquait à la main une vive sensation de froid. L’Anglais Ellis, en 1749, essaya de mesurer des températures sous-marines dans le voisinage de la côte nord-ouest d’Afrique et laissa descendre jusqu’à 1 170 et 1 630 m une bouteille métallique construite sur un principe assez analogue à celui des bouteilles servant à recueillir des échantillons d’eau, c’està-dire se laissant traverser par l’eau à la descente, se refermant : automatiquement aussitôt qu’on la remontait et contenant un thermomètre. Le même appareil servit à Hales! et après son perfectionnement par Parrot, à Forster (1772), à Cook (1772-75), à Irving et à lord Mulgrave (1773).
* Siegmund Günther, Lehrbuch der Geophyzik und physikalischen Geographie, t. I, p. 349.
De Saussure (1780) et Péron (1800) eurent l’idée d’envelopper leur instrument avec une matière mauvaise conductrice; le premier observa que dans la Méditerranée, la température est constante entre 300 et 600 m. Krusenstern (1803) et John Ross firent usagé d'un thermomètre à maxima et à minima de Six. Dupetit-Thouars (1839) protégea le sien contre les effets de la pression en l’enfermant dans un cylindre de métal; Bravais et Martins (1839), puis l'amiral Fitz- Roy, adoptèrent le même système de protection mais choisirent un thermomètre Walferdin. Pendant ce temps, de nombreuses mesures directes étaient prises à la mer par Horner (1803-1806), Scoresby (1810-1822), Kotzebue (1815), Wenchope (1816), Franklin et Buchan (1818), Dumont d’Urville (1826-1829) et enfin Lenz (1823). Prestwich réunit la plupart des résultats obtenus et construisit les premières cartes par courbes isothermes.
Les mesures de température à la surface de l’eau sont correctes et ont pu servir à Franklin en 1790 pour étudier le cours du Gulfstream et baser sur l’emploi du thermomètre la navigation dans ces parages. Mais les températures de profondeur étaient toutes entachées d'erreur. On en savait la cause, quoiqu'on ignorât le moyen d’y remédier. En
effet, soumis à la pression des couches d’eau qui le surmontent, un.
thermomètre immergé est fortement comprimé, de sorte que la colonne mercurielle monte beaucoup plus haut qu’elle ne l’aurait fait sous l’unique influence de la température. Lenz, Arago et Humboldt admirent que le fond de la mer était recouvert d’une couche à une température uniforme de + 40, maximum de densité supposé de l'eau de mer, glissant lentement à la facon d’un fleuve depuis les pôles jusqu'à l'équateur, puis remontant verticalement afin de compenser par un afflux froid les masses d’eau chaude sans cesse entrainées de l'équateur aux pôles par les courants de surface. Cette théorie ne fut pas ébranlée par les travaux d’Ermann, de Despretz, de Karsten et de Zôüppritz qui démontrèrent cependant que le maximum de densité de l’eau de mer a lieu à des températures diverses, même inférieures à zéro et d'autant plus basses que la salure est plus considérable.
La construction des appareils destinés à mesurer avec précision la température des couches profondes ne fut sérieusement étudiée qu'avant le départ du Porcupine, en 1869, après que l’on eut été obligé de rejeter toutes les mesures thermométriques obtenues par
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