IL A ETE TIRE UE CET OUVRAGE
Vini^t-ciiiq exemplaires sur papier Je Hollande
(avec le Jrontispice sur japnn impérial)
numérotés de i à 2j
Droiti de traduction ci de reproduction réservées pour tout pays, y compris les pays Scandinaves,
Oetave Mirbeau
clavc Mirbeau es/ du pays de 'Jjj}-bey d'Aurevilly et de Flaubert. La belle terre normande Va nourri, lui a donné la force robuste, l'a doué de la vigueur âpre qu'on admire dans ses livres. Les hommes portent en eu.x l'empreinte de leur berceau : le reflet d'Ai.x est dans la mémoire de Zola: celui de la Touraine ne cesse de hanter 'Balzac ; Mirbeau se souvient toujours de Trévières oii il est né ( le i () février i S5o),
de ces herbages; du Calvados, des prairies de la vallée de l'Orne, de ces sites du Dessin qui habituèrent ses yeux à comprendre la nature, à aimer les arbres dans les forêts et le frissoti de l'herbe dans les champs. Trévières, bourgade près d'Isigny, non loin de Bayeux <( avec des pommiers, des peupliers et la mer comme fond de tableau, » était le berceau de la J'amille maternelle de l'écrivain ; Regmalard (dans l'Orme) celui de sa famille paternelle. L'un de ses ancêtres, tabellion sous Louis XIII, avait été décapité en pleine place de Moi tagne : depuis, tous les Mirbeau se vouèrent au notariat. Seul, dérogeant à la régie, le père de l'écrivain se fit médecin. L'un de ses oncles était prêtre : c'est ce fameux abbé Jules dont le romancier devait peindre plus tard un portrait si intense.
De son enfance chétive, d'un séjour désolé au collège des jésuites de Vannes, le futur écrii^ain cotisen'a du moins la mémoire des plus beaux sites qui soient. Ses goiils de paysagiste datent de la toute enfance. Le petit Sébastien Roch aimait à regarder la mer ent'e les arbres ; il pense sans cesse aux promenades de Pen Bach, il évoque le de filé des Bretonnes au pèlerinage de Sainte-A une d'A uray : (( Hennins hautains, fanchons mutines, imposants diadèmes, tiares juives, bonnets sauvages de Tcherkesses. coquets loquets, elles passaient les belles filles de Saint-Paul, de Paimpol et de Lmiesnant. elles passaient aussi
les higoudcns de Pont-Labbé, dont l'étrange coiffe phallique se paillette de clinquant et de broderies barbares, et les pâles vierges de Quimperlé, si minces, si fragiles, si monastiques, et les hardies commères de Trégunc et de Concarcarneau, faites pour l'amour: elles sardinières de Doiiarnenez, promptes à la riposte ordurière, sous le pauvre châle de veuve qui leur rétrécit les épaides ; et les pêcheuses aux goémons de Plogoff aux reins solides, aux flancs féconds. »
Les Contes de ma Chaumière, qu'il publie en iSSô, exhalent une odeur forte de terroir, a Les champs couverts de récoltes, des prairies grasses, des fermes d'oii s'échappait, alerte et joyeuse, la bonne chanson du travail, jj conviennent, comme il sied, au cadre de ces récils. (r Simple et rustique, elle est située ma chaumière, comme une habitation de garde, à l'orée d'un joli bois de hêtres dont les verdures moutonnent au soleil, et, devant elle, s'étendent, fermant l'horizon, des champs, tout verts, coupés de haies hautes. »
Le plein- airiste est tout entier dans ces lignes. A cc)té de l'observateur des hommes il révèle, en M. Octave Mirbeau, un poète passionné de la nature. L'écrivain aimera celle-ci dans .son cadre réel ou dans celui que lui donne le génie des grands peintres. (( Les riantes prairies sequanaises » que Claude Monel a peintes ; cet « enveloppement des formes dans la lumière » où excelle Pissaro ; a les aspects de paysjéeriques » que traça Vincent van
Gogh : les panncuix .juc Cciannc a traces de sa Provence ne furent jamais contemples par regards plus émus que far ceux de cet homme .jui aime la vie delà terre d'un filial amour.
Plus tard ce fut dans le miroitant séjour de Pont de-l' Arche, près de Rouen, quil s'apprit à comprendre les espaces, les arbres forts et charmants, les massij's gorgés de fleurs. Ce fut enfin dans ce jardin admirable de Carrière sousPoissy qu'Edmond de Concourt a décrit, dans ce jardin planté de magnolias et d'iris du Japon « en cette maison inondée de jour et de soleil, d que l'écrivain connut ces joies rares et hautes d'aimer, en même temps que les idées et les livres, les tableaux et les ?narbres. laj'orme simple des fleurs. Plus tard, dans les heures les plus sombres, aux minutes de combat les plus âpres, le goût de cette grande nature, des belles végétations sun'ivra dans son cœur. Et qui sait si ce n'est pas ce cher souvenir des fleurs qui exhalera, un jour, au dessus du charnier du Jardin des Supplices, sa senteur de lotus et de palétuviers.
M. Octave Mirbcau — conme Diderot — Jut élevé aux Jésuites. On retrouve. i.7«s Sébastien Roch. l'odyssée de soti enfance. Dans ce livre douloureux.pessimiste et vivant, l'auteur raconte avec sincérité ses premiers pas dans le monde. Le roman s'achi'î.x en journal et donne divers épisodes
de jeunesse. Il y donne même davantage, il y es qiiisse les amitiés futures, puisque l'auteur a écrit en tête ces lignes affectueuses : a Au maître vénérable et fastueux du livre moderne, à Edmond de Concourt, ces pages sont respectueusement dédiées. O. M. )) C'est là une confession d'enfant. Un homme, im artiste l'a écrite. Elle révèle beaucoup de M. Octave Mirbeau. On l'y devine déjà rétif aux morales, aux enseignements, aux lois, attentif seulement à la beauté des mots, des gestes et des musiques. (( Sébastien — dit-il — ne pensait., n'agissait, ne vivait que par la sensibilité ; la vie nerveuse et sensuelle était, en lui, suraiguisée jusqu'à la maladie, jusqu'au déséquilibre physique. )) Ainsi décrit, ressemble-t-il assez à ce jeune Firmin Piedagnel dont devait parler, plus tard, M. A?iatole France. C'est l'histoire d'une bette âme d'enfant pervertie par les prêtres. Le jovial père Marel, le sournois père de Kern ont trouvé le chemin de cette petite âme qu'ils rejettent loin d'eux après l'avoir souillée. Le petit Sébastien Roch est sorti du collège comme Piedagnel du séminal) e avec (( la haine du prêtre, U7ie liaine impérissable et féconde, une haine à remplir toute la vie. j) A peine si, plus tard, cette haine pourra se modifier, s'atténuer léi>èrement devant cet Abbé Jules dont il narra la vie (1888). Encore /'Abbé Jules est-il un réprouvé des ordres, une sorte de chien galeux de l'Église, plus excentrique qu'orthodoxe çt dont la soutanç
7ioiyc cf-oircjn/c. le soir, les f^jïslourcs Jjns les chavips.
DiMe d'homme d'ailleurs, bon enfant et bon bougre, .jii'jttenJrissent la iiature et les jeunes filles qui meurent, qui ne eroit guère aux môme ries, et qui ne sait trouver, au chevet d'une ago- 7iisante. au lieu des mots latins de l'Extrême- Onction. que ces paroles simples et touchantes : « Pauvre enfant .'... Tu es venue un jour, et le lendemain tu t'en ras... De la vie tu n'as connu que les premiers sourires, et tu t'endors à l'heure de l'inévitable souffrance... 1 .7 dans la clarté ! et dans le repos, petite dme, sœur de l'àme parfumée des pleurs, sœur de l'àjne musicienne des oiseaux... Demain, dans mon jardin je respirerai ton parfum au parfum de mes fleurs, et je t'écouterai chanter aux branches de mes arbres... Tu ."ieras la gardienfie de mon ca'ur et le charme invisible de mes pensées. »
Comme celle de Jules ]'allés. l'oil'ance de M. Octave Mirbeau a été d'un réjraclaire. Ses Jeunes ans, aussi douloureux que ceux de l'auteur de la Rue et du Bachelier, le trempèrent four la vie. Dans Sébastien Roch, dans l'Abhé Jules //.T — tel Willes dans /'Enfant — confessé ses premières et yrojondes amertumes, ses illusions, ses deuils, ses souffrances. Depuis c'est vers les seuls rifractaires, réfractaires de iarl et de la société, que sont allées ses tendresses. Pour les autres il nej'ut que l'ironique con-
iémpteilr que sa raillerie mordante marqua souvent jusqu'au châtiment.
Le Calvaire, paru un an avant (iSSy) et dédié ( I ) à son père, (( en témoignage de sa piété filiales, est un livre âpre et fort (2). L'histoire de Jean-Marie Minlié y commence à peu près au point où celle de Sébastien Roch finit : avec la guerre de jo. Peu de livres respirent autant que
(x) L'Abbê Jules porte cette dédicace: « A Paul Hervieu, en témoignage de mon affection profonde, ce livre est dédié. «
(2) Paul Bourget écrivit sur ce livre {NonveUi' Revue, i" janvier 1887, p. 140) :
«... Aujourd'hui la Critique peut porter un jugement d'ensemble sur ce livre, l'un des plus originaux qui aient paru, depuis des années, par la magistrale simplicité de la facture, l'accent de poignante sincérité,, le courage dans la mise .i nu des plus secrètes blessures de l'àme. Avec cela un courant ininterrompu de pitié, une sensation de la nature qui éclate, comme dans le chapitre IX, en images d'une poésie extraordinaire et, roulant tout cela, un flot d'éloquence qui bouillonne d'une extrémité à l'autre de ces trois cents pages,
Baudelaire disait, dans d'étranges et admirables vers
.... Tous les êtres animés Sont des vases de fiel qii'oii boittes yeux fermés.
Le jeune homme du Calvaire a, lui aussi, bu l'être qu'il aimait, comme un calicede fiel ; mais il l'a bu, les yeux ouverts.
C'est l.i peut-être le caractère le plus saisissant de cette histoire d'amour, — une bien simple histoire, celle d'une passion pour une femme entretenue — que cette lucidité de l'amant, Mintée se trouve être à la fois i.n analyseur et un passionné, union moins rare qu'on ne le pense, mais qui n'a guère été montrée en littérature. Des maîtres, Itenjamin Constant, Sainte- Beuve, d'autres encore, ont étudié l'influence meurtrière exercée sur le cœur par l'esprit d'analyse, flamme corrosive qui consume tout ce qu'elle éclaire. D autres, et c'est le plus grand nombre, ont fait voir quel voile d'illusion le trouble sentimental déploie entre nous et la réalité. Mais cette nuance spéciale de sentiments : l'amour à la fois intelligent et frénétique, l'amour de l'homme qui juge sa maitrcsse en la désirant, qui la méprise en descendant pour cette femme méprisée jusqu'au fond du vice et jusqu'au bord du crime ; cet amour qui connaît tous les avilissements de l'ivresse sans en connaître les oublis, cet amour qui atteste d'une manière si effrayante la complexité de notre nature
ai
celui là la haine de la guerre, l'horreur des corn bals et des armées.
(( Je vais partir et me battre, disait Sébastien Roch. El je ne sais même pas pourquoi je vais partir et me battre. On te dira seulement : « Tue et fais toi tuer, le reste 7î0us regarde ! )) Eh bien ! no7i, je ne tuerai pas. Je me ferai tuer peut-être, mais moi je ne tuerai pas... »
Les dures silhouettes de paysans, tracées daîis les Contes de ma chaumière, se retrouvent à p-'lus d'une page de ces puissants récils. Il en est peu de plus tristes que celle oii u l'ancienne » vient demander son fils à l'ambulance des avant-postes, à qui le chirurgien dit qu'il est mort et qui s'écrie, lamentable comme une bête blessée : « Comment quvous dita çà ?... Oit, çà qu'il est mô ?... Pourquoi qu'il est ma. mon p'tit gâs ?...» Il en est peu de plus hardies et de plus humaines que celle de la mort du beau cavalier allemand surpris da)is le bois et dont Mintié, plein de honte cl de remords, baise à pleines lèvres, fraternellement, les béantes plaies saignantes que ses balles lui ont faites. Tout le récit suivant retrace un
8t conimein l'esprit peut brûler en nous, lampf inutile, sans servir à rien qu'àiiluminer le gouffre où nous nous engloutissonsavcc tous les trésors de noire honneur et de nos énergies, — cet amour — là, quels romans ont osé en donner la description exacte et complète ? Je vois quelques pages de la Peau de Chagrin, celles où Raphaël de Valentin raconte sa relation avec la comtesse Fœdora ; je vois un chef-d'oeuvre inconuu, la première des nouvelles qu'Hippolyte Castillc a réunies sous ce titre : Histoire de viinage, une eau-forte psychologique, si l'on peut dire, de la plus stirprenante beauté. Je vois enfin le Calvaire. . .. »
àouloureirx roman d'amour, l'agonisante lutte de deux êtres attachés l'un à l'autre far le cœur et les sens. Par la fureur de leurs élans, le pessimisme de leurs âmes, leurs lâchetés lamentables, Jean Mintié et Juliette Roux « dépassent des Grieux et Manon. Ryno de la Vieille maîtresse, Toto de \a Glu, Saplio de Daudet fi) jj. Rarenient. M . Octave Mirbeau sut peindre d'aussi intenses caractères passionnels.
Une vie aventureuse de quelques années au cours de laquelle M. Octave Mirbeau fut même sous-préfet (à St-Girons. en iSjyj. de vaillants essais, çà et là, dans le journalisme, préparèrent cette maturité littéraire féconde, rr Vers ce tempslà (i8'/2). écrit M. Edmond de Goncourl, Dugué delà Fauconnerie fonde l'Ordre et l'appelle au journal, et il a le souvenir que son premier article fut un article lyrique sur Manet, Monet, Césanne, avec f)rce injures pour les académiques : article qui lui fît retirer la critique picturale. .»
Sa critique théâtrale, non moiiis véhéniente. atteignit au paroxyme dans un retentissant pamphlet : Le Coméd'iQn (Octobre 1882) auquel répondit M. Coquelin.
La même année. M. Octave Mirbeau entreprit de publier, avec MM. Paul llervieu et Grosclaude,
[i] La Grande Encyclopédie : M. Jules Huret.
un pclit journal satirique, Les Grimaces, oh il continua de témoigner, avec un talent rigoureux de polémiste, d'une grande indépendance d'esprit et de jugement.
Plusieurs duels célèbres avec MM. Déroulède, Etienne. Bonnetain. Mendès, résultèrent de cette attitude.
Enfin le caractère visible de révolte qui marqua ses premiers romans: Le Calvaire, l'Abbé Jules et Sébastien Roch, acheva de rendre redmitable un écrivain exceptionnel, asse,i puissant pour ne se joindre à aucune école, asse:; maître de son art pour ne reconnaître aucun maître.
C'était le temps oii, sous l'ardente pou.ssce d'hommes assoiffés de justice immédiate, les théories anarchistes, accueillies aussi favorablement par quelques- u)is des penseurs les plus en vue que par les hommes du peuple les plus humbles, se faisaient jour dans les consciences, fean Grave publiait alors (iSgi) La Société mourante et l'anarcliie. x'uvre de rccendication humanitaire que M. Octave Mirbeau accepta de préfacer, u Ce lii're, disait-il, est un chef-d'œuvre de logique. » Le hardi contempteur du Calvaire et de Sébastien Roch ne pouvait que s'y rallier. Il le présenta en des termes qui lui Jont honneur, ratijiant publiquement les attaques directes qu'il avait adressées, dans ses livres, aux prêtres et aux soldats défenseurs de la loi.
(i Toute l'immense tendresse, tout l'immense
amour de la vie par qui le cœur d'un Kropotkine est gonflé j> exaltèrent désormais ses ouvrages, leur donnèrent une portée qu'ils n'avaient pas atteinte.
Les Mauvais Bergers, pièce en cinq actes, représentée à Paris sur le théâtre de la Renaissance, le 14 décembre i8r)j , est celle de ses œuvres oii il a exposé le plus nettement le conflit redoutable du capital et du prolétariat. On ne saurait trop avancer en affirmant que les Mauvais Bergers sont, à l'actuel théâtre français, ce que sont les Tisserands dans la littérature dramatique allemande : une palpitante tragédie de tout ce que contient de misères et d'injustices un monde oit l'inégalité fait des souffrances du plus grand nombre la puissance des riches et des dirigeants. Jamais, depuis le Germinal d'Emile Zola, les épisodes de grève n'inspirèrent scènes plus fortes, révoltes plus humaines, violences plus légitimes. Jean Roule a été le héros simple, Madeleine la dévouée amoureuse en qui M. Octave Mirbcau représenta la grande foule anonyme que les pouvoirs oppriment.
L'Epidémie, pièce en un acte, représentée le 2g avril i8cj8, sur la scène du Théâtre Antoine, est une satire très vive de l'omnipotence bourgeoise. L'épidémie qui ravage les casernes de la ville n'émeut que médiocrement la conscience de ses conseillers municipaux [(( les soldats sont jaitspour mourir )>) mais dès que s'attaque le mal
aux bourgeois .ie Li cite, il s'agit d'aviser aux mesures prophylactiques.
Les épisodes du procès Dreyjus tenaient alors en éi'eil la conscience française : M. Octave Mirbeau prit nettement parti pour l'idée de re^'ision. Il entreprit dans le journal l'Aurore, à côté d'Emile Zola, de Pierre Quillard. de Georges Clemenceau, de Lucien Desca':'es. de Gustave Geffroy et de tant d'autres. u)ic campagne admirable et vaillante contre l'esprit de réaction militaire et l'antisémitisme.
Il Jaut relire toutes les pages oii son style virulent, cliargé d'épitliete.s. })}arqua /es adversaires du plus grand des procès des temps modernes. Ce n'est plus le style léger, charmant, persifleur de Beaumarchais dans l'affaire Goezman. le cri d'angoisse, rauque et sourd, poussé par 'Balzac, dans l'affaire Peytel : ici c'est le cri de révolte d'une conscience i)idignée. Le frisson de l'àme populaire pendant ces jours honteux, nul ne sut mieux le traduire que M. Mirbeau dans plusieurs de ces parfaites pages.
/4/;i.s/ la \'oi\ de la Rueoit il défendit Georges Picquart, ainsi cette belle Lettre à un Prolétaire d'une éloquence si persuasive : (( Grâce à Vaffaire DreyJ'us. dont .\L Guesde te supplie de te désintéresser, on s'occupe de toi davantage, on l'aime un peu plus. Certes, dans le tumulte des intérêts et des' p\7ssions tu étais toujours oublié. Tu étais si petit, si petit, qu'on
n apercevait pas, souvent, dans la mêlée, ta face de douleur et de misère... Aujourd liui elle apparaît mieux sur la face lointaine de l autre... Les cris du pauvre damné font mieux e?itendre les liens... De tous côtés, on dénonce les abus de pouvoir, les injustices, les férocités, les crimes, dont tu es, sans cesse, la victime. »
« Et,enquelques mois, voici, arrachés au poteau des conseils de guerre, quatre de tes frères qui eussent subi l'infâme supplice... Tout cela n'est pas beaucoup, soit... Il ne tient qu'à ton courage, à ta ténacité, à ton intelligence d'avoir davantage !... Ne passe plus ton chemin, prolétaire, arrête-toi... » Le premier enfin — et cela avant la grande voix d'Anatole France — il osa, dans un article sur Travail, écrire d'Emile Zola qu'il « fut, aux heures infâmes, notre conscience. »
Payant d'exemple, il combattit aussi par la parole dans de nombreux meetings organisés à Paris et en province, non souvent sans péril, comme cela se produisit à Toulouse en i8gg. Ainsi, son rôle, à ce moment fiévreux, a été dé~ cisif.
Ecrites au cours de ces événements « les pages de meurtre et de sang » du Jardin des Supplices ( i8(jg) qu'il dédia « aux Prêtres, aux Soldats, aux Juges, aux Hommes qui éduquent, dirigent, gouvernent les Hommes, » figurent les plus cruelles que l'auteur ait tracées. Dans le décor
J'unc lutlityc tropic.ilc liixurujnlc. .i.THs le C-i^ire merveilleux Je cesjjir.iins chinois, les plus beaux qui soient après « les ati/nirables jjrJins Je Kiew », M. Octave Mirbeau a groupé les plus raf)înés supplices, les plus perfectionnées tortures .ju' inventa le génie oriental. Jamais la joie Je tuer ne trouva plus sensuelle, plus arJente prosélyte que cette miss Clara à qui ces oJieux spectacles offrent les pires saveurs. « La femme a en elle une force cosmique J'éléments, une force invincible Je Jestruction comme la nature ». Jit M. Octave Mirbeau. Ht c'est la femme qu'il placée au niilieu Je ce jarJiti conime jaJis il osa la placer au sommet Ju Calvaire, Jévastatricc et triomphante !
Avec le Journal d"une femme de chambre, roman (igoo): les Vingt et un jours d'un neurasthénique, recueil J' impressions balnéaires J'u)i sois caricatural intense. N'ieux Ménages, coméJie en un acte représentée sur la scène Ju GranJ Guiiinof M. Octa^'e Mirbeau revint au violent réalisme, à la harJie satire bourgeoise que tenla jaJis Daumier Jans ses Jessins. ou Flaubert Jans ses livres. Xul mieux que ce puissant Jéformateur, RowlanJson tni Goya romancier, ne Jonna Je nos fantoches contemporains, Je nos honorables bourgeois. Je nos méJiocres Jominatcurs Je tous orJres ou Je toutes castes, une -i'ision plus amére. Xul mieux que M. Octa-T'e Mirbeau )ia plus profonJement
({ senti, devant les jnasqiies humains, cette tristesse et ce comique d'être un liouime... Tristesse qui j ait rire, comique qui fait pleurer les âmes hautes, (ij »
Le ig février igo2, le théâtre de la Renaissance-Gémier représenta le Portefeuille, comédie en un acte d'une belle ironie. Le Jean Guenille qu'incarna, ce soir-là. si merveilleusement }L Firmin Gémier, c'est le frère souriant et résigné du Crainquebille d'Anatole France, c'est comme lui le gueux misérable et simple que soumettent les lois et les polices.
Enfin le 20 avril igo3 les Français représentèrent l'œuvre scénique la plus complète, la plus ■vigoureuse, la plus hardie de toutes celles que donna M. Octave Mirbeaii. Il y a dans cette pièce en trois actes : Les Affaires sont les Affaires, une 1res forte conception dramatiqne.
On y voit l'homme d'argent contemporain, autrement apte au négoce, autrement en treprena)il. d'une envergure plus vaste que tous les financiers bal- ~aciens, se mesurant aux difficultés économiques que la spéculation et la science lui opposent. Isidore Lécha t. c'est le prodigieux agent d'affaires dont le génie étonnant commande à l'Argent, ordonne la hausse ou la baisse des valeurs, assume les combinaisons financières lesplus redoutables. C'est le grand homme d'afaires qui sait
[}) Le journal d'i.ne femme dit chambre, dédicace à M, Juics Pluret.
JMiLitr à la valeur de l'or, les ambiliuiis et les Lilenls, le tra-J'ail et l'amour, qui ne connaît d'activité que celle qui a cours à la Bourse. Germaine — fille d'Isidore Lecliat
— se dresse devant son père comme une statue résignée de la douleur \ulle — 7nieux qu'elle
— 7î'a su discerner de quelles sources impures coulait cet or qui l'entoure d'opulence ; nulle en de plus heaux clans, ne sut niéf^riscr les richesses mal acquises dont elle est la captive vaincue. Ah ! la belle scène que celle oii Germaine, avec son fiancé Lucien, se résoud à quitter ce toit si peu digne de sa conscience. Et la belle scène aussi que celle oii Isidore Lechat apprenant la mort de son fils préféré, de Lucien [sorte de petit fêtard que )'icnl de broyer dans une fclle course à l'abîme l'automobile aveugle) trouve encore la force sujfisante de résister a Phincket Grtiggh, tes deux maîtres aigrefins qui veulent lui arracher une signature décisive du traité préparé ! M. de L^éraudy — qui tenait le rôle accablant d'Isidore L^echat — a su dessiner là l'une des scènes les plus émouvantes de la moderne tragédie de mxurs.
M. Octave Mirbeau. en même temps qu'il a écrit une x'urre de satire virulente, a porté un sévère jugement sur l'époque. Il a osé traiter, sur la scène des Français, du conjlit de l'Argent et de la Justice immanente et définitive. Depuis Mercadet et les Corbeaux aucune plume ne s'acharna aussi
bien, dans une œuvre dr-iinatique, à déchirer les conventions mondaines, à briser les iniquités sociales. Ce reste l'honneur des Français d'avoir oser monter, sur unescène ordinairemenc timorée, ce drame^ d'un auteur indépendant , drame fort, drame vigoureux, plein de toutes les qualités de sarcasme, de satire et de beauté qu'excelle si bien à exprimer M. Octave Mi r beau.
« Octave Mirbeau — écrit M. Catulle Mendés — cest r impétuosité. Et pourtant., ajoute-t-il, (( ce brutal boulevcrseur d idées est un très sûr et 1res patient artiste de la phrase, un délicat manieur de mots : cet oseur devant la société est un timide devant la syntaxe... il se plaît à s'exiler de sa propre truculence pour .^'inquiéter d'un rythme ou d'une sonorité ; ce terroriste est un miniaturiste : ce guillotineur est un enlumineur... Afféterie de la tuerie. Mais, toujours, quand il a raison, c'est pour la Beauté !.. »
La Beauté — c'est quoiqu'en disent ceux qui ne goi^dèrent pas l'amertume de ses ceuvres les plus sombres — ce que comprend le mieux M. Octave Mirbeau. Il la comprend non seulement dans la vie et dans la souffrance, dans la laideur et dans le crime, mais aussi dans les œuvres des statuaires, des poètes et des peintres.
Nul, plus que lui, n'a vanté, à côté de tous les altistes que nous avons cites, l'inimitablç
sculpteur du Baiser et de& Bourgeois de Calais : M. Auguste Rndin. Xul n'ajait davantage poulie triomphe d'un art dégagé des convenances, d'un art vivant, spontané, clair et nouveau, que des noms comme ceux de MM. Claude Monet ou Camille Pissaro honorent doublement. Sur Jean Lombard, sur Rodenbach il a écrit de beaux et sagaces articles. Il est des écrii'ains de l'Académie Goncourt qui reconnurent le talent si particulier dciM. Charles-Louis-Philippe. Enfin, s'il a heurté parfois nos goûts personnels en se montrant injuste et méfiant pour plusieurs, il a été, pour d'autres, compréhcnsif et fraternel. Ici je songe à M. Maurice Maeterlinck. Il ne faut pas oublier que M. Octave Mirbeau fut le premier en France à oser écrire publiquement un nom que tous ont été depuis unanimes à placer parmi les plus grands.
L'année dernière encore, à la veille des belles repré.scntations de Monna \'anna, .7/^ moment où le théâtre de l'Opéra-Comique montait PcWC'ds et Mélisande avec la musique de Claude Debussy., oii se publiait le Temple enseveli, il a, une fois de plus, rendu justice à Maurice Maeterlinck. Aussi, disait-il, « nous aurons la joie très douce et très forte, non d'aimer davantage Maurice Maeterlinck, ce qui est impossible, mais de l'admirer, dans l'enthousiasme de tous, et de l'acclamer sousla tri fie face de son délicieux et puissant génie de poète, de philosophe et de dramo,-
turge. »
A peu de temps de là, dans une page de brillante ironie, il gnurmait vertement M. Cuir, inspecteur des études primaires de l Académie de Lille, qui avait entrepris d^ expurger '^Bah^ac et de donner à ce mâle génie, en le mutilant, le pâle éclat des écrits chastes. Ainsi est cet écrivain. Caractère aussi âpre gu impulsif, talent d'une dualité expressive et superbe.
M. Octave Mirbeau admire aussi bien ce qui est noble et beau qu'il raille ou attaque ce qui est vil et laid\ ses enthousiasmes sont aussi sincères que ses critiques sont véhé mentes. Nul n'est plus spon tané dans l'amour ou la haine.
lettrl: AUTOGRAPiir:
DE
OCTAX'E MIRBEAU A GUY DE .MAUPASSANT (Collection Je M. Pierre Daiize).
IM W vv^vv^w^fU ttt^'Wt' ^Hu^ t?t«< ^^UrvC^ C^K^ tt^ t<^
Portrait charge, par Cai'pielLO (Figaro, ii septembre 19O2)
Opinions et Documents
Octave Mirbeau, par Ed. de Goncourt
Jeiijli r [ juillet.— Je dîne aujourd'hui à Levallois-Pcrret, en tête-à-tête avec Mirbeau et sa gracieuse femme, dans une salle à manger aux murs de laquelle est accrochée, d'un côté, une étude peinte du mari et de l'autre, une étude peinte de l'épouse.
A\irbcau a la gentillesse de me reconduire à Auteuil. et, en une expansion amicale, me raconte dans le fiacre des morceaux de sa vie, pendant qu'aux lueurs passagères et fugitives, jetées par l'éelairage de la route dans la voiture, je considère cet aimable violent, dont le cou et le bas du visage ont le sang à la peau, d'un homme qui vient de se faire la barbe.
Au sortir de l'école des Jésuites de \'annes, vers ses dix-sept ans, il tombe à Paris pour faire son droit, mais n'est occupé qu'à faire la noce. Vers ce temps-là, Dugué de la Fauconnerie fonde VOiJre, et l'appelle au journal, et il a le souvenir — lui qui vient d'écrire la notice de l'exposition de Alonet — que son premier article fut un article lyrique sur Alanet, Alonet, Cézanne, avec force injures pour les académiques : article qui lui fit retirer la critique picturale. Il passe à la critique théâtrale, mais ses éreintements sont entremêlés de tant de demandes de loges pour des femmes légères, qu au
oout de quelques mois, il avait fâch6 le journal avec tous les directeurs de théâtre.
Là, quatre mois dévie étrange, quatre mois à fumer de l'opium. 11 a rencontré quelqu'un de retour de la Cochinchine. qui lui a dit que ce qu'a écrit Baudelaire sur la fumerie de l'opium est une pure blague, que ça procure au contraire un bien-être charmant, et lembaucheur lui donne une pipe et une robe cochinchinoise. Et le voilà pendant quatre mois dans sa robe à fleurs, à fumer des pipes, des pipes, des pipes, allant jusqu'à cent quatre-vingt par jour et ne mangeant plus, ou mangeant un œuf à la coque toutes les vingt-quatre heures Enfin il arrive à un anéantissement complet, confessant que l'opium donne une certaine hilarité au bout d'un petit nombre de pipes, mais que passé cela, la fumerie amène un vide, accompagné d'une tristesse, d'une tristesse impossible à concevoir. C'est alors que son père, auquel il avait écrit qu'il était en Italie, le découvre, le tire de sa robe et de son logement, et le promène, pas mal crevard, pendant quelques mois en Espagne.
Arrive le i6 mai. 11 était rétabli. Par la protection de Saint-Paul, il est nommé sous-préfet dans l'Ariège, et il me dévoile les mensonges du suffrage universel, me contant que dans une commune, où Saint-Paul avait eu l'unanimité, quelques mois après, le candidat de Gambctta avait la même unanimité.
Mais au mois d'octobre de cette année, le souspréfet est sur le pavé, et il se remet à faire du journalisme dans le Gaulois,
C'est alors l'époque de cette grande passion qui l'improvise boursier, un boursier s'il vous plaît, gagnant douze mille francs par mois pour la femme qu'il aime, puis bientôt la cruelle déception, qui lui fait acheter, avec l'argent de sa dernière liquidation, un bateau de pêche en Bretagne, sur lequel il mène pendant dix-huit mois la vie d'un matelot, dans l'horreur du contact avec les gens chic. Entin, le retour à la vie littéraire.-...
Jciininl des Goiicourt (Tome VIII, 1889-iSqi. p, 68), P.iris, Cliarpeiuier. i?9).
^Fè-
Oct.ive MiRBKAu et le comédien on Féraudv penJ;«nt une répétition de : « Les AlT.iires sont les Affaires « fDes.iin de Sum. Jounuil, 5 mai 1905)
Octave Mirbeau, par G. Rodenbach
On pourrait dire de M. Octave Mirbeau qu'il est le don Juan de l'Idéal.
Don Juan est le grand incontenté. Il a une curiosité inquiète, des aspirations infinies et peutêtre aussi un goût des expériences. Il appartient à cette famille des Lunatiques dont il est parlé dans Baudelaire, a Tu aimeras le lieu où tu ne seras pas, l'amant que tu ne connaîtras pas... » Toujours changer, se quitter, chercher ailleurs, versatile pèlerin de l'amour ! Tirso de Molina le vit passer dans les oratoires de Séville, guettant quelque infante aux yeux tristes, lui-même pâle comme la cire du chandelier, Molière aussi le rencontra, et Mozart qui nota l'harmonie de ses plaintes, et Byron et Musset. Personnage fuyant, inassouvi, énigmatique surtout. Il a sur la face un sourire, car le sourire seul est énigmatique. Mais son sourire est plus proche des larmes que du rire. 11 apparaît le plus triste d'entre les hommes pour avoir voulu Tabsolu. Pourtant son obsession était restreinte ; elle fut purement féminine. Don Juan ne chercha l'absolu que sous une seule forme : l'Amour.
Que dire de celui qui serait le Don Juan de tout l'Idéal? M. Octave Mirbeau y fait songer. 11 n'y a pas que l'absolu de la beauté. Il y a l'absolu de la bonté, du bonheur, de l'art, de la justice. L'amour du cœur va à d'autres choses qu'à la femme ; on \ eut aimer des tableaux, des livres,
— soles malheureux, les pauvres, les lleurs. les morts, les nuages — on veut pouvoir s'aimer soi-même. Comment faire avec un seul cœur, si exigu, et qui contient si peu r Poui tant il faut aimer encore. On n'a pas assez aimé. On s'est trompé en aimant. Alors on vide son cœur — pour le remplir de nouveau. On se déprend, parfois, mais c'est afin de se passionner autre part.
C'est la nature de don Juan... Or, Al. Octave .Mirbeau lui ressemble comme un frère, plus souffrant, plus inassouvi, puisqu'il aime davantage et que son idéal est sans limites.
Lui aussi a un sourire : son ironie, une ironie spéciale, hautaine et grinçante, d'une originalité unique et qui constitue une de ses plus fortes vertus littéraires, lincore un peu, ceux qui ne voient pas assez le fond des choses, l'auraient pris pour un pamphlétaire, à cause de cette ironie, parce qu'il publia les Grimaces, qui furent parfois de cruelle satire, et parce qu'il écrivit de mémorables « éreintements », des portraits justiciers, eaux-fortes où la plaque avait reçu d'indélébiles morsures. .Mais ceci encore n'est-ce pas la logique même de don Juan? y\. .Mirbeau veut l'absolu dans la beauté, dans l'art, dans la justice, comme don Juan voulait l'absolu dans l'amour. C'est pourquoi il accable de sa puissante raillerie, de ses invectives aux vols d'aigles et d'ouragans, de sa haine loyale, les mauvais écrivains, les mauvais riches, les Mauvais 'Bergers, comme il dit dans son drame.
.Mais haïr est la même chose qu'aimer. La haine ne provient que de trop d'amour. On le
croyait cruel et inexorable. Ah 1 comme il est différent, et tout le contraire même, pour ceux qui le connaissent bien, ont approché tout près de ce cœur ombrageux et orageux. Contradiction de l'apparence ! .Même au physique, si son allure décidée, sa rousse moustache militaire disent l'audace, la bravoure, le goût du combat, il y a là, dans ce visage, des yeux bleus si ingénus, si tendres, si jeunes encore dans la figure plus âgée, des yeux comme ceux des enfants, des yeux comme les sources dans la campagne, des yeux qui croient à la bonté, à la loyauté, des yeux qui tout de suite s'apitoient, des yeux mouillés et comme faits avec des larmes qui attendent...
Ainsi pour l'âme ... On croyait M. Octave .Mirbeau uniquement belliqueux, voire un peu féroce. En réalité, habitant loin des villes et en pleine Nature, il était toute douceur et vivait avec les tleurs. Sainte Thérèse, qui fut aussi une passionnée, a dit qu'elle se clarifiait les yeux chaque matin avec des roses. .M. C'ctave .Mirbeau aima toutes les fleurs qu'il a nommées « des amies violentes et silencieuses ». Dans son jardin de Pùissy, où il a des collections admirables d'iris, de roses, de pensées, il faut le voir, compétent comme un horticulteur du Harlem, qui les veille, les caresse, les appelle par leur nom.
Certes, il les aima pour leur beauté, mais sans doute aussi et principalement pour leur fragilité. Car il est, avant tout, un grand cœur miséricordeux. Toute son ironie provient dî toute son indignation, toute sa colère de toute sa pitié. Ses
larmes deviennent des projectiles... C'est un sentimental sanguin.
Et, en effet, après ses combats, voici tout aussitôt de lyriques effusions, des dithyrambes sonores et dont l'éclat de trompettes va atteindre les quatre points cardinaux de l'Art. On se souvient de certaines de ses pages, définitives comme un sacre, sur ^\. Rodin, sur ^\. Léon Bloy, tous ceux en lesquels il croit voir luire — enfin ! — un peu de r.\bsolu. Alors, ce sont moins des portraits qu'il trace, que des chants de joie, de triomphe et d'amour. Oui ! il aime, il le dit, il le crie, avec des troubles et des frissons, des mots comme des baisers, des phrases qui s'agenouillent. « Du journalisme, » disent les sots. Mais M. Octave AUrbeau ne fait pas des articles ; il n'a jamais écrit un seul article dans sa vie... Ces pages courtes, qui disent ses amours et ses haines, n'est-ce pas comme la correspondance de ce don Juan de l'Idéal, trop plein d'une âme, expansion d'une heure et qu'il garde au fond d'un tiroir — sans même daigner les publier. Est-ce qu'on publie jamais ses lettres d'amour, puisque leur encre, vite pâlie, semble vouloir d'elle-même retourner au néant r
A\. Octave .Mirbeau n'est pas seulement un grand écrivain ; il est un écrivain courageux. 11 dit tout ce qu'il faut dire, en dépit des prudences, des sourdines et des fards, des préjugés, abus, compromis, — choses temporaires et contingentes ! Va alors, quelle criailleries ! Que veut-il cet audacieux, qui demande l'infini dans la vie et
lîxcmplaire de Si-hasiicn Roch, c.irtonnc en véliu .Wic triple portrait de l'auteur dessiné à la plume par le sculpteur A. UoiiiN, en 11892
rait de L'Art dans la dcioraticn c.xU'ricure des Livres, par Octavç Uzanne.
cherche l'Eternité sur les cadrans? C'est chercher midi à quatorze heures.
On le vit bien quand il dressa dans le Calvaire (au grand scandale uni\'ersel), une scène de guerre admirable; c'est l'ennemi regardé, le uhlan prussien qu'on vient d'abattre, solitaire et jonchant la route, parmi la Nature éternellement en fête et impassible. Alors le sens humain s'éveille Au-dessus de l'idée de la Patrie, il y a l'idée de l'Humanité. Autre solidarité, plus vaste, plus foncière. Et le héros du Calvaire s'émeut, s'agrandit aux pensées magnifiques ; et il baise au front l'Ennemi mort.
Vaste cœur de Don Juan, que trois mille noms de femmes n'avaient point rempli, cœur inépuisable, cœur inassouvi, cœur qui sans cesse recommençait des expériences, voici un baiser dont il n'avait pas soupçonné la beauté et le funèbre enivrement! Et comme l'amour des femmes apparaît médiocre et restreint auprès de cet amour qui baise, sur le visage de l'ennemi, toute la douleur, toute l'humanité, toute la beauté morale, toute la mort.
Car M. Octave Mirbeau aboutit souvent à la mort... On en sent la présence rôdeuse et terrifiante, partout dans son œuvre. 11 y souffle comme le vent du bord des abîmes.
C'est l'arrière-goùt d'amertume de tous les fruits cueillis, la frénésie des fins de fcte, un bruit de départs incessants. Vie instable ! Destinées éphémères ! Fantômes avant-coureurs et pires que la mort! Il y a des pages que baigne une sueur moite. On éprouve une terreur d'on ne sait
quoi. .M. Octave Miibeau excelle à ouvrir ainsi des portes sur le mystère à susciter des ombressuspectesdans les miroirs, à amasser des soirs livides où des clochers charivent, où des passants s'exténuent. C'est une des faces inquiétantes de son talent qui. dressé haut dans la vie, en arbic fougueux, aux branches nombreuses, laisse entrevoir que ses racines plongent dans des terres de poison et d'écroulement aboutissent à des eaux, où tlotient les cadavres d'Ophélie et des fous.
Ce sentiment de la mort est permanent chez lui... Ainsi dans le Calvaire même en pleine sensualité, tandis que Juliette dort, il se met à l'imaginer morte. La vision s'accomplit jusqu'au bout . . Dans la fraîche haleine de la femme, pointe une imperceptible odeur de pourriture ; autour du lit, s'allument déjà et vacillent les cierges funéraires... des glas s'entendent...
Union de l'amour et de la mort. Qui peut les désassocier ? Par quel mystère les amants, au paroxysme de la volupté, ont-ils la nostalgie de mourir ?
Il est naturel que cette nostalgie se retrouve chez un écrivain toujours en peine d'aimer, et qu'aucun amour ne contente... Il aime l'amoui-, il aime la gloire : il aime les fleurs, il aime les pauvres, il aime les livres, il aime l'art avec une passion exaltée et militante ; peut-être aussi qu'il aime la mort. . . Et ceci encore est bien conforme a sa destinée d'un Don Juan de l'Idéal... La mort est le dernier amour de Don Juan.
{L'Elile, p. 143. Paris, Fasquelle, 1899),
Octave Mirbeau chez lui par Achille Segard
Monsieur Mirbeau est peut-être l'écrivain le plus passionné de ce temps ; d'instinct il est l'homme des idées extrêmes. Réaliste déterminé aux environs de 1885, anarchiste violent en 1897, il a suivi la pente naturelle de son esprit et, selon le précepte des grands théoriciens libertaires, il s'est développé selon sa propre nature.
« Ce que je reproche au Jean Roule des Mauvais 'Bergers, disait l'autre jour l'aîné des Rosny, c'est de laisser entendre à maintes reprises qu'il n'est devenu révolutionnaire qu'à force de misère. A mon avis, cette observation n'est pas juste : on naît révolutionnaire comme on naît romanesque ou sentimental, et, quelles que soient les circonstances, heureuses ou malheureuses, on demeure tel que la nature vous a fait. » Cette opinion, si aisément justifiée par l'exemple de Blanqui ou par celui de Rochefort, est fortifiée encore par l'exemple de .M. Mirbeau luimême.
Dès son début dans le journalisme, c'est-à-dire dès l'année 1874, ^u'il lédige à ÏOrdre le feuilleton dramatique ou qu'il se charge, pour le compte du journal la France, de la critique des Salons, il est, par tempérament plus encore que de parti pris, le démolisseur des vieilles théories et le bâtisseur des renommées nouvelles.
Chacun de ses livres est comme un jalon or-
gueilleusement planté sur la route de la Révolte et la tragédie des Mauvais bergers nest que l'aboutissement nécessaire où il devait parvenir.
Un instant, les amis de .M. iMirbeau ont pu croire que la ligne droite de sa vie allait être brisée; c'est à l'époque du 16 iMai. A ce moment le jeune journaliste, qui déjà commençait à se faire dans la presse une situation respectée, accepta le poste de chef de cabinet auprès du préfet de l'Ariège ; quelque temps après il était nommé sous préfet à Saint-Girons ; mais la carrière de .M. -Mirbeau est de celles qui semblent tracées d'un seul trait de plume; il ne demeura fonctionnaire que le temps d'être dégoûté de l'Administration et la réélection triomphale des 16^ fut le prétexte bien venu d'une démission nécessaire. 11 sortit de l'Administration comme d'un repos forcé et rentra dans le journalisme: on n'a pas encore perdu le souvenir de ses articles retentissants et notamment de sa diatribe contre les comédiens ; on se souvient aussi de la réponse impayable de .M. Coquelin aîné et de l'adresse que les comédiens de Paris, réunis en assemblée générale, communiquèrent à tous les journaux pour assurer l'auteur de cet article « de leur mépris et de leur dédain;» c'est alors que Al. Mirbeau fonda les Gi 'oiiaccs dans le format de la Lanterne d'Henri Rochefort.
Il ne renonça aux Grimaces que poilr publier des livres simples et puissants comme des cris. Je ne parle ni de Slaves et Tcutons,{i) qui parurent
(i) Ce livre n'appartkat pas à l'œuvre d'Octave Mirbeau (Notes des Editeurs).
en 1882, ni des Lcllres de ma Chaumière, qui parurent en 1885. Bien qu'on y puisse déjà reconnaître la marque d'un esprit original, ils ont été comme effacés par le succès du Calvaire, de V Abbé Jules et de Sébastien Roch. A proprement parler, ces trois livres constituent avec le drame des Mauvais Bergers l'œuvre définitive de M. Alirbeau. Ce sont tous les trois des livres de révolte : révolte vaine d'un malheureux qui nepeutvaincre son amour ! Révolte vaine d'un prêtre qui se débat dans les mailles du célibat forcé ! Révolte vaine d'un enfant dont l'âme est pétrie malgré lui par des maîtres indignes ! Et c'est pourquoi nul de ceux qui ont lu ces trois livres ne s'étonnera de la conclusion sinistre que l'auteur donne lui-même à ?,QsMauvais bergers: la révolte est impuissante, l'autorité est impuissante, il n'y a plus que la douleur, la destruction et la Mort. M. Mirbeau a fait le drame qu'il devait faire et qu'il portait en lui depuis l'origine des temps ; il ne s'ensuit pas, grâce à Dieu, qu'il ait enfin découvert la ^•érité. M. Octave Mirbeau est un impulsif et un lyrique, il a le don du verbe et 1 "éloquence est sa qualité la moins contestable, il pousse audacieusement jusqu'aux plus extrêmes conséquences de ses théories et il aboutit fatalement aux conclusions les plus désespérées. 11 ne peut empêcher cependant que toutes ses œuvres ne soient presque malgré lui vivifiées par un impétueux amour de la vie et qu'il n'émane malgré tout, d'entre les I pages de chacun de ses livres, une impression j légère mais pacifiante d'idéalisme et de poésie. Pour ma part, je n'ai peut-être bien compris
M. Mirbeau que lorsque je l'ai connu lui-même dans son décor familier. Je l'ai rencontré dans son home par une exquise matinée d'hiver où le soleil pâle et doux entrait à flots par les larges
Octave MiKDLAL" lisiuit u I-cs Atl.iiies soin les Allaires » Dessin d'Aibcrt Lambert fils (Magasin Ti'torcsque. i" mars 1903)
fenctres. Je l'y ai vu tout entouré des œuvres d'art qui, en leur temps, parurent aussi révolutionnaires et qui sont maintenant universellement admirées. Dés le seuil je me trouvai face à
face avec un mineur de Constantin Meunier qui semblait résumer en lui toute la tristesse et toute la noblesse du travail ; devant un paysage de Claude .Monet, violent et tourmenté, mais qui laisse l'œil comme illuminé; devant un coin de jardin signé de Pissarro, corbeille surabondante de fleurs d'où s'élance comme des jets le panache touffu des arbres !
Or, tandis que j'examinais rapidement cette demeure où flotte, semble-t-il, un peu de l'âme de celui qui l'habite, s'infiltraient lentement et irrémédiablemen; en moi des impressions confuses faites de violence et de douceur. Si clair et si haut perché qu'il domine un vaste horizon, cet appartement n'est tendu que d'étoffes légères aux tons adoucis et chatoyants ; l'antichambre et le bureau sont jaune tendre, le salon est d'un vert léger rehaussé de peintures à peine rosées et tout parsemé de meubles frêles aux notes claires ; la salle à manger est d'un vert très doux avec une cheminée de céramique où des grès flammés descendent toute la gamme des couleurs ; le tapis est à grands ramages et soyeux comme une fourrure. De cet ensemble se dégage une sorte de douceur qui serait presque féminine si les yeux en même temps ne voyaient éclater sur les murs des panneaux ou des toiles qui sont comme des foyers de lumière. \'(.">ici la Gardeuse d'oies, de Pissarro, qui semble baignée dans une nappe de soleil ; voiciVes Danseuses de Forain qui s'élancent hors du cadre avec une légèreté comme aérienne ; voici un tableau de \'an (K:)gh, gerbe d'iris que traversent de longues feuilles acérées
comme des glaives Cet appartement est un
musée et le jour y entre à flots ; de-ci, de-là traînent des \iolettes ou des branches de lilas, un parfum léger s'évapore et l'impression dernière est harmonieuse et douce. Peut-être un lecteur expérimenté découvrirait-il dans l'œuvre de .M. Mirbeau un peu de la douceur qui émane de ces chambres claires et, sous le pessimisme systématique des conclusions les plus noires, découvrirait-il en même temps un peu de l'âme de l'auteur qui est moins rude qu'on ne l'imagine.
[Revue Illustrée, i" janvier iSgSj (i)
Caricature d'O. Mirbeau. par Louis Stitc [La Plume, 15 avril 1902I.
(i) La rcJaction de la K l'iic UUistric a fait précéder l'article reproduit ci-dessus de la note suivante : " Cette feuille était déjà tirée quand a paru dans le Jcitrual. sous la signature de M. O. Mirbeau. un article qui outrage de la façon la plus grossière notre éniinent et cher collaborateur M. Francisque Sarcey. Lst-il tiesoin d'ajouter que l.i %1-i'iic llliislrrc proteste avec indignation contre cette inqualifiable dialrible ? — A. 13. w
ÉDITIONS. — Le Comédien, suivi de Venlrefild de M. Vitu, la lettre de [\C. îSCirbeau à M. Magnard, l'ordre du jour du théâtre du Château d'Lau et « les Comédiens par un Comédien », réponse à M. OiCirbeau par C. Coquehn de la Comédie Française^ Paris Brunox. 18S2, in-i6. — Le Salon de 1885, étude, Paris, Baschet 1S85, gr. in 4° (Collection des Maîtres DiCodernes. publiée sous la direction de F. G. Dumas. En carton: 30 fr.) — Lettres de ma chaumière, contes et nouvelles, Paris, A. Laurent, 1S86, in-ij. — L'Âbbé Jules, roman, Paris, Ollendorff, 1S8S. in-i8. — Le Calvaire, roman (publié fragmentairement dans la u 'Nouvelle Revue ».) Paris, Ollendorff, 1887, in-18. Réimpression en 1901 : Le Calvaire, illustrations gravées sur bois par Jeanniot. (Il a été tiré de cette dernière édition 75 exemplaire de luxe en format in-8°). — Claude Monet. A Rodin, Paris. (Galerie Geoges Petit), 1889, in-8^ (Etudes servant de préface à une exposition de ces deux artistes : Claude Monet par Octave Mirbeau ; Auguste Roditi par Gustave Geffroy). — Sébastien Roch. romans de mœurs, Paris,Charpentier-Fasquelle. logo. in-iS.- Contes de laChaumière. avec deux eaux-forti^s de Raffaelli. Paris, Charpentier-Fasquelle, i894,in-52. (Réimpression partielle mais avec \Atiaincs des Lettres de ma ehaumiére. Le premier texte olTrait 2i récits; celui-ci n'eu contient que 14. dont quelques-uns d'inédits). — Les Mauvais Bergers, pièce en 5 actes (représentée au Théâtre de la Renaissance le 14 décembre 1897). Paris. Fasquelle, '898 in-iS. — L'Epidémie, pièce en i acte (Thé.itre Antoine, le 29 avril 1898 j, Paris, Fasquelle, 1S98, in 18. — Le Jardin des Supplices, Paris, Fasquelle, 1899, in-18 [Le mé'ne, avec un dessin en couleur de Auguste Rodin, imprimé par A. Clôt. Paris, Fasquelle, 1899, in 8°. Le même. Réimpression de la deuxième partie, avec 22 dessins de Rodin, tirés par A. Çlot (Tvpographie de Renouardj, Paris. VoUara. 1905. in-4°. — Les Mémoires d'une Femme de Chambre. roni.tn. Paris Ed. de la « Revue Blanche », 1901. in-18. (11 acte tirécii outre: 250 exemplaires en format in-8'. — Les vingt-et-un jours d un Neurasthénique, roman, Paris, Fasquelle. 1902, in 8°. — Le Portefeuille, comédie en i acte. (Thé.itre de la Renaissance — Géniicr. 19 février 1902), Paris, Fasquelle. 1902, in-18. — La Grève et les Electeurs. r° éd., Paris, (( Les Temps Nouveaux)). 1902, in-i6 (Brochure faite d'un article publié nu « Figaro »). — Vieux ménage, pièce, en un acte (Grand Guignol, 19 novembre 1901), Paris, Fasquelle. 1901,
in-i8. — Amants, picce en i acte (Grand Guignol, juillet 1901 1, non publiée. — Scrupules, pièce en 1 acte ^Grand Guignol, mai iqo^), non publiée.
Préfaces aux ouvrages suivants ; Jean Lo.mbard : L'tAgonie, nouvelle édition illustrée, Paris, Ollendorff, 1901, in-i6; Dessins de Rodiii, pubhées par la maison Goupil. Paris, Boussod, Manzi, etc., 1S97, iii-tbi. ; Fkancis de v^Iroisset : Les nuits de ijiiiitie ans. Paris, Ollendorff. 1898. in-i6 : Hommage drs Artistes à Vicquart, Paris, Soc. libre d'édition des gens de lettres, 1X99, in-fol. ; Jules Huket : Tout Yenx. tout oreilles, Paris Fasquelle, 1901. in-i8 ; Louis Lamarque : Un an de caserne, Paris, Stock, 1901, in-18 .
PÉRIODIQUES.— La Bibliographied'Octnve Mirbeau se complique ici d'une collaboration permanente à un grand nombre de journaux. Aussi bien est-ce dans les feuilles quotidiennes qui parurent depuis plus de quinze ans, qu'il conviendrait de recherche; la production de ce robuste écrivain. Encore un volume ne suffirait point pour cataloguer la plupart des articles, études critiques, notes politiques et d'actualité qu'il signa. Nous en donnons une nomenclature succincte , mais chronologique, signalant avec des titres et des dates quelques-uns des meilleurs parmi ceux-là et qui méritent mieux que l'oubli de tout à l'heure. L'Ordre, (1875) Revue dramatique, Critique d'Art. Articles divers parus les 25 et 2.j octobre, les 3. 22, 29 novembre, les 6, lï , 20. 27 décembre.
L'Ariégeois, journal politique et littéraire de l'Ariège (1876- 1877) articles politiques divers, la plupart non signés.
Le Gaulois, La France, Paris-Journal, (1880-1882) articles d'.ictualité. l'.intaisies littér.iires. Critique des Salons.
Le Figaro (1.S82) : 9 articles : La Chanson de Carmen, conte à la manihe d'Edward IW (21 août,: SWturne parisien (51 août); I^Ciniptihiie acte (7 septembre 1 ; M"' Feyghine (i? septembre) ; Le Faux Monde (22 septembre ; I.ei Ilookmakers (29 septembrei ; Barhev d'^-lurevilly (8 octobre) : Paradoxe sur les Fcnayroii (12 octobre': l.e Comédien (26 octobre).
Les Grimaces, hebdomadaire. Paris, couvert, illustrée par G. Fraipon. Rédacteur en chef; Octave Mirbeau. Collaboration de Alfred Capus, Grosclaude, etc , 21 juillet 1S85-S janvier 1884), in-18. Articles satiriques. Quelques titres: sur François Coppèe : ('oquelin, Daudet <•/ C" ; Le Figaro ; Les S'oiivelles (sur Richepin): Rri'ue drs Etrennes. etc . .
Le Gaulois. Le Figaro (1885-1894) ; Articles d'actualité, critique. Dans le Gaulois de 1S87 : Jean Uaffitr (6 avril) ; Le Public et le Théâtre (20 avril): Li 'Hjie (8 mai;; Le Sphinx fjo mai); Sotes Pessimistes (2 juin); L'inconnu 124 juin); Vers le Bonheur (^ juilletl ; Questions hn'ilantcs (21 juillet) ; Croquis de Fêtes bretonnes il" août) ; 'J^-ngaines (22 août); Le Tn// ( 31 août); i> droit à la Vie (12 septembre! ; Le Paysan là propos de La Terre de Zola) (21 septembre).
Nouvelle Revue (i8£6). Publication partielle du roman; Le Calvaire.
Revue Illustrée fi886). Nouvelles: Gavinard ; Les infortunes de Mail' Liyiard ; La Chambre close-. (1889) : ^upiste Rodin.
Echo de Paris (1889-1894). Articles divers, Nouvelles, etc., (1890) : Si'hnslicn T^och, roman (du 15 janvier au 2 avril) ; (1892) : Les pclits martyrs (3 mai) ; Être peintre (17 mai) ; La Loi du vieurlre (24 mai) ; Les dialogues tristei (31 mai) ; Le Duel (28 juin) : Paysages (20 août, 6, 13 et 20 septembre) ; Dans le C-icl (27 septembre et autres numéros jusqu'en 11:93). (1893) : Tcllcas et ïkCélisande (9 mai), etc. . .
Le Journal (1894-1902). Chroniques d'actualité et nouvelles. (1894i : Pour Jean Grave (19 février) : La Folle (25 mars) ; Crescile (1" avtil) ; O 'Mjis ! (15 avril): Féltx Fcnàvi (29 avril) ; Potins (7 mai) : « L'S Mal-Vus » (? juin) ; 'Philosophe sans le savoir (10 juin) ; t'rofd d'explorateur (15 juillet) ; Les Vieux Ménages (19 juillet) ; Mon prccej^tcur (26 août) ; C'C- le Bourreau (2 septembre): Cartouche et Loyola (9 septembre); Des Passants (23 septembre) : Mémoires pour un avocat (50 septembre, 7, 14, 28 octobre, 5, ii, 18 et 19 novembre) ; Séverine (9 décembre) ; Le Legs Cail ehottc et l'Etat (24 décembre) ; (1895) : Un Fou (7 janvier) , Le Tiapport de V\C . Frédéric Fehvre (27 janvier) ; M. Quart (3 février) : Les Hantises de l'Hiver (17 février) ; L'armature (24 février) ; Clemenceau (11 mars) ; Des Lys ! des Lys ! (7 avril) ; Une Nouvelle Justice (51 avril) ; Toujours des Lys ! (28 avril) ; Les .yimes simples (5 mai) , Présentation (19 mai); Auguste Rodin (2 juin); Intimités préraphaélites (9 juin); A propos du u Hard Labour » (16 juin) ; Sur un. Livre (Le portrait de Dorian Gray) 7 juillet; Les Souvenirs d'un pauvre diable (28 juillet au I" septembre) ; Précocité (3 novembre) ; Portrait (24 novembre) ; La P'tite (8 décembre) ; Pitié militaire (29 décembre). (1896) : Un grand écrivain (12 janvier) ; Scrupules (26 janvier) ; Mon Pantalon (2 février) ; Mes Sabots (9 février) : Les ^Artistes de ïàme (2j février) ; Georges Rodenbacb (15 mars) ; Un peu de science (29 mars) ; Lettre ouverte à Alphonse Allais (lo avril) , Mannequins et critiques (26 avril) ; Tatou (24 mai) ; Divagations sur le Meurtre (31 mai) ; Le Elaspheme de Catulle Mcndcs (7 juin) ; Points de vue (14 juin) ; La Villa hantée (28 juin) : Botticelli proteste, I et II (4 et n octobre]; Les Pintades (15 novembre) ; M. Léon Daiidit (6 décembre); Questions sociales (20 décembre): César Franck et ^C . Gounod (27 décembre). (1897) : Le Petit Vicomte (} janvier) ; Ce que l'on écrit (17 janvier) ; Entr'acte à n l'Œuvre » (24 janvier); On demande un Empereur (^i janvier); Un bagne chinois (14 et 21 février) ; Adieu à Bruges (28 février) ; le Jardin des Supplices (7. 21 et 28 mars) ; Le Refour (4 avril) ; Ai. Joseph (iiaviil); Kariste parle (25 avril et 2 mai) : La Livrée de Kessiis (16. 23, 30 mai et 6 juin) ; Léon Blov (15 juin) ; Amants (u juillet) ; Francisque Sarcey (\" août) ; En traitement (8, lî, 22, 29 août et 5 septembre) ; Préface aux dessins d'Auguste 'Rpdin (i3 septembre) ; Le Gamin yii cueillait les Ceps (3 octobre) ; L'Euibauvteur (10 octobre) ; Che^ l'Illustre écrivain (17, 24,
51 octobre. 7. 14, 21 et 28 novembre) ; FauiiVr d'Arliste (les Piss.irro) 6 iléccnibre ; Les millions de. Jean loqueteux, conte (26 décembre). |1898) : L'ne visite à tarcey (2 janvier); Oiihli (6 fcvriei) ; Lii l'ée 'T)uin-'Dum (20 mars); Fragments (3 avril, I, 8 ni.Ti, 5. 12 et 19 juin) ; Le mur (17 juillet) ; Mémoires d'un pauvre diable (24. 31 juillet, 7, 14, 21 ;ioût, 4 et iS septembre); la vache tachetée (20 novembre) ; Les Mémoires de mon ami (27 novembre, 4, 11, 18 et ^5 décembre). (1899) : Notes sur Georges Rodeuhach (11 janvier) ; Les Mémoires de mon ami, suite (22, 29 janvitr, 5. 12, 26 février, ■,, 12. 19, 26 mars, 2. 9, i6, 23. 30 avril, 21, 28 mai et ^ juin) ; Le Pantalon (25 juin); Un Zèbre (25 juilletl ; l'iolilde et moi (50 juillet et 6 août) ; Scènes de la vie dt jawille (12 et 16 novembre). (1900) : Petite ville (14 janvier) ; Le Cadre et l'Esprit (11 mars) ; l'roftos galants sur les jemmes (i" avril) : Le lion temps ! (6 mai) ; Espoirs Nègres (sur M. Vielé Grifîin) 20 mai ; Vue heure chci Hodin (8 juillet) ; La Vieilie aux Chats (iQ aoii') ; Contes pour une malade (9 septembre) ; /;)( Voyage (16 septembre) : Dépopulaion (25 novembre). (1901): Ctmii.entaires éi un portrait (contre le peintre Raff.ielli). 13 janvier : Sur Franti Servais (27 janvier) ; Pétrisseurs d'àmes. souvenirs autobiographiques (10 lévrier) : Le secret de la Morale (10 mars); Vincent Van Gugh (17 mars) ; Jour de Congé (21 avril) : Le Christ proteste (28 avril) ; la Hlouse et la 'liçdingote (19 mai) ; Le Tortcfeuille (23 juin) ; Le 'l{pssignol de Unie (14 juillet) ; Un homme sensible (23 août, 1, 8, 15, 29 septembre. 6. 15 et 20 octobre) ; Les Père- Coupe-Toujours (r5 décembre). (1902) : Sur les académies (12 janvier) ; le l^oumine Puhlic (M. Cuir), 2 mars; L'>y4venir des chefs-d'œuvre (9 mars) ; L'^bbê Cu r (16 mars) ; Sculpteur malgré lui (30 mars) ; Maurice Maeterlinck (27 avril) etc..
L'Aurore, Le Matin (1899-190?). Dans Vt^-iurore des articles
politiques, au Mtilin des chroniques.
Revue d«s Deux- Mondes (15 décembre 1895), Economie Sociale, Pourquoi des Expositions?
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— Auguste Rodin : fortrait triple d'Octave Mirbeau, dessiné à la plume en 1902. rtproduit dans << La Plume ». !"■ juillet 1900.
— Auguste Rodin ; Tiie d'Octave Mirbeau, bloc de Marbre, 1899. — ■ Auguste Rodin: Husle, bronze, 1899. — Sem : Octave Mirbeau et le comédien de Feraud\ pendant une répétition de : Les ^Affaires sont les affaires. Le Journal. 5 mai 1905.
— Louis Stiti jeune: Portrait-charge, La Plume, 15 avril 1902. — F. Vallolton : Portrait Peinture à l'huile, 1903 (Appartient à M. Octave Mirbeau).
Voir eu outre à titre de document, deux portraits gravés sur bois, publiés l'ini au Journal, le 7 avril igoo (Le Journal et sei collaborateurs), l'autre dans Vi^ilbum. MAriani, 1900, in-S*.