‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 136 sur 216 · PREMIER SOUPIR · texte numérisé non relu

PREMIER SOUPIR

Peut-être, loin de toi, demain j'irai languir. Quoi, déjà tout est sombre et fatal dans ma vie !. J'ai dû t'aimer, je dois te fuir !

Puis , — hélas ! sur mon front que le malheur retombe ! Il faudra qu'à labsence, à de nouveaux désirs,

Un sentiment bien doux succombe :

Tu m'oublieras dans les plaisirs,

Je me souviendrai dans la tombe.

Oui, je mourrai : déjà ma lyre en est en deuil. Jeune , je m'éteindrai , laissant peu de mémoire , Sans peur; puisque de front j'ai contemplé la gloire ,

Je puis voir de près le cercueil.

L'Elysée immortel est près des noirs royaumes, Et la gloire et la mort ne sont que deux fantômes,

En habits de fête ou de deuil !

Vis heureuse , 6 ma jeune amie , Jouis en paix de tes beaux jours !

Sur le fleuve du temps mollement endormie, Laisse les flots suivre leur cours !

Décembre 1819.

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