‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 192 sur 216 · A UN PASSANT · texte numérisé non relu

A UN PASSANT

La nuit! — Ne crains-tu pas d'entrevoir la stature Du brigand dont un sabre a chargé la ceinture, Ou qu'un de ces vieux loups près des routes rôdants, Qui du fer des coursiers méprisent l'étincelle, D'un bond brusque et soudain s'attachant à ta selle, Ne mêle à ton sang noir l'écume de ses dents?

Ne crains-tu pas surtout qu'un follet à cette heure N'allonge sous tes pas le chemin qui te leurre, Et ne te fasse, hélas ! ainsi qu'aux anciens jours, Rêvant quelque logis dont la vitre scintille, Et le faisan doré par l'âtre qui pétille, Marcher vers des clartés qui reculent toujours?

Crains d'aborder la plaine où le sabbat s'assemble, Où les démons hurlants viennent danser ensemble ; Ces murs maudits par Dieu, par Satan profanés, Ce magique château dont l'enfer sait l'histoire, Et qui, désert le jour, quand tombe la nuit noire, Enflamme ses vitraux dans l'ombre illuminés !

Voyageur isolé, qui t'éloignes si vite, De ton chien inquiet la nuit accompagné, Après le jour brûlant, quand le repos t'invite, Où mènes- tu si tard ton cheval résigné ?

Octobre 4825.

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