LIVRE III, ODE I
« Virgile n'a jamais laissé fuir de sa lyre Des vers qu'à Lycoris son Gallus ne put lire. Toujours l'hymne d'Horace au sein des ris est né; Jamais il n'a versé de larmes immortelles :
La poussière des cascatelles Seule a mouillé son luth de myrtes couronne I »
Voilà de quels dédains leurs âmes satisfaites Accueilleraient, ami, Dieu même et ses prophètes! Et puis, tu les verrais, vainement irrité, Continuer, joyeux, quelque festin folâtre, Ou pour dormir aux sons d'une lyre idolâtre Se tourner de l'autre côté.
Mais qu'importe? accomplis ta mission sacrée. Chante, juge, bénis; ta bouche est inspirée!
fie Seigneur en passant t'a touché de sa m un ; Et pareil au rocher qu'avait frappé Moïse,
Pour la foule au désert assise, La poésie en flots s'échappe de ton sein !
Moi, fusse- je vaincu, j'aimerai ta victoire. Tu le sais, pour mon cœur, ami de toute gloire, Les triomphes d'autrui ne sont pas un affront. Poëte, j'eus toujours un chant pour les poètes ; Et jamais le laurier qui pare d'autres têtes, Ne jeta d'ombre sur mon front !
Souris même à l'envie amère et discordante^
Elle outrageait Homère; elle attaquait le Dante. Sous l'arche triomphale elle insulte au guerrier. Il faut bien que ton nom dans ses cris retentisse ;
Le temps amène la justice :
Laisse tomber Forage et grandir ton laurier!
Tellç est la majesté de tes concerts suprêmes, Que tu semblés savoir comment les anges mêmes Sur les harpes du ciel laissent errer leurs doigts! On dirait que Dieu même inspirant ton audace, Parfois dans le désert t' apparaît face à face, Et qu'il te parle avec la voix !
Octobre 1825.