LIVRE III, ODE VI
Oîi voit marcher dans son armée Tout un peuple de nations'.
« Sa main, s'il touche un but où son, orgueil aspire,
Fait à quelque soldat l'aumône d'un empire,
Ou fait veiller des rois au seuil de son palais ,
Pour qu'il puisse, en quittant les combats ou les fêtes,
Dormir en paix dans ses conquêtes ,
Comme un pêcheur sur ses filets l
« Il a bâti si haut son aire impériale ,
Qu'il nous semble habiter cette sphère idéale
Où jamais on n'entend un orage éclater !
Ce n'est plus qu'à ses pieds que gronde la tempête ;
Il faudrait, pour frapper sa tête,
Que la foudre pût remonter ! »
La foudre remonta ! — Renversé de son aire , Il tomba , tout fumant de cent coups de tonnerre.
Les rois punirent leur tyran.
On l'exposa vivant sur un roc solitaire ; Et le géant captif fut remis par la terre
A la gardé de l'Océan.
Oh l comme à Sainte-Hélène il dédaignait sa vie , Quand le soir il voyait, avec un œil d'envie,
Le soleil fuir sous l'horizon; Et qu'il s'égarait seul sur le sable des grèves , Jusqu'à ce qu'un Anglais, l'arrachant de ses rêves,
Le ramenât dans sa prison !
Comme avec désespoir ce prince de la guerre* S'entendait accuser par tous ceux qui naguère
Divinisaient son bras vainqueur !
Car des peuples ligués la clameur solennelle Répondait à la voix implacable, éternelle,
Qui se lamentait dans son cœur !