‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 96 sur 216 · LE POËTE · texte numérisé non relu

LE POËTE

Il pleure, ô belle enfance, et la grâce et tes charmes, Et ton rire innocent et tes naïves larmes ,

Ton bonheur doux et turbulent , Et, loin des vastes cieux, l'aile que tu reposes, Et, dans les jeux bruyants, ta couronne de roses

Que flétrirait son front brûlant !

Il accuse et son siècle, et ses chants, et sa lyre, Et la coupe enivrante où , trompant son délire ,

La gloire verse tant de fiel , Et ses vœux, poursuivant des promesses funestes, Et son cœur, et la Muse , et tous ces dons célestes ,

Hélas ! qui ne sont pas le ciel !

Ah ! si du moins , couché sur le char de la vie , L'hymne de son triomphe et les cris de l'envie

Passaient,* sans troubler son sommeil 1 S'il pouvait dans l'oubli préparer sa mémoire! Ou, voilé de rayons, se cacher dans sa gloire,

Comme un ange dans le soleil 1

Mais sans cesse il faut suivre, en la commune arène, Le flot qui le repousse et le flot qui l'entraîne !

Les hommes troublent son chemin 1 Sa voix grave se perd dans leurs vaines paroles, Et leur fol orgueil mêle à leurs jouets frivoles

Le sceptre qui pèse à sa main !

Pourquoi traîner ce roi si loin de ses royaumes ?

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