LE POËTE
Il pleure, ô belle enfance, et la grâce et tes charmes, Et ton rire innocent et tes naïves larmes ,
Ton bonheur doux et turbulent , Et, loin des vastes cieux, l'aile que tu reposes, Et, dans les jeux bruyants, ta couronne de roses
Que flétrirait son front brûlant !
Il accuse et son siècle, et ses chants, et sa lyre, Et la coupe enivrante où , trompant son délire ,
La gloire verse tant de fiel , Et ses vœux, poursuivant des promesses funestes, Et son cœur, et la Muse , et tous ces dons célestes ,
Hélas ! qui ne sont pas le ciel !
Ah ! si du moins , couché sur le char de la vie , L'hymne de son triomphe et les cris de l'envie
Passaient,* sans troubler son sommeil 1 S'il pouvait dans l'oubli préparer sa mémoire! Ou, voilé de rayons, se cacher dans sa gloire,
Comme un ange dans le soleil 1
Mais sans cesse il faut suivre, en la commune arène, Le flot qui le repousse et le flot qui l'entraîne !
Les hommes troublent son chemin 1 Sa voix grave se perd dans leurs vaines paroles, Et leur fol orgueil mêle à leurs jouets frivoles
Le sceptre qui pèse à sa main !
Pourquoi traîner ce roi si loin de ses royaumes ?