‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 130 sur 142 · LES VIERGES DE VERDUN. — ODE III · texte numérisé non relu

LES VIERGES DE VERDUN. — ODE III

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Henriette, Hélène et Agathe Watrin, filles d'un officier supérieur, Barbe Henri, Sophie Tabouillot, et plusieurs autres jeunes filles de Verdun furent traduites devant le tribunal révolution- , naire, comme coupables d'avoir présenté des fleurs aux Prussiens, lors de leur entrée en cette ville. Les trois premières, qui seules font le sujet de cette ode, étaient accusées, en outre, d'avoir distribué de l'argent et des secours aux émigrés. Une loi punissait de mort ce singulier genre de délit. Fouquier- Tainville , charmé de la beauté des trois jeunes filles , leur fit insinuer qu'il tairait cette dernière partie de l'accusation, si elles voulaient écouter des propositions injurieuses à leur bon-

neur. Elles refusèrent , furent condamnées et traînées à la mort, avec vingt-neuf habitants de Verdun. La plus âgée de ces trois sœurs avait dix-sept ans.

Barbe Henri, Sophie Tabouillot et leurs compagnes, parmi lesquelles se trouvaient des enfants de treize & quatorze ans, furent condamnées au carcan et à vingt ans de détention à la Salpôtrière. Le Directoire leur rendit la liberté.

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C'est Tainville : on le voit, au nom de la patrie, Convier aux forfaits cette horde flétrie

D'assassins juges à leur tour;

Le besoin de sang le tourmente ; Et sa voix homicide à la hache fumante

Désigne les têtes du jour 1

Fouquier-Tainville, accusateur public, réunissait a cette horrible fonction le privilège non moins horrible de marquer les soixante ou quatre-vingts têtes qui devaient tomber chaque jour à Paris.

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Que faisaient nos guerriers 1... Leur vaillance trompée Prêtait au vil couteau le secours de l'épée ; Ils sauvaient ces bourreaux qui souillaient leurs combats. Hélas! un même jour, jour d'oppprobre et de gloire, Voyait monter Moreau au char de la victoire, Et son père au char du trépas 1

Moreau enlevait à des ennemis supérieurs en nombre l'Ile Cazan et le fort de l'Écluse, le jour où son vieux père marchait à Téchafaud.

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Verdun se revêtit de sa robe de fête, Et, libre de ses fers, vint offrir sa conquête Au monarque vengeur des rois !

Verdun brûlait d'ouvrir ses portes au roi de Prusse. L'intrépide commandant résista durant trois jours aux instances des habitants et aux menaces de Frédéric-Guillaume. Forcé

enfin de capituler, il se brûla la cervelle. Ce brave se nommait Beaurepaire. L'honneur français ne s'est jamais démenti dans les camps.

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Charlotte, autre Judith, qui nous vengea d'avance.

L'année précédente , Charlotte Corday avait tué Marat , l'un des représentants qui contribuèrent le plus puissamment à faire adopter la loi contre ceux qui secouraient les émigrés.

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Et Sombrenil, qni trahit par ses pâleurs soudaines Le sang glacé des morts circulant dans ses veines.

Mademoiselle de Sombreuil acheta le bonheur de sauver son père en buvant un verre de sang. Long-temps après encore , on Ta vue p&lir et tressaillir au seul souvenir de cet horrible et sublime effort, qui détruisit sa santé, et' la laissa, pour sa vie, sujette à de douloureuses convulsions.

QUIBEAON. — ODE IV.

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Après la prise du fort Penthièvre , les émigrés , commandés par le comte de Sombreuil, frère de l'illustre mademoiselle de Sombreuil , se virent poussés à l'extrémité de la presqu'île de Quiberon par les soldats de la Convention. Le général républicain, Hoche, craignit l'horrible carnage qui allait commencer de part et d'autre , les gentilshommes étant réduits au désespoir. Il proposa à Sombreuil de les traiter comme prisonniers de guerre, s'ils voulaient se rendre. Il ajouta que Sombreuil était le seul pour lequel il ne pût rien promettre. Je mourrai volontiers, répondit ce jeune homme, si je puis sauver mes frères d'armes. Se fiant à cette capitulation verbale, Sombreuil ordonna aux siens de mettre bas les armes. On observa le traité

à son égard : il fut fusillé avec l' évoque de Dol. Mais on n'eut pas la même fidélité envers Us émigrés faits prisonniers de guerre. Le cri d'horreur et de pitié qui s'élève aujourd'hui au seul nom de Quiberon dispense d'en dire davantage.

Au reste , ce n'est pas le nom du général Hoche qui reste souillé de cet attentat.

Les Vendéens ont donné le nom de Prairie des Martyrs à la plaine où ces vaillants gentilshommes furent fusillés par détachements, et les soldats de Laroohejaquelein viennent aujourd'hui en pèlerinage visiter les restes des compagnons de Som breuil.

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