LA LYRE
Aime ! Eros règne à Gnide, à l'Olympe, au Tartare.
Son flambeau de Sestos allume le doux phare;
11 consume Ilion par la main de Paris.
Toi, fuis de belle en belle, et change avec leurs charmes.
L'Amour n'enfante que des larmes ;
Les Amours sont frères des Ris !
LA HARPE
L'Amour dmn défend de la Haine infernale.
Cherche pour ton cœur pur une âme virginale ;
Chéris-la; Jéhovah chérissait Israël.
Deux êtres que dans l'ombre unit un saint mystère»
Passent en s'aioiant sur la terre ,
Comme deux exilés du ciel !
Jouis! c'est au fleuve des ombres
Que va le fleuve des vivants.
Le sage , s'il a des jours sombres ,
Les laisse aux dieux, les jette aux vent*.
Enfin , comme un pâle convive ,
Quand la mort imprévue arrive ,
De sa couche il lui tend la main ;
Et, riant de ce qu'il ignore,
S'endort dans la nuit sans aurore ,
En rêvant un doux lendemain !
LA HARPE
Soutiens ton frère qui chancelle, Pleure si tu le vois souffrir : Veille avec soin, prie avec zèle, Vis en songeant qu'il faut mourir.
Le pécheur croit , lorsqu'il succombe, Que le néant est dans la tombe , Comme il est dans la volupté; Mais quand l'ange impur le réclame , H s'épouvante d'être une Ame, Et frémit de l'Éternité !
Le poète écoutait , à peine à son aurore , Ces deux lointaines voix qui descendaient du ciel ; Et plus tard il osa parfois, bien faible encore, Dire à l'écho du Pinde un hymne du Carmel !
Avril 1822.
130 MOISF. SUR LK PW..